Création franco-taïwanaise de Claude Aymon et Cheng Wei Huang

pour les deux compagnies c2a et WeiDanceCompany,

In Wei est une vision croisée des deux chorégraphes

sur sur ces aspects qui séparent l’est de l’ouest, l’Asie de l’Europe.

Après avoir travaillé chacun dans le pays de l’autre,

ils ont décidé de parler de tout ça par le langage qu’ils ont en commun, celui du corps.

Les danseurs des deux compagnies ont travaillé tour à tour avec les deux chorégraphes

à la fois en France et à Taïwan,

avec une première taïwanaise à Kaohsiung en août 2016 et une première française à la Toussaint.

mercredi 30 mars 2016

29/02 - 04/03/16 - Jour 7 et suivants ... - La semaine de l'oubli

Un carnet dans les airs,
la jolie bêtise d'Anaïs,
le baiser en la bémol, 
un rendez-vous ... 





Je tape cet article sur mon ordinateur portable dans "my new home" du département danse 
de la Tsoying Senior High School.
Nous en reparlerons plus tard ...

Revenons plutôt au Paviilon Noir.
Nous en étions au 29 février et auraient dû suivre quatre articles 
pour finir de partager avec vous cette dernière semaine de travail au C.C.N. d'Aix-en-Provence
mais
les longs voyages, 
l'exiguïté des avions 
et ma mémoire trop souvent défaillante 
ont eu raison de mon carnet gris.



À l'heure où je vous parle, il se balade probablement encore dans le dossier du siège 15C 
du Boeing 747-400 qui assurait avant-hier la liaison Amsterdam Hong Kong.

Dans ce carnet, tout un tas de choses qui me feront défaut à un moment ou à un autre.
Le détail de ma vie selon In Wei du 29 février au 3 mars en fait partie.

Alors vous ne saurez pas si je me suis levé tôt, s'il y a eu des embouteillages 
ou si j'ai eu du mal à me garer.
Vous n'aurez pas non plus de nouvelles détaillées de ma douleur à la hanche, 
si ce n'est qu'elle est toujours dans mon quotidien,
mais je vais quand même décrire dans les lignes qui suivent ce qu'il reste dans les recoins 
de mon cerveau de ces quatre jours d'avancée.

Avant le 29, il y a eu ce dernier week-end de février où j'ai revu un sacré bonhomme auprès duquel j'ai pris beaucoup de plaisir à danser.
Une des premières personnes (voire une des seules avec Patrice Valéro) à me demander très tôt dans ma vie de danseur, si je bossais en compagnie, en espérant bien ne pas entendre de réponse négative de ma part.
Quelqu'un avec lequel j'ai la sensation d'avoir quelque chose d'autre en commun que la danse
dont cette idée d'avoir fait un pas de côté pour faire les choses comme je les sentais, 
plutôt que de se laisser emporter par un courant ou un autre.
Il passe maintenant une grande partie de son année à Bali, travaille plus en Italie (et ailleurs) qu'en France,
il partage un prénom avec d'autres noms que l'on entend plus souvent en France, à la télé, 
dans les salles de spectacles, dans le circuit de grands stages, dans les jurys de certains concours.
On ne s'était pas revu, en vrai, depuis au moins 25 ans mais sans jamais vraiment se perdre de vue (merci les amis et les réseaux sociaux).
Et après beaucoup de trop de rendez-vous manqués, 
je me suis retrouvé derrière une porte vitrée sous une pluie battante.
Il était là dans le couloir,
Bruno Collinet.
Ce même bonhomme capable de faire un grand écart sur le mur à 9h du mat',
avec quelques kilos en plus qu'à l'époque - comme moi ! -
avec cette modestie et cette nonchalance que j'aimais déjà,
avec cette petite chose lumineuse dans le regard qui est toujours là.

Je n'ai pas pu prendre le stage qu'il donnait car je travaillais ailleurs mais ces courtes retrouvailles sont assez vives dans ma mémoire pour devoir les partager avec vous.

Et si ce bonhomme, que je considère comme un des grands dans la pédagogie de la danse en France, est arrivé près de chez moi, c'est à cause d'un autre personnage singulier, 
qui a dansé pour lui il y a .. un certain temps.
Une fille qui n'a gardé qu'une lettre de son prénom pour s'en créer un autre.
et qui a un parcours assez atypique, allant de la danse de caractère slave et du rock au hip hop, 
en passant par le conservatoire national supérieur de danse de Paris, les Folies Bergères, 
les Dix Commandements et donc, Bruno Collinet.
Il se trouve qu'elle est marraine d'une école près d'ici, qui se lance dans la formation d'interprètes.
Elle m'avait demandé il y a presque un an si j'étais susceptible d'être intéressé par des interventions là-bas.
Connaissant le travail de la maison, très éloigné du mien, j'avais répondu avec prudence que rien n'était impossible mais que j'étais quand même assez loin des choses que j'avais vues de chez eux.
Mais elle a insisté, et insisté encore, 
et bon, j'ai donné mon accord de principe pour la saison prochaine.
Une aventure nouvelle commencera donc aux côtés de Soussou 
(oui, c'est le prénom qu'elle se donne), 
on verra bien.

