Création franco-taïwanaise de Claude Aymon et Cheng Wei Huang

pour les deux compagnies c2a et WeiDanceCompany,

In Wei est une vision croisée des deux chorégraphes

sur sur ces aspects qui séparent l’est de l’ouest, l’Asie de l’Europe.

Après avoir travaillé chacun dans le pays de l’autre,

ils ont décidé de parler de tout ça par le langage qu’ils ont en commun, celui du corps.

Les danseurs des deux compagnies ont travaillé tour à tour avec les deux chorégraphes

à la fois en France et à Taïwan,

avec une première taïwanaise à Kaohsiung en août 2016 et une première française à la Toussaint.

mercredi 7 décembre 2016

12/08/16 - 3 - Taiwan 3e partie - Jour 16 - Weiwuyin 5 - après le spectacle

Des questions comme s'il en pleuvait, 
des retours constructifs et presque rassurants, 
encore plein de doutes 
et d'incompréhensions …                 












Vendredi 12 août,

20h45,

Les derniers saluts sont encore dans mon coeur 
mais la soirée n’est pas complètement finie.
Nous allons discuter avec le public,
comme je l’avais fait il y a cinq ans,
lors de mon tout premier projet.



Nous sommes tous à nos effusions quand on entend le public applaudir.
On nous attend.
Je mets mon achat de l’autre soir, Cheng Wei fait de même
et nous allons à la rencontre de ceux qui ont voulu rester
pour en savoir plus sur nous et ce que nous venons de faire.

On installe les chaises.
Nous avons face à nous une vingtaine de personnes.
Je reconnais le journaliste que j’avais vu au spectacle de Cheng Wei,
trois lycéennes de Tsoying,
des gens que l’on avait croisé à la librairie le premier samedi.

Comme souvent dans ce genre de situations, les échanges ont du mal à démarrer.
Heureusement une dame avec son carnet de notes se lève et s’empare du micro.
Elle a effectivement tout un tas de questions.

D’abord à Cheng Wei (qui me traduit en simultané)



mais aussi aux danseuses et à moi, à qui elle s’adresse directement en anglais.
À partir de l’épisode du comptage, on parle des autres différences culturelles, 
de la vision de la France que peuvent avoir les taïwanais.
Le romantisme, la mode, le luxe, la gastronomie,
on est loin de nos petites vies ...

Elle nous demande pourquoi on a écrit en sous-titre dans le communiqué de presse, 
« deux mondes, deux générations »
On fait un « tour de  chaises » de nos âges
(ça ne semble pas être impoli ici de demander son âge à une fille !)
et on conclut par le fait que Cheng Wei pourrait être mon fils.
Elle rit.
Elle demande aux filles comment elles perçoivent la danse de Cheng Wei.
Élise explique qu’elle est encore sur la découverte et qu’elle a du mal à se prononcer,



Mimi répond en chinois quelque chose que Cheng Wei ne me traduira pas …

Cette discussion a délié les langues.
Il y a les remerciements et les compliments :
« regarder ce spectacle, c’est comme voir un film français en sirotant un verre de vin »
« merci d’avoir porté ce projet jusqu’ici, en mélangeant ces corps et ces cultures si différentes »

Une des lycéennes « ose » me demander en anglais 
comment Cheng Wei et moi nous sommes rencontrés.
Je souris.
La connaissant, elle a fait un double effort :
parler en public,
poser la question en anglais !

Je raconte l'histoire, 
en citant leur lycée,
elles ne sont pas peu fières.

On me demande d’expliquer la scène du baiser, de reparler du prologue,
il semble que tout ce qui est de l’ordre de l’évocation plutôt que de la narration
n'ait pas été perçu clairement par ce public, qui a besoin d'explication.
Je repense aux discussions que nous avions avec Cheng Wei et le critique 
après sa première pièce en avril.

Il est 21h30 quand on prend congé de ceux qui sont restés jusqu’au bout de la discussion.
L’occasion de faire une photo finale.



Qui forcément … dégénère



Il ne nous reste qu’à nous remettre de nos émotions,
ranger les loges pour que tout soit prêt pour demain,
et rentrer à Hebei road.

Pendant que je prépare mes affaires,
je sens le début d'une douleur dans le dos qui ne me dit rien de bon :
après la cheville de Cheng Wei, revoilà ma somatisation lombaire.
Résister.
Jusqu'au bout.
Comme les autres fois.

Les lycéennes se montrent dans les loges.
Toutes timides mais larges sourires.
Elles me font comprendre que je suis déjà annoncé sur les plannings de Tsoying la semaine prochaine et qu'elles viendront prendre mes cours.
Cela m'étonne un peu car Su Ling ne m'a pas envoyé d'emploi du temps depuis ma dernière visite dans les bureaux.
Elle devait me contacter en rentrant de Corée.
En même temps, vu que les françaises quittent Kaohsiung lundi soir,
je peux travailler dès mardi.
J'en parlerai avec Su Ling qui devrait venir demain.

