Création franco-taïwanaise de Claude Aymon et Cheng Wei Huang

pour les deux compagnies c2a et WeiDanceCompany,

In Wei est une vision croisée des deux chorégraphes

sur sur ces aspects qui séparent l’est de l’ouest, l’Asie de l’Europe.

Après avoir travaillé chacun dans le pays de l’autre,

ils ont décidé de parler de tout ça par le langage qu’ils ont en commun, celui du corps.

Les danseurs des deux compagnies ont travaillé tour à tour avec les deux chorégraphes

à la fois en France et à Taïwan,

avec une première taïwanaise à Kaohsiung en août 2016 et une première française à la Toussaint.

jeudi 20 avril 2017

2017 - In Wei - un épilogue

Passer l'hiver,  
se tourner vers les autres, 
se sentir renaître au printemps, 
fermer une page pour, finalement, arriver à en ouvrir une autre                  










Petit pincement au coeur mais libération certaine,
cet article sera le dernier.
« In Wei » s'arrête ici.

Le temps d’un dernier bilan et de parler des après.

Cinq mois après que mes collègues sont repartis dans leur Taïwan natal, 
je peux presque sereinement me souvenir.

Les jours qui ont suivi leur départ,
et contrairement aux semaines habituelles d’après création,
il y a non pas eu ce classique grand vide, mais une grande tristesse.
Celle des amis loin,
des amies perdues (mais étaient-ce vraiment des amies ?),
avec l'arrière-goût d’immense gâchis humain.

Une mélancolie particulière s’est hissé sur mes épaules,
m'accompagnant partout.
Dans les gestes du quotidien,
le sac que l’on remplit,
la 107 que l’on démarre et qui est maintenant bien vide,
les lieux par lesquels nous sommes passés,
le Bistrot l’Horloge,
les studios de danse …

Artistiquement, les retours (dont certains sont consignés ici) me confortent dans le fait que Cheng Wei et moi n’avons pas été pas dans l’erreur :
la filiation entre nous a été évidente pour beaucoup de spectateurs,
les parties écrites à deux sont celles qui ont fonctionné le mieux,
ces danses si problématiques, si emblématiques, celles que nous n’aurions pas dû danser, 
se sont avérées être parmi les préférées de ceux qui sont venus nous voir,
(confirmation venues, outre ce que l’on m’en a dit « en direct », 
par le fait que certaines danseuses aient eu la « riche » idée 
de demander au public que l’on pouvait rencontrer au bar du théâtre après les représentations, 
quelles parties du spectacle il avait préféré …).

On m’a aussi parlé différemment des interprètes,
la force et la nuance des interprétations de Wan Chu,
les différents degrés d’implications des françaises,
un Cheng Wei, qui se révèle de plus en plus
(si dans la Septième Nuit c’était surtout le danseur qui avait été apprécié, 
cette fois-ci il l’interprète aux multiples facettes a explosé dans chaque proposition)

Tout ça aurait normalement dû me donner l’envie de repartir aussi sec dans une nouvelle aventure,
avec Wan Chu et Cheng Wei à mes côtés,
d’autant qu’une petite phrase ou deux dans les retours d’Agnès
et puis aussi dans le mail que m’a envoyé Thierry
(vous ne savez pas qui est Thierry ? cherchez par ici)
ont allumé une petite lampe quelque part dans mon cerveau,
d’où j’entraperçois une porte qui ouvre sur un chemin nouveau.

Seulement voilà,
en cette fin d’automne, je suis juste vidé, détruit.
L’envie de créer est supplantée par la mésestime de moi au delà de tous les doutes avec lesquels j’ai presque appris à vivre.
En ces jours où la lumière diminue, 
dès que je pense à quelque chose d’un peu concret en terme de création, j’ai peur.

Le jouet c2a
avec lequel je me suis beaucoup amusé 
et au travers duquel j’ai dit bien des choses, souvent à l’insu de mon plein gré,
est ébréché ici, fêlé par là,
et même si on y tient encore, on a envie de le laisser un peu là,
sur le lit, au fond d'une caisse ou sur l'armoire.