Pour en revenir à "In Wei",
ce 29 février, j'ai peaufiné les phrases du prologue, et j'ai fini une nouvelle version qui m'est venue pendant le cours débutant du jeudi précédent.
J'avais cette fameuse musique inachevée que vous entendez depuis quelques temps si vous suivez l'histoire depuis le début et je voulais aussi que ces élèves y goutent.
J'ai donc pondu une chose vers 19h30,
qui m'a paru assez singulière pour la reprendre au cours suivant en la transformant 
pour qu'il y ait assez de difficultés et que les élèves de ce cours, plus avancé, ne "s'ennuient" pas.
Pendant le cours du vendredi (où, même combat, ils ont eu droit au même traitement),
Anaïs, qui me remplace cette année et dont il va vraiment falloir que je vous parle plus longuement un jour, a aussi, à l'insu de son plein gré, participé à la transformation de cette danse.
Elle a fait une erreur en la dansant,
juste un pas de plus,
un petit détail,
une chose qui m'a décalé de ma trajectoire, juste assez pour me sentir encore mieux,
l'erreur n'en est plus une,
je l'ai intégrée à la nouvelle phrase.

Ce lundi 29, j'ai donc continué et filmé cette chose nouvelle, qui, comme elle commence de dos, pourra s'enchaîner avec une des phrases précédentes.
On aura maintenant deux options possibles.
Cela commence à devenir très amusant …


Le 1er mars, je me suis attaqué à une autre partie de la pièce.
Une danse pour deux personnes, qui sera dansé en quatuor, 
un duo à distance, et un duo très proche où la danse se transformera peut-être.
C'est la première musique d'In Wei que j'ai composée.
C'était à l'automne dernier.
J'avais en souvenir une autre pièce "7421" dont l'avant-dernière partie était basée sur un duo que j'avais créé il y a plus de dix ans.
Un couple passait toute la danse à se dire bonjour sur un banc, 
et comme la façon de se dire bonjour est une des choses qui diffère grandement entre Taïwan et la France, je me suis dit qu'il y aurait quelque chose à faire autour de ça.
Pour le duo originel, j'avais utilisé une chanson d'Alain Bashung, "Malaxe".
Son rythme à la fois binaire et ternaire (6/8 pour les intimes) lui confère quelque chose d'hypnotique dans lequel je retombe toujours, et avec un certain plaisir.
J'ai donc créé une petite chose, avec la même rythmique, mais une toute autre mélodie.

Cette musique a subi une première transformation : j'ai tout transposé deux tons plus haut.
Comme je l'avais intitulée "le baiser", elle est devenue "le baiser en la bémol".


Ce "baiser" fait partie des surprises que j'ai pu avoir en écoutant les musiques dans ces grands studios du Pavillon Noir où le matériel de diffusion sonore est de bonne qualité.
Si j'en apprécie toujours la mélodie, j'aime beaucoup moins la matière sonore …
Une copie à revoir.

En ce 1er mars, j'avais envie de poser les bases de cette nouvelle danse, de manière à  pouvoir la tester aussi avec les danseurs taïwanais,
alors il a d'abord fallu que je trouve une partie de la musique sur laquelle je pouvais bouger sans râler toutes les cinq secondes sur le son.
La dernière partie me plaisait plutôt bien,
je me suis lancé.
Mais rien n'est venu.
Enfin rien de nouveau :
comme je me suis souvent servi de 6/8, mon corps me proposait des choses déjà vécues.
Sensation de tourner en rond.
Il y avait toujours le subterfuge d'utiliser une autre musique 
et de revenir à celle-là ensuite (comme j'ai fait pour le prologue) mais je n'avais pas envie d'utiliser une seconde fois ce procédé.
Alors j'ai ramé,
jusqu'à trouver le mouvement de départ, l'attitude.
Faisable dans toutes les directions et porteuse de tellement de possibles. 
Ensuite, j'ai laissé faire mon corps en ayant préalablement posé la caméra au bon endroit 
pour capter tout ce qui serait utilisable.
Tant pis pour les redites, je ferai le tri.

La journée a été rude, 
pour mon corps et ma créativité.
Je suis reparti un peu dépité,
en espérant quand même pouvoir tirer des choses de ce que j'avais filmé.
Je me souviens avoir tardé à regarder les rushes en rentrant chez moi.
Mais j'ai la chance d'avoir des amies qui me surveillent de près ...
J'ai visionné, fait le tri, et monté tout ce que je semblais exploitable.


Avec les retours encourageants des mêmes amies et d'autres, le 2 mars a été consacré à écrire quelque chose à partir de tout le matériel d'improvisation créé la veille.
Pas si facile.
Repartir de la forme pour trouver le fond, la sensation,
retrouver les moteurs du mouvement (qui sont rarement là où l'on croit qu'ils sont qu'on regarde une vidéo),
utiliser la bonne énergie, au bon dosage,
et parfois, lâcher l'affaire et accepter qu'au moins dans un premier temps, ça ne soit pas comme c'est à l'écran - quitte à y revenir plus tard -
Considérer le tout comme un puzzle dont il faut remettre les pièces en place,
et une fois le nouvel assemblage trouvé,
trouver de nouvelles transitions.

