Création franco-taïwanaise de Claude Aymon et Cheng Wei Huang

pour les deux compagnies c2a et WeiDanceCompany,

In Wei est une vision croisée des deux chorégraphes

sur sur ces aspects qui séparent l’est de l’ouest, l’Asie de l’Europe.

Après avoir travaillé chacun dans le pays de l’autre,

ils ont décidé de parler de tout ça par le langage qu’ils ont en commun, celui du corps.

Les danseurs des deux compagnies ont travaillé tour à tour avec les deux chorégraphes

à la fois en France et à Taïwan,

avec une première taïwanaise à Kaohsiung en août 2016 et une première française à la Toussaint.

mercredi 5 avril 2017

6-10/11/16 - les départs

En trois ou quatre étapes,  
Le temps des au revoir,  
parfois même des adieux ... 
va laisser la place à celui du bilan                  









Nous voilà rendus aux dernières lignes.
Celles qui commencent au dîner après le spectacle
et qui, en sautant les quelques jours touristiques
(dont je vous ai déjà parlés), nous emmènent au jour du grand départ.

Il est 19h ce dimanche 6 novembre quand nous quittons le théâtre pour aller chez Jennifer.
J'avais d'abord pensé à réserver une grande table au Bistrot l'Horloge, 
comme je l'avais fait il y a presque deux ans après la Septième Nuit,
et puis je me suis dit que c'était la dernière fois que ce groupe de personnes que nous avions constitué le temps d'une création allait partager un repas.
Une sorte de Cène sans Judas ni crucifixion.
J'avais dit à Jennifer de faire simple.
Elle a opté pour un rosbif purée arrosé de vins de sa cave particulièrement bourguignonne
et c’était, comme d’habitude un excellent choix.
L'ambiance était plutôt bonne,
entre décompression et nostalgie.
Les deux petites filles, Constance et Juliette, s'amusaient entre elles et venaient de temps en temps faire des tours de magie plus ou moins réussis,
Les adultes parlaient de tout et de rien,
en évitant les sujets qui fâchent ...
(Il y a quand même eu une petite réflexion sur l'appart' du 82 Hebei road, 
que Jennifer a tué dans l'oeuf en rappelant que quand ils étaient à Taiwan, 
ils avaient tout payé, eux ..)
Le vin aidant, les rires sont venus,
puis les larmes,
en réalisant que les quatre danseuses ne se reverraient probablement jamais de leur vie.


Sylvain s'est fait alpaguer par Gaby et a passé une partie de la soirée à déguster des digestifs en
terrasse, accompagné de temps à autre par les deux taïwanais et leurs pipes.
Nous avons quitté la maison vers 1h du matin,
Marie reprenant sa vraie vie dans quelques heures et Juliette allant à l'école
(Constance, elle, restera chez elle lundi matin, sa mère ayant décidé qu'elle ferait l'école buissonnière).



Voici donc la dernière fois.
Photo prise sans retardateur, 
je n’avais pas le coeur à être dans le paysage.
Tristesse.
Constat d’avoir devant moi ce qui ressemblait à un joli champ de bataille dévasté 
là où j’avais imaginé une apothéose,
rencontre ratée de mes deux mondes,
pour tant de raisons, de bonnes et moins bonnes excuses,
de communications difficiles, d’orgueils piqués au vif, 
de confusions des genres, d’incompréhensions …

J'ai dit à Élise de prendre bien soin d'elle.
Marie m'a dit "à bientôt" et je lui ai répondu un "j'espère" définitif
pressentant un avenir à l’opposé de cette affirmation.

Tous ont dédicacé une affiche à Sylvain.
Et les deux première voitures sont parties.




Wan Chu et Mimi sont restées chez Jennifer
(elles y sont restées jusqu'à la veille de leur départ),
j'ai ramené Sylvain à son hôtel et les garçons chez Jean-Max au Vieux-Port.

Tout ce petit monde est reparti en ordre dispersé.
D'abord, Sylvain dès le lundi matin, d'autres obligations l'attendant à Paris,



puis jeudi toute l'équipe asiatique, 
mais .. En deux fois …
puisque Mimi, comme à l'aller avait pris son billet de son côté.
Elle partait le matin et devait être à l'aéroport avant 9h,
(la pire des heures pour les embouteillages ...).
Les autres décollaient le soir à 18h.

