Les aléas des secondes,
mais des choses qui se mettent en place,
le groupe prend forme,
In Wei prend son rythme de croisière ...
mais des choses qui se mettent en place,
le groupe prend forme,
In Wei prend son rythme de croisière ...
19h45,
les derniers spectateurs sont installés,
on perçoit la pluie sur le toit métallique du 281.
Cheng Wei s’installe sur sa chaise
et se lance dans sa présentation.
Comme hier, on entre quand on entend son nom.
Je repense à ce que le critique m’a dit.
On va la jouer plus sobre ce soir.
J’aurais dû en parler à Cheng Wei,
pas eu le temps …
Il parle de moi.
Je fais le même gag qu’hier, m’adressant au public comme si j’avais quelque chose à dire.
Le public rit franchement quand il me demande de repartir avec les danseurs.
Ici aussi, le samedi soir, les gens sont plus détendus.
Contrairement à hier, Cheng Wei ne me cite que deux fois.
Il a peut-être compris dans mon comportement que je tentais de l’emmener vers la sobriété …
Parfait.
Le mot signal du départ en coulisses,
les taïwanaises s’en vont,
nous faisons de même,
ça serait bien que je puisse repérer ce mot,
demain peut-être.
Je me place dans le noir sur les premiers sons du prologue.
Mes jambes tremblent.
Je devrais pourtant être détendu pour ce duo que l’on a dansé si souvent
mais rien n’y fait,
comme toujours,
le trac est là.
On enchaîne avec le sol,
je guette l’entrée d’Élise en espérant qu’elle ne se prenne pas le pied dans les pendrillons comme hier.
Tout a l’air correct.
Je verrai ça sur la vidéo.
Cette petite vérification me fait perdre le fil du duo.
Je démarre un mouvement de bras, que je stoppe net,
Cheng Wei n’a pas bougé,
j’ai huit temps d’avance.
Se reconcentrer, se reconnecter aux autres,
en tant que danseur.
C’est déjà la danse d’ensemble,
plus fragile mais plus homogène qu’hier.
Nous sommes fébriles,
c’est bien la seconde.
Mimi fait la liaison.
Le son de l’oiseau envahit le théâtre.
Je l’aimerais bien plus fort.
Il faudra que je modifie ça demain matin.
D’ailleurs hier, il m’a semblé l’entendre beaucoup plus.
Je me demande comment Ha Bao avait fait.
Ou alors j’étais concentré sur quel pied il faut que je rentre pour ne pas me planter,
d’ailleurs c’est ce qu’il faut que je fasse là maintenant …
Cheng Wei entre, je lui emboîte le pas,
ouf, tout va bien …
Nous revoilà à l’épisode du comptage.
Dans la pénombre, je reconnais des stagiaires de chez Liao Mo Hsi dans le public.
Il y a aussi Lewis, le chorégraphe australien qui crée cette année pour Tsoying,
et juste à côté de lui, cette chère Su Ling.
Je flippe,
mais comme hier,
on arrive sans problèmes à avoir toute l’audience debout,
tentant de compter en français en gesticulant notre petite danse,
je n’en reviens toujours pas.
Élise décline Nightlife.
Tout en discutant avec Cheng Wei,
je pense à la courte improvisation que je m’apprête à faire,
il faut que je gère mon dos,
ça s’est bien passé jusque là,
mais il reste encore à faire.
Tout s’enchaîne plus vite qu’hier.
Comme dans le prologue, une homogénéité se crée,
nous sommes dans une même direction …
jusque dans la fébrilité.
Les solos du baiser sont beaux,
émouvants, tendres parfois,
et le duo fonctionne.
Le quatuor arrive,
et avec lui, toujours cette bouffée d’angoisse,
ce souvenir du mardi 2 août.
et de tout ce qui a été écrit,
ce qui a été dit :
« on n’y arrivera jamais … »
C’est ce que j’avais entendu,
et pourtant ma foi, on y est.
« Foreigners » est décidément bien fragile.
Même si tout le monde entre de mieux en mieux dans la danse de Cheng Wei,
et que certaines parties, qui nous paraissaient trop rapides,
semblent finalement tout à fait abordables.
La dernière danse que le patron a ralenti à cause de moi, de peur que je ne m’en sorte pas,
est presque trop lente maintenant.
