Création franco-taïwanaise de Claude Aymon et Cheng Wei Huang

pour les deux compagnies c2a et WeiDanceCompany,

In Wei est une vision croisée des deux chorégraphes

sur sur ces aspects qui séparent l’est de l’ouest, l’Asie de l’Europe.

Après avoir travaillé chacun dans le pays de l’autre,

ils ont décidé de parler de tout ça par le langage qu’ils ont en commun, celui du corps.

Les danseurs des deux compagnies ont travaillé tour à tour avec les deux chorégraphes

à la fois en France et à Taïwan,

avec une première taïwanaise à Kaohsiung en août 2016 et une première française à la Toussaint.

vendredi 26 février 2016

10/02/16 - Jour 2 - Cela avait si bien commencé

Un deuxième jour bien meilleur que le premier,
le corps se dérouille,
l'inspiration revient, 
si seulement ça ne s'était pas finit comme ça ...






Mercredi 10 janvier 

Nuit grise.
Couché à 1h, levé à 4 …
Je me rendors avec des boules Quiès et me réveille en catastrophe.
Agitation tous azimuts pour être dans ma voiture avant 9h, l’heure du début de la distribution des PV.
J’ai quand même le temps d’avaler quelque chose et de ne pas être de mauvaise humeur.
Il n’y a pas trop de monde sur la route, mais beaucoup plus en ville.
Les places sont plus rares, je peine à me garer.

Tout ça me fait démarrer la journée dansée à 10h45.
J’ai bien fait de faire le montage son de ma barre hier.
Pas le temps pour un petit café, ni pour regarder les vidéos, 
j’y vais direct 
et ma foi,
mon corps réagit bien mieux que je ne le pressentais :
je n’ai pas trop de courbatures malgré la grosse journée de la veille 
et à part la douleur à la hanche qui semble vouloir m’accompagner tant que je ne m’en occuperai pas sérieusement, je me sens plutôt mieux qu’hier pour attaquer la chose.

Après la barre, je m’octroie une pause café au pied de l’immeuble.
Finalement, c’est encore mieux à cette heure-là, 
le soleil arrive pile poil à l’endroit où je m’assois. 

De retour au studio Bagouet, je me replonge dans l’oiseau palindrome.
Les variations envisagées la veille reviennent facilement dans le corps.
C’est tellement agréable.
Je combine une partie d’une des danses partagée avec les taïwanais, avec des réminiscences de quelque chose transmis encore plus tôt au mois de mai dernier.
Quant à la version travaillée récemment par les stagiaires, je décide de la laisser telle quelle.
C’est probablement celle que tout le monde reprendra à la fin du solo.
Pour prolonger les deux histoires, je les danse en boucle et improvisant la fin, et ce,  jusqu’à ce que quelque chose d’évident pour mon corps apparaisse.
La matinée se déroule en douceur.

Comme il me reste un peu de temps et que je suis à peu près fixé sur mes choix, j’invente une troisième phrase.
Juste à temps pour filmer le tout et aller déjeuner.

Aujourd’hui, ce sera léger !
Je retournerai voir mes amis de la Nouvelle Épicerie (que je vous conseille toujours autant) un jour où je n’aurais pas à être efficient l’après midi.



Sur la grande table du foyer, il y a beaucoup de monde aujourd’hui.
Du personnel administratif, technique,
certains m’accueillent avec un grand sourire et me demandent ce que je suis devenu depuis le temps.
Ça fait plaisir, j’ai presque la sensation d’être chez moi.
Il y a un nouveau visage que je reconnais d’ailleurs, je l’avais croisé à KLAP, il y a deux ans maintenant.
Elle ne semble pas se souvenir … N’en parlons plus …

Je consacre l’après midi au sol de Hotsprings.
Les vidéos de la veille m’ont agréablement surpris.
Il y a déjà de quoi faire avec ces impros.
Quand je pense à l’état dans lequel j’étais hier à la même heure …
Avec tout ce matériel, le boulot d’écriture peut commencer :
enlever ce que je n’aime pas visuellement, 
ce que je ne sens pas quand je le danse (puisqu’à priori je danserai cette partie), 
trouver le bon ordre, 
repasser par le ressenti quand je reproduis des choses que j’ai sur l’écran mais que je ne me souviens même pas avoir fait,
rester connecté avec la musique,
se poser la question du rythme,
ne pas perdre de vue le sens …
L’aventure commence.

Pour le mémoriser, je l’écris ..
À ma manière,
petite pensée pour mes amies notatrices Dany, Sylvie …

Comme le matin, je me mets en boucle.
Mais cette fois-ci, c’est pour trouver la bonne musicalité.
Elle naîtra de ce que mon corps me dit.

Il est 17h quand je décide de filmer.



À 17h30, je plie bagages et le corps presque léger et le coeur encore plus.
En plus j’aurai le temps de regarder les films ce soir, je ne donne pas de cours.
La majorité de mes élèves sont au ski, vacances obligent …

Une grosse heure après, je suis près de chez moi,
j’ai trouvé une place facilement et je rentre avec assez d’énergie pour tout visionner 
et faire un montage rapide demandé dix jours plus tôt en catastrophe pour la commission d’attribution des subventions du conseil régional.
Je me fais un thé,
transfère les films,
synchronise les musiques,
fignole le montage,
cela va assez vite, 
je suis content.

Pour fêter ça, je décide de m’offrir de la bouffe chinoise pour dîner.
Il y a un nouveau restaurant tenu par des gens de Shanghai à côté de chez moi.
Un délice !
Et puis ça me met un peu de baume au coeur d’entendre parler chinois de temps en temps …

Je pars passer ma commande en répétant « bonne année » en chinois sur tout le trajet.
Depuis lundi, nous sommes dans l’année du singe.
Le patron me félicite et me demande qui m’a appris.
L’occasion de parler de Taïwan avec lui …
Même si ça n’est pas la même chose.