Jeudi 10 novembre, 7h15,
je suis dans ma voiture.
7h30, je suis à l'appartement du Vieux-Port où j'ai donc rapatrié les filles la veille.
Mimi est prête, mais ne comprend toujours pas pourquoi il faut partir si tôt 
puisqu'elle est enregistrée sur son vol pour Amsterdam.
Je lui ai déjà expliqué un certain nombre de fois qu'il y aurait des embouteillages 
et que je ne voulais pas être bloqué et stresser pendant 20 km
mais rien n'y a fait,
elle avait regardé sur Internet, ils disaient 25 minutes, et c'était bien trop tôt …
Il a fallu qu’elle voit sur l'autoroute, les voitures en sens inverse rouler au pas, 
pour commencer à comprendre qu’elle n’avait peut-être pas raison.
Quand nous avons passé la chaîne de collines qui enserre Marseille 
et que nous nous sommes retrouvés à notre tour dans les embouteillages, 
elle a fini par admettre que nous avions bien fait de partir si tôt ...
Sacrée Mimi.

Je suis restée avec elle jusqu'à l'enregistrement de sa valise
et je l'ai laissé pleurer sur mon épaule.
"Merci pour tout ...
Ça valait vraiment le coup ...
À chaque seconde ...
Mais je n'écouterai plus jamais la musique de Hotsprings ..."
Je souris.
Elle en a bavé avec ce solo
(et n'aura d'ailleurs jamais réussi à le danser comme je l'aurais voulu) ...
Le corps aurait pu le faire, mais le cerveau en avait décidé autrement.
Dommage et intéressant à la fois.



En arrivant à Amsterdam, elle a posté cette photo et elle a écrit :
« Déjà à Amsterdam, j’ai pleuré pendant tout le vol,
en écoutant de la musique,
les visages des personnes que j’ai rencontrées en France me sont revenues à l’esprit.
Tout valait le coup finalement. »

10h,
je suis de retour au Vieux-Port.
Comme il y a de la place devant l'appartement de Jean-Max, 
je gare la voiture devant l'immeuble et je rentre en bus à la maison.
Pendant que j'attends le 82 à l'arrêt, j'envoie un message aux trois taïwanais restants.
Ha Bao est réveillé, il vient me faire signe par le balcon.
Cheng Wei m'envoie un message,
nous ne lui avons pas fait de cadeau de première.
Il me propose de lui acheter un cahier avec une belle couverture en cuir 
(ou quelque chose d'approchant) comme j'avais fait deux ans plus tôt pour Wan Chu.
Je passe à la papèterie où je sais pouvoir trouver tout ça
et je les rejoins vers midi à l'appartement.

12h20.
Tout est calme,
Wan Chu est sortie faire ses derniers achats,
les garçons glandent sur le canapé,
le regard passant mollement de leur téléphone au ciel bleu qu'ils s'apprêtent à quitter.
Quand Wan Chu revient, elle va vite déjeuner sur la terrasse pour savourer quelques  instants encore la vue sur le port.



Quant à Ha Bao, il a été le plus heureux des hommes quand il a ouvert son cadeau.



Vous avez remarqué qu'il cherche le prix sur le cadeau et le papier ?
C'est parce que dans la culture chinoise souvent on laisse le prix du cadeau.
Cela prouve à quel point la personne vous est chère.
Là, je ne l'avais pas fait.
Mais je crois qu'il a été content.

À 14h30, j'annonce un premier départ dans 30 minutes.
Avec les trois grosses valises et les trois passagers, 
il fallait faire deux voyages dans ma petite 107.
C'est Cheng Wei qui partira le premier avec deux valises.
Ils les gardera le temps que les deux autres arrivent.
Nous partons donc tous les deux à 15h
et nous retrouvons bloqués ... dans des bouchons à la Joliette.
Deux ferries arrivaient en même temps, un de Corse, l’autre du Maghreb ...
Je l'ai lâché un peu n'importe comment et avec une bonne grosse montée de stress 
pour vite aller récupérer les deux autres.
Mais ce retard a finalement eu du bon :
ce jeudi était aussi le jour ... du retour de Jean-Max dans son appartement.
Il était arrivé un peu avant moi chez lui et avait donc fait la connaissance de Wan Chu et Ha Bao.
Dommage pour Cheng Wei.
Une autre fois peut-être ...

