Création franco-taïwanaise de Claude Aymon et Cheng Wei Huang

pour les deux compagnies c2a et WeiDanceCompany,

In Wei est une vision croisée des deux chorégraphes

sur sur ces aspects qui séparent l’est de l’ouest, l’Asie de l’Europe.

Après avoir travaillé chacun dans le pays de l’autre,

ils ont décidé de parler de tout ça par le langage qu’ils ont en commun, celui du corps.

Les danseurs des deux compagnies ont travaillé tour à tour avec les deux chorégraphes

à la fois en France et à Taïwan,

avec une première taïwanaise à Kaohsiung en août 2016 et une première française à la Toussaint.

samedi 10 décembre 2016

13/08/16 - 1 - Taiwan 3e partie - Jour 17 - Weiwuyin 6 - en route pour la seconde

Un autre jour de pluie, 
et son cortège d'humeurs, 
l'entrée en piste de l'équipe vidéo, 
et les premières photos.                 












Samedi 13 août,

5h45,

Il est bien trop tôt.
Je reste couché en écoutant la pluie dans le canal.
Pas de France Inter il est minuit ce matin.

6h30,
je me décide à faire un thé.
Il n’y a presque plus de biscuits.
Un détour par un supermarché ou une boulangerie va s’imposer.
Je suis au ralenti, 
le cerveau dans le vague, entre thé vert, Oréo et gaufrettes au chocolat et beurre de cacahuètes.

8h,
je monte enfin le store de la fenêtre.
Il pleut encore.
Sur le net, Hsuan Hao, le photographe, poste la photo prise à la fin de la conversation d’hier.
Elle est vraiment drôle,
je la partage sur les réseaux sociaux.



Mon dos me fait vraiment mal cette fois.
Je tente de le faire craquer, 
de faire des étirements,
je me dis que je n’ai pas le choix de toute façon,
mais je commence à être bien inquiet.

J'essaie de me changer les idées en rédigeant dans mon cahier noir ce qui s'est passé hier soir.
De plutôt belles choses finalement ...

Message des filles.
Elles vont faire du shopping avant d’aller au théâtre.
On part chacun de son côté.
L’occasion de prendre un autre chemin,
et si je me perds, je serai le seul …

Avec cette pluie, 
vu que j’ai le temps, 
je me demande s’il n’y a pas un bus direct de la gare à la station de métro de Weiwuyin.
Ça ne changera rien aux 700 mètres à parcourir jusqu’au théâtre 
mais au moins,je n’aurai pas le changement à Formosa.
Et puis, rester en surface et regarder la ville me fera le plus grand bien.

Google map.
Je cherche le théâtre et la station de métro.
Je repère les arrêts de bus les plus proches et je regarde quelle ligne y passe.
De là, je vais sur le site des transports de la ville pour retrouver les lignes en question 
et chercher celle qui passe près de chez moi.
C’est le cas de la 52, 
durée du trajet : 20 minutes.
Parfait.

Je refais un peu de promotion sur Facebook en reprenant la fameuse phrase qui avait intrigué la critique hier que j'écris sur une photo de la salle de spectacle encore vide.
Je l'accompagne du texte en chinois que Cheng Wei a mis sur la page de sa compagnie.



Hsuan Hao, le photographe est toujours en ligne.
De ce que me dit mon traducteur.
Il a pris plus de 1300 photos dont la moitié semble être correcte.
Un gros boulot de tri l’attend.
Il écrit de belles choses sur le spectacle
mais c'est surtout un « je suis amoureux » qui m’intrigue.
Élise aurait-elle une fois de plus fait des ravages ?
La réponse ne se fait pas attendre :
il poste une photo d’elle pendant le Night Life.



Je trouve un anti-douleur.
Il fera l’affaire pour la journée en complément du patch 
que j'ai gardé dans le bas du dos toute la nuit.
Il ne m'en reste qu'un.
Il m'en faudra un autre pour ce soir.
J’envoie un message à Cheng Wei.

Douche, 
patch ?
Finalement, je change d’avis.
Avec le cachet, je devrais pouvoir gérer la douleur jusqu’à ce soir.
Comme ça j’en aurai un au cas où Cheng Wei n’en trouve pas.