En rentrant, 
je reçois un mail,
de l’Institut Français :
« Nous avons le plaisir de vous informer que la réponse à votre demande de soutien pour le projet … dans le cadre du dispositif Appel à projets Institut français / Ville de Marseille 2016 de l'Institut français est désormais accessible en vous connectant sur la plate-forme IF Prog »
Je me rue sur le site …
Hélas …

C’est très particulier de recevoir une aussi mauvaise nouvelle avec un mail qui commence par « nous avons le plaisir … », pas si loin d’un non qui commencerait par « in wei » …

Non retenu.
Je me fissure.
Je me demande s’il n’y a pas une erreur,
je croyais que ma demande était un peu soutenue …
Je relie les critères, j’ai l’impression d’être plus que jamais dans les clous :
pérenniser une action (cinq ans ça commence à être un peu pérenne), 
travailler avec des acteurs locaux, 
promouvoir les jeunes artistes,
créer une passerelle entre les deux pays …
Je n’ai jamais rien compris à tout ça.
Ce mail ne fait que le confirmer.

Il va falloir trouver de quoi payer trois billets d’avion,
les semaines d’hébergement,
et puis surtout, annoncer la bonne nouvelle à tout le reste de l’équipe, 
ici, là-bas …
Il va aussi falloir retrouver de l’énergie
pour continuer à bosser seul en studio pour un projet qui au moment précis où je relis le mail, me donne l’impression de n’intéresser personne.

Je n’ai plus d’appétit.
Les doutes qui s’étaient un peu dissipés le matin reviennent tous, sans exception, à l’attaque :
à quoi bon ?
Est-ce que ce projet a un quelconque intérêt ?
Comment j’ai pu y croire ? 
Ne serait-il pas temps comme tant de mes collègues que je passe à autre chose ?
Qu’est-ce que j’ai de moins que certaines choses artistiques que je vois circuler et qui m’ennuient tellement ?
Qu’est-ce qui m’a pris d’embarquer tous ces gens dans mes délires ?
Comment vont-ils prendre la chose ? 
Les danseurs, Sylvain, Fred, les amis …
Est-ce que j’aurais les moyens de trouver ces 4000 euros ? Où ? Comment ?
Si je n’ai pas assez, je vais peut-être ne devoir partir qu’avec une seule danseuse ?
Laquelle ? Comment expliquer à l’autre ? 

Je commence par annoncer la chose sur les réseaux sociaux.
Quelques bons amis m’envoient de jolies phrases de réconfort,
même si ça je ne change rien à la situation.
Une réponse pragmatique : « trouvons une solution » 
Agnès .. Je te reconnais bien là …

Je regarde des feuilletons débiles à la télé,
je joue à des jeux tout aussi peu intelligents,
je mange quand même un peu,
ne boit pas la bière chinoise pourtant offerte de si bon coeur,
je rumine,
et je réalise pourquoi ça me fait si mal :
cette année, ce soutien, j’y avais vraiment cru …

En repassant sur Facebook,
je vois que quelqu’un qui a passé sa vie dans les arcanes du monde culturel, dont je n’ai décidément pas les clés, a écrit :
« tu ne fais pas partie de la liste des artistes « repérés » ! »

Je me dis que dans la phrase, il y a au moins le mot artiste, 
et décide de m’y accrocher.

Un limoncello (ou trois) pour m’aérer tant bien que mal le cerveau, et je disparais.
La nuit dernière a été courte, je crains que celle-ci ne soit pas bien meilleure …

Dommage,
cette journée avait pourtant si bien commencé ….



3 commentaires:

  1. je répète...trouvons une solution. Comment t'aider à la trouver? As tu des nouvelles? des réponses aux questions?

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  2. Waouch ! Je n'avais pas vu l'article de janvier... J'ai été refusé trois fois pour le Japon avec beaucoup de cartes en main, beaucoup plus que je n'en ai jamais eu autrement. Et pourtant... Pour avoir passé les entretiens deux fois et être allé à la résidence une fois rencontrer les artistes choisis, je me dis que c'est une chance pour nous de nous tenir loin de ca et que c'est plutôt signe d'un langage réel et singulier, d'une démarche intègre et profonde. C'est cela qui doit nous tenir, encore et encore. Regarde les êtres magnifiques qui travaillent avec toi. Sans moyens, sans strass... Et pourtant ils sont là. Ils sont là parce que c'est toi et qu'ils t'ont choisi. Aucun des lauréats ne peut se sentir si riche. Et c'est cela qu'il faut garder en tête et garder dans le coeur. Si tu fais un crowdfunding, j'en serai sois en sûr. Je t'aime Claude. Bonne création !

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  3. Bonjour Claude,
    Merci pour ce beau texte.... qui nous emporte comme toujours, cette fois vers une "chute" un peu découragée, ça se comprend bien.... Le crowdfunding est une solution possible, mais peut-être existe-t-il aussi d'autres sources de financements, même si les délais sont peut être un peu serrés maintenant, et que ça consomme encore pas mal d'énergie.... Je n'y connais rien, c'est sûr, mais moi je crois en ton projet ! alors j'ai jeté un œil sur internet au cas où je trouve une piste pour toi, et j'ai trouvé ça: il y a encore un appel à candidatures ouvert jusqu'au 10 mars sur ce site de l'organisation internationale de la francophonie : http://artsetcreations.francophonie.org/
    Il me semble à ce que j'en sais que ton projet pourrait s'inscrire dans leurs critères.... alors je croise les doigts !
    Courage ça va finir par marcher d'une manière ou d'une autre, il faut continuer d'y croire!

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