Mais bon,
il va quand même falloir prendre le temps de le travailler calmement,
sinon on ne le dansera pas non plus sereinement en France.
Peut-être proposer à Cheng Wei plus de liberté ?
Il a tout voulu millimétrer (enfin plutôt chronométrer).
Même le moment et la durée des chutes !
Ça plombe un peu le rythme à mon goût.
L’aléatoire apporterait un peu de fraîcheur.
D’ailleurs ce soir, de l’imprévu, il y en a :
la dernière fois où les filles sont sensées me récupérer avant que je tombe,
elles arrivent trop tard
parce que Cheng Wei et moi avons commencé notre danse des bras un peu en avance.
Du coup, je tombe moi aussi.
On s’en amuse sur le plateau,
et ça marche tout aussi bien.
Mimi s'en sort mieux dans « hotsprings »
même si elle loupe une ou deux choses.
On la sent plus tranquille.
C’est déjà ça.
Tant pis si elle ne le danse pas comme j’aurais voulu.
Je ne suis pas sûr qu'elle se batte encore pour le danser correctement.
Peut-être demain ?
Le final,
avec ces danses et ses transitions qui me paraissent quand même bien lentes,
mais je ne suis pas le patron,
et puis si ça se trouve, vu du public, les choses sont bien différentes.
Je verrai sur la vidéo si mon ressenti est le bon.
Comme hier, nous saluons deux fois.
Il y a quelques cris, quelques sifflets,
décidément le public du samedi est bien plus chaleureux.
Nous avons pas mal de visites dans les loges.
Une prof pour laquelle travaille Cheng Wei qui est venue avec ses élèves,
Su Ling et Lewis, accompagnés de Hun Ting qui enseigne à Lingya où j’avais travaillé en 2013,
et puis Jazz, cette plasticienne que l’on avait croisé la première fois que nous avions dansé le duo en public le premier samedi.
Elle nous avait dit qu’elle viendrait nous « croquer » pendant le spectacle.
J’avais oublié.
D’autres amis des danseurs taïwanais sont là,
ils font des compliments à tous.
En anglais, en chinois.
Les filles partent acheter des fruits au marché.
Je reste un peu discuter avec les gens que je connais.
Su Ling a un grand sourire, elle a pris volontiers les filles dans ses bras,
ça veut peut-être dire qu’elle a apprécié ?
On en reparlera la semaine prochaine.
Je lui demande si je travaille au lycée lundi :
« I don’t know »
J’éclate de rire.
« You have the planning ?
- No ! »
On rit encore.
Je lui explique qu’hier soir, des anciennes élèves sont venues et m’ont montré l’emploi du temps du bureau.
« si elles te l’ont dit, c’est que ça doit être ça …
Passe au bureau lundi et on verra »
C’est la première fois que je la vois si détendue par rapport au travail,
si détendue pour tout d’ailleurs.
Ça fait du bien de la voir comme ça.
Lewis me gratifie d’un « good job » qui me met du baume au coeur,
d’autant qu’il a l’air sincère.
Je parle un peu plus avec Jazz, qui me rassure par rapport aux parties non dansées.
Elle m’explique que selon elle, ici, les choses sont encore bien compartimentées.
Les danseurs, ça danse.
Et la danse c’est une chose plutôt sérieuse.
On ne s’attend pas à ce que les interprètes puissent parler, ou vous faire rire,
entre deux danses.
Je n’imaginais pas que j’étonnerai autant par cet aspect de la pièce.
Comme hier, on fait la fermeture du théâtre.
Cheng Wei me ramène en scooter.
Je suis à Hebei Road vers 22h30 où je savoure ma bière d’après spectacle
en racontant un peu sur le net comment s’est passé cette seconde.
Marie passe à l’appart.
Elle vient récupérer trois ou quatre de mes sachets de thé
que je me suis proposé de partager
plutôt qu’elles n’en achètent d’autres pour les trois jours qu’il leur reste.
Elle me demande si les retours sont bons.
Ça l’étonne.
« pourtant, les gens n’applaudissent pas beaucoup ».
23h30,
extinction des feux.
Une seconde représentation loin d'être désagréable,
enfin ... pour moi ...
Il en reste une à faire.
Demain ça devrait être tranquille.
Dernière ligne droite de l'aventure d'In Wei,
ici.






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