Mélancolie matinale,
collision de planning,
derniers achats d'accessoires,
une jolie surprise.
5h30,
couché tôt,
levé tôt.
J’ai beau être crevé, mon organisme est visiblement bloqué
sur une dose maximale de six heures de sommeil et pas une seconde de plus.
France Inter,
Jacques Chancel finit une radioscopie de sa voix suffisante,
je petit déjeune des Oréo achetés l’autre jour.
Pas très faim.
« France Inter, il est minuit »
J’éteins la radio et j’allume l’ordinateur.
Quelques retouches photos,
la rédaction de l’article du soir sur le toit.
et je me replonge dans ce que j’ai laissé moins de douze heures plus tôt :
In Wei,
encore et encore.
Il y a toutes les transitions à revoir.
Je les envisage sous l’angle des costumes.
Voir qui porte quoi en quand
et vérifier que tout le monde a le temps de passer d’une tenue à une autre
en rentrant sur scène au bon endroit.
Ça me permet de voir quels costumes il nous manque,
ceux que l’on aurait dû acheter hier,
et de voir les changements de coulisses qui posent souci le cas échéant.
Je consigne tout ça dans un tableau,
les entrées, les sorties, les costumes.
On en reparlera avec tout le monde ce soir.
9h,
je prépare mes affaires et je passe sous la douche.
9h25,
un peu en retard, je suis à la porte de l’appart’ du troisième.
Comme il est moins lumineux, la température descend un peu plus facilement.
La baie vitrée ouverte sur le balcon crée un courant d’air avec la porte d’entrée.
« il fait presque frais chez vous
- ah ben, c’est bien la première fois ! …» me répond Marie.
On n’aurait jamais dû laisser les filles dans cet appart’.
Nous partons tous les trois vers la gare,
longeant le canal calme,
Marie et moi sommes près de l’eau,
Élise est de l’autre côté de la rue.
Elles ne disent rien.
Je m’arrête pour prendre une photo.
Elles continuent à marcher,
sans un mot,
chacune de leur côté.
L’ambiance contraste avec le soleil lumineux.
Je sens les larmes monter,
je me retiens.
Zhongshan 1st Road sous les alcôves,
la gare centrale,
on s’engouffre dans le métro,
Formosa boulevard,
la ligne orange,
nous voilà à Weiwuyin,
il fait très chaud.
Toujours sans un mot nous allons jusqu’au carrefour,
Élise sort son parapluie.
Nous traversons l’avenue et longeons le mur qui nous mène à Weiwuyin.
Cheng Wei nous double en scooter au feu à mi parcours.
Il s’arrête près de Marie et moi.
« Ben vas-y ! »
Je n’y vais pas, je reste avec elles.
Élise plongée dans ses pensées ne l’a pas vu,
quand il redémarre, elle réalise :
« ah ben j’y serais bien allée moi … »
Arrivé au théâtre,
je traverse la scène,
les loges,
et ressors de l’autre côté avec mon portefeuille,
ma pipe, mon tabac et un briquet.
Je vais m’acheter du thé froid au distributeur et m’assois à l’entrée des loges.
Je bourre ma pipe,
je l’allume et je pleure.
Cheng Wei apparaît à la fin de ma crise de larmes,
il comprend,
il est désolé.
« Ne t’inquiète pas, il fallait que ça sorte ».
« What about next Monday ? »
C’est vrai que lundi prochain, c’est un des derniers jours.
Cheng Wei a annulé son programme initial
puisqu’on sait que les filles ont confirmé leur journée entre filles du mardi.
Wan Chu a un peu parlé avec lui.
Elle trouve ça un peu dommage que l’on n’arrive pas à faire un truc tous ensemble.
Je lui propose la même escapade que l’an dernier
mais sans l’arrêt aux bains vu qu’elles ont prévu d'y aller avec Mimi le lendemain.
Ce serait l’occasion de faire en sorte que Marie effleure le monde aborigène.
« … got another idea »
Il a autre chose en tête ...
mais il doit d’abord demander à son père.
