Création franco-taïwanaise de Claude Aymon et Cheng Wei Huang

pour les deux compagnies c2a et WeiDanceCompany,

In Wei est une vision croisée des deux chorégraphes

sur sur ces aspects qui séparent l’est de l’ouest, l’Asie de l’Europe.

Après avoir travaillé chacun dans le pays de l’autre,

ils ont décidé de parler de tout ça par le langage qu’ils ont en commun, celui du corps.

Les danseurs des deux compagnies ont travaillé tour à tour avec les deux chorégraphes

à la fois en France et à Taïwan,

avec une première taïwanaise à Kaohsiung en août 2016 et une première française à la Toussaint.

mardi 24 janvier 2017

21/08/16 - Taiwan 4e partie - le parc de Weywuyin

Découverte du parc 
au bord duquel s'est passé l'aventure, 
un peu de nature
et un coucher de soleil                 










Dimanche 21 août,

Une semaine s’est déjà écoulée depuis que nous avons quitté le théâtre 281 à la lisière du parc de Weiwuyin.
Cette ancienne caserne dédiée désormais aux artistes est entourée de verdure,
un parc faussement sauvage qui m’a l’air de valoir le détour.
J’avais déjà vu des photos sur la page Facebook du propriétaire d’Arthur,
le magasin de tabac, vins et spiritueux où nous allons parfois avec Cheng Wei.
(je vous en ai parlé ici)
Je savais que ce parc était immense, qu’il y avait plusieurs étangs,
et qu’on pouvait trouver des coins tranquilles pour regarder les oiseaux, le soleil,
se ressourcer.
C’est pour ça que j’en avais parlé aux filles quand nous sommes arrivés au théâtre il y a quinze jours.
Marie y était allée seule le mardi et y avait emmené les filles le lendemain.

Ce dimanche, il fait très beau.
Et mon carnet de notes est vide.
J’ai arrêté de prendre des notes depuis vendredi.
Plus envie.



Le matin, 
je me suis levé tôt, comme d’habitude,
et je suis monté avec ma tasse et mon téléphone-radio sur le toit.
Je suis resté quelques temps,
histoire de voir le soleil apparaître derrière les immeubles, loin.



La journée a été calme du moins dans mes souvenirs.
La pluie devait faire son retour,
une autre raison de ne pas sortir.
Mais ce parc de Weywuyin,
il fallait que j’y aille.
Histoire d’exorciser encore les mauvais moments de l’endroit.
Et les photos du patron d’Arthur auguraient de belles choses.

De ces souvenirs que j’aurais aimé partager,
avec les filles,
ou avec Cheng Wei,
mais pour les filles c’était trop tard 
et mon ami était bien occupé, comme tout le monde ici d’ailleurs.

Alors, je vais découvrir tout ça,
tout seul.

Quand j’avais regardé sur le site des transports en commun de la ville de Kaohsung, 
si je pouvais aller au théâtre en bus,
j’avais vu que le 52 allait directement de la gare au parc.
Alors avec mon casque, une bière, du tabac,
je quitte Hebei road, ce dimanche après-midi,
vers 16h15,
et je vais à la gare routière. 

16h30,
je suis dans un des petits bus blancs de la compagnie Ubus qui gère la ligne 52.
On descend Zhongshan 1st road jusqu’à Central Park,
et on remonte la Wu Fu road.
146, Wu Fu, 2nd road,
mon adresse lorsque pour la première fois, j’ai passé du temps au printemps ici.
je me souviens des gardiens,
de celui qui cherchait toujours des choses à me dire avec le peu d’anglais qu’il connaissait 
« dinner ? » « lost ? »
ou qui faisait des pas de danse depuis qu’il avait compris pourquoi j’étais là.
On tourne à droite au centre culturel,
puis à gauche dans une petite rue.
De là, on rejoint l’ancienne voie ferrée.
Celle que l’on a souvent longée avec Cheng Wei, notamment en rentrant du théâtre.
On tourne à gauche sur Sanduo 1st road,
on passe sous le périph’,
Le boulevard devient boisé.
c’est le prochain arrêt.

Le bus s’arrête devant le parking de l’entrée nord.
Je le traverse et m’enfonce timidement dans le parc.
Aucune ligne droite,
ça n’est pas pour autant un jardin anglais,
encore une autre façon d’orchestrer les choses.
Et très vite,
de l’eau.



Taiwan, l’île aux oiseaux,
et dans ce parc, comme dans tous les lieux un peu grands et un peu verts,
il y a des postes pour observer tout ce qui vole 
comme ce pont en bois,
où les ornithologues plus ou moins confirmés peuvent, en restant  à l’abri, 
guetter les animaux sans les déranger.



