Naviguer à vue, encaisser les coups,
sans Fred mais avec Sylvain.
Revoir le tout à la baisse ...
Parce qu'au final, ça en vaut le coup
sans Fred mais avec Sylvain.
Revoir le tout à la baisse ...
Parce qu'au final, ça en vaut le coup
Je vous ai dit, il y a quelques articles,
que j’avais arrêté de noter quotidiennement tout ce qui s’était passé dans cette aventure.
En fait, ça n’est pas tout à fait vrai :
si pour la plupart du séjour des taïwanais en Europe,
je n’ai effectivement plus pris le temps d’écrire,
quelques moments ont été consignés en détail dans mes carnets.
Il y a eu les grands jours, les vrais,
ceux où les émotions ont été fortes,
où j’ai voulu ne pas oublier comment j’avais vécu l’aboutissement de tout,
mais aussi ceux où des bonheurs miniatures - plutôt rares et si bons à vivre -
sont apparus simplement,
en contrepoints de ces autres journées où les petites phrases,
continuant leur entreprise de démolition, ont fait leur retour.
La rentrée avait déjà fait beaucoup de dégâts.
La publication des premiers articles de l’été n’ont fait qu’éloigner encore plus de moi
les deux françaises de l’aventure.
Et si Marie a rempli en toute loyauté ce qu’elle estimait être la part du contrat,
Élise s’est autorisée un service minimum agrémenté de petites actions pas très positives dont elle a le secret.
Il a fallu rajouter à tout ça, l’absence d’un élément clé des dernières lignes droites :
notre Fred.
Créateur lumière, photographe, et bonhomme particulièrement remarquable,
il amenait une certaine douceur dans notre entrée au théâtre.
Il me débarrassait de la lourde charge de la création lumière,
tempérait parfois les discussions,
calmait le jeu par son humour,
prenait de temps à autres des photos qui en disaient tellement long sur ce que nous étions.
Avec l’autre élément presque extérieur, ce cher Sylvain,
ils donnaient aussi un autre éclairage à la création (c’est bien le cas de le dire)
par leur vision souvent décalée des choses.
Vu l’ambiance et les finances, j’avais demandé à Sylvain d’arriver le plus tard possible.
D’autant que certaines décisions dont je vous parlerais un peu plus tard ont rendu sa présence différemment utile.
Notre Fred était donc loin, dans une belle tournée.
Nous n’avons pas eu de ces visites en répétitions
et donc, il a cruellement manqué à notre entrée au théâtre.
La casquette de créateur lumière étant orpheline,
je l’ai donc mise par dessus les autres et organisé le planning en fonction.
D’habitude, pendant que je répétais, Fred réfléchissait, testait, proposait …
Là, il a fallu que je trouve du temps pour faire ... ce qu’il faisait,
mais sans son immense savoir-faire.
Un volant d’heures habituellement alloué aux répétions a été destiné à tout ça.
Heureusement, dans mon malheur, Claude (un autre !),
qui fait souvent les régies au théâtre, nous a sauvé la mise en s’installant aux manettes.
Mais il a fallu que j’imagine, que je décide
comment mettre en valeur cette pièce dont je doutais tant
sans l’immense talent du grand absent.
En rajoutant à tout ça le fait que mon collègue Cheng Wei
n’avait jamais fait de création lumière « dans l’urgence »,
étant habitué soit à avoir un créateur, soit à avoir du temps pour le faire tranquillement,
nous avons pris bien plus de temps qu’il n’aurait fallu pour tout ça,
entrainant la disparition du planning d'un filage technique
(et sa série de petites phrases assassines ...).
Pendant ces cinq semaines,
il m’a fallu bien de l’énergie
pour gérer ce groupe de quatre asiatiques
qui ont eu parfois des velléités d’indépendance dans un monde qu’ils ne connaissent pas
et qui, comme beaucoup d’humains en vase clos, ont commencé à avoir besoin d’air.
J’ai rattrapé des recettes de cuisine mal googlisées,
expliqué un énième fois pourquoi il fallait toujours avoir son passeport sur soi,
mais pas dans cette poche-là, accessible à n'importe qui,
j’ai dispatché le groupe dans les deux appartements à ma disposition
pour apaiser des tensions, (Jennifer, Jean-Max, merci encore !)
avec la logistique supplémentaire que ça a entraîné,
j’ai récupéré celui-ci déprimé seul devant sa bière,
celle-là en larmes parce qu’un mot de trop avait été dit (ou pas sur le bon ton)
Il m’a fallu aussi une certaine dose de patience pour mener les répétitions à vue,
avec un nombre conséquent de changements de plannings,
en pesant mes mots pour éviter tout conflit,
en mettant de côté la série de petites phrases distillées ça et là
(difficile d'oublier l’épisode « s’il ne me paye pas, je ne viens pas aux répétitions … parce que depuis quinze que je bosse gratuitement … » rude à avaler quand la plupart du temps c'est sur mes autres salaires que je paie tout le monde).