16h15, je récupère les deux derniers touristes.
17h, nous sommes à l'aéroport et je peux enfin me détendre.
On passe dans les premiers à l'enregistrement
et c'est une bonne chose :
la valise de Wan Chu est trop pleine.
Il faut donc repartir la surcharge dans les valises des garçons qui sont moins lourdes
notamment celle d'Ha Bao qui est arrivé plus tard en France.
Pas simple.
Il y a plusieurs tentatives.
Au premier essai, celle de Wan Chu passe mais pas celle de Cheng Wei,
puis celles des garçons passent mais plus celle de Wan Chu,
à la troisième fois, sous l’oeil amusé et attendri de l’hôtesse, les trois valises partent en soute.
Le temps pour nous de prendre un dernier verre.

On se fait les dernières blagues,
on rit,
puis vient le temps du dernier selfie.



Ils me serrent fort dans leurs bras,
les uns après les autres,
ils me remercient ... pour tout.
Je ne peux pas dire grand chose à Ha Bao,
avec son anglais à jeun et mon chinois grand débutant, 
on a encore du mal à se comprendre par des mots.
Les deux autres c'est différent.
Je remercie Wan Chu.
Elle me dit :
"Toi c'est pas pareil, tu vas revenir à Taiwan de toute façon ..."
Je lui promets que je vais tout faire pour qu'elle revienne si elle le veut bien.
Quant à Cheng Wei, nous nous sommes congratulés d'avoir mené cette aventure à bon port.
"We did it dude ..."
et puis ils sont partis.



Personne n'a pleuré.
En tous cas pas à ce moment-là.
Wan Chu m'a avoué avoir senti les larmes monter au décollage,
ce moment précis où on quitte une terre,
je l’ai vécu si souvent
(pour les accros du blog, souvenez-vous de mon départ d’avril…)
Cheng Wei, comme la dernière fois, a dû aller dans les toilettes de l'avion, 
ou attendre la nuit ...
Il m'a appelé le lendemain quand ils ont atterri à Kaohsiung.
Jim était venu chercher Wan Chu et il était rentré en métro.
Seul.
Grâce aux appels audio Facebook et au wifi dans les transports taïwanais, 
nous avons fait ensemble le voyage Kaohsiung airport - Formosa boulevard, 
parcours que je connais si bien.
Sur fond de métro passant de stations en stations,
la conversation a été bien frugale,
quelques banalités, beaucoup de soupirs ...

Quant à ce pauvre Ha Bao, il s'est retrouvé bloqué à Hong Kong.
Souci de billet d'avion :
comme le premier vol au départ de Marseille était le même que ceux de ses amis, 
bien qu'il ait acheté le billet plus tard, personne ne s’est méfié.
Après le Paris Hong Kong où ils étaient aussi ensemble 
(Wan Chu a d’ailleurs adoré Air France ... Enfin surtout le steward),
ils se sont tout naturellement dirigés vers le troisième et dernier vol.
Et là, problème, 
sur cette dernière partie de voyage, ils n'étaient pas dans le même avion.
Ha Bao partait par une autre compagnie sur un vol qui venait de décoller quand ils s’en sont rendus compte.

Double malchance, l’avion que prenaient Wan Chu et Cheng Wei était complet, 
et c'était le dernier de la journée à quitter Hong Kong pour Kaohsiung.
Notre pauvre ami a dû dormir à l'aéroport et Cheng Wei est allé le chercher le lendemain.

Et moi dans tout ça ?
Et bien dans une avalanche de ressentis multiples et divers, 
j'ai écrasé un paquet de larmes dans la voiture sur le parking de l’aéroport Marseille Provence.
Je quittais des amis 
ce qui me donnait la sensation (forcément fausse) que je n'en avais pas tant que ça dans cette partie du monde.
Maintenant qu'ils étaient loin, il allait falloir que je me reconstruise ...
D’abord, évaluer l’étendue des dégâts et puis penser les plaies.

Mais ça, je vous le raconterai plus tard.
Il y aura d’abord un épisode en images avec quelques extraits du spectacle français 
et des retours que le public m’a écrits 
et puis il y aura le dernier article,
l’épilogue, 
pour préparer l’après …




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