Création franco-taïwanaise de Claude Aymon et Cheng Wei Huang

pour les deux compagnies c2a et WeiDanceCompany,

In Wei est une vision croisée des deux chorégraphes

sur sur ces aspects qui séparent l’est de l’ouest, l’Asie de l’Europe.

Après avoir travaillé chacun dans le pays de l’autre,

ils ont décidé de parler de tout ça par le langage qu’ils ont en commun, celui du corps.

Les danseurs des deux compagnies ont travaillé tour à tour avec les deux chorégraphes

à la fois en France et à Taïwan,

avec une première taïwanaise à Kaohsiung en août 2016 et une première française à la Toussaint.

mardi 3 janvier 2017

14/08/16 - 2 - Taiwan 3e partie - Jour 18 - le temps d'un dernier verre

Quitter le théâtre, 
partager un dernier verre
là où tout a commencé, 
essayer de se détendre,                 












Dimanche 14 août,

22h,

Jim a rejoint sa femme.
Je finis de ranger mes affaires et je vais faire un tour sur la scène du théâtre me montrer un peu.

Selfie avec des lycéennes,
avec Ling I, la soeur de Cheng Wei, 
avec Pei Yi, la petite amie 
(l’est-elle encore d’ailleurs ? J’ai de plus en plus de doutes).

Ha Bao aide l’équipe technique.
Juchés sur des échelles, ils descendent les projecteurs du grill.

Je me fais alpaguer par une jeune dame que Wan Chu et Mimi m’envoient.
Elle me remercie timidement.
« sorry my English is poor »
Je fais ce que je peux pour la mettre à l’aise.
Elle s’engaillardit.
Pour elle, il faudrait plus de spectacles comme celui-ci à Kaohsiung.
Il ne ressemble pas à ce que l’on voit en danse ici.
Ça parle de Taïwan, 
maintenant,
mais de manière plus vivante, plus accessible.
Je suis bien content de ce que j’entends.

Cheng Wei s’agite dans les loges.
Je retourne l’aider.
« Qu’est-ce que je peux faire ? »
Il faut tout nettoyer et tout ranger.
Les tables, les verres, les accessoires de décor.
Élise et Marie rangent leurs affaires,
elles parlent du retour, de leurs filles,
Mimi et Wan Chu ne sont pas encore revenues.

Seule Pei Yi vient nous prêter main forte.
On emplie les chaises, remplit les sacs,
tout est presque prêt.
Marie me dit :
« je me sens inutile »
je lui dis que tout va bien, nous avons fini.

Mimi et Wan Chu, revenues du hall où elles ont pris congé de leurs amis, rangent à leur tour leurs affaires.
Prochaine étape : Mini,
où la Weidancecomapny nous invite à finir la soirée.
Élise, qui ne veut pas y aller à pied, demande à Peï Yi.
On la sent gênée,
je voudrais dire à Élise de ne pas insister,
mais … je laisse faire,
elle va bien s’en rendre compte …
Peï Yi accepte de la ramener.
Élise est contente.

Wan Chu et Mimi, les inséparables, iront chez Mini en scooter.
Jim qui est venu en métro et skate board est reparti chez lui se changer et poser sa planche.

Cheng Wei me propose de m’ emmener au bar,
je lui dis que je ne peux pas laisser Marie toute seule,
nous irons à pied.
Mais Ha Bao arrive et propose de l’emmener elle aussi.

Finalement, tout le monde est motorisé.

C’est le grand départ.

Après avoir chaleureusement remercié toute l’équipe du théâtre, 
nous nous dirigeons vers le parking à scooter.
Le reste de l’équipe va directement au bar.
Cheng Wei et moi passons déposer des éléments de décor chez lui,
j’y laisse mes costumes,
je les récupèrerai demain quand il viendra en voiture pour la petite excursion,
ou alors un autre jour …

Je sors mon téléphone
et tape comme statut Facebook, la phrase qui me traverse l’esprit :
« Voilà, c’est fini »
Puis, comme nous l’avons si souvent fait, nous traversons la ville.



Linde Street.
Quand nous garons le scooter, 
nous croisons Pei I, qui a amené Élise.
Elle est sur le départ.
je rentre dans le bar et la laisse avec Cheng Wei.

Mini.
Ha Bao a réservé les trois canapés à l’entrée à droite.
Ceux où nous étions le jour de mon arrivée avec Jennifer et Gaby,
là même où nous étions aussi la veille de mon anniversaire.

