Les retrouvailles avec les petits,
"my new home",
les bonnes vieilles habitudes,
et le stress de Cheng Wei .
10h.
Je m'extrais péniblement du lit après avoir dormi d'un sommeil de plomb
entrecoupés de deux ou trois réveils jetlagués .
Quand j'ouvre la porte, je croise Cheng Wei qui est dans le même état.
Sur la table, le petit déjeuner est prêt.
Ling I , nous a fait des tortillas au bacon.
Je galère avec le système de café presque instantané.
Quand Cheng Wei me voit verser furieusement de l'eau chaude sur le sachet,
il éclate de rire et me montre.
En fait, ce sont des minis filtres.
Un peu comme si chaque tasse était une cafetière filtre manuelle.
Il fallait ouvrir le petit sachet et verser délicatement l'eau chaude à l'intérieur.
Drôle de système.
Je m'installe au salon et mange ma tortilla pendant qu'il s'agite.
Il est stressé parce qu'on avait dit que l'on partirait vers 10h30
et que manifestement, ça ne sera pas le cas.
Je lui dis de se détendre.
Rien ne nous presse, j'ai dit que j'arrivais "dans la matinée".
Je le force à prendre la fin de son café avec moi sur le balcon.
La voiture de son père est garée juste derrière son scooter dans le parking de l'immeuble.
Si ça se trouve les parents sont les voisins du dessous ...
Cheng Wei met en route le GPS :
en bon conducteur de deux roues, il ne connaît pas bien cette ville en voiture.
C'est sûrement aussi pour ça qu'il stresse.
Nous quittons son quartier sous un soleil radieux.
Une dame à la voix nasillarde nous indique le chemin, en mandarin.
Je ne l'apprécie pas plus que sa copine française.
Il est 11h30 quand nous sommes en vue de Tsoying.
Cheng Wei se détend enfin,
c'était moins loin qu'il ne le pensait.
Je lui propose de me laisser devant la grande grille du lycée
mais il veut m'amener jusque devant le département danse.
Il y a 500 mètres tout au plus mais il insiste.
Je le laisse faire.
Après tout, ce sera peut-être pour lui l'occasion de prendre contact avec l'équipe pédagogique.
Je ne suis pas sûr que le gardien nous laissera passer.
Appréhension bien européenne.
On s'avance,
je baisse la vitre au niveau de la guérite,
le gardien me reconnaît et m'accueille avec un grand signe de la main et un large sourire,
comme l'été dernier,
comme si j'étais passé la veille.
On rentre.
On traverse ce lycée, aussi grand qu'une petite faculté française.
Il y a des gamins en uniformes un peu partout.
Cheng Wei gare la voiture à l'ombre à quelques mètres de l'entrée du département.
On pousse la porte qui donne sur le patio d'où on voit la salle des profs qui est presque vide.
Il y a juste une des élèves du niveau 3, devant un ordinateur.
"tu vois ? on a bien fait de ne pas se presser …"
Cheng Wei sourit.
Comme Su ling n'est pas encore revenue de Singapour,
c'est son assistante, Chin Wen, qui m'accueille.
J'aime bien Chin Wen, c'est une prof de danse contemporaine d'une quarantaine d'années
qui est arrivée la même année que moi à Tsoying.
Elle a vécu à Paris quelques mois à la cité internationale.
De temps en temps, quand je lui pose une question, elle me répond en français avec un sourire gêné et complice.
Je demande à la lycéenne où elle est.
Elle me montre la salle du fond.
C'est la salle où Su Ling nous avait accueillis il y a 5 ans pour le projet UNESCO,
celle aussi où ils font toutes les fêtes,
après les spectacles,
les fêtes d'anniversaire.
Je prends le long couloir,
je tape,
et je passe la tête.
Ils sont en train de regarder des vidéos.
"Hi !"
Ils éclatent de rire (y compris Chin Wen)
Je repars attendre dans la salle des profs.
Les élèves du niveau 3, probablement alertés par celle qui était devant l'ordinateur,
passent par petits groupes par la salle des profs.
Avec beaucoup de retenue, ils me montrent qu'ils sont contents de me revoir.
Certains me font signe de derrière les fenêtres.
D'autres osent rentrer.
Il y a Yin Tié qui reste debout avec ses yeux pétillants et son large sourire.
"How are you ?"
Elle me montre son pouce levé.
Je ris.
"Come on, you can say I'm fine"
Elle rit aussi et ose
"I'm fine teacher"
Il y a Chih-Yin qui, elle, ne cache rien,
elle est vraiment contente
"Give me a hug"
Elle se jette dans mes bras.
Yi Fen est plus pudique,
elle met sa tête sur mon épaule en prenant bien soin d'éloigner le reste de son corps.
Cheng Wei assiste à la scène.
Quand elles s'en vont, il convient avec moi qu'elles sont vraiment timides.
On a beau tous les deux savoir qu'ici c'est après le lycée qu'en général les ados se lâchent,
c'est quand même bien étonnant.
Midi.
Chin Wen revient dans la salle.
Les niveau 1 qui passent par l'extérieur me font coucou derrière la vitre.
Je lui demande comment elle va.
"Well … I got two babies now".
Elle a effectivement accouché en octobre (et évidemment ça se voit à peine).
Comme elle a aussi une petite fille qui vient d'avoir deux ans, elle a une vie "un peu" remplie.
Nous partons vers "my new home".
J'ai une clé et un passe spécial pour l'ascenseur.
L'appart est au deuxième étage.
Il est spacieux, avec trois chambres et un immense salon.
Je m'installe dans la chambre qui semble être prête.
Je regarde mon téléphone,
pas de wifi.
J'ai bien fait de prendre un abonnement Internet à l'aéroport en récupérant une carte SIM .
Retour dans la salle des profs,
les élèves continuent à défiler.
Ils sourient, font des signes de la main, appellent les autres.
Cheng Wei veut me fumer une cigarette,
il faut trouver un coin à l'abri des regards.
Nous allons à l'entrée principale du théâtre du département,
il n'est ouvert que les jours de spectacle,
ça devrait être calme.
On s'assoit sur les marches.
Il fouille dans ses affaires, son paquet est vide.
C'est mieux comme ça.
Il fume beaucoup avec le stress du spectacle.
À la place de la clop, il finit son déjeuner.
Je la ramène à la voiture, le remercie pour tout.
On ne sait pas quand on va se revoir mais c'est très bientôt.
De toutes façons, on a au moins quatre moyens de se contacter …
Ça devrait aller.
Je remonte dans mon appart et m'endors dans le salon,
bercé par le piano du cours de classique juste en dessous.
Vers 16h, je me décide à partir vers le centre ville.
Il faut que je change mes euros, j'ai oublié de le faire à l'aéroport.
De là, j'irai voir la mer.
Je prépare mes affaires.
Aïe ! J'ai oublié mon cordon d'alimentation pour le portable chez Cheng Wei,
je lui envoie un message
(enfin non plutôt trois, par les trois réseaux différents : SMS, Facebook et Line).
Je ne vais quand même pas aussi l'appeler …
Les rituels s'installent à nouveau.
Le bus 51 ou 53,
le métro à Zuoying.
Je descends à Formosa boulevard.
Ça peut aller très vite quand j'ai un bus tout de suite mais,
si ici ils sont à l'heure la plupart du temps, il y a des heures où il n'y en a pas souvent.
À Formosa boulevard, je fais le tour des banques.
Elles sont déjà fermées.
Je décide de faire l'aller retour à l'aéroport, c'est si pratique en métro.
Tant pis pour le coucher de soleil, il y en aura d'autres ma foi.
Je change mes euros et avec le taux de change (1 euro vaut quasiment 40 dollars taïwanais),
je retrouve cette sensation d'être faussement riche.
Retour vers le centre,
pas de nouvelles de Cheng Wei et je n'ai presque plus de batterie.
Je coupe mon portable.
Je m'arrête à Sanduo pour m'acheter des burritos à mon "night market" habituel.
Le couple dans son petit kiosque est là,
Le mari est toujours aussi réservé,
elle, m'accueille avec un "hey" et quelques mots en chinois que je ne comprends toujours pas.
Ils ont modifié leur carte.
En plus du poulet et du boeuf, il y a une version crevettes,
et puis une autre chose en forme de triangle qui a l'air frite.
Je prends mes deux burritos habituels et j'essaie la nouveauté.
Pendant qu'ils préparent ma commande, je vais au Seven Eleven (en gros, le Monop' du coin pour ceux qui découvrent la chose, sauf qu'ils sont pour la plupart ouverts 24h/24).
Je m'achète de quoi accompagner tout ça.
Bières au miel et à l'ananas.
Je rallume mon portable pour savoir où en est Cheng Wei,
il me dit qu'il dîne chez ses parents et qu'il me contactera après.
Je remonte tranquillement vers Tsoying.
Kaohsiung Arena,
une salle de concerts et de sports à côté de laquelle il y a un de ces gros centres commerciaux
à l'américaine.
Il y a aussi juste à l'entrée une des ces boulangeries assez fameuses .
(oui, ils font du très bon pain ici, d'ailleurs un taïwanais à gagner un concours de boulangerie récemment).
Je sors du métro pour aller m'approvisionner pour le petit déjeuner.
La nuit est tombée.
Je rallume mon portable une dernière fois,
il me reste 1%,
Cheng Wei me dit qu'il sera dans 20 minutes.
Je vais acheter du pain
et je profite du temps qu'il me reste pour rédiger mes premières impressions sur lîle,
assis dans un jardin public.
Cheng Wei arrive sur son scooter.
Il me donne mon câble et me prête son chargeur mobile.
"C'est à charge rapide, comme ça tu peux rentrer tranquille"
Il est tendu et mal à l'aise,
cette chose entre la peur, l'exaspération
et l'excitation que l'on ressent avant une grosse échéance.
Il ne trouve pas les mots mais je le comprends.
J'ai vécu ça si souvent …
Même si je ne pense pas avoir besoin de mon téléphone avant de rentrer à l'appart',
on discute un peu, le temps qu'il soit à nouveau vaillant :
"How about Mini tonight ?"
Mini, c'est un bar à cocktail où l'on va souvent.
C'est notamment là que l'on a décidé de faire In Wei après la Septième Nuit.
(si cela vous intéresse j'en ai parlé ici)
Je lui explique que j'ai déjà acheté ma bouffe et que je suis encore un peu nase du voyage.
"Tomorrow, promised"
Je le sens déçu,
mais j'ai vraiment besoin de me reposer.
Retour à la station de métro Zuoying,
d'où je prends le bus pour Tsoying,
(je ne m'y ferai jamais)
À 20h45, je savoure mes burritos avec ma première bière à l'ananas de l'année.
La nouveauté en friture n'est pas terrible.
Je vais garder mes bonnes vieilles habitudes.
J'aurais bien écouté la radio,
dommage qu'il n'y ait pas internet.
Je lutte comme je peux pour ne pas m'endormir et craque vers 23h.
Installation dans la chambre.
Comme hier soir quand je suis arrivé, il fait presque froid.
On doit être en dessous des 20 degrés, c'est étonnant ici, même au printemps.
La première nuit dans mon new home commence.
Je pense à Cheng Wei qui flippe,
et à demain où je vais revoir la patronne, Su Ling.






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