Je repasse sur le site des transports pour voir les horaires des bus.
J’ai un peu trop tardé.
Le 52 est déjà passé et le prochain arrive trop tard.
Retour à la case métro.
Je le prendrai un autre jour.
Pour aller visiter tranquillement le parc de Weiwuyin par exemple.

11h30,
je quitte Hebei road.
Je vais être en retard.
Je préviens Cheng Wei, notamment pour la cérémonie religieuse.

La pluie n’a pas cessé.
Mon sac sur mon ventre pour protéger l’ordinateur,
un long tee-shirt qui couvre les reins plongeant dans mon jogging,
je remonte Jian Guo 3rd road à grandes enjambées en direction de la gare.
Pendant le trajet, je pense à ce qui peut peut-être être encore modifié,
notamment avec les retours du critique,
le rythme de la pièce,
la théâtralité …

Quand j’arrive Cheng Wei est en train de se faire soigner.
On change son pansement.
Il me tend une boîte d’anti-douleur.
« c’est mieux que les patches »
Sauf que moi, je préfère les patches.
Cela fait aussi office de strapping 
et me permet d'organiser mon corps en fonction de la douleur.
« j’ai déjà pris un cachet ce matin, on verra plus tard .. »

Le déjeuner arrive.
Poulet pour tout le monde, avec le menu végétarien d’Élise.
Pendant que l’on déjeune, 
Cheng Wei annonce un filage « tranquille » 
pour que l’équipe vidéo puisse voir la pièce en entier 
et prépare ses prises de vue pour ce soir.

Avant d’attaquer, nous allons faire la cérémonie religieuse.
Les filles me demandent si c’est la peine d’y aller.
« je crois que c’est la première la plus importante m…
- oh ben pour ce que ça lui a servi … »
Je suis interrompu par Élise.
J’avais pressenti la chose en arrivant,
en entendant un « plus que trois jours  ... » alors qu’elle discutait avec Marie.
J’en ai la confirmation,
Elle est de mauvaise humeur aujourd’hui.

Finalement, tout le monde va à la cérémonie.


En revenant, Marie me demande si le filage est en costumes.
Je transmets à Cheng Wei qui va voir les vidéastes.
Il revient et commence sa phrase par « because … »
Le fameux « In Wei »,
Je souris pendant qu’il se lance dans une explication sur la disponibilité de l’équipe vidéo.
Je l’arrête dans sa lancée :
« Cheng Wei … costume ? or not ? »
Il réalise et sourit à son tour.
« Costume .. 80% energy »
Je transmets l’info et tout le monde part se chauffer.



Le filage est mou.
Énergie de seconde alliée à la digestion de nos lunch boxes.
Pas sûr qu'ils puissent tirer grand chose des images 
mais je pense qu'ils auront assez d'infos pour être fins prêts ce soir.

L'après-midi est déjà bien entamée 
et tout le monde cherche un endroit pour dormir.
Ha Bao squatte le fauteuil.
Les françaises s’étonnent qu’il n’y ait pas de canapé.
Mimi est dans un coin du plateau avec une serviette et une écharpe en guise d’oreiller.

Je profite de ce moment de calme pour faire une ou deux corrections à Cheng Wei 
pour que son solo se passe encore mieux, notamment en cas de chevilles fragiles.



Puis je cherche à mon tour un endroit pour une sieste.

À mon réveil, je suis tout seul.
Enfin presque : le jeune ingénieur du son, qui est avec nous aujourd'hui, 
dort sur la console en régie.
Je vais dans les loges où tout le monde vaque à ses occupations dans une ambiance plutôt calme.
Maintenant, c’est Marie qui dort dans le fauteuil.
Élise est sur son smartphone,
le photographe aussi …
L’équipe vidéo est partie « dérusher » et organiser les prises pour tout à l'heure.
Les taïwanaises discutent.
Je sors fumer avec Cheng Wei. 
La pluie a cessé il y a peu de temps.
Je reconnais cette odeur si particulière d’après l’orage 
qui m’avait inspiré ma première pièce sur l'île.
On discute un peu.
Il me confirme que c'est ce soir que Su Ling vient,
et qu’il y aura une autre personne de la ville de Kaohsiung.
« je voudrais faire une correction à Élise, tu sais ? celle de la jambe … 
- euh … je ne suis pas sûr que ça soit le bon jour là ...
elle n’est pas de très bonne humeur
- mais je lui ai déjà dit il y a trois jours
- je sais bien mais bon 
… 
enfin bon, essaye, tu verras bien »