Le tout en prenant soin de garder un peu de « jus » pour assurer mes cours de façon la plus honnête, mes élèves n'étant pour rien dans toute cette histoire.
Plus trop le temps ni l'énergie de prendre des chemins de traverse.
Il a fallu aller à l’essentiel pour mener au bout de la dernière ligne cette drôle de création
en débarrassant de ce qui me semblait le moins important.
La principale victime a été la création vidéo.
Première étape : envisager une version « light »
en ne gardant que le strict nécessaire
comme la transition de l’oiseau,
la séquence des chaises,
les images des bains pour « hotsprings »,
et quelques photos clés pour certains duos.
Ça donnait une version appauvrie mais honorable.
Deuxième étape : faire un deuil de la bonne idée des chaises.
Comme je vous l’avais expliqué dans l’article sur la version française de « in wei »,
pendant la scène des chaises créées par Cheng Wei,
j’avais eu l’idée de transférer à l’écran, ce que nous les français, dansions
quand il y avait deux partitions de danse .
En dehors du fait que je trouvais marrante l’idée de nous voir sortir de scène
pour apparaître à l’écran,
cela me permettait d’ouvrir l’espace en donnant plus de profondeur au plateau,
et de gagner du temps en répétitions
(du moment où on avait une prise où nous dansions sans faute tous les trois,
plus besoin de prendre du temps pour le répéter).
Mais plusieurs événements m’ont poussé à être plus radical.
D’abord, le planning au théâtre.
Avec la vitesse d’avancement des répétitions, et le changement fréquent des disponibilités de certaines danseuses, je voyais de plus en plus mal quand nous aurions le temps de filmer cette partie sereinement.
Ensuite, le nouvel écran.
Jusque là, il y avait au théâtre un écran qui prenait toute la surface du mur du fond.
Mais cet écran qui n’appartenait pas au théâtre a été déménagé,
et nous nous retrouvions avec un écran deux fois plus petit avec des montants en bois très apparents.
Ça n’allait pas du tout avec l’utilisation que j’avais en tête,
notamment en terme d’ouverture d’espace.
J'ai donc dû me résoudre à en arriver à la troisième étape :
l’abandon de la création vidéo
et une entrée en jeu de Sylvain plus tardive que les saisons précédentes.
Exit les semaines de recherches d’images,
les montages de petits films,
les débuts de calage sur les musiques,
faire le deuil de ces heures de boulot.
Mais à toute chose malheur est bon,
j'avais plus de temps pour sur le reste,
le mouvement, l’espace,
et danser à six sur ce petit plateau nécessitait une réflexion certaine.
Comme il semblait y avoir une sorte d’accord tacite
sur le fait que ce qui avait été dansé à Taïwan serait dansé ici,
il ne restait plus qu’à se focaliser sur l’existant en l’organisant in situ.
Les répétitions se sont déroulées sans accroc majeur dans une ambiance presque neutre
où je sentais à peine le fait qu’on voulait me faire payer la parution sur le blog des articles sur l’été passé.
Marie est redevenue ce qu’elle était avant l’épisode estival
(au point que Wan Chu nous a dit à la première répétition française de l’oiseau « it’s not the same person »),
et la mémoire de tout le spectacle est revenue très vite vue la proximité des dernières représentations.
Pour les parties créées par Cheng Wei, je me suis octroyé quelques heures de repos en arrivant plus tard.
Il a travaillé seul avec Élise au Pavillon Noir, le jour de la semaine où elle a été disponible.
J’ai aussi calé le quatuor en fin de journée dans les plannings,
ce qui permettait de souffler entre les répétitions et les cours.
C’était étonnant de voir des sourires apparaître ça et là,
de voir des partitions exécutées sans difficulté majeure
alors que deux mois avant, elles étaient annoncées comme irréalisables …
À la fin de notre séjour au Pavillon Noir,
Élise se raccrochant aux branches les jours où elle passait du temps avec nous,
toutes les danses déjà éprouvées à Taïwan étaient regardables.
Hormis les chaises (que nous ne pouvions régler qu’au théâtre),
les problèmes d’espace semblaient être résolus.
Il ne nous restait qu’une danse à vivre : le final.