Les quatre filles sont assises côte à côte,
Hsuan Huang le photographe est près d’Élise 
Ha Bao est seul sur l’autre fauteuil.
Je m’installe à côté de lui.
Cheng Wei nous rejoint, 
sans Peï Yi.
Cette fois-ci pour moi c’est clair, cela sent la séparation.

On commande les cocktails.
Des mojitos pour les françaises,
une boisson sans alcool pour Mimi,
un daïkiri pour Cheng Wei,
je prends un désormais classique Americano.
et Wan Chu attend son mari pour commander.

Hsuan Huang nous montre les photos qu’il a prises ce soir sur l’écran de son appareil.
Il y a l’air d’avoir encore de belles choses.
Notamment des essais de prise avec une longue durée d’exposition,
générant des surimpressions :
les danseurs sont dédoublés, détriplés.
Cette photo de Cheng Wei en plein saut, avec un nombre anormal de bras ferait une belle affiche.



Comme ici, on peut fumer à l’intérieur, les trois garçons allument des cigarettes.
Leur tabac est fort.
Ils n’auraient pas dû les fumer en même temps.
Les taïwanaises ont du mal avec l’odeur acre de la fumée qui nous envahit.
Sur les conseils d’Élise, elle plongent leur nez dans leur tee-shirt.

Jim arrive,
il a encore le masque qu’il porte quand il conduit sa moto.
Mimi, l’emprunte pour se protéger de l’odeur des cigarettes encore un peu trop présente.

Les cocktails arrivent,
Jim en profite pour commander ce qu’il partagera avec son épouse.
Mimi se laisse finalement tenter par un peu d’alcool.
Nous trinquons.
Petit à petit, les langues se délient.
Marie s’étonne du glaçon sphérique dans mon verre.
C’est pourtant le même que j’ai à chaque fois que je prends ce cocktail.
Peut-être que je ne l’avais pas pris la fois où nous étions venus.
Je me souviens de ce soir-là, tout allait encore plutôt bien …

Mimi fait des selfies avec le masque de Jim,
je plaisante avec lui de choses et d’autres 
sa chemise, son cocktail (un peu trop léger pour moi),
il parle avec Cheng Wei de l’endroit où on va demain,
Moon world,
un parc avec des roches qui rappellent la lune …
Je suis assez curieux de voir ça.

Tous les cocktails ont été servis
et ils commencent à faire de l’effet.
Les rires sont de plus en plus forts,
d’autres clients du bar nous regardent et je suis un peu gêné,
comme il y a quinze jours.
mais je ne dis rien.

Mimi, qui n’a pas l’habitude de boire, a sérieusement sommeil.
Les françaises discutent avec le photographe.
J’entends Élise lui dire :
« we don’t dance the quartet in France … because … we got friends »
C’est rude.
Je pensais que leur dégoût de cette partie de la pièce était un peu passé,
il semblerait que non.
Élise a donc décidé qu’elles ne danseront pas le quatuor en France 
parce qu’elles y ont des « amis » …
Je sors.

J’allume une pipe et je réfléchis.
Comment je peux dire ça à Cheng Wei ?
En tous cas pas maintenant, vu qu’apparemment il n’a pas entendu.
Il faudra que je trouve une solution en septembre.
Un des « petits » problèmes qu’il va falloir résoudre,
comme la taille du plateau.
À quatre, pendant la Septième Nuit, il y a dix-huit mois, ça avait été difficile.
Ce sera peut-être une opportunité de transformer ce quatuor en duo, en trio …
On verra bien.
Pour l’instant, j’essaie de me détendre en savourant ma pipe.

Quand je reviens, Ha Bao me propose de boire autre chose.
Il choisit un Churchill 
et ma foi, bien que je ne sois pas sûr que ça soit raisonnable, je prends un Negroni.
Hsuan Huang quant à lui, n’a d’yeux que pour la belle Élise,
cela suffit à épancher sa soif.
Il nous propose d’envoyer des photos par wifi si nous les choisissons maintenant sur l’appareil. 
Wan Chu discute avec Jim pendant que Mimi a complètement sombré au coin des deux canapés.
On laisse les françaises choisir.

Ça prend plus de temps qu’on ne l’imaginait,
un peu plus que la confection de nos cocktails.
La musique dans ce bar est bien agréable.