Repas du soir,
je n’ai toujours pas faim.
Pendant qu’elles dînent, Mimi et Wan Chu discutent de « hotsprings »
Mimi se lamente du fait qu’elle n’arrive pas à danser son solo aussi bien qu’en studio,
qu’avec le trac, elle n’arrive pas à se recentrer, à garder son calme, 
à gérer les espaces.
Wan Chu lui dit que ça viendra,
elle lui rappelle qu'elle n'a pas beaucoup d'expérience,
qu’elle n’a pas fait beaucoup de « vraies » scènes.
Comme elle voit que j’écoute, Mimi me dit :
« en plus avec vous tous autour, 
quand vous vous levez, que vous marchez, 
que vous bougez, je suis perdue »
Élise prend sa défense.
« c’est vrai que c’est dur ce que tu lui as demandé ».
Je lui propose de voir tout ça ensemble 
et de fixer des moments où l’on peut bouger sans que ça ne la gène.
Dommage, j’aimais la combinaison incertaine d’une danse écrite, 
entourée d’autres solos exécutés à une vitesse aléatoire.
Tant pis.

On va régler tout ça 
mais après l’échauffement qu'il faut que nous fassions maintenant.
D’ailleurs, j’aurais bien proposé une barre collective,
mais je n’ai pas envie de me faire rembarrer,
je garde ma barre pour moi.
J’emporte mon Ipad (merci Sylvain),
mon casque sans fil
et je laisse défiler les musiques.



Je vois du coin de l’oeil Élise reprendre des mouvements avec moi.
Finalement, l’idée de la barre collective n’aurait peut-être pas été mal prise.
Comment savoir ?
Je débranche mon casque et laisse la musique se diffuser depuis la tablette.
« c’est pas assez fort »
Je remets mon casque.

Quand tout le monde est disponible, on voit donc Hotsprings pour Mimi.
Je précise les nouvelles consignes. 
S’arrêter de bouger quand elle attaque son solo,  
être le plus discret possible dans la partie la plus complexe,
choisir le moment où on se déplace en fonction de l'endroit où elle en est.
On recale nos danses en fonction de tout ça.
Les choses sont un peu plus figées 
mais bon, elle est rassurée, c'est l'essentiel.

Chacun finit de se chauffer dans son coin.
L’ambiance est plutôt détendue.
Des blagues fusent.
Cheng Wei profite de l’éclaircie pour demander à Élise 
si elle peut modifier la hauteur de sa jambe dans la quatuor :
« next time take a real dancer… »
Ça a le mérite d’être clair.
Je l’avais prévenu …

Le public est sur le point d’entrer.
On souhaite bonne chance à l’équipe technique.
avant de vérifier que tous les accessoires sont en place.
Moment d’affolement.
Je ne retrouve plus les lunettes avec lesquelles je commence la pièce.
Après un vent de panique certain, je les retrouve :
en bon bordélique, je les avais rangées sagement … donc impossible de les retrouver !

Retour dans les loges.
Je révise mes textes,
Élise est excitée ce soir,
et comme souvent dans cette situation, elle rit, fort.
Je tente de m’isoler un peu.
Elle rit de plus belle,
les taïwanaises lui disent d’être un peu moins bruyante.
Hugs de bonne chance.

Il est 19h30.
Ha Bao vient nous annoncer que nous démarrerons avec dix minutes de retard.
Il y a tout un tas de gens qui ont réservé des places et qui ne sont pas encore arrivés.
Probablement à cause de la pluie qui s'y remis à tomber.

On attend un peu 
puis on regagne les coulisses.

Les derniers spectateurs arrivent.
Il y aura autant de monde que la veille.

Cheng Wei installe sa chaise.

C'est là, on doit être prêt.




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