Je me laisse porter d’allée en allée, le casque sur les oreilles,
avec ma fameuse compilation rock des années 80 qui m’a accompagné les premiers jours de ce séjour.
Quelques joggeurs, des promeneurs de chien,
certains me regardent étonnés,
les plus âgés me saluent,
« ni hao »

Au nord-ouest du parc, 
une immense coque en béton cache ce qui sera d’ici peu la plus grande salle de spectacles de la ville.
Une sorte de zénith où Kaohsiung compte accueillir des compagnies internationales de spectacle vivant.


Un parc avec des oiseaux a forcément son lot de canards gourmands.
J’observe, de loin, cette scène classique et semble t-il universelle,



avant de choisir un de ces autres chemins sinueux qui me mèneront je ne sais où.
Petite pause à regarder les oiseaux,
en fumant une pipe et buvant une bière,
mais le regard des usagers du parc que je croise, 
me rappellent certains panneaux que j’ai aperçus en entrant.
Bien que nous soyons à l’air libre, il est bel et bien interdit de fumer.
Je ne finis pas ma pipe et reprends ma route.

Alors que je m’émerveillais de la quiétude d’autres volatiles dont je ne connaissais pas le nom,
des bruissements d’ailes se font entendre de toute part.
Le ciel s’était couvert et je ne m’en étais pas rendu compte,
les parapluies sortent sur les chemins,
je cherche vite un abri.
Lloyd Cole susurre une fois de plus « she crossed herself … »
Il pleut.
Je l’écoute en attendant.
« I believe in love, I'll believe in anything »
Les gouttes tièdes trempent les rochers, les carrés d’herbe, les parterres boisés.
LLoyd Cole a fini.
Je me dis que je ferais mieux de rentrer.
Mais je me rends compte qu’autour de moi,
les parapluies sont rangés,
les joggeurs reprennent leur course,
les promeneurs installent des papiers journaux ou des manteaux de pluie sur les bancs,
regardant leurs chiens s’amusent dans l’herbe mouillée.

Alors je reprends ma promenade,
et grand bien m’a pris car le soleil revient.



Le ciel devient jaune, comme souvent ici, après la pluie.
Avant que l’orange n’arrive, je cherche un endroit dégagé pour voir le couché de soleil.
Quelle colline ?
quelle clairière ?
Alors que la lumière change déjà.
Je commence à croiser des nouveaux occupants …
de ceux qui me ressemblent presque, avec leurs appareils photos …
Il suffit de suivre.
Une autre allée,
un pont,
les canards à nouveau,
et me voilà au bord d’un autre lac, 
où de longs bancs en arc-de-cercles orientés à l’ouest attendent ceux qui, comme moi, aiment ce moment.



Batterie faible.
Encore une fois.
J’enrage.
J’utilise mon appareil photo avec parcimonie.
Le zoom n’étant pas manuel, je reste sur des plans plutôt larges.
Et quand ça me démange trop, je me sers de ma tablette.
Certains installent des pieds ici ou là,
l’instant approche.
Ça me rappelle, que j’ai moi aussi, un très joli pied pour mon appareil,
et qu’il est toujours dans mon gros sac dans le bas du placard …
Il faudra que j’ai le réflexe de l’emporter avec moi quand je suis dehors dans ces heures là.



Et puis voilà, 
18h10,
le ciel devient violet,
et l’étang juste en dessous fait forcément de même.
Les passants s’arrêtent, 
d’autres à vélo font de même,
il y a des portables, de tablettes,
des appareils photos de toutes tailles,
des sourires entendus,
le bonheur …



Je suis resté jusqu’à la tombée de la nuit.
Entre temps, ma batterie m’a lâchée.
J’ai rejoint l’arrêt de bus par les allées sinueuses,
me guidant au son de la circulation au loin.
20 mn après, j’étais sur le parking que j’avais traversé deux heures plus tôt.
La pluie s’est vaguement remis à tomber alors j’ai attendu un peu,
regardant les imperméables roulants sur les scooters l’esprit dans le vague.
J’ai le choix :
reprendre le 52 comme ce couple de personnes âgées et rentrer directement à l’appart’
ou tenter le night market, en prenant le 70, pour m’acheter des burritos.
De belles gourmandises qui finiraient en beauté cette belle après-midi.

J’attends encore.
La pluie s’arrête,
je prends le 70.
3 burritos, 120 dollars (4 euros … ils ne se rendent pas compte …).
Je rejoins la station de métro et retourne à Hebei road.

La soirée a été calme.
Seul à l’appartement.
J’ai écouté la radio,
regardé les photos,
mis l’appareil à charger,
et j’ai vaguement réfléchi à mes cours à Tsoying en digérant mes burritos,
avec un petit pincement au coeur, de n’avoir pas pu partager ces choses avec les filles.



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