Nos cocktails arrivent.
Nous trinquons à nouveau,
Ha Bao, 
Cheng Wei qui finit doucement (mais surement !) son daïkiri,
et moi.
Ma tristesse se dissipe un peu.
On blague de tout et de rien,
on se moque du regard énamouré du photographe sur les filles 
qui n’ont toujours pas lâché l’appareil.
Pas sûr que nous ayons le temps de choisir nos photos …

Cheng Wei me propose de retourner fumer dehors.



Nous revoilà dans la chaude moiteur qui me va si bien au corps,
et que les filles détestent tant.
On allume nos pipes.
Avec un peu de tristesse dans la voix,
On se congratule d’avoir tenu le choc de l’aventure :
« we did it … »

Cheng Wei cherche à comprendre certaines choses qui se sont passées.
Le dégoût des filles pour son boulot,
certaines petites phrases assassines d’Élise 
comme le « next time take a real dancer » d’hier .
ou le « c’est demandé si gentiment ! » de tout à l’heure.
« c’est normal qu’elles ne nous aient pas aidé à ranger ? »
Je ne sais pas trop quoi dire.

Ha Bao nous rejoint, suivi de Jim,
cela nous permet de parler d’autre chose,
Cheng Wei sait comment aller à Lunar World mais il ne sait pas trop ce qu’il y a là bas.
Jim lui dit qu’il y a des petits circuits de randonnée, avec des jolies vues.
Le tout se fait en une ou deux heures.
Ça devrait être parfait pour la matinée.
Élise sort à son tour.
Il semble que ça soit le tour de Marie d’avoir une séance avec le photographe.
« vous parliez de moi ?

- on préparait le voyage de demain »
Elle ne nous croit pas.
On rentre.

Mimi s’est réveillée,
elle discute avec Wan Chu.
Marie a fini sa séance photos.
Il est tard.
Je demande à Cheng Wei de commander un taxi.
Il en faudra peut-être deux vu que l’on est quatre, sans scooter, à aller dans la même direction.
Je ne sais pas comment ça se passe ici.
Cheng Wei me dit que nous ne serons que trois,
il va avoir une discussion avec Mimi,
la fameuse discussion d’après spectacle …

Je finis mon verre le temps que le taxi arrive.
Pour moi, il est temps de dire au revoir à Hsuan Huang,
que je ne reverrai pas de si tôt
et à Mimi qui, je le sens, 
ne va pas remettre les pieds à Kaohsiung 
dans les quelques semaines qui nous séparent de mon départ.
Tainan n’est pas si loin pourtant,
mais quelque chose me dit que la prochaine fois que je la verrai,
c’est elle qui sera l’étrangère.

Big hugs.

Le taxi arrive.
Les filles s’engouffrent à l’arrière de la voiture.
Marie,
Élise,
alors que je m’apprête à monter avec elles,
Élise me claque la portière au nez,
ou plutôt aux orteils, 
que j’ai à peine eu le temps d’enlever.
À l’entrée du bar, les garçons éclatent de rire …

« we go to Kaohsiung Main station »
Le chauffeur comprend.
Habiter Hebei road a ses avantages …

Je fais en taxi le chemin que je fais habituellement en scooter avec Cheng Wei.
Guanghua 1st road,
on repasse devant le studio où nous avons répété la semaine dernière,
Minzu 1st road,
et de là à gauche jusqu’à la gare par Jian Guo 2nd road,
là où on avait acheté les draps et les oreillers les premiers jours.

1h,
j’ai réussi à expliquer au chauffeur qu’il faut passer la gare et continuer jusqu’au lycée.
Je paye pendant que les filles sortent du taxi.
On traverse l’avenue pour emprunter la toute petite allée 
au bout de laquelle on aperçoit déjà le de Hebei road.
On se sépare au pont.
Comme tous les soirs, elles vont acheter des fruits au seul night market qu’elles auront connu.

Je monte à l’appart,
vide mon sac,
passe sur le net pour parler un peu aux amis en ligne,
je ne reste pas longtemps.
La fatigue de la grosse journée,
les deux cocktails
et la fin de cette semaine toute particulière ont épuisé le peu d’énergie qu’il me reste.
Je sombre.

Demain,
Cheng Wei sera là vers 10h.

Cette fois-ci, ça y est,
vraiment.
« In Wei » à Taïwan,
c’est fini.




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