Alors même si, comme par réflexe,
(et puis parce qu’une petite voix me disait que tout n’était peut-être pas fini)
j’ai quand même lancé dans le circuit des subventions un autre projet autour de Taïwan,
l’envie de mes amis du théâtre des Chartreux que je revienne chez eux me poussant un peu 
dans cette direction,
l'envie n'y était plus vraiment.
D'ailleurs, je leur ai proposé autre chose pour dans un an, au moins, le temps de laisser aux choses les moyens de la reconstruction.

J'ai mis tout ça de côté dans un premier temps pour me replonger dans les activités qui jalonnent mon agenda dans ces mois gris et froids : la pédagogie.
Je suis redevenu prof,
seulement,
et me suis résolument tourné vers les autres.




J'ai donné des cours, des stages, des ateliers, des master classes 
(cette expression est vraiment ridicule et inappropriée … du moins en ce qui me concerne)
rien que pour eux, là, en face de moi,
sans arrière pensée chorégraphique.



Leur enjouement, leur engagement m’ont permis de me maintenir la tête hors de l’eau.
Leur force, leur gratitude, et tout un tas d’autres choses
ont servi de béquilles, de raison de se lever le matin après des nuits très grises,
de continuer à bouger ce corps vieillissant qui me donnait des signes d’alerte parfois un peu inquiétants. 

La limite de carburant était proche de la réserve,
je chope tous les rhumes à proximité.
Le dos, les hanches, les chevilles, l’estomac, les intestins sont loin d’être au beau fixe,
le diaphragme est en position haute beaucoup trop souvent,
après un nombre certain d’allers retours chez le médecin et l’ostéopathe.
le verdict tombe sous la forme d’une toute petite phrase d’un des praticiens sus-cités :
« ton corps est en dépression »
Cette envie quasi permanente de dormir,
cette violente difficulté de sortir de dessous la couette quelle que soit l’heure de la journée 
n’étaient donc pas seulement dues aux jours qui se faisaient bien courts …

Donner un grand coup de talon quand on approche du fond.

Avec le soutien d’amis bien plus proches que je ne le pensais,
de stagiaires, de collègues tellement prévenants,
j’ai réussi à honorer mes engagements avec un corps et un coeur en reconstruction.
Je me suis senti revenir moins malheureux un peu avant le printemps.
et un joli voyage à la Réunion m’ont encore aidé à gravir quelques marches.



Pendant ce temps-là,
plus loin à l'est,
nos amis ont repris leur route,
chacun de leur côté.

Cheng Wei s'est relancée dans une nouvelle aventure chorégraphique,
qui se joue justement ce week-end.
Les deux filles font d'autres choses,
et donnent peu de nouvelles ....

Quant à moi, ici, avec le soleil revenant,
deux jolies nouvelles :
un duo autour de kimonos peints par le plasticien Jean-Louis Garcin,
qui se trouve être le professeur de peinture d’une ancienne élève
et qui s’en va bientôt exposer à Yverdon-les-Bains où j’ai travaillé quelques années.



et surtout,
la chose,
qui ouvre en grand la porte dont je vous parlais tout à l’heure
et me permet de m’engager vers ce chemin nouveau,
l’achat de la prochaine pièce de la compagnie par une ville du pays d’Aix.

« In Wei » c’est fini,
même s’il restera à jamais des cicatrices.

Mais le prochain blog parlera de cette nouvelle aventure qui mêlera musique, image, danse … et textes.
(certains de ces textes sont à lire sur le blog « en Chemin » que vous retrouverez ici)
Il s’appellera comme la chorégraphie éponyme :
« Chroniques formosanes ».

Des petites histoires vraies,
mises en sons, en textes, et en images par moi-même,
dansées par la fidèle Anaïs, 
Cheng Wei, le petit frère de l’est,
probablement une autre fille de l’Asie (Wan Chu peut-être, si elle le veut encore)
et dites par Mike Reveau Pfeiffer, un des tenanciers des Chartreux, acteur et clown de son état.

Tout ça devrait être prêt dans un an.
Avec qui sait d’ici là d’autres propositions de programmation
(d’ailleurs si dans mes lecteurs, fidèles ou occasionnels, certains ont des pistes …
je suis preneur …)



Merci à tous ceux qui ont suivi l’aventure,
que vous l’ayez prise en route ou lu tout tout tout depuis le début,
« Chroniques formosanes » le blog est en cours de fabrication.
J’espère que vous serez aussi nombreux.




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire