Préparation,
organisation,
appréhensions,
et premiers messages avant-coureurs ...
Vendredi 10 février 2017,
Un an,
il y a un an je recevais ce message de l'Institut Français qui assombrissait considérablement l'horizon de cette aventure.
Au regard de l'année passée, cela n'a été qu'un tout petit caillou
dans une chaussure qui a parcouru un chemin parsemé de bien plus d'obstacles.
Aurais-je dû continuer l'aventure ?
Même en connaissant tous les accidents qui allaient transformer le rêve ?
En ce moment précis,
où mon corps se remet péniblement de la dépression dans lequel je l'ai mis
à force de résister contre vents et marées, j'ai vraiment des doutes.
Mais quelque chose me dit que quoiqu'il advienne des années à venir,
c'est un mal pour des jours meilleurs.
Dans notre dernier échange, je vous avais laissé dans mes souvenirs pédagogiques d'août et septembre derniers.
Après ça,
plus grand chose ...
Quelques soirées arrosées avec les compères Cheng Wei et Ha Bao,
ce dernier ayant rejoint, grâce à un cadeau de première, la confrérie des fumeurs de pipe,
un ou deux dîners, seul ou accompagné de mes amis locaux,
une visite à Taipei pour revoir les amis et les anciens élèves,
et je suis rentré en Europe avec le sentiment multivalent d'une aventure somme toute artistiquement honorable, avec cet arrière-goût de trop peu, de ratés, de tristesse quant à ce que j'avais imaginé humainement et chorégraphiquement.
Cheng Wei m'a accompagné seul, à l'aéroport.
Wan Chu a vaguement évoqué sa venue mais nous savions déjà tous les deux qu'il y avait de grandes chances qu'elle ne soit pas là.
L'avant-veille de mon départ,
quand nous avions finalement, après trois tentatives infructueuses avec les filles,
bu cette bière que Jim avait acheté pour mon anniversaire,
nous n'avions senti que peu d'enthousiasme au fait de devoir se lever si tôt pour aller à l'aéroport.
Il y avait certes le fait que ça n'était pas une grande séparation, mais là aussi, des choses s'étaient cassées.
La jeune femme avait déjà annoncé à son chorégraphie et presque ami,
qu'il faudrait qu'ils se séparent un temps après cette pièce pour sauvegarder cette amitié fragile.
Je rentrai donc chez moi dans une sorte de serénité relative en sursis,
avec moins de tristesse de ce côté du monde puisque je revoyais mes amis dans un mois.
J'avais retrouvé un calme certain, dont je savais déjà la courte durée.
Jusqu'à ce que je me lance dans l'organisation de ce mois d'octobre ô combien chargé,
et dans la transformation de ce que nous avions fait sur le plateau bien agréable de Weywuyin,
en quelque chose de tout aussi bon dans la jolie petite boîte des Chartreux,
sans parler de ce qui pouvait se passer avec les françaises.
De ce point de vue-là, je me tenais prêt à toute éventualité.
Abandon de l'une ou de l'autre, voire des deux, avec les options de remplacements possibles,
suite de la série des petites phrases distillées à chaque répétition,
ou ma foi, sait-on jamais, une entrée dans l'ordre de tous les tracas suite au retour au pays natal.
Septembre s'est passé dans ce calme certain.
Je me suis concentré sur mes cours,
leur contenu, les musiques (dont certaines avaient déjà été composées à Taiwan dans les semaines précédant mon départ),
il me fallait préparer quelque chose de solide pour que je puisse enseigner le cerveau léger jusqu'à la Toussaint.
J’ai aussi engagé la promotion de l’événement en France, tant que j’en avais encore le temps.
Comme Hsuan Hao, le photographe, avait enfin pu faire le tri dans toutes ses photos,
j'ai confectionné flyers, programme, et choisi des photos en cas d’hypothétique demande journalistique.
Pour le flyer, je décide de garder une photo de groupe du prologue.
mais comme je n'aime pas ce que j'y fais, je décide de me faire disparaître.
Je choisis aussi des instants où chaque interprète est seul.
Je ne sais pas encore ce que je vais en faire mais bon, on verra ...
Comme mes amis du théâtre me demandent très vite une photo pour leur programme
et la promotion du spectacle,
je leur donne la seule que j'ai eue avant que Hsuan Hao ait eu le temps de faire le tri :
celle de Cheng Wei Shiva
Il a fallu aussi avancer sur le problème Pôle emploi survenu il y a quinze jours
et envoyer le plus de pièces possibles dans celles qu'ils ont demandé.
Mais le plus difficile, et de loin, a été de répondre à tous les gens que je croisais à mon retour
quand on me demandait : « alors ? ça s'est bien passé ? »
La réponse pouvait difficilement être positive,
mais quoi dire quant aux raisons de l'échec de cette aventure ?
Il y a eu plusieurs niveaux de réponse, selon le degré d'intimité, la connaissance des épisodes précédents, celle du monde de la danse.
Dans les réactions pas mal d'étonnement.
Parce que personne ne s'attendait à ce que Marie puisse perdre pied à ce point,
et que l'enthousiasme d'Élise lors de son voyage précédent ne laissait pas présager d'un changement d'opinion aussi radical.
Une fois les cours « installés », j'ai commencé à penser au mois suivant.
Pour l'hébergement, j'avais la chance d'avoir deux endroits magnifiques.
La maison de Jennifer, où j'étais sûr qu'ils seraient encore plus choyés que des coqs en pâte,
(il m'était dorénavant INTERDIT de ne pas confier à Jennifer ces amis taïwanais)
et l'appartement sur le Vieux-Port de mon ami Jean-Max, aussi pratique que magnifique.
Pour les répétitions, le Pavillon Noir avait répondu présent : nous avions huit possibilités d’occupation de studios (journées ou demi-journées).
Pour le reste, j'avais toujours la chance de pouvoir répéter dans les studios dans lesquels je donne les cours.
Avec ça, et le planning de tout le monde, j'allais pouvoir concocter un planning,
en tenant compte de l'envie des taïwanais d'aller visiter Paris
et en incluant un peu de tourisme, du temps pour le shopping,
et, si tout se passe bien, quelques fêtes.
Pour les transports, il fallait envisager des abonnements RTM
(pour les non marseillais, c'est notre régie de transport locale),
voir ce qui était le moins cher pour les allers retours à Aix et pour l’éventuel voyage parisien.
Quant à la création en elle-même, il fallait déjà réinvestir les saynètes parlées.
Le comptage en français, devenait le comptage en chinois,
le « Claude, they don't understand » ne pouvait plus devenir un « Cheng Wei, they don't understand » parce que nous l'avions déjà fait dans la Septième Nuit.
Il fallait aussi trouver une manière d'amener l'histoire des poubelles :
comme le tableau des « chaises » était interrompu par la musique du ramassage des poubelles à Kaohsiung,
il fallait, contrairement à là-bas, expliquer de quoi il s'agissait,
et puis, il fallait se poser la question des parties qu'a écrit Cheng Wei :
Le quatuor, le "nightlife", les chaises,
stop ou encore ? et avec qui ?
La dernière décision réellement actée était "on fait le job à Taiwan mais pas en France"
mais c'était le fameux 2 août.
Les choses avait sûrement évolué entre temps, surtout après l’avoir dansé devant un public ... mais jusqu'où ? et dans quelle direction ?
Pour Marie, j'ai eu des éléments de réponse assez rapidement.
Comme elle est revenue prendre les cours,
elle m'a très vite demandé quel serait le planning des répétitions.
Je lui ai indiqué ce que je comptais faire.
Il y avait la semaine au théâtre où il me semble indispensable que tout le monde soit là,
pour le reste, je préférais faire l'inverse : qu'elle me donne ses disponibilités.
Et en fonction de sa réponse, de celle d'Élise, des jours où nous pouvions aller travailler au Pavillon Noir, de mes cours, et des disponibilités dans les deux autres salles, je lui dirai les jours où il faudrait qu’elle se rende disponible.
Pour ce qui est du contenu de la pièce, il semblait clair dans son discours
qu'elle danserait les choses telles qu'elles les avaient dansé à Taïwan.
Le retour à la maison avait remis les choses sur des rails plus habituels.
Pour Élise, ça a été bien moins simple.
Alors qu'elle avait, dans un premier temps, annoncé qu'elle arrêtait « l’intermittence du spectacle », elle a changé d'avis et a lancé un appel sur les réseaux sociaux pour avoir le plus de cachets possibles afin de renouveler son statut fin octobre
(tout ça est un peu technique pour ceux qui ne baignent pas dans le monde impitoyable de
« l’intermittence », pour faire court, il fallait qu'elle bosse beaucoup, et le plus possible avant la fin de ce mois).
Cela n'augurait rien de bon pour notre petite création désargentée du début du mois suivant.
Et effectivement, son premier planning de disponibilités a été bien peu rempli
et assorti de la phrase « à modifier en fonction de dates à venir ».
On ne la verrait pas beaucoup,
quatre ou cinq fois tout au plus dont une seule journée avant la générale dans la semaine que nous avions au théâtre.
Quant à la danse, j'ai eu le malheur de lui demander ce qu'elle comptait danser.
« je ne crois pas avoir jamais refusé de danser quoi que ce soit » a été sa réponse.
Nous avons donc rêvé ce qui s'est passé le mois précédent.
L'ambiance ne s'annonçait pas des plus détendues.
