Trouver d'autres chemins,
profiter du studio le plus longtemps possible,
repasser par le sol,
et enrayer la crève ...
Aujourd'hui c'est l'anniversaire de Pei-Chi.
Pei-Chi est une lycéenne taïwanaise et je l’aime bien.
Probablement parce qu'elle était la plus originale des élèves de sa classe,
et que je suis passé dans sa vie au moment où elle a réalisé à quel point ses différences pouvaient être une partie de sa force :
sa manière de danser,
son physique (moins filiforme que celle de ses camarades),
sa couleur de peau (nous avons eu une ou deux discussions très sérieuses à ce sujet :
le blanc est, là-bas comme ailleurs, un incontournable de la beauté …)
Et au delà de tout ça, il y a entre nous cette petite chose qui fait que l’on sait qu’on est proche.
et je lui ai souhaité un joyeux anniversaire en français.
Je lui avais appris comment le dire quand elle a visité Paris avec sa classe, il y a déjà deux ans.
Elle m'avait d'ailleurs aussi appris comment dire tout ça en chinois et je n'y arrive toujours pas.
Sinon aujourd’hui, j'ai mal à la gorge.
La migraine d'hier annonçait donc autre chose.
On verra bien quelle direction cela va prendre.
De toute façon, je n'ai que trois jours au Pavillon Noir cette semaine et pas d’autres studios en vue, je pourrais me poser un peu jeudi et vendredi.
Contrairement à hier, je suis très vite garé.
Il n’est pas encore 10h quand, assis derrière le volant, je consigne quelques notes dans mon carnet avant de retourner au studio Bagouet pour tenter d'avancer sur toutes ces choses éparpillées qui constitueront un jour la chose que l’on appelle "In Wei".
Quand je ferme la porte de la voiture, je vois Natacha,
l'ancienne danseuse de la compagnie dont je vous parlais l'autre jour.
Elle cherche une place.
Chemin habituel.
Le Conservatoire.
Les rituels du matin.
La machine à café, les plannings.
L’ordinateur, la sono.
J’ai presque fini de m’installer quand Natacha traverse le studio.
Elle est presque à la bourre pour le cours de 10h30 juste au dessus dans le grand studio.
Elle me propose de venir le prendre mais je crois que je vais rester seul avec mes miasmes naissants.
Je fais donc ma barre perso, en entier
mais avec moins de courbatures, probablement l'effet Doliprane.
J'enchaine directement avec le sol de la veille .
Tout revient, sans les notes.
(c’était bien la peine de tout écrire !)
Il me reste quand même à retrouver le rythme de tout,
ou à en trouver un qui me convienne encore mieux que celui d’hier.
Je passe un peu de temps sur la première partie, celle qui est debout.
Hier, je m'étais cantonné à garder la phrase telle quelle
alors qu'il y a forcément des choses à modifier, ou du moins à tester.
J’aboutis à quelque chose qui me convient :
répéter le premier motif,
la musique s'y prête,
trouver la raison de le faire évoluer,
que les bras,
puis le changement de direction,
les retours à la position de départ à des rythmes différents,
et puis écourter un peu la seconde partie de la phrase,
d'autant que musicalement ça a presque un sens.
(enfin si je garde cette musique … mais il semble que oui finalement)
Je redanse le tout,
le nombre de fois qu'il faut pour que la durée et le rythme ne bougent plus.
Quand je me sens prêt, je sors l'appareil photo qui, cette fois-ci, est dans mon sac,
je le pose sur la chaise déjà installée depuis ma tentative d'hier
et je filme.
En plus, il y a une belle lumière ce matin.
Je suis en train de me changer pour sortir quand Natacha traverse le studio dans l’autre sens.
Elle trouve que je vais mieux que tout à l’heure.
J’ai sûrement l’air plus réveillé.
En tous cas, c’est toujours encourageant de savoir que l’on n’a pas trop mauvaise mine.
À midi, je mange une part de tarte du snack d'en face,
c'est aux légumes (et il faut que j'en mange il paraît),
c'est pas cher et ils ont le sourire.
Pourquoi s'en priver ?
Je retrouve mes compagnons de table habituels.
On parle, on rit.
Je m’y sens bien.
L'après midi, je continue sur ma lancée.
Comme je me l’étais dit hier, je dois trouver d'autres phrases « debout » pour pouvoir commencer à composer pour le groupe.
La vidéo m’a donné une nouvelle piste :
dans ce que j’ai mis en ligne lundi, le hasard du montage m'a fait disparaître
et réapparaître à un même point du studio et dans la même orientation.
On pourrait donc dans l’absolu enchaîner les deux phrases mais je ne pense pas que je garderai l’idée.
En revanche, comme sur la dernière prise, je me suis fait disparaître de dos,
je me suis dit que là,
ça pouvait continuer là où ça s’est arrêté.
Je crée donc une chose qui commence de dos
avec des éléments cousins des phrases existantes (les contre-temps, les grandes secondes).
Toujours en visionnant ce que j’ai fait lundi, je me suis aussi rendu compte
que la plupart des phrases allaient à jardin.
Ça me crée une jolie contrainte …
Je fais donc quelque chose qui va à cour.
(alors au cas où, petit rappel : jardin est à gauche, pour vous qui regardez et à l’opposé de jardin, vous me suivez ?)
Petite phase de recherche avec un résultat mitigé.
Je n’aime pas vraiment ce que je trouve ou du moins, je ne suis pas bien sûr que ce soit intéressant mais bon, je filme.
Si ça ne l’est pas sur moi, ça le sera peut-être sur les autres …
même cadrage, même vêtements,
ça aurait permis d’avoir une belle vidéo avec toutes les phrases
mais retrouver le cadrage identique est presque impossible
ou prendrait trop de temps,
et les images sont juste là pour mémoire,
donc ça ira bien comme ça.
Histoire d'avoir tout le matériel au même endroit, j’essaierai peut-être la semaine prochaine
de faire un film avec toutes les phrases, une fois que j’aurais décidé que j’en ai assez.
Ça me servira d’entraînement et ça sera plus facile pour travailler et réviser avec les danseurs.
Je m'arrête relativement tôt car je sens que je suis en train de tomber malade,
plus beaucoup d'énergie, gorge qui brûle, et migraine qui revient maintenant que l'effet Doliprane a disparu.
Comme la lumière dans le studio est particulièrement belle,
je fais quelques photos.
Je ne sais pas encore comment je vais m’en servir
(ou si je vais m’en servir) mais ça serait dommage de ne pas se faire plaisir dans un lieu pareil.
17h30.
Je quitte le studio avec un peu de fièvre,
et j’ai encore un cours à 20h.
Il faut que je me pause une heure et que je dorme.




Merci de partager avec nous tout ce travail de création en solitaire... C'est très agréable de pouvoir voir comment tout ça s'imagine, se construit, se monte, prend forme ! Merci, et bon anniversaire à Pei Chi ! très belles photos d'elle et de vous deux, ça + ta description, ça donne envie de faire sa connaissance ! A bientôt, et merci encore pour ton écriture et ton partage.
RépondreSupprimerPS très belles vidéos de toi également, ça va de soi...
Marie