On retourne à l’intérieur.
C’est l’heure du cours public.
Les invités de la veille sont revenus,
la copine de Wan Chu aussi,
il y a quelques nouveaux.
Je mène la barre en m’efforçant de cacher ma tristesse.
Je ne suis pas très concentré.
Ceux qui partagent notre cours sont attentifs, je me focalise sur eux.
À la fin de la variation,
les « guests » vont voir Cheng Wei pour le remercier,
ils lui demandent d’autres flyers pour parler de nous à leurs amis.
Je suis content que malgré mon état,
ils aient apprécié ces trois quarts d’heure qui m’ont parus interminables.
Une fois qu’il les a raccompagnés à la sortie,
on se remet au boulot.
Au programme,
les deux danses du début,
le duo Cheng Wei - Marie du baiser en la bémol et Hotsprings.
Ça devrait nous mener jusqu’au déjeuner.
On passe commande pour midi et on se met en place pour le prologue.
Cette partie commence à rouler aussi bien que l’oiseau.
Il y a encore des soucis d’espace mais ça n’est pas le plus urgent.
On s’apprête à attaquer le duo quand les plateaux repas arrivent.
Pause.
Reprise à 13h30.
Tout le monde a ce qu’il veut,
il y a le plateau végétarien.
Nous mangeons dans les loges.
Je prends le fauteuil.
La digestion aidant, je m’endors.
13h15,
j’ouvre un oeil,
tout est calme.
En fait, tout le monde a emboîté mon pas.
Ça dort partout.
Sur scène, en régie.
J’attends 13h30 pour mettre un peu de musique et relancer la machine.
Nous reprenons en douceur avec le duo de Cheng Wei et Marie vers 13h45.
Et puis, on fait Hotsprings, enfin.
On continue avec les chaises qui se mettent en place,
doucement,
le quatuor, que Cheng Wei arrive à finaliser malgré les réticences des filles,
« nightlife » qu’Élise s’est appropriée,
et Foreigners qui, selon moi, est encore un peu fragile.
Normal, c’est la partie qu’on aura le moins répété.
Il est 18h quand on fait une pause.
Il faut parler des costumes avant de tenter un filage.
Wan Chu part dans les loges et fait ses affaires,
elle croit pouvoir partir,
elle a un cours ce soir.
Je lui demande de rester le temps que l’on parle des costumes.
Cheng Wei a sa tête des mauvais jours, il avait oublié le départ de Wan Chu.
Je sors mon tableau du matin
et passe les costumes les uns après les autres, partie par partie.
On commence par Élise qui est celle qui reste le plus longtemps sur le plateau :
à part Foreigners, elle fait toutes les danses.
On parle de ce qu’elle porte,
de ce qu’elle a déjà,
de ce qu’il lui manque.
Marie m’interrompt et me montre ses costumes.
Elle n’a pas compris qu’on déroulait le spectacle interprète par interprète.
Je lui dis de patienter un peu.
Tout est presque bon pour Élise.
Il ne manque que le costume noir et blanc de Cheng Wei,
elle ira l’acheter ce soir avec Mimi.
On passe à Wan Chu que je sens inquiète d’arriver en retard à son cours.
Cheng Wei m’arrête.
Il vient de recevoir un mail de l’agence de voyage en ligne.
Il y a un changement d’heure.
Il s’affole.
On regarde tout ça le plus calmement possible sous le regard impatient des filles.
Plus de peur que de mal, c’est juste son dernier vol de retour qui a changé,
il se retrouve dans le même avion que Wan Chu, c’est encore mieux.
Justement, on revient à son cas.
C’est beaucoup plus simple.
Pour les pièces d’ensemble, elle garde ce que Cheng Wei lui a demandé pour ses parties.
Il n’y a que pour Hotsprings que je la veux un peu plus dénudée
et pour le baiser où elle met une robe de ville,
elle me fait trois propositions, je choisis, c’est réglé.
