Création franco-taïwanaise de Claude Aymon et Cheng Wei Huang

pour les deux compagnies c2a et WeiDanceCompany,

In Wei est une vision croisée des deux chorégraphes

sur sur ces aspects qui séparent l’est de l’ouest, l’Asie de l’Europe.

Après avoir travaillé chacun dans le pays de l’autre,

ils ont décidé de parler de tout ça par le langage qu’ils ont en commun, celui du corps.

Les danseurs des deux compagnies ont travaillé tour à tour avec les deux chorégraphes

à la fois en France et à Taïwan,

avec une première taïwanaise à Kaohsiung en août 2016 et une première française à la Toussaint.

jeudi 26 janvier 2017

18-20-23/08/16 - Taiwan 4e partie - Cijin et Sizhiwan

Retrouver ses coins préférés 
découvrir de nouvelles choses, 
s'émerveiller encore du soleil et de la mer
et toujours, prendre le temps                 










Sizhiwan, Cijin, Gushan,
des coins de bord de mer où j’aime retourner.

Avec les semaines chargées de travail, et tout ce qu’il y a eu autour,
je n’étais plus rendu dans un de mes lieux de quiétude depuis presque un mois.
Nous étions bien allés à Cijin avec les filles
mais c’était sur la grande plage, pas dans ces endroits tranquilles où il y a moins de monde.
et nous y étions allés en voiture par le sud, 
je n’ai pas pu partager avec elles, la traversée du chenal en ferry 
qui rend cette balade tellement pittoresque.
Alors le premier jeudi après les spectacles, 
malgré une grosse contracture qui me bloquait tout le coté droit du dos,
j’ai pris le métro à la gare pour rejoindre Gushan.
Il y avait de la brume ce soir-là, 
et avec mon appareil j’ai eu un peu de mal à faire des choses qui me plaisent vraiment.



Moins de choses à partager visuellement avec vous,
si ce n’est vous décrire ici ce plaisir de retourner en terre connue,
où j’ai mes repères, 
où je sais que l’émerveillement m’attend derrière ce rocher,
en haut de cet escalier,
assis à cet endroit en sirotant cette gorgée de thé,
en regardant les pêcheurs.

À Taiwan, les choses vont vite,
et quand on veut qu’un quartier change, on ne chôme pas.
Gushan jouxte l’ancienne voie ferrée d’où partaient les marchandises arrivées au port.
Les docks, maintenant vides depuis le transfert de ces activités plus loin au nord et au sud,
sont devenus des cafés, un cinéma, des résidences d’artistes, 
un lieu de promenade pour les locaux et les touristes.
La ville veut que le quartier se transforme.
Alors Gushan change, 
à grande vitesse, encore et encore.
À la place de cet immeuble abandonné devant lequel je suis passé au printemps,
on construit déjà quelque chose.
On rénove les carreaux de la promenade qui relie Gushan à Sizhiwan,
on améliore la desserte en bus.

Le quartier n’est déjà plus le même 
depuis la première fois où j’y ai mis les pieds il y a quatre ans.

Depuis ce petit port, j’ai toujours un dilemme.
Prendre le ferry pour aller en face à Cijin,
marcher jusqu’à la porte nord, vestige d’une Kaohsiung post médiévale, 
et de là, m’installer au belvédère,
ou prendre le bus jusqu’à la digue pour regarder les pêcheurs 
(que je peux aussi rejoindre à pied par le tunnel qui, sous la colline de Gushan, relie le port à la faculté)

Quand je suis arrivé à Gushan ce premier jeudi, 
Il faisait déjà quasiment nuit.
J’avais juste le temps d’aller au belvédère après la porte nord.



J’y suis retourné dès le samedi avec Cheng Wei.
Nous sommes partis plus tôt,
et bien sûr, en scooter.
Pas de brume ce jour-là, 
une vue tout aussi dégagée que quand nous y étions allés un mois plus tôt.
Mais c’était le début d’un week-end, 
avec sa noria de cars de touristes chinois, et ses parkings complets.

Ça ne nous a pas empêchés d’apprécier cette vue sur la mer de Chine, 



ni de nous étonner, de la manière qu’ont certains rendaient hommage à ce panorama.



Le ciel étant facétieux sous ces latitudes,
quand les lumières approchent du crépuscule, on ne distingue pas toujours ce qu’il y a au loin.
Et ce splendide soleil, dont nous attendions tous la plongée dans l’horizon,
est allé se cacher derrière les nuages du large.



Nous avons laissé partir certains photographes déçus ainsi que les flots de touristes, 
pour voir comment évoluait la situation.
Une fois le soleil caché, il y avait encore plein de possibles.
Et puis même, s’il ne se passait plus rien de nouveau,
de rester là, tranquille, en ne pensant à rien, 
du moins à pas grand chose,
en arrivant presque à ne plus parler du mois écoulé,
c’était presque somptueux.



Nous avoisinions les 18h30 et , 
comme à Liu Qiu, le second jour à midi,
la principale inquiétude de mon ami était :
quoi manger et où ?
Question qui en appelait une autre, qui cette fois-ci, m’était adressée :
« qu’est-ce que tu veux manger ? »
À laquelle je répondais huit fois sur dix :
« je n’en sais rien, Cheng Wei ! »
ce qui désespérait mon hôte.

Pendant sa phase de recherche intensive, je continue à prendre quelques photos.
D’autant que le ciel change encore.