Pour cette partie, j’avais prévu une partition pour chaque entité reconnaissable :
filles, garçons, français, taïwanais
avec, à l’image du prologue, tout un tas de combinaisons et d’enchevêtrements
comme je les aime.
Il y avait aussi quelques danses d’ensemble.
La danse des garçons a été facilement calée,
celle des taïwanais aussi.
Pour le reste, vu le planning, ça devenait plus compliqué.
Il me fallait, dans le peu de temps où tout le monde était là,
monter la danse des filles, travailler les danses d’ensemble et celle des français.
J’ai pris le temps qu’il fallait pour le quatuor féminin car j’avais une idée bien précise de structure dansée aux quatre coins de la scène avec le duo masculin au centre en contrepoint.
Pour les ensembles, j’ai fait comme pour les créations précédentes
en travaillant le matériau en cours ce qui nous permettait de gagner du temps en répétition.
Mais comme Élise, contrairement à Marie, n’est pas revenue en cours,
cela demandait quand même un temps supplémentaire dans les temps en studios.
J’ai organisé l’écriture de manière à ce qu’elle ait le moins de choses à apprendre
(créations personnelles, reprises de choses déjà dansées dans le reste de la pièce)
et ma foi, en n’étant pas trop exigeant,
cela rendait quelque chose qui s’approchait de ce que j’avais imaginé.
En revanche, j’ai sacrifié la danse des français en développant le trio taïwanais.
Voilà où on en était avant de rentrer au théâtre.
que j’avais arrêté de noter quotidiennement tout ce qui s’était passé dans cette aventure.
En fait, ça n’est pas tout à fait vrai :
si pour la plupart du séjour des taïwanais en Europe,
je n’ai effectivement plus pris le temps d’écrire,
quelques moments ont été consignés en détail dans mes carnets.
Il y a eu les grands jours, les vrais,
ceux où les émotions ont été fortes,
où j’ai voulu ne pas oublier comment j’avais vécu l’aboutissement de tout,
mais aussi ceux où des bonheurs miniatures - plutôt rares et si bons à vivre -
sont apparus simplement,
en contrepoints de ces autres journées où les petites phrases,
continuant leur entreprise de démolition, ont fait leur retour.
La rentrée avait déjà fait beaucoup de dégâts.
La publication des premiers articles de l’été n’ont fait qu’éloigner encore plus de moi
les deux françaises de l’aventure.
Et si Marie a rempli en toute loyauté ce qu’elle estimait être la part du contrat,
Élise s’est autorisée un service minimum agrémenté de petites actions pas très positives dont elle a le secret.
Il a fallu rajouter à tout ça, l’absence d’un élément clé des dernières lignes droites :
notre Fred.
Créateur lumière, photographe, et bonhomme particulièrement remarquable,
il amenait une certaine douceur dans notre entrée au théâtre.
Il me débarrassait de la lourde charge de la création lumière,
tempérait parfois les discussions,
calmait le jeu par son humour,
prenait de temps à autres des photos qui en disaient tellement long sur ce que nous étions.
Avec l’autre élément presque extérieur, ce cher Sylvain,
ils donnaient aussi un autre éclairage à la création (c’est bien le cas de le dire)
par leur vision souvent décalée des choses.
Vu l’ambiance et les finances, j’avais demandé à Sylvain d’arriver le plus tard possible.
D’autant que certaines décisions dont je vous parlerais un peu plus tard ont rendu sa présence différemment utile.
Notre Fred était donc loin, dans une belle tournée.
Nous n’avons pas eu de ces visites en répétitions
et donc, il a cruellement manqué à notre entrée au théâtre.
La casquette de créateur lumière étant orpheline,
je l’ai donc mise par dessus les autres et organisé le planning en fonction.
D’habitude, pendant que je répétais, Fred réfléchissait, testait, proposait …
Là, il a fallu que je trouve du temps pour faire ... ce qu’il faisait,
mais sans son immense savoir-faire.
Un volant d’heures habituellement alloué aux répétions a été destiné à tout ça.
Heureusement, dans mon malheur, Claude (un autre !),
qui fait souvent les régies au théâtre, nous a sauvé la mise en s’installant aux manettes.
Mais il a fallu que j’imagine, que je décide
comment mettre en valeur cette pièce dont je doutais tant
sans l’immense talent du grand absent.
En rajoutant à tout ça le fait que mon collègue Cheng Wei
n’avait jamais fait de création lumière « dans l’urgence »,
étant habitué soit à avoir un créateur, soit à avoir du temps pour le faire tranquillement,
nous avons pris bien plus de temps qu’il n’aurait fallu pour tout ça,
entrainant la disparition du planning d'un filage technique
(et sa série de petites phrases assassines ...).
