Création franco-taïwanaise de Claude Aymon et Cheng Wei Huang

pour les deux compagnies c2a et WeiDanceCompany,

In Wei est une vision croisée des deux chorégraphes

sur sur ces aspects qui séparent l’est de l’ouest, l’Asie de l’Europe.

Après avoir travaillé chacun dans le pays de l’autre,

ils ont décidé de parler de tout ça par le langage qu’ils ont en commun, celui du corps.

Les danseurs des deux compagnies ont travaillé tour à tour avec les deux chorégraphes

à la fois en France et à Taïwan,

avec une première taïwanaise à Kaohsiung en août 2016 et une première française à la Toussaint.

mercredi 8 février 2017

19-26/08 - 2/09/16 - Taiwan 4e partie - les cours d'après

Tsoying, 
Liao Mo Hsi
Wu Jing Jiè
et leurs petits bonheurs                 









Pour parler une dernière fois de mon séjour sur l’île,
il faut quand même que je vous partage un peu avec vous,
et encore une fois, 
du meilleur moyen qu’il m’ait été donné ici 
(mais pas seulement) 
pour aller à la rencontre des autres.
La chose que je fais depuis trente ans.
Entrer dans un studio de danse et transmettre ce que j’ai appris, 
ce que je crois avoir compris.

Ici, ça s’est beaucoup passé à Tsoying 
(comme vous le savez si vous suivez l’histoire depuis assez longtemps)
mais depuis que j’ai croisé le chemin de Cheng Wei, 
j’ai atterri dans des studios un peu partout dans Kaohsiung 
et même un peu plus loin, 
comme au début de ce voyage quand j’ai passé une semaine à faire des allers retours à Tainan.

Après le spectacle, je suis retourné avec bonheur au département danse de Tsoying.
Je n’étais pas officiellement prévu au planning 
mais comme à chaque fois que je viens, 
Su Ling arrive toujours à me confier ses élèves, le temps de quelques heures.

Cette année, pas de niveau 3.
Ils étaient très occupés avec la création que leur concoctait Lewis Major, 
un jeune chorégraphie australien talentueux et ambitieux, 
qui a atterri dans le lycée par le même chemin que moi (le vaisseau UNESCO
dans le dernier cru, celui de l’an dernier.
Je ne les ai donc pas admirés dans un studio,
mais j’ai quand même réussi à les embêter dans les couloirs.


Ceux que j’ai vu le plus, pendant quatre ou cinq cours, 
c’est la classe qui s’est baptisée Radiance,
et que j’avais cueillie dès son arrivée dans le département l’an dernier.
Outre leurs qualités de danseurs qu’ils ont travaillé avec mes collègues locaux,
j’ai eu la belle surprise de voir que, dans cette année scolaire, 
ils avaient gagné une certaine maturité dans leur façon d’apprendre 
et aussi beaucoup de confiance en eux.

Ils étaient comme ça au printemps. 



Ils avaient étrennés la musique et une partie de la chorégraphie du solo de Cheng Wei.
Tous propres, bien rangés, discrets …
Ils avaient bien compris qu’avec moi, on pouvait plus rigoler qu’avec ceux de d’habitude,
mais ils n’avaient pas encore trouvé comment se lâcher,
même salement,
même dans une direction qui n’est pas la mienne,
pour que l’on puisse ensuite aller vers un possible commun.

Cet été, 
les lignes avaient bien bougé.
Il y a eu de bons gros éclats de rire,
de ceux qui résonnent dans tout le département 
(et qui vont faire que Su Ling va me demander ce qui s’est encore passé).
Il y a eu de la sueur, des choses nouvelles,
de la frustration pour moi 
de savoir que tous, ne peuvent pas comprendre complètement ce que je veux,
parce que mon chinois,
parce que leur anglais …
mais je crois que nous avons passé des heures paisibles,
à apprendre les uns des autres.