Wan Chu s’en va,
on passe à Marie,
Cheng Wei nous annonce, le regard éteint, qu’on ne dansera plus aujourd’hui.
Il trouve que tout le monde est trop fatigué.
Je ne suis pas d’accord.
Fatigue ou pas,
avec ou sans Wan Chu,
il me semble qu’un filage supplémentaire aurait été nécessaire
d’autant que je croyais me souvenir qu’il y en avait au moins un de prévu pour la créatrice lumières,
mais il y a peut-être eu un autre changement,
on navigue tellement à vue point de vue plannings depuis une semaine …
Et puis de toute façon, c’est lui le patron ici,
on arrête donc de danser pour aujourd'hui.
On finit avec cette histoire de costumes.
Pour Marie, il faut trouver un short noir et aussi la robe blanche du quatuor.
Pour Mimi, tout est prêt
(et heureusement, vu qu’elle nous avait demandé dimanche dernier de lui dire précisément
ce qu’elle devait emporter parce qu’elle ne comptait pas faire d’achats supplémentaires,
même si c’est la compagnie qui paye).
18h30,
nous savons tous ce que nous mettons et quand.
Il ne reste plus qu’à aller acheter les éléments manquant dans les night markets.
Élise qui n’a pas compris quand Cheng Wei a annoncé en anglais que l’on avait fini pour aujourd’hui, me demande pourquoi on ne fait pas le filage.
Je lui dis que je n’en sais rien,
que c’est lui qui décide.
Elle rejoint les deux autres filles et elles se mettent en route pour leurs achats.
Pour Cheng Wei et moi, il faut les tee-shirts des danses d’ensemble,
les tee-shirts rouge pour ses danses à lui,
et aussi une paire de fausses lunettes que je vais porter au prologue.
Je veux accentuer le plus possible l’idée d’une sorte de filiation artistique.
On ne peut pas avoir la même coupe de cheveux ni la même couleur de peau,
il y aura « au moins » (à moins que ça soit « aussi ») cet accessoire …
Comme ici, les jeunes en portent comme accessoire de mode,
on devrait en trouver pour pas cher.
Les filles s’en vont de leur côté.
Nous du nôtre,
et c’est un peu dommage,
mais cela va probablement être comme ça jusqu’au bout.
18h50,
nous sommes sur le scooter,
direction Wu Fu 2nd road.
On se gare à l’entrée de rues piétonnes dans lesquelles je ne suis jamais allé.
Premier magasin d’accessoires,
un plein étal de lunettes, toutes fausses.
« quelle forme tu cherches ?
- la plus proche de la tienne … »
Il regarde,
en trouve une,
25 euros.
Il dit à la vendeuse que l’on va faire un tour et qu’on repassera …
En fait, c’est surtout que c’est trop cher …
Magasins de tee-shirts,
on en trouve un avec tout ce qu’il nous faut.
Les deux débardeurs rouges,
les deux tee-shirts gris col V.
Nos achats de costumes sont bouclés.
Shopping.
Il y a dans le fond de la boutique des articles coréens.
C’est à la mode ici ces temps-ci.
Je vois que Cheng Wei essaie une veste,
elle lui plait mais il la remet sur le cintre.
Son téléphone sonne.
J’en profite pour dire à la vendeuse de mettre la veste de côté.
Ça sera son cadeau de première.
Je m’achète aussi un maillot noir,
qui ira très bien pour le premier soir où l’on va discuter avec le public.
Cheng Wei raccroche.
C’était la créatrice lumière.
Elle est à Weiwuyin.
Il avait bien oublié …
Elle reviendra demain après-midi.
On repart du magasin après avoir remis consciencieusement un flyer du spectacle à la sympathique vendeuse qui a l’air plus impressionnée qu’intéressée …
On verra bien.
On remonte l’allée à la recherche de mes lunettes.
Je reçois un message :
« teacher, I saw you »
C’est Quang Io, le plus jeune des danseurs des Soldats du Vent dont je vous ai déjà parlé.
Je lui réponds :
« tu m’as vu et tu n’es pas venu me saluer ?