Pendant ces cinq semaines,
il m’a fallu bien de l’énergie
pour gérer ce groupe de quatre asiatiques
qui ont eu parfois des velléités d’indépendance dans un monde qu’ils ne connaissent pas
et qui, comme beaucoup d’humains en vase clos, ont commencé à avoir besoin d’air.
J’ai rattrapé des recettes de cuisine mal googlisées,
expliqué un énième fois pourquoi il fallait toujours avoir son passeport sur soi,
mais pas dans cette poche-là, accessible à n'importe qui,
j’ai dispatché le groupe dans les deux appartements à ma disposition
pour apaiser des tensions, (Jennifer, Jean-Max, merci encore !)
avec la logistique supplémentaire que ça a entraîné,
j’ai récupéré celui-ci déprimé seul devant sa bière,
celle-là en larmes parce qu’un mot de trop avait été dit (ou pas sur le bon ton)
Il m’a fallu aussi une certaine dose de patience pour mener les répétitions à vue,
avec un nombre conséquent de changements de plannings,
en pesant mes mots pour éviter tout conflit,
en mettant de côté la série de petites phrases distillées ça et là
(difficile d'oublier l’épisode « s’il ne me paye pas, je ne viens pas aux répétitions … parce que depuis quinze que je bosse gratuitement … » rude à avaler quand la plupart du temps c'est sur mes autres salaires que je paie tout le monde).
Le tout en prenant soin de garder un peu de « jus » pour assurer mes cours de façon la plus honnête, mes élèves n'étant pour rien dans toute cette histoire.
Plus trop le temps ni l'énergie de prendre des chemins de traverse.
Il a fallu aller à l’essentiel pour mener au bout de la dernière ligne cette drôle de création
en débarrassant de ce qui me semblait le moins important.
La principale victime a été la création vidéo.
Première étape : envisager une version « light »
en ne gardant que le strict nécessaire
comme la transition de l’oiseau,
la séquence des chaises,
les images des bains pour « hotsprings »,
et quelques photos clés pour certains duos.
Ça donnait une version appauvrie mais honorable.
Deuxième étape : faire un deuil de la bonne idée des chaises.
Comme je vous l’avais expliqué dans l’article sur la version française de « in wei »,
pendant la scène des chaises créées par Cheng Wei,
j’avais eu l’idée de transférer à l’écran, ce que nous les français, dansions
quand il y avait deux partitions de danse .
En dehors du fait que je trouvais marrante l’idée de nous voir sortir de scène
pour apparaître à l’écran,
cela me permettait d’ouvrir l’espace en donnant plus de profondeur au plateau,
et de gagner du temps en répétitions
(du moment où on avait une prise où nous dansions sans faute tous les trois,
plus besoin de prendre du temps pour le répéter).
Mais plusieurs événements m’ont poussé à être plus radical.
D’abord, le planning au théâtre.
Avec la vitesse d’avancement des répétitions, et le changement fréquent des disponibilités de certaines danseuses, je voyais de plus en plus mal quand nous aurions le temps de filmer cette partie sereinement.
Ensuite, le nouvel écran.
Jusque là, il y avait au théâtre un écran qui prenait toute la surface du mur du fond.
Mais cet écran qui n’appartenait pas au théâtre a été déménagé,
et nous nous retrouvions avec un écran deux fois plus petit avec des montants en bois très apparents.
Ça n’allait pas du tout avec l’utilisation que j’avais en tête,
notamment en terme d’ouverture d’espace.
J'ai donc dû me résoudre à en arriver à la troisième étape :
l’abandon de la création vidéo
et une entrée en jeu de Sylvain plus tardive que les saisons précédentes.
Exit les semaines de recherches d’images,
les montages de petits films,
les débuts de calage sur les musiques,
faire le deuil de ces heures de boulot.
Mais à toute chose malheur est bon,
j'avais plus de temps pour sur le reste,
le mouvement, l’espace,
et danser à six sur ce petit plateau nécessitait une réflexion certaine.
Comme il semblait y avoir une sorte d’accord tacite
sur le fait que ce qui avait été dansé à Taïwan serait dansé ici,
il ne restait plus qu’à se focaliser sur l’existant en l’organisant in situ.
Les répétitions se sont déroulées sans accroc majeur dans une ambiance presque neutre
où je sentais à peine le fait qu’on voulait me faire payer la parution sur le blog des articles sur l’été passé.