Pour parler danse un tout petit peu,
nous avons travaillé ce que je n’ai pas pu montrer ici :
le final français.
Deux phrases, assemblées un peu n’importe comment,
et toujours dansées un peu trop « proprement » à mon goût,
mais qui m’ont donné une idée de quelque chose de montrable 
- à six plutôt qu’à vingt - 
dans un futur français.


Petit détail que vous n’avez probablement pas relevé mais qui a cependant tout son sens :
ils ont dit « thank you Claude » et non pas « thank you teacher Claude » comme leurs ainés 
ou « thank you teacher » comme ont fait les premiers élèves que j’ai eu en cours dans ce pays.
Les choses avancent … doucement.

Sinon,
comme chaque année j’ai rencontré les nouveaux arrivés.
19 filles, 4 garçons.
Des nouveaux visages, des corps encore bien gauches,
mais déjà le plaisir et l’envie.


Et puis, il y a eu les jolies surprises : les visites des anciens élèves.
You Kai (qui se prononce ïohou kaï), jeune bachelier, qui est passé le temps d’un cours,
Yi Zhen, déjà étudiante depuis trois ans, qui avait dansé mon « city prints »,
était venue à Angers, et aussi à Paris.


Les trois copines qui sont venues voir le spectacle à la première,
ont aussi passé quelques après-midi en ma compagnie.


Une occasion intéressante, notamment quand elles ont pris le cours avec les premières années, de voir d’où on part et où on peut arriver, en passant par un même chemin de transmission 
à partir d’un même système éducatif et culturel.


Comme je l'écrivais plus haut, j’ai donc aussi fait mon apparition dans deux autres studios taïwanais en dehors du département danse de la Tsoying Senior High School.
Chez Liao Mo Hsi dont je vous ai parlé durant au moins cinq articles (le dernier est à relire ici)
mais aussi, le temps de trois vendredis, chez Wu Jing Jiè, professeur de danse classique, où nous avons ouvert une fenêtre sur une vision de la danse que ces jeunes gens connaissaient peu.
On a plié différemment,
on a ri de nous même,
on a parlé anglais, français, chinois,
j’ai surpris Wu Jing Jiè, qui est venue voir le spectacle avec quelques élèves, en train de danser la variation dans le couloir,
et comme Liao Mo Hsi, nous nous sommes promis de nous revoir.


Des affaires à suivre,
un peu comme mon ancienne « patronne » Peng Hsiao-Yin, qui se verrait bien, 
une fois qu’elle aura un peu fait grandir sa petite Cha Cha, née en juin, 
organiser un ou deux stages avec moi à Taipei.

On verra bien …

En tous cas, 
même si « ici, tu es autoritaire et tu sembles y prendre un certain plaisir », 
a résonné dans mon coeur plus d’une fois quand je rentrais dans les studios ici,
je suis sorti aussi heureux qu’épuisé de toutes ces aventures.
Et les petites phrases, les photos, les attentions que j’ai reçues ça et là, 
me permettre de me convaincre que tout ce petit monde a pour moi un tant soi peu d’affection.

Et puis aussi,
ce que j’ai réalisé à force de questions et de compréhensions entre les lignes :
en fait, si je donnais ces cours,
ça n’est pas vraiment parce que Cheng Wei les avait trouvés pour moi,
(comme il me disait à chaque fois) 
c’était ses propres cours que je donnais.
Soit je le remplaçais pendant une ou deux semaines,
soit quand on lui demandait de donner des cours, il proposait un cours de danse traditionnelle chinoise avec lui et un cours de danse moderne avec moi.
Il perdait de l’argent pour un ami …

Une autre raison, 
quoiqu’il se soit passé pendant ces quelques jours de juillet et d'août, 
pour encore moins regretter cette aventure,
notamment le mois d'octobre en France,
où Wan Chu, Mimi et Cheng Wei tenteront d'avoir une vie française.



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