Création franco-taïwanaise de Claude Aymon et Cheng Wei Huang

pour les deux compagnies c2a et WeiDanceCompany,

In Wei est une vision croisée des deux chorégraphes

sur sur ces aspects qui séparent l’est de l’ouest, l’Asie de l’Europe.

Après avoir travaillé chacun dans le pays de l’autre,

ils ont décidé de parler de tout ça par le langage qu’ils ont en commun, celui du corps.

Les danseurs des deux compagnies ont travaillé tour à tour avec les deux chorégraphes

à la fois en France et à Taïwan,

avec une première taïwanaise à Kaohsiung en août 2016 et une première française à la Toussaint.

lundi 16 janvier 2017

25/08/16 - Taiwan 4e partie - escapade à Liu Qiu (1)

Quitter une île 
pour aller sur une île, 
et enfin
prendre le temps                 









Jeudi 25 août,

Dix jours sont déjà passés. 

Depuis le 15 août, Cheng Wei a repris ses diverses activités.
Des cours, des créations,
dont trois ou quatre chorégraphies à finir dans des studios de danse 
éparpillés dans et autour de Kaohsiung.
Nous arrivons à peine à nous voir pour boire un verre.

Pourtant, il nous reste quelque chose d’important à faire.
Aller là où nous aurions dû passer les deux jours avec les filles.
Conjurer le mauvais sort de cette excursion.
Il y a deux ans, nous étions rentrés sur les chapeaux de roue pour éviter le courroux de miss Lin.
Peine perdue.
Cette année, ça ne se passait pas non plus comme on l’avait prévu
mais au moins, nous pouvions y aller, tous les deux.
Seulement pour ça, il fallait que nous soyons disponibles au même moment.

Ça aurait pu paraitre simple, 
vu que, de mon côté, je n’avais que quelques cours à donner,
et peut-être une ou deux soirées réservées par miss Lin,
mais quand Cheng Wei était libre, je n’arrivais pas à l’être.


Comme nous travaillions dans le même studio les derniers vendredis du mois d’août 
et que  - ô miracle - Cheng Wei avait un jeudi sans cours ni répétition,
nous avons sauté sur l’occasion pour partir.
Ce jeudi-là, et une grande partie du vendredi, nous y allons.

L’objectif de mon jeune collègue : me faire découvrir un nouveau coin de rêve,
mon objectif : réussir à le déconnecter de la course folle dans laquelle il s’est embarqué 
depuis la fin de notre hiver.

Cheng Wei s’est occupé de tout.
Organisation du voyage,
réservation de l’hôtel,
à ma charge ne restait qu’à décider de l’heure du départ.
J’ai lancé un vague 9h30-10h, sachant que le départ était à la gare, 
que la veille j’avais un dîner qui ne devait pas finir tard,
ça devrait être possible.

Finalement,
après un ou deux messages plus ou moins matinaux 
où chacun annonçait à l’autre un retard certain,
nous avons convenu que Cheng Wei m’appellerait quand il serait au pied de l’immeuble,
quelle que soit l’heure …



Il est donc 11h 
quand nous embarquons dans le taxi 9 places pour Dong Gang, province de Pingtung.
Ça m’a rappelé les taxis qui reliaient Cayenne à Saint-Laurent-du-Maroni pendant les vacances en Guyane quand j’étais petit.
Départ chaotique sous Zhong Shan bridge en direction de l’est pour rejoindre Pingtung 
et de là rejoindre le port de Dong Gang.
Une petite heure plus tard,
nous sommes à l’embarcadère.

À ce moment-là, il a fallu parler argent.
Au départ, bien que l’escapade ait été offerte par la WeiDanceCompany,
j’avais déjà en tête de prendre en charge la partie des frais des français si les filles avaient été là.
Le plus compliqué aurait été que Cheng Wei et Ha Bao acceptent 
mais en manoeuvrant bien un soir de faiblesse chez Mini, c’était possible.

Là, c’était encore plus simple.
Pas de calcul d’apothicaire : on coupait en deux.
Enfin plus simple d’un point de vue mathématique parce que pour convaincre Cheng Wei …
Ça n’est qu’après une âpre bataille (et un peu de mauvaise foi) que j’ai réussi à faire comprendre à mon ami que je ne lâcherai rien.