Marie est redevenue ce qu’elle était avant l’épisode estival
(au point que Wan Chu nous a dit à la première répétition française de l’oiseau « it’s not the same person »),
et la mémoire de tout le spectacle est revenue très vite vue la proximité des dernières représentations.
Pour les parties créées par Cheng Wei, je me suis octroyé quelques heures de repos en arrivant plus tard.
Il a travaillé seul avec Élise au Pavillon Noir, le jour de la semaine où elle a été disponible.
J’ai aussi calé le quatuor en fin de journée dans les plannings,
ce qui permettait de souffler entre les répétitions et les cours.
C’était étonnant de voir des sourires apparaître ça et là,
de voir des partitions exécutées sans difficulté majeure
alors que deux mois avant, elles étaient annoncées comme irréalisables …
À la fin de notre séjour au Pavillon Noir,
Élise se raccrochant aux branches les jours où elle passait du temps avec nous,
toutes les danses déjà éprouvées à Taïwan étaient regardables.
Hormis les chaises (que nous ne pouvions régler qu’au théâtre),
les problèmes d’espace semblaient être résolus.
Il ne nous restait qu’une danse à vivre : le final.
Pour cette partie, j’avais prévu une partition pour chaque entité reconnaissable :
filles, garçons, français, taïwanais
avec, à l’image du prologue, tout un tas de combinaisons et d’enchevêtrements
comme je les aime.
Il y avait aussi quelques danses d’ensemble.
La danse des garçons a été facilement calée,
celle des taïwanais aussi.
Pour le reste, vu le planning, ça devenait plus compliqué.
Il me fallait, dans le peu de temps où tout le monde était là,
monter la danse des filles, travailler les danses d’ensemble et celle des français.
J’ai pris le temps qu’il fallait pour le quatuor féminin car j’avais une idée bien précise de structure dansée aux quatre coins de la scène avec le duo masculin au centre en contrepoint.
Pour les ensembles, j’ai fait comme pour les créations précédentes
en travaillant le matériau en cours ce qui nous permettait de gagner du temps en répétition.
Mais comme Élise, contrairement à Marie, n’est pas revenue en cours,
cela demandait quand même un temps supplémentaire dans les temps en studios.
J’ai organisé l’écriture de manière à ce qu’elle ait le moins de choses à apprendre
(créations personnelles, reprises de choses déjà dansées dans le reste de la pièce)
et ma foi, en n’étant pas trop exigeant,
cela rendait quelque chose qui s’approchait de ce que j’avais imaginé.
En revanche, j’ai sacrifié la danse des français en développant le trio taïwanais.
Voilà où on en était avant de rentrer au théâtre.
Aux Chartreux, on a retrouvé les potes.
Tous plus ou moins au courant de la situation,
(par le blog ou par ce qu'en ont dit les danseuses) ils ont été exemplaires de neutralité,
en plus de leur chaleur et de leur efficacité habituelles,
et nous ont aidé à avancer aussi vite que possible au fur et à mesure de la résolution des problèmes.
Nous sommes arrivés jeudi soir, jour de générale,
à un spectacle qui se tenait du point de la vue de la danse
dans l’ordre prévu dans l’ « in wei » français,
avec une réorganisation de la séquence des chaises
pour que les taïwanais aient assez d’espace pour danser leur partition ô combien dynamique
et parfois périlleuse.
J’ai eu quelques pincements au coeur en pensant à la vidéo,
mais bon, de toute manière, moi seul savait (du moins imaginait) ce que cela aurait pu donner
si nous avions réussi à tout mener à bien.
Les tensions dans le groupe sont montées au fur et à mesure de l’approche de l’échéance
avec une accélération des « petites phrases » ou l’apparition de conflits
là où il n’y aurait eu habituellement que des « excuses-moi »
ou des rires.
Cela a, bien-sûr, été l'occasion de me rendre responsable de tous ces dysfonctionnements.
Quoiqu'il en soit, nous sommes arrivés entiers à la première avec des danses prêtes.
La vidéo,
la danse,
il restait les textes.
Plus le temps de les écrire vraiment,
comme pour la première de la Septième Nuit,
je m'étais fait la structure de ce que j’avais à dire dans la tête,
j'avais vu avec Cheng Wei pour la scène que nous nous partagions,
et …
Plus le temps pour autre chose.
J’ai bien tenté de m’organiser plus précisément,
de construire des groupes de phrases,
notamment pendant que l’on se chauffait,
mais il m’aurait fallu bien plus de calme qu’il y en a dans ces moments où tout le monde tente comme il peut d’exorciser son trac.