Le critique rencontré ce printemps nous rejoint aussi 
et nous fait quelques retours,
en chinois pour Cheng Wei, en français pour moi.
Il nous dit s’être attendu à autre chose, 
il avait imaginé un traitement moins « léger » du thème.
Il me parle aussi du rythme (un peu trop lent pour lui), 
des interventions parlées, dont le dosage est à revoir.
Je vais repenser à tout ça.
Voir ce avec lequel je suis d’accord,
ce qui correspond peut-être plus à une vision plus taïwanaise du spectacle,
et modifier ce qui peut l’être.
Pour la version française, nous aurons un mois.
De quoi avoir le temps de prendre le recul.

Nous sommes interrompus dans notre discussion par le jeune du théâtre 
qui, comme hier, a ouvert à 9h ce matin, et voudrait ne pas finir trop tard.
On se quitte sans prendre un verre cette fois
mais en n'échappant pas à la traditionnelle photo.



Il nous promet de nous envoyer des questions,
à partir desquelles il écrira peut-être quelque chose.

On verra bien ...

Nous quittons les lieux.
Les taïwanais repartent en scooter.
Mimi avec Wan Chu,
Cheng Wei avec Ha Bao.
À la sortie, Pei Yi, la copine de Cheng Wei est là.
Ha Bao s’arrête.
Cheng Wei descend, ils discutent,
ça ne me dit rien de bon …

Quant à nous, nous rentrons en métro.
L’occasion de discuter un peu de toute cette journée,
et notamment de cette rencontre avec le public taïwanais.

« les gens sont tellement gentils …
dommage qu’ils habitent ici » nous dit Élise.
Elle déteste toujours autant cette ville.

Marie me demande ce qu’a dit le critique, s’il n’a pas parlé de leur manque de technique.
Certaines idées sont décidément tenaces …

Élise réalise que ça n’a pas été simple d’écrire cette pièce à deux,
elle a, en partie, vécu cette situation quand elle a créé sa première pièce au mois d’avril,
un duo avec une musicienne où la part de création de chacune n’a parfois pas été facile à définir.

On reparle de ce quatuor qui, décidément, ne passe toujours pas.
Attaque par les tous angles :
Marie nous dit ne toujours pas l’aimer, 
rassurée dans ce choix par le fait que les taïwanaises non plus ne l’aiment pas.
Elle trouve qu’en plus Cheng Wei explique mal et communique peu.
« il ne parle pas avec les filles.
Nous on a parlé, et ça va mieux. »
Élise tempère le discours de sa collègue.
Elle parle du rôle de l’interprète et du fait qu’il se met au service du chorégraphe.
Elle dit aussi que certains chorégraphes montrent encore moins les choses, 
voire ne les montrent pas du tout.
Je les ai probablement mal habitué.
Quant à discuter, 
Élise, abondant dans mon sens, est d’accord sur le principe 
mais ajoute qu’il faut peut-être choisir le bon moment …
Je leur dis que Cheng Wei et les filles discuteront sûrement de tout ça, 
mais après le spectacle,
et bien plus qu’elle ne l’imagine, 
(puisqu’il y aura je pense, comme en avril, une bonne grosse mise au point dimanche soir autour d’un verre)
Elle m’assure qu’ils ne feront pas.
Si elle sait …

Élise s’est aussi rendue compte du fait que le groupe dans son ensemble manquait d’écoute, d’une pâte commune.
Marie nous dit que c’est parce que l’on n’a pas eu le temps,
que l'on a pris beaucoup de temps pour les autres choses ...
Espérons qu’on aura ce temps-là en France.

Arrivés à Hebei road, les filles vont au night market acheter des fruits.
Elles me ramèneront de la guava et une mangue.
On continue à discuter un peu pendant que je commence une bière.

De retour au quatrième étage,
je m'écroule sur le lit, ma canette de bière à la main.

Détente de ceux qui ont accompli une mission.
Ne pas perdre de vue qu’il nous reste deux spectacles.

J’envoie un texte aux amis français,
raconte à Sylvain comment s’est passé le spectacle 
(il veut « tout savoir en détail »),
et patche mon dos pour que la douleur naissante ne m’envahisse pas trop demain.

Couché vers minuit.

Demain on commence plus tard,
11h30,
mais l’équipe vidéo débarque, 
elle aussi avait prévu de venir mercredi soir.
Il va falloir s’adapter à leur demande.
ce qui augure d'une longue journée 
probablement encore plus remplie qu'aujourd'hui




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire