Première pluvieuse, première heureuse ?
Rien n’est moins sûr (déjà que pour les mariages …)
Enfin bon, le mur est là.
On verra bien …
Rien n’est moins sûr (déjà que pour les mariages …)
Enfin bon, le mur est là.
On verra bien …
5h30,
j’ouvre les yeux sur ce jour de première.
Il pleut.
Je vais sur Internet écouter la radio
avec une sensation bien différente de toutes les premières que j’ai vécues jusqu’ici.
Il n’y a ni cette émotion particulière, cousine d’une peur,
ni ces prémices
du trac qui n’arrivera que dans les premières secondes sur le plateau en face du public.
Je me lève comme tous ces autres matins,
avec la même question,
quelles seront les petites phrases du jour ?
est-ce que le bonheur va finir par gagner ?
France Inter, il est encore minuit.
Thé vert et biscuits.
Sur le net et sur mon téléphone, les premiers messages d’encouragements arrivent.
Anaïs, Jean-Max, Fabienne …
Avant de partir,
je retravaille sur les éléments de musique que je n’ai pas eu le temps de finir hier :
le son du passage des poubelles,
le niveau général,
la basse du baiser en la bémol.
J’ai encore la répétition générale pour tester tout ça.
Une dernière tentative de recherche, toujours infructueuse, des notes de dimanche dernier,
et je pars sous la douche.
9h20,
je tape à la porte de l’appart’ des filles.
Pas de réponse.
Elles petit déjeunent dehors,
j’ai oublié.
Je pars tranquillement vers la gare,
longeant le canal devenu gris par la pluie.
9h30,
nous descendons dans la station de métro de la gare centrale.
Aujourd’hui, c’est là que Mimi nous rejoint.
Il y a beaucoup de monde ce matin.
Même sur la ligne orange où un groupe de jeunes façon centre aéré,
envahit un bon tiers de la rame.
Nous resterons donc tous debout.
Pas de révision des chaises pour les filles ...
Comme hier, Mimi nous quitte à la station de métro de Weiwuyin
pour rejoindre le scooter de Wan Chu.
Cheng Wei n'est pas encore passé au carrefour,
nous faisons la route à trois, sous la pluie.
Il nous double quand nous sommes à deux pas du théâtre.
Pour la première fois, nous arrivons tous plus ou moins au même moment.
À défaut d’être sereine, l’ambiance est calme.
Avant de commencer, comme ils l’avaient fait en avril pour le R7,
les taïwanais s’apprêtent à bénir le lieu.
À l’entrée du 281, Cheng Wei installe une table qui fera office d’autel.
Il installe des victuailles et de l’encens.
Les barons d’encens sont brulés.
On nous en donne un chacun,
et dans quatre directions on invoque les dieux,
ou on fait comme si …
Il me revient la phrase que Su Ling m’avait dite
quand le même type de cérémonie avait été faite
pour la pose de la première pierre du nouveau bâtiment du département danse :
« you pray our God, or yours, or whoever »
Pour elle, il était impossible de ne croire en personne.
Planning de la journée avant l'instant T :
échauffement personnel et répétition - finalement - générale à 11h30.
Pour la suite, on verra en fonction de ce qui s'y sera passé.
Dans l’idéal, ce serait bien de pouvoir filer une seconde fois dans l’après-midi.
Pas sûr qu'on ait le temps ...
Chacun se prépare,
se chauffe,
se concentre à sa manière.
11h,
l’équipe technique se met en place.
Yu Han, la créatrice lumière, teste une dernière fois ses effets.
Cheng Wei me demande mon ordinateur pour la musique.
Je lui dis de patienter, j'irai le monter en régie sous peu.
Il me fait comprendre qu'il ne peut pas attendre …
Nous allons dans les loges pour que je lui donne la machine.
Il l'emporte dans les gradins.
Quelques secondes plus tard, on entend un grand bruit.
Quelqu’un est tombé.
Je cours.
Je suis le seul.
Il y avait un trou sur un côté de la régie.
Dans la précipitation, Cheng Wei ne l’a pas vu.
Quand j’arrive, il est sur le sol entouré par l’équipe du théâtre.
Je suis inquiet.
On vérifie qu’il n’y a rien de grave.
Il y a plus de peur que de mal.
Tout son côté gauche est éraflé, à la limite de la brulure, mais il n’y a rien de cassé.
Ça va« juste » faire mal.
Cheng Wei repart dans les loges,
Marie le soigne.
Je profite de la boite à pharmacie pour panser mon genou.
Une vieille croute qui a décidé de se barrer, juste là maintenant,
agrémente le pyjama gris qui me fait office de jogging, d’une jolie tache rouge sang.
Le temps de reprendre ses esprits,
et nous voilà plus ou moins prêts.
La générale,
enfin.
Mais avec cette énergie particulière qu'ont des danses exécutées le matin
devant une salle moins remplie que prévue :
l’équipe du théâtre que nous avions invité,
n’a pas pu venir au complet vu que tout ça était initialement prévu la veille.
Les speeches sont un peu difficiles devant une salle aux trois quarts vide mais on joue le jeu.
Pour le reste, on peut dire que tout se met en place.
À part un verre qui a probablement sauté de sa chaise au passage de Mimi,
tous les changements de coulisses et de costumes se font sans souci.
Nous arrivons enfin à faire le duo de Foreigners sans erreurs.
Un pas de plus vers le concret.
Les transitions sont encore un peu longues à mon goût,
il faudra que j’en parle à Cheng Wei,
on a encore le temps de resserrer les choses.
Avant d’aller déjeuner,
Cheng Wei fait un débriefing.