Tous plus ou moins au courant de la situation,
(par le blog ou par ce qu'en ont dit les danseuses) ils ont été exemplaires de neutralité,
en plus de leur chaleur et de leur efficacité habituelles,
et nous ont aidé à avancer aussi vite que possible au fur et à mesure de la résolution des problèmes.
Nous sommes arrivés jeudi soir, jour de générale,
à un spectacle qui se tenait du point de la vue de la danse
dans l’ordre prévu dans l’ « in wei » français,
avec une réorganisation de la séquence des chaises
pour que les taïwanais aient assez d’espace pour danser leur partition ô combien dynamique
et parfois périlleuse.
J’ai eu quelques pincements au coeur en pensant à la vidéo,
mais bon, de toute manière, moi seul savait (du moins imaginait) ce que cela aurait pu donner
si nous avions réussi à tout mener à bien.
Les tensions dans le groupe sont montées au fur et à mesure de l’approche de l’échéance
avec une accélération des « petites phrases » ou l’apparition de conflits
là où il n’y aurait eu habituellement que des « excuses-moi »
ou des rires.
Cela a, bien-sûr, été l'occasion de me rendre responsable de tous ces dysfonctionnements.
Quoiqu'il en soit, nous sommes arrivés entiers à la première avec des danses prêtes.
La vidéo,
la danse,
il restait les textes.
Plus le temps de les écrire vraiment,
comme pour la première de la Septième Nuit,
je m'étais fait la structure de ce que j’avais à dire dans la tête,
j'avais vu avec Cheng Wei pour la scène que nous nous partagions,
et …
Plus le temps pour autre chose.
J’ai bien tenté de m’organiser plus précisément,
de construire des groupes de phrases,
notamment pendant que l’on se chauffait,
mais il m’aurait fallu bien plus de calme qu’il y en a dans ces moments où tout le monde tente comme il peut d’exorciser son trac.
Regroupement de dernière minute pour conjurer le sort.
J'aime bien cette vidéo.
Au delà du mal que l’on a pu se faire, elle montre que nous avons été, avec des degrés d’implication différents, dans la même direction.
Merci Sylvain.
Vendredi 4 novembre, 20h30.
Après un prologue et une danse de l'oiseau un peu fébriles,
j’ai lancé en pâture de manière bien approximative tout ce que j’avais à dire sur Taïwan,
l'Ilha Formosa,
en me rendant compte au fur et à mesure que les mots sortaient de ma bouche,
que ce moment était trop long,
celui-ci mal placé,
qu’il fallait vraiment que je travaille cette partie-là (mais quand ?)
me désolant intérieurement de la médiocrité de ce que je balançais parfois.
Une première décidément bien différente des autres.
Avec des angoisses et des doutes dépassant plus que jamais le trac habituel,
les « on va se foutre de nous » et « tu as pensé aux gens qui viennent nous voir ? » réapparaissant ça et là dans mon cerveau à des moments du spectacle forcément inopportuns.
Difficile d’être complètement dedans du début à la fin.
La casquette de chorégraphe, encore plus fragile qu'à l'accoutumée,
est restée accrochée au sommet de mon crâne bien plus qu’elle ne l’aurait dû.
D’autant que je savais avoir devant moi dans la salle des amis qui venaient de loin,
qui s’attendaient (et sont habitués) à du bien.
(désolé Agnès, désolé …)
Mais ma foi, à l’applaudimètre, et contre toute attente (du moins la mienne),
j’ai ressenti bien plus de contentement que pour la Septième Nuit,
qui était pour moi bien au dessus de ce que l’on venait de présenter.
Les retours qui ont suivi ont été carrément positifs :
quand quelqu’un à qui on a annoncé un spectacle apocalyptique dit :
« par rapport à ce qu’elle m’a dit, c’est le jour et la nuit »
on se dit qu’on ne s’est peut-être moins loupé qu’on le croit.
Les critiques ont été constructives,
les analyses plus poussées ont fait apparaître des faiblesses avec lesquelles (hélas) j'étais d’accord, et ont fait émerger des éléments que je n’avais pas assez pris en compte.
Certaines choses auraient pu être modifiées avant la seconde,
mais je n’avais plus l’énergie pour ça.
J’ai utilisé la force qui me restait pour organiser la journée et repenser les textes,
en fonction de ce que j’avais vécu de l’intérieur et de ce qu’avait donné la première captation vidéo.
Le samedi,
nous avons joué à guichet quasiment fermé.