Nous sommes dans la file d’attendre pour prendre un bateau 
quand Cheng Wei m’explique que nous allons sur une île au large de Taiwan au sud-ouest :
Liu Qiu (qui se prononce Liou Chiou).
Pour parler finances une dernière fois, 
il y en avait pour 70 euros par personne pour le séjour
et cela comprenait la traversée en bateau, 
la location d’un scooter sur place, la nuit d'hôtel et le petit-déjeuner.
À part ça, il ne resterait à payer que les à cotés 
(bières, sodas, grignotages, glaces … 
donc quelques courses à celui qui allait payer le premier en vue).

Ça n’est pas dans ces deux jours que j’allais exploser mon budget.
Quand je pense que Cheng Wei a eu presque honte de me dire le prix 
parce qu’il avait gardé la chambre la plus grande, 
avec la belle vue
alors qu’il y avait la possibilité de payer moins …

Bref,
le partage est accepté,
nous mémorisons (plus ou moins) ce que nous payons et nous égaliserons le tout demain soir.



Il y a deux lignes pour rejoindre le port principal de Liu Qiu,
une navette classique et une autre, plus rapide.
Cela dépend des horaires.
Là, les deux départs suivants sont en navette rapide.
Dommage, je pensais pouvoir m’amuser avec mon appareil photo sur le pont du bateau.
Enfin bon, à toute chose malheur est bon, nous arriverons plus vite sur l’île.

Après une autre petite heure, mais sur l’eau cette fois,
nous arrivons à Liu Qiu.
Le petit port est en effervescence avec l’arrivée de ce bateau plein de touristes.
Toute une série de taxis nous propose de nous accompagner où on veut,
des démarcheurs nous vantent les mérites de tel ou tel hôtel 
à des prix, qui selon eux, défient toute concurrence
mais notre hôtel a son propre service de navettes : 
un employé de l’hôtel (à moins que ça ne soit le propriétaire lui-même),
qui vient directement nous chercher.



Ici, on laisse ses chaussures à l’entrée 
(et on est sûr de les retrouver après …)
Dans le petit hall d’entrée, 
notre chauffeur se transforme en réceptionniste et nous explique les excursions possibles :
visite des fonds sous marins en plongée,
(nous faisons l’impasse : pas assez de temps, trop fatiguant),
en bateau
(ça prend trop de temps et il va y avoir du monde),
il nous reste les grottes, le bord de mer,
et le « Flower Vase Rock » un rocher avec une forme bizarre
(moi je trouve que ça ressemble plus à un champignon mais bon …)
Les billets sont en vente ici même 
ainsi que …
la location d’un scooter.
Outil indispensable pour la visite de l’île, 
dont, en deux roues motorisées, on fait le tour en une journée.

La location faite, il reste juste la commande du petit déjeuner à passer,
quel sandwich, quelle boisson …
Voilà, tout est réglé,
il n’y a plus qu’à aller à la chambre.

Premier étage,
au bout du couloir …



Alors cette photo a été prise un peu plus tard, 
au moment de notre départ en excursion.
La première chose que j’ai faite après avoir jeté mon sac sur mon lit, 
c’est investir un des deux transats du balcon, invitant Cheng Wei à faire de même.
Mais mon collègue, qui n’avait pas encore enclenché le mode « vacances »,
tournait en rond cherchant quelque chose à faire.
« ok … you know what ? Go to the Seven Eleven and buy some beers »
Il a disparu de la chambre avant que je tente d’envisager de chercher mon portefeuille,
et pour revenir quelques minutes après, le sourire aux lèvres, 
avec des bières à l’ananas et des cochonneries à grignoter.
C’est que j’avais oublié une chose.
En dehors du mode « vacances » qui était loin d’être mis en route, 
il y avait une chose que le jeune homme mourait d’envie d’essayer :
le scooter !

Donc là, ça allait mieux.
Il avait dépensé des sous, la machine était correcte,
il pouvait enlever ses chaussures.

On organise le reste de la journée.
On fait les grottes et le rocher dans l’après-midi ce qui nous permettra d’arriver juste à temps pour le coucher de soleil.
Demain on repart vers midi, cela nous laissera le temps demain matin, 
de finir la boucle complète avec cette plage de rochers volcaniques.