Pas de souci majeur.
Si ce n'est quelques échanges un peu tendus avec Mimi que Cheng Wei ne nous traduira pas,
et le fait que les filles se plaignent qu’on les voit passer de coulisses en coulisses.
C’est vrai que les pendrillons sont plus courts que la configuration initiale
vu que comme elles s’étaient plaint le premier jour de ne pas avoir assez d’espace,
j’avais demandé à l’équipe technique de raccourcir les pendrillons pour avoir plus d’ouverture.
« on ne peut pas faire autrement »
Je sens que le ton de ma voix n’est probablement pas assez calme,
pas assez doux,
tant pis.
On me le reprochera surement …
Nos repas sont servis dans les loges.
Merci Ha Bao.
Il est décidément bien plus qu’un administrateur …
Élise lui demande s’il a bien pensé au plateau végétarien.
C’est vrai que la première fois où il s’est occupé du repas, il n’y en avait pas …
Heureusement, Ha Bao n’a pas oublié.
Je demande à Cheng Wei comment il va,
les douleurs se réveillent.
Celle des côtes mais aussi une autre, à la cheville,
qui commence à m’être familière :
il l’avait déjà il y a deux ans, juste avant le spectacle,
à Taiwan …
et l’année suivante en France.
À l’instar de mon dos, qui ne s’est pas encore réveillé,
chacun somatise à sa façon …
Nous mangeons,
puis je vais dehors avec mon tabac, ma pipe et mon carnet de notes.
Le ciel est gris.
Les nuages sont bas et le sol encore humide.
Il doit faire 25 degrés,
dix degrés de moins que le jour de l’arrivée des filles,
où l’atmosphère était anormalement sèche.
Le temps a couru.
Elles sont déjà à quatre jours de leur départ.
Je me souviens de ma tristesse ces jours-là
alors que je sais qu’elle, elles seront heureuses de rentrer.
Je pense à toutes ces choses que Marie ne connaîtra pas :
le riz à la dinde,
les autres night markets,
celui de Kaohsiung Arena, celui de Central Park,
les fameux burritos,
le snack de Sizhiwan,
la forêt, la vraie, avec les cigales ...
Dommage.
Cheng Wei me rejoint,
me parle de ses douleurs,
il est bien fatigué.
Je lui parle du spectacle,
le rassure comme je peux sur ce qu’on a fait,
sur ce qu’on va faire,
et je l’envoie se reposer à l’intérieur.
À nouveau seul,
j’écris tout ce que nous avons vécu ces derniers jours avant de rentrer moi aussi dans les loges.
Ambiance calme de digestion.
On entend l’équipe technique qui s’affaire sur le plateau,
Yu Han fait ses dernières modifications.
Une fois qu’elle aura fini,
il va falloir que l’on revoit tous les tops lumière.
On pourra peut-être reparler des transitions …
Cheng Wei s'est endormi sur le fauteuil,
je ferais bien la sieste moi aussi.
Je le réveille après 15h30,
une fois que l’équipe technique a, elle aussi, déjeuné.
On passe un à un les tops son et lumière.
Comme hier soir, on ne prend pas de gants.
Plus le temps, plus l’énergie.
Tout est bouclé vers 17h30.
On annule le dernier filage envisagé le matin.
D’autant que les plateaux repas du soir sont là,
et que les taïwanais mangent avant le spectacle.
Il est temps que tout le monde se pose
et qu’il y ait un bon moment de calme,
avant le grand saut.
Pendant que nous bossions,
les filles ont réussi à obtenir le code wifi du théâtre.
On l’avait déjà demandé mais l’équipe permanente nous avait répondu maladroitement
que c’était « only for the people who works here »
Une traduction malencontreuse qui en avait vexé plus d’une.
« parce que nous, on ne bosse pas ? »
Passer d’une langue à l’autre quand on n’a pas toujours le vocabulaire pour se faire comprendre génère parfois des situations inconfortables.
Mais bon, visiblement, elles avaient insisté et on leur avait donné.
Cela leur a permis d’aller sur les réseaux sociaux, parler avec la famille et les amis.
L’attente a dû paraître moins longue.
17h45.
Les taiwanais mangent,
et tout le monde se prépare.
Cheng Wei passe un dernier coup de balai.
Les autres décompressent,
le temps que le trac arrive.
Les taïwanais parlent de la pièce.
Je n’ose pas faire pareil de mon côté.
Je vais essayer de garder le peu de sérénité qu’il me reste jusqu’à l’heure H.
45 minutes.
C’est le temps qu’il nous reste
et c’est le statut que je poste sur Facebook.
Dernier passage sur le plateau avant l’entrée du public,
pour préparer son corps endolori,
s’étirer
On nous annonce l’entrée du public.
Noir plateau.
On part en coulisses.
Les filles et Cheng Wei sont à jardin,
je reste seul, à cour.
L’entrée discrète du public couvre à peine les rires des filles au lointain.
Cheng Wei apparait,
installe sa chaise et repart se concentrer dans la première coulisse.
Les spectateurs sont est calmes, et plus nombreux qu'on le pensait.
Cheng Wei et moi savons qu’il y a des journalistes,
et aussi des représentants de la ville de Kaohsiung qui ont répondu à l’invitation.
On ne dit rien aux filles.
Pas la peine de partager cette pression.
Le jeune ingénieur du son n’est pas là ce soir.
C’est Ha Bao, multi tache, qui le remplace.
Les derniers spectateurs entrent.
On les laisse s’installer et lire un peu le programme.
Demie salle,
noir salle.
On y va.

























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