Et s'en souvenir …



Une longue journée constructive, 
conclue par une classe qui a aussi gouté à la musique du  prologue.
À la première écoute, j'ai essuyé un "c'est expérimental …" un poil désarmant.
Réaction radicalement différente de celle du vendredi à la Ciotat.

Nous arrivons au jeudi 3,
dernier jour au Pavillon.
Ce jour-là, j'ai déménagé dans le studio Bossatti.
Il est plus petit que le Bagouet où j'ai travaillé les autres jours, mais c'est nettement suffisant quand on travaille seul.
Ce studio a aussi l'avantage d'être plus au calme :
les trois jours précédents, avec le retour d'une partie de la compagnie dans la grande maison,
les traversées intempestives du studio Bagouet pour aller au foyer 
ont été multiples et diverses,
plus ou moins discrètes,
pas toujours au bon moment.
Et pourtant …



L'ambiance est toujours différente quand les danseurs de la compagnie sont là.
Je me souviens d'un matin (mardi ou mercredi) où tous les fauteuils autour de la machine à café étaient occupés.
Ils révisaient un texte.
"Retour à Berratham" probablement.
Ils étaient tellement pris par ce qu'il faisait que j'ai pu prendre mon café, 
m'asseoir sur la table à côté, sans qu'ils ne se rendent compte de rien.
Enfin c'est ce que je croyais jusqu'à ce qu'un de leurs collègues arrive et qu'ils s'interrompent pour lui dire bonjour ...

Pour en revenir à ce que j'ai fait, comme je n'avais qu'une demi-journée dans ce studio, et que mon corps avait pas mal pâti de mes investigations des deux jours précédents, 
j'ai vaguement révisé toutes les choses par lesquelles j'étais passé :
- les phrases du prologue
- les spirales et les phrases de l'oiseau palindrome
- le sol de hotspring
- les phrases encore toutes fraîches du baiser en la bémol  
Puis j'ai décidé de finir comme j'avais commencé, par le sol de "Hotsprings", 
en composant une petite suite.


Vous avez peut-être remarqué que sur cette vidéo, j'étais anormalement couvert.
C'est qu'entre midi et deux, quelqu'un a cru bon d'ouvrir une fenêtre, 
que je n'ai pas réussi à fermer en revenant de mon déjeuner.
C'était probablement pour pouvoir accueillir correctement, le groupe de jeunes allemands 
qui visitaient le Pavillon et qui ont débarqué juste après 15h.
Tant pis pour moi.


Le vendredi matin,
je suis allé à mon rendez-vous (repoussé deux fois … mais jamais annulé) à la mairie de Marseille.
À 9h50, je sors du tramway et me dire vers ce nouveau bâtiment dans le quartier en vogue, Euroméditerranée.
Le rendez-vous est à 10h, je suis presque en avance.

Quand j'arrive au septième étage, non sans encombres, (les dames de l'accueil étaient très occupées, une par quelque chose d'excessivement passionnant sur son écran, l'autre par une conversation avec ses amis), les éclats de rire fusent de toutes parts, un événement quelconque avait dû déclencher l'hilarité générale pendant que j'étais dans l'ascenseur.
Je tente de me faire remarquer.
Quelqu'un signale au groupe qu'ils ont de la visite.
Une dame se présente et me demande la raison de ma venue.
Je reconnais son nom et sa voix,
je l'ai entendue quand elle a pris et décalé le rendez-vous.

Je crois toujours que les gens qui ont pour fonction d'accueillir les autres, remplissent cette mission comme un sacerdoce … Tant pis pour moi.
Contrairement à ce que je pense, il n'y a aucun raison pour quelqu'un qui gère des rendez-vous, de regarder en arrivant le matin s'il y a des visites en vue et à quelle heure.
Du coup, elle va vérifier et m'installe dans ce qui fait office de salle d'attente.

Pour ce qui est du contenu de l'entrevue,
j'ai surtout retenu qu'il n'y avait plus d'argent, et qu'il fallait que je prenne mon bâton de pèlerin pour me reprendre quelques claquement de portes de théâtres marseillais afin ne pas redevenir "celui qui fait tout dans son coin", chose que l'on m'avait reproché il y a quelques années.
Je retournerai donc voir les gens qui m'ont dit non,
ceux qui n'accrochent pas avec mon esthétique,
ceux qui me renverront vers d'autres,
et je continuerai de tenter d'être visible dans les lieux reconnus par la mairie 
comme le ballet de Marseille ou KLAP.
Si je n'ai reçu aucune réponse du premier, le second a répondu à ma deuxième relance 
en me demandant de préciser si j'avais besoin d'un temps de travail ou de visibilité.
Comme c'est un peu des deux, c'est dans ce sens que j'ai répondu.

Pas de nouvelles à ce jour,
je relancerai.



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