Mais pour l’instant,
je négocie une sieste avant de partir à l’aventure
On éloigne les portables,
les canettes, les transats.



Ne rien faire pour de bon.
Rester là, une gorgée de bière à portée de main,
à entendre la mer au loin
allongé dans un air tiède et humide
agréablement rafraichi par une brise marine,
ou alors terrestre,
enfin quelque chose de la famille de vent qui est presque frais et qui détend.



Je serais bien resté là jusqu’à l’heure adéquate pour aller voir le soleil se coucher,
mais j’ai promis à Cheng Wei donc à 15h et des poussières,
on se met en route.
Prendre le strict nécessaire,
appareil photo, tabac, pipe, téléphone,
une bouteille d’eau offerte par l’hôtel.
On laisse la bière au frais pour ce soir au retour.

Oubli monumental :
si les scooters sont loués, ils ne prêtent pas de casque.
Tant pis, on fera sans.

Un bref coup d’oeil sur la carte que, de toute manière, nous emportons avec nous,
et nous voilà partis pour le rocher en forme de champignon, par la route du bord de mer.
Traversée du centre ville,
peu de monde,
quelques courageux marchant sous la chaleur écrasante,
un bus qui fait le tour de l’île,
une voiture ou deux.

Après quelques minutes 
(et deux ou trois allers retours parce que la carte n’était vraiment pas précise)
nous sommes tout près du rocher en question.
Première halte près d’un temple en vue de la mer.



Quelques centaines de mètres de marche et nous y voilà.



Si nous avions voulu partir explorer les fonds sous marins, c’est ici que ça se passait.
Des troupeaux de gilets jaunes ou oranges suivent les consignes de moniteurs 
qui semblent expliquer l’utilisation des masques et tubas.
Pas très loin, l’embarcadère d’où on prend un bateau à fond plat et translucide 
où les moins sportifs peuvent aussi admirer tortues et poissons.



Je suis bien content de ne pas avoir pris cette option.
En ce premier jour de totale détente, 
loin de la ville, de la danse et tout événement pouvant générer un quelconque souci,
je n’avais pas envie de me mêler à à quelque foule que ce soit,  même de petite taille.
Nous rejoignons donc notre moyen de locomotion,
garé, hélas, un peu plus en hauteur.



En vue du scooter sur le parking après la série de marches, 
deux idées me traversent l’esprit.
Un, le scooter est encore là.
Deux, les randonneurs croisés plus tôt sont très courageux ou totalement inconscients.

Cheng Wei démarre 
et nous partons pour les grottes.
La mer et la vitesse adoucissent la chaleur.
C’est loin d’être désagréable.
On quitte le hameau et la route devient plus verte,
on ne voit plus la mer mais on nous rappelle qu’elle n’est pas loin.



Une guérite avec deux agents,
on montre nos tickets,
on nous indique les sentiers à suivre.
Pas de barrières, pas de tourniquets,
on aurait très bien pu faire la balade sans payer.
Mais on est ici, dans cette partie du monde où quand on doit payer, 
généralement, 
on paye.



L’île de l’intérieur.
Caillou volcanique recelant tout un tas de petits bonheurs pour les géologues.







On passe de couloirs en micro cavernes,
de salles plus grandes à des passages étroits.



Leçon de mandarin du jour : 
selon mon traducteur officiel, le panneau nous conseille de faire attention à nos têtes.

< photo CW  sortie >

Difficile de qualifier la force, le vert, la densité de cette nature 
qui visiblement prospère sur cette petite terre volcanique.
On passe sous des arbres immenses, de denses sous bois,






on croise des lézards, des papillons, 



des fleurs,




(alors celle-ci se repose, elle ne s’ouvre que la nuit)

On suit des pistes de terre,
des chemins balisés,
des allées de pierre,
on passe parfois sur des ponts 



et entre deux rochers, la mer nous rappelle que s’il ne fait plus si chaud, 
c’est encore parce qu’elle là.






On s’est arrêté sur ce banc.
Pour reprendre notre souffle et partager une canette de soda.
Pour la première fois, on a pris le temps de parler de nos familles, de nos enfances.
L’occasion de parler à nouveau d’Hebei road,
et de l’oncle qui devrait gérer ces appartements,
et de tout un tas de choses.
Nouvelle étape de notre amitié,
après avoir été invité chez les parents de Cheng Wei,
il me parlait un peu de lui.