Essentiellement des potes, mais aussi des gens du milieu de la danse marseillaise qui découvraient mon boulot, d’autres qui n’avaient rien vu depuis un certain temps.
Il y avait aussi la famille de Marie.
La danse fut moins électrique, comme souvent pour les secondes, mais plus précise,
plus affirmée du côté de Marie qui semblait y croire à nouveau.
Les retours encore plus chaleureux que la veille, se sont faits en direct après le spectacle,
(mon coeur a failli chavirer en voyant les deux pouces levés de la mère de Marie pendant les saluts)
mais aussi par messages privés, voire même sur les réseaux sociaux.
Alors il y a bien eu ce « il est nul, il ne sait même pas faire le grand écart »
balancé par Constance, la fille d’Élise, pendant « night life » à la fin du solo de sa maman
(et le fait que j’ai eu à traduire à Cheng Wei en direct sur scène, ce que la jeune fille venait de dire)
mais des messages comme
« heureusement qu'il y a Claude Aymon pour nous faire passer de bonnes soirées à Marseille! »
m’ont vite fait relativiser ces mots d’enfants.
Quant au dimanche,
bien que nous ayons cette fois-ci affiché complet (même un tout petit peu plus …),
ce sont malheureusement les larmes que je retiendrai.
Pas celles d’après spectacle, les « classiques » de dernières,
que l’on partage habituellement avec les anciennes danseuses de la compagnie
qui débarquent souvent ce dernier jour.
Pas celles des taïwanais, signes pour eux d'un retour approchant vers la vraie vie.
Ce dimanche-là, ce que je retiendrai, ce sont mes propres larmes.
Celles versées au moment où le théâtre ouvrait ses portes,
suite à un de ces conflits qui n’aurait pas eu lieu d’être
et qui ont pourtant fait, même si je m’étais promis de le faire, que j’ai craqué.
Que j’ai pleuré
pour de bon,
pas d’énervement, pas de déception,
juste de vraie tristesse et de dégoût,
avec ce sentiment d’injustice d’être passé pour une énième fois pour le salaud de service.
Il était 15h30,
nous attaquions à 16h et la voix de Sylvain a retenti dans les loges :
« maintenant, vous le laissez tranquille … »
Encore de beaux retours cependant,
ceux qui ont confirmé
que les danses de Cheng Wei et les miennes étaient assez proches pour qu’on ne sache pas toujours qui avait créé quoi,
que la co-signature de cette chorégraphie avait été salutaire,
amenant un dynamisme à la pièce que je n’aurais jamais trouvé tout seul,
que j’avais bien fait de ne rien lâcher pour le fameux quatuor,
qui avait exactement véhiculé ce pour lequel il avait été créé :
la vision de la France d'un jeune taïwanais,
que notre idée de base n’avait pas été si mauvaise,
que les danses n’étaient ni trop lentes, ni trop rapides, ni trop kitch.
« in wei » valait bien le coup.
Nous avons fait la fermeture du théâtre,
le temps de rassembler toutes les affaires
et de dire au revoir et merci à toute l’équipe.
Nous avons aidé Éric à rentrer le panneau de promo.
Dès mardi, il y avait un autre spectacle.
Et puis, nous sommes partis chez Jennifer débuter le temps des au revoir
autour d’un dernier dîner une dernière fois tous ensemble.
J'aime bien cette vidéo.
Au delà du mal que l’on a pu se faire, elle montre que nous avons été, avec des degrés d’implication différents, dans la même direction.
Merci Sylvain.
Vendredi 4 novembre, 20h30.
Après un prologue et une danse de l'oiseau un peu fébriles,
j’ai lancé en pâture de manière bien approximative tout ce que j’avais à dire sur Taïwan,
l'Ilha Formosa,
en me rendant compte au fur et à mesure que les mots sortaient de ma bouche,
que ce moment était trop long,
celui-ci mal placé,
qu’il fallait vraiment que je travaille cette partie-là (mais quand ?)
me désolant intérieurement de la médiocrité de ce que je balançais parfois.
Une première décidément bien différente des autres.
Avec des angoisses et des doutes dépassant plus que jamais le trac habituel,
les « on va se foutre de nous » et « tu as pensé aux gens qui viennent nous voir ? » réapparaissant ça et là dans mon cerveau à des moments du spectacle forcément inopportuns.
Difficile d’être complètement dedans du début à la fin.
La casquette de chorégraphe, encore plus fragile qu'à l'accoutumée,
est restée accrochée au sommet de mon crâne bien plus qu’elle ne l’aurait dû.