À suivre ...
Dommage.
Un an,
il y a un an je recevais ce message de l'Institut Français qui assombrissait considérablement l'horizon de cette aventure.
Au regard de l'année passée, cela n'a été qu'un tout petit caillou
dans une chaussure qui a parcouru un chemin parsemé de bien plus d'obstacles.
Aurais-je dû continuer l'aventure ?
Même en connaissant tous les accidents qui allaient transformer le rêve ?
En ce moment précis,
où mon corps se remet péniblement de la dépression dans lequel je l'ai mis
à force de résister contre vents et marées, j'ai vraiment des doutes.
Mais quelque chose me dit que quoiqu'il advienne des années à venir,
c'est un mal pour des jours meilleurs.
Dans notre dernier échange, je vous avais laissé dans mes souvenirs pédagogiques d'août et septembre derniers.
Après ça,
plus grand chose ...
Quelques soirées arrosées avec les compères Cheng Wei et Ha Bao,
ce dernier ayant rejoint, grâce à un cadeau de première, la confrérie des fumeurs de pipe,
un ou deux dîners, seul ou accompagné de mes amis locaux,
une visite à Taipei pour revoir les amis et les anciens élèves,
et je suis rentré en Europe avec le sentiment multivalent d'une aventure somme toute artistiquement honorable, avec cet arrière-goût de trop peu, de ratés, de tristesse quant à ce que j'avais imaginé humainement et chorégraphiquement.
Cheng Wei m'a accompagné seul, à l'aéroport.
Wan Chu a vaguement évoqué sa venue mais nous savions déjà tous les deux qu'il y avait de grandes chances qu'elle ne soit pas là.
L'avant-veille de mon départ,
quand nous avions finalement, après trois tentatives infructueuses avec les filles,
bu cette bière que Jim avait acheté pour mon anniversaire,
nous n'avions senti que peu d'enthousiasme au fait de devoir se lever si tôt pour aller à l'aéroport.
Il y avait certes le fait que ça n'était pas une grande séparation, mais là aussi, des choses s'étaient cassées.
La jeune femme avait déjà annoncé à son chorégraphie et presque ami,
qu'il faudrait qu'ils se séparent un temps après cette pièce pour sauvegarder cette amitié fragile.
Je rentrai donc chez moi dans une sorte de serénité relative en sursis,
avec moins de tristesse de ce côté du monde puisque je revoyais mes amis dans un mois.
J'avais retrouvé un calme certain, dont je savais déjà la courte durée.
Jusqu'à ce que je me lance dans l'organisation de ce mois d'octobre ô combien chargé,
et dans la transformation de ce que nous avions fait sur le plateau bien agréable de Weywuyin,
en quelque chose de tout aussi bon dans la jolie petite boîte des Chartreux,
sans parler de ce qui pouvait se passer avec les françaises.
De ce point de vue-là, je me tenais prêt à toute éventualité.
Abandon de l'une ou de l'autre, voire des deux, avec les options de remplacements possibles,
suite de la série des petites phrases distillées à chaque répétition,
ou ma foi, sait-on jamais, une entrée dans l'ordre de tous les tracas suite au retour au pays natal.
Septembre s'est passé dans ce calme certain.
Je me suis concentré sur mes cours,
leur contenu, les musiques (dont certaines avaient déjà été composées à Taiwan dans les semaines précédant mon départ),
il me fallait préparer quelque chose de solide pour que je puisse enseigner le cerveau léger jusqu'à la Toussaint.
J’ai aussi engagé la promotion de l’événement en France, tant que j’en avais encore le temps.
Comme Hsuan Hao, le photographe, avait enfin pu faire le tri dans toutes ses photos,
j'ai confectionné flyers, programme, et choisi des photos en cas d’hypothétique demande journalistique.
Pour le flyer, je décide de garder une photo de groupe du prologue.
mais comme je n'aime pas ce que j'y fais, je décide de me faire disparaître.
Je choisis aussi des instants où chaque interprète est seul.
Je ne sais pas encore ce que je vais en faire mais bon, on verra ...
Comme mes amis du théâtre me demandent très vite une photo pour leur programme
et la promotion du spectacle,
je leur donne la seule que j'ai eue avant que Hsuan Hao ait eu le temps de faire le tri :
celle de Cheng Wei Shiva
Il a fallu aussi avancer sur le problème Pôle emploi survenu il y a quinze jours
et envoyer le plus de pièces possibles dans celles qu'ils ont demandé.
Mais le plus difficile, et de loin, a été de répondre à tous les gens que je croisais à mon retour
quand on me demandait : « alors ? ça s'est bien passé ? »
La réponse pouvait difficilement être positive,
mais quoi dire quant aux raisons de l'échec de cette aventure ?
Il y a eu plusieurs niveaux de réponse, selon le degré d'intimité, la connaissance des épisodes précédents, celle du monde de la danse.
Dans les réactions pas mal d'étonnement.
Parce que personne ne s'attendait à ce que Marie puisse perdre pied à ce point,
et que l'enthousiasme d'Élise lors de son voyage précédent ne laissait pas présager d'un changement d'opinion aussi radical.
Une fois les cours « installés », j'ai commencé à penser au mois suivant.
Pour l'hébergement, j'avais la chance d'avoir deux endroits magnifiques.
La maison de Jennifer, où j'étais sûr qu'ils seraient encore plus choyés que des coqs en pâte,
(il m'était dorénavant INTERDIT de ne pas confier à Jennifer ces amis taïwanais)
et l'appartement sur le Vieux-Port de mon ami Jean-Max, aussi pratique que magnifique.
Pour les répétitions, le Pavillon Noir avait répondu présent : nous avions huit possibilités d’occupation de studios (journées ou demi-journées).
Pour le reste, j'avais toujours la chance de pouvoir répéter dans les studios dans lesquels je donne les cours.
Avec ça, et le planning de tout le monde, j'allais pouvoir concocter un planning,
en tenant compte de l'envie des taïwanais d'aller visiter Paris
et en incluant un peu de tourisme, du temps pour le shopping,
et, si tout se passe bien, quelques fêtes.
Pour les transports, il fallait envisager des abonnements RTM
(pour les non marseillais, c'est notre régie de transport locale),
voir ce qui était le moins cher pour les allers retours à Aix et pour l’éventuel voyage parisien.
Quant à la création en elle-même, il fallait déjà réinvestir les saynètes parlées.
Le comptage en français, devenait le comptage en chinois,
le « Claude, they don't understand » ne pouvait plus devenir un « Cheng Wei, they don't understand » parce que nous l'avions déjà fait dans la Septième Nuit.
Il fallait aussi trouver une manière d'amener l'histoire des poubelles :
comme le tableau des « chaises » était interrompu par la musique du ramassage des poubelles à Kaohsiung,
il fallait, contrairement à là-bas, expliquer de quoi il s'agissait,
et puis, il fallait se poser la question des parties qu'a écrit Cheng Wei :
Le quatuor, le "nightlife", les chaises,
stop ou encore ? et avec qui ?
La dernière décision réellement actée était "on fait le job à Taiwan mais pas en France"
mais c'était le fameux 2 août.
Les choses avait sûrement évolué entre temps, surtout après l’avoir dansé devant un public ... mais jusqu'où ? et dans quelle direction ?
Pour Marie, j'ai eu des éléments de réponse assez rapidement.
Comme elle est revenue prendre les cours,
elle m'a très vite demandé quel serait le planning des répétitions.
Je lui ai indiqué ce que je comptais faire.
Il y avait la semaine au théâtre où il me semble indispensable que tout le monde soit là,
pour le reste, je préférais faire l'inverse : qu'elle me donne ses disponibilités.
Et en fonction de sa réponse, de celle d'Élise, des jours où nous pouvions aller travailler au Pavillon Noir, de mes cours, et des disponibilités dans les deux autres salles, je lui dirai les jours où il faudrait qu’elle se rende disponible.
Pour ce qui est du contenu de la pièce, il semblait clair dans son discours
qu'elle danserait les choses telles qu'elles les avaient dansé à Taïwan.
Le retour à la maison avait remis les choses sur des rails plus habituels.
Pour Élise, ça a été bien moins simple.
Alors qu'elle avait, dans un premier temps, annoncé qu'elle arrêtait « l’intermittence du spectacle », elle a changé d'avis et a lancé un appel sur les réseaux sociaux pour avoir le plus de cachets possibles afin de renouveler son statut fin octobre
(tout ça est un peu technique pour ceux qui ne baignent pas dans le monde impitoyable de
« l’intermittence », pour faire court, il fallait qu'elle bosse beaucoup, et le plus possible avant la fin de ce mois).
Cela n'augurait rien de bon pour notre petite création désargentée du début du mois suivant.
Et effectivement, son premier planning de disponibilités a été bien peu rempli
et assorti de la phrase « à modifier en fonction de dates à venir ».
On ne la verrait pas beaucoup,
quatre ou cinq fois tout au plus dont une seule journée avant la générale dans la semaine que nous avions au théâtre.
Quant à la danse, j'ai eu le malheur de lui demander ce qu'elle comptait danser.
« je ne crois pas avoir jamais refusé de danser quoi que ce soit » a été sa réponse.
Nous avons donc rêvé ce qui s'est passé le mois précédent.
L'ambiance ne s'annonçait pas des plus détendues.
À suivre ...
Dommage.







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