Retour au scooter.
Nous reprenons notre promenade en surplombant la côte sauvage par cette route de forêt.



Une autre cabine, une autre présentation de ticket,
là, la visite peut se faire dans les deux sens :
colline boisée ou côte sauvage.
On monte un peu dans les forêts 
où un kiosque nous attend là d’où l’on a le meilleur point de vue,



puis nous redescendons pour rejoindre la cabine



et de là, à travers la roche,



et au prix (à nouveau) de quelques marches,
une plage,
qui à notre arrivée,
était occupée par un groupe de touristes chinois.
Certains ont fait des selfies qui nous ont semblé étonnants :
malgré ce splendide décor que nous offrait la mer, 
ils ont préféré s’auto-photographier devant des branches ou des rochers …
Certains se sont moqués de moi, 
comme d’autres fois auparavant,
mais ça n’a pas réussi à gâcher notre tranquillité
(enfin .. surtout quand ils sont partis).



17h,
il est temps de rejoindre l’endroit d’où nous verrons le soleil se coucher.
Le chauffeur réceptionniste nous avait conseillé un endroit soigneusement coché sur la carte,
mais ma foi, à l’ouest, il semblait y avoir d’autres possibilités où nous espérions croiser moins de groupes semblables à celui que nous venons de quitter.

Cheng Wei opte pour cet ancien édifice militaire dont Taiwan a malheureusement le secret.
Du fait de la position stratégique de l’île, ce qu’a construit l’armée a, peut-être un peu plus qu’ailleurs, une place non négligeable dans le patrimoine culturel.
Comme le fort de Cihou sur l'île de Cijin, ici il y a Sanfu, 
d’où l’on a jadis tiré vers la mer à partir de canons.
« on s’arrête là ! »



La tranchée au premier plan mène à de vastes espaces clos en sous-sol 
dont les orifices où étaient installés les canons sont les seules ouvertures à l’air libre 
(des photos en sous sol ont été tentées … et complètement ratées).



Une fois passée ces grandes salles,
un belvédère,
et là, tout au bout, une cabane,
où nous avons décidé de nous passer les deux heures suivantes.

Un groupe de jeunes - taïwanais deux-là -
fait un succinct passage après avoir vaguement admiré la vue et fait les selfies réglementaires.
Le temps qu’ils quittent les lieux, Cheng Wei est allé au Seven Eleven acheter de quoi faire un apéritif frugal.
Je m’installe sur le banc et filme la vue .



Cheng Wei revient,
avec des bières,
et des fruits de mer séchés à grignoter.
La mer est calme,
le ciel est presque orange.



Plus rien à faire,
à part écouter les vagues,
apprécier ces choses simples,
fumer une pipe
et attendre.



Je pose l’appareil sur la rambarde et laisse le soleil apparaître ailleurs.
On parle peu.
Si ce n’est pour se dire que finalement, 
on est bien.
Et là,
ce que j’attendais arrive enfin,
Cheng Wei lâche prise.



Quant à moi, 
avec ma bière et mon tabac,
je suis resté éveillé, à regarder la mer et le soleil finissant.


Après ça,
pas grand chose,
un passage au centre-ville pour dîner dans un de ces snacks sans prétention où la carte est scotchée au mur,



Des tarifs défiant toute concurrence !
(rappelez-vous que 40 dollars valent un euro).
Je demande à Cheng Wei de me choisir ce qu’il y a de plus local,
ce sera du riz sauté au poisson séché.



La seule chose chose qui aurait pu nous déranger serait l’activité de notre voisin,
qui n’avait pas du tout l’air enclin à s’agiter pour le moment.



Et puis, nous avons mangé une glace,
et de là, après que Cheng Wei a acheté un petit panier de fritures,

parce qu’il avait encore faim,
nous sommes rentrés à l’hôtel où tout était bien calme.
Nous nous sommes un peu perdus 
(décidément, cette carte manque cruellement de précision, surtout la nuit)



Nous nous sommes installés sur la terrasse,
pour savourer les bières bien fraîches,
nous avons parlé, un peu, en écoutant la mer.
Et après avoir admirer juste au dessus de nous, 
mon amie, la Septième lune,
nous nous sommes couchés tard.





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