D’autant que je savais avoir devant moi dans la salle des amis qui venaient de loin,
qui s’attendaient (et sont habitués) à du bien.
(désolé Agnès, désolé …)
Mais ma foi, à l’applaudimètre, et contre toute attente (du moins la mienne),
j’ai ressenti bien plus de contentement que pour la Septième Nuit,
qui était pour moi bien au dessus de ce que l’on venait de présenter.
Les retours qui ont suivi ont été carrément positifs :
quand quelqu’un à qui on a annoncé un spectacle apocalyptique dit :
« par rapport à ce qu’elle m’a dit, c’est le jour et la nuit »
on se dit qu’on ne s’est peut-être moins loupé qu’on le croit.
Les critiques ont été constructives,
les analyses plus poussées ont fait apparaître des faiblesses avec lesquelles (hélas) j'étais d’accord, et ont fait émerger des éléments que je n’avais pas assez pris en compte.
Certaines choses auraient pu être modifiées avant la seconde,
mais je n’avais plus l’énergie pour ça.
J’ai utilisé la force qui me restait pour organiser la journée et repenser les textes,
en fonction de ce que j’avais vécu de l’intérieur et de ce qu’avait donné la première captation vidéo.
Le samedi,
nous avons joué à guichet quasiment fermé.
Essentiellement des potes, mais aussi des gens du milieu de la danse marseillaise qui découvraient mon boulot, d’autres qui n’avaient rien vu depuis un certain temps.
Il y avait aussi la famille de Marie.
La danse fut moins électrique, comme souvent pour les secondes, mais plus précise,
plus affirmée du côté de Marie qui semblait y croire à nouveau.
Les retours encore plus chaleureux que la veille, se sont faits en direct après le spectacle,
(mon coeur a failli chavirer en voyant les deux pouces levés de la mère de Marie pendant les saluts)
mais aussi par messages privés, voire même sur les réseaux sociaux.
Alors il y a bien eu ce « il est nul, il ne sait même pas faire le grand écart »
balancé par Constance, la fille d’Élise, pendant « night life » à la fin du solo de sa maman
(et le fait que j’ai eu à traduire à Cheng Wei en direct sur scène, ce que la jeune fille venait de dire)
mais des messages comme
« heureusement qu'il y a Claude Aymon pour nous faire passer de bonnes soirées à Marseille! »
m’ont vite fait relativiser ces mots d’enfants.
Quant au dimanche,
bien que nous ayons cette fois-ci affiché complet (même un tout petit peu plus …),
ce sont malheureusement les larmes que je retiendrai.
Pas celles d’après spectacle, les « classiques » de dernières,
que l’on partage habituellement avec les anciennes danseuses de la compagnie
qui débarquent souvent ce dernier jour.
Pas celles des taïwanais, signes pour eux d'un retour approchant vers la vraie vie.
Ce dimanche-là, ce que je retiendrai, ce sont mes propres larmes.
Celles versées au moment où le théâtre ouvrait ses portes,
suite à un de ces conflits qui n’aurait pas eu lieu d’être
et qui ont pourtant fait, même si je m’étais promis de le faire, que j’ai craqué.
Que j’ai pleuré
pour de bon,
pas d’énervement, pas de déception,
juste de vraie tristesse et de dégoût,
avec ce sentiment d’injustice d’être passé pour une énième fois pour le salaud de service.
Il était 15h30,
nous attaquions à 16h et la voix de Sylvain a retenti dans les loges :
« maintenant, vous le laissez tranquille … »
Encore de beaux retours cependant,
ceux qui ont confirmé
que les danses de Cheng Wei et les miennes étaient assez proches pour qu’on ne sache pas toujours qui avait créé quoi,
que la co-signature de cette chorégraphie avait été salutaire,
amenant un dynamisme à la pièce que je n’aurais jamais trouvé tout seul,
que j’avais bien fait de ne rien lâcher pour le fameux quatuor,
qui avait exactement véhiculé ce pour lequel il avait été créé :
la vision de la France d'un jeune taïwanais,
que notre idée de base n’avait pas été si mauvaise,
que les danses n’étaient ni trop lentes, ni trop rapides, ni trop kitch.
« in wei » valait bien le coup.
Nous avons fait la fermeture du théâtre,
le temps de rassembler toutes les affaires
et de dire au revoir et merci à toute l’équipe.
Nous avons aidé Éric à rentrer le panneau de promo.
Dès mardi, il y avait un autre spectacle.
Et puis, nous sommes partis chez Jennifer débuter le temps des au revoir
autour d’un dernier dîner une dernière fois tous ensemble.













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