En bon européen qui voit poindre des nuages, j’ai dit « on rentre »
ce que Cheng Wei n’entend jamais …
Il ne bougera pas jusqu’à ce qu’il trouve « l’endroit ! »
Je l’ai donc laissé chercher.



Alors que la nuit tombe presque, 
mais pas encore la pluie.
Il me rejoint sur le parking et me tend mon casque.
Il a trouvé.
Nous partons.

Son choix s’est porté sur Lon gue -  龍哥
le frère du dragon.
C’est un restau du côté du temple où nous étions allé au printemps.
Je suis toujours inquiet par rapport à la pluie,
au retour dans la nuit noire sur une route glissante,
mais bon Cheng Wei s’en fiche,
je suis.

Nous atterrissons dans un endroit similaire au restaurant de la fosse aux sangliers de Liu Qiu.
Une grande cantine avec ses nappes en toile cirée.
Ici, beaucoup de fruits de mer.
Sauf qu’il est 19h30, et à Taiwan, le dîner est déjà bien engagé.
Comme on ne sert que ce qu’on a, il manque plein de choses.
Alors, nous avons mangé plus de viande que de poisson,
mais on s’est quand même régalé.
Moment triplement agréable 
parce que non seulement, la pluie a attendu que nous soyons installés pour mouiller les sièges des scooters  mais en plus, nous avons eu droit à un récital de sitar que l’on appelle ici gu zhen - 古箏,



et pour finir, 
pour s’excuser des choses que nous voulions et qui n’étaient plus en cuisine, 
on nous a offert le dessert.
Des patates douces enrobées de caramel encore chaud.
On plonge les morceaux dans l’eau froide 
et on a la cousine exotique de la pomme d’amour.



Le joueur gu zhen a joué des airs traditionnels,
des comptines pour les enfants de la table d’à côté,
et ces tubes, hélas, interplanétaires, que sont certaines chansons américaines.



Quand j’ai demandé si je pouvais prendre des photos,
le musicien a demandé à Cheng Wei d’où je venais 
et j’ai eu droit à quelques notes de ce qui évoquait la France pour lui,
notamment un air qui avait l’avantage de convenir à tout l’auditoire 
quelque soit son âge ou son pays d’origine :
la comptine « frère Jacques » …

Nous avons attendu que la pluie cesse,
payé une note « exorbitante » : 8 euros par personne,
et le temps de la digestion, nous sommes allés fumer sur le banc de la petite cour tout proche,
où les vagues de la même mer de Chine n’incitaient qu’à une chose,
savourer ce mélange de tabac blond fleuri et se taire.



Je parlais de ce banc, 
quelque part sur le Web,
vous le trouverez ici.

Quant à Cijin, je n’y suis retourné qu’une fois.
Un mardi, après les cours.
Il n’y avait pas grand monde, sur le ferry,
et un ciel qui tenait ses promesses.
Je me suis d’abord installé côté est pour admirer le port de Kaohsiung, 
la ville et ses gratte-ciels qui faisaient la fierté de ses habitants,
ces embarcations de toute taille,



dont toujours ces bateaux, sur lesquels je ne désespère pas de monter un jour.



Je regardais ces pêcheurs qui partaient travailler 
quand j’ai été attiré par le rayon presque orange du soleil à travers les vitres du ferry.
J’ai vite fait le tour
pour assister à ce spectacle là :



Ce genre de situation où il suffit de sortir de l’appareil,
de le tenir à peu près droit et d’appuyer sur le bouton.

J’ai débarqué à Cijin en route pour la sérénité.
J’ai pris à droite, longé le chenal,
passé l’allée où s’installe les pêcheurs,
et tout au bout, j’ai escaladé quelques rochers.



Je me suis installé là,
et j’ai attendu,
jusqu’à ce moment très précis,
qu’une photo a du mal à dire.
Ce moment-là, 
juste au crépuscule, 
où installé au creux des rochers, 
on se dit :
"ça y est, c'est fini... maintenant il faut rentrer" 
mais où on reste encore un peu pour entendre la mer.

Un jour, j’arriverai à capter cet instant,
et à le partager avec vous en image, d’une manière ou d’une autre,
mais ce soir-là, comme bien d’autres auparavant, 
je suis resté sans bouger, sans rien dire, 
et j’ai attendu qu’on n’y voit presque plus dans les rochers.

Et puis, je suis rentré.
Par le même chemin.
Cijin s’était parée de ses couleurs de nuit.



L’allée était presque vide,
contrairement à la digue nord, il y a peu de pêcheurs le soir.



J’ai repris le ferry,
et le 218.
On a traversé Gushan et Yanchenbu 
et je suis descendu à Hebei road, mais un peu plus bas,
en aval de l’appartement.

J’ai acheté des petites bouchées à la viande et aux légumes dans un snack,
j’ai apprécié le calme relatif de ce bord de canal,
j’ai souri de voir ces deux vieux qui avaient l’air de refaire le monde debout,
alors que le chien de l’un des deux était assis sur un banc de pierre,
j’ai été étonné par cette joggeuse 
qui s’est arrêté devant le temple pour prier et a repris sa course.
Il y avait aussi ces deux églises,
ce supermarché bio,
ce second temple avec des bancs pour pouvoir l’admirer de l’autre côté du canal,
et puis il y a toutes ces choses encore,
du quotidien d’ici,
que j’aime parfois ou que je trouve étonnantes

et sur lesquels il faudra que j’écrive.



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