- j’avais peur que vous ne me reconnaissiez pas
- Quang Io …. dépêche toi, je t’attends »
Il me demande de lui envoyer la photo de l’endroit où nous sommes.
Pratique pour se retrouver !
Je m’exécute.
Le voilà qui débarque en scooter.
Quang Io était le plus jeune et le plus efféminé des cinq garçons.
Comme souvent ici, l'entrée en fac est une libération :
plus d’uniforme, on coupe ses cheveux comme on veut …
Pour lui, c’est une complète métamorphose.
Il s’est transformé en dandy japonais avec chemise sans col et cosmétique pour hommes.
Tout ça lui donne des faux airs de l’acteur américain Pee Wee.
Il me regarde tout gêné avec son rouge à lèvres.
Je tends mes bras vers lui :
« give me a hug »
Il sourit,
soulagé …
Par l’intermédiaire de Cheng Wei qui traduit,
je prends de ses nouvelles.
Il ne prend plus de cours de danse mais continue à « bouger » avec des potes.
De la street dance - qui ici, est encore dans la rue -
Il avait commencé une fac de design mais a arrêté.
Pour l’instant, il est serveur dans un restaurant en attendant le service militaire.
On fait une photo de retrouvailles,
Après cette belle surprise,
nous repartons à la recherche de mes lunettes
que nous retrouvons quelques dizaines de mètres pour loin,
et pour deux fois moins cher qu’au premier magasin.
Cette fois-ci, nous n’avons plus rien à acheter pour le spectacle.
Cheng Wei a faim,
et je mangerais bien quelque chose aussi finalement.
On remonte Wu Fu 2nd road jusqu’à un de ces petits restaurants
où l’on mange du riz à la dinde.
Toujours aussi simple et bon.
Je pense à Marie,
qui ne connait pas cette curiosité locale.
20h30.
Le ventre plein, nous sommes en route pour Hebei road.
« do you need to go to the supermarket ? »
Cheng Wei et les supermarchés,
une historie d’amour.
Pour ce soir, je pourrais faire sans
mais finalement,
ça coûte moins cher et ça a l’air de lui faire plaisir.
On s’arrête donc dans un de ces temples de la consommation,
dans une rue parallèle à Zhongshan 1st Road,
le temps d’acheter de la bière, du thé, des biscuits …
Les fondamentaux quoi …
Hebei road.
Cheng Wei m’accompagne.
Il n’a pas envie de rester seul.
(c’est probablement aussi pour ça qu’il voulait trainer au supermarché ..)
Il squatte le sofa lisant des mangas.
Je sens que je ne vais pas faire grand chose ce soir.
On reparle un peu de la journée,
de notre soulagement de voir finalement la pièce se construire,
malgré tout.
Avec la report du filage pour les lumières de ce soir,
il faut revoir les plannings de deux prochains jours.
Comment faire en sorte que tout le monde y trouve son compte sans trop d’attente ?
La créatrice lumière ? Les techniciens ? Les danseuses ? Nous ?
De ce point de vue, les deux journées qui viennent vont être longues et complexes,
espérons que tout le monde sera compréhensif.
Je sors mon carnet, mon stylo.
« So ? Tomorrow ? »
Le téléphone de Cheng Wei sonne.
C’est un ami,
mal en point.
Il part sur le balcon.
la conversation dure longtemps,
au moins trois cigarettes entrecoupées de poses.
Quand il revient, il me montre une photo envoyée par sms :
des poignets tailladés.
Il s’en va.
Il va passer voir son pote après avoir réglé des soucis administratifs avec Ha Bao.
Je lui dis de ne pas se coucher trop tard et de ne pas s’inquiéter pour les plannings,
je vais m’en occuper.
C’est d’ailleurs la seule chose que je vais faire.
Je prends de plus en plus de retard sur le blog
(et vous lisez à quel point …)
mais je n’ai pas assez d’énergie pour tout ça.
Comme la veille, à 23h30,
j’éteins.






Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire