Création franco-taïwanaise de Claude Aymon et Cheng Wei Huang

pour les deux compagnies c2a et WeiDanceCompany,

In Wei est une vision croisée des deux chorégraphes

sur sur ces aspects qui séparent l’est de l’ouest, l’Asie de l’Europe.

Après avoir travaillé chacun dans le pays de l’autre,

ils ont décidé de parler de tout ça par le langage qu’ils ont en commun, celui du corps.

Les danseurs des deux compagnies ont travaillé tour à tour avec les deux chorégraphes

à la fois en France et à Taïwan,

avec une première taïwanaise à Kaohsiung en août 2016 et une première française à la Toussaint.

vendredi 6 mai 2016

05/04/16 - 2 - Taïwan 1e partie - Jour 10 - au delà de Sizhiwan

Deux nouvelles découvertes,  
un autre coucher de soleil,  
des projets plein la tête,  
un duo encourageant   





La mise en ligne de cet article est un peu particulière 
car elle intervient juste après le lancement de notre projet participatif. 
Celui qui nous permettra de partir sereinement en pouvant payer sans trop de dégâts 
les trois billets d’avion. 
Vous pouvez y contribuer en allant sur Ulule en suivant le lien suivant :
https://fr.ulule.com/in-wei/

Revenons-en à notre mardi 5 avril

17h,
Nous quittons le studio.
Le trafic enfle.
C’est l’heure de la sortie des bureaux.
Mais ici, les gens ne rentrent pas forcément chez eux.
Il y a bien-sûr, ceux qui font leurs courses 
(dans des magasins qui, eux, ne sont pas près de fermer),
ceux qui vont faire du sport ou des activités culturelles,
ceux qui sortiront du boulot bien plus tard,
et aussi beaucoup de gens qui ne dîneront pas chez eux,
mais dehors,
dans les « night markets », les petits restaurants,
ou les food courts dont je vous parlais l’autre jour.

Cap sur l'est par les grandes avenues.
Nous passons Zhongshan 1st road sous laquelle passe le métro.
puis Yangchengpu, le quartier de l’ancien port,
nous longeons les anciennes voies ferrées transformées en parc près de la station de Sizhiwan,
traversons Gushan d’où on prend le ferry pour l’île de Cijin,
pour arriver au belvédère.

Première halte pour acheter à boire,
et regarder la mer.



Je ne viens jamais ici.
Je préfère continuer jusqu’à la digue 
ou m’arrêter un peu avant près de l’ancienne porte de la ville.

Je crois que je fais bien, car il y a beaucoup de touristes
et assez vite, des chinois se moquent de moi.
Je ne m’en rends pas compte mais ça énerve Cheng Wei qui comprend ce qu’ils disent.
Parfois, ça a du bon de ne pas comprendre une langue.




La vue est magistrale,
Le soleil est pile poil entre les deux phares que je connais bien, 
surtout celui au nord (à droite sur la photo) où j’étais la semaine dernière
et où je suis allé si souvent

Du fait d’être venus en scooter, nous sommes en avance pour le coucher de soleil.
Cheng Wei me propose d’aller plus loin, après la faculté.
C’est vrai que la route continue au delà du campus.
J’avais vu sur une carte qu’elle semblait mener à un temple en longeant la plage.

En route.
La fac est maintenant à notre droite,
et la digue vers le phare du nord est à notre gauche.
Nous roulons à travers la forêt du Gushan sur une chaussée un peu chaotique et très sinueuse.
Entre les arbres, la mer est toujours là.

Cheng Wei pile.
Des singes traversent la route et grimpent sur un arbre 
où des dizaines de touristes les prennent en photo.
Je lui dis de continuer.

Un arrêt de bus,
le 99,
c’est vrai que j’avais vu que cette ligne allait plus loin que Sizhiwan 
mais il n’y a qu’un bus par heure.
Ne sachant pas ce que j’allais trouver, 
je ne m’étais pas aventuré à attendre une heure au milieu de nulle part.
En scooter, forcément c’est plus tranquille.
On laisse le temple à notre droite pour prendre des petits chemins très pentus.
Cheng Wei reconnait un café où il était allé avec sa copine.


Nous voilà au bord de mer.
Il y a un peu de monde ce soir,
jour férié oblige.
Mais l’ambiance est plus calme.
Ce sont des taïwanais.

La côte est rocheuse.
Pas de plage artificielle ou de belvédère comme à Sizhiwan,
c’est moins touristique,
je comprends pourquoi Cheng Wei m’a emmené jusque là.



Ici aussi, il y a quelques pêcheurs,
qui sont visiblement contrariés qu’il y ait tant de monde.


On s’installe sur un bout de rocher,
je sors deux pipes,
une pour Cheng Wei,
une pour moi,
il sort de son sac nos achats du Seven Eleven
il me tend la bière et grignote des snacks de viande séchée.

Le ciel rosit.
On reste là,
sans rien dire,
à regarder le ciel changer de couleur, 
les rochers,
la mer.

C’est bien agréable.


Les tankers stationnent dans la baie.
Ils entreront dans le port de Kaohsiung quand les vedettes le leur diront.
Ce sera probablement demain matin.
(si vous ne savez pas ce qu'est une vedette, regardez la première photo de cet article)


Je regarde le ciel.
Un avion.
18h20.
C’est probablement celui que j’ai pris pour venir.
Je le montre à Cheng Wei.
On se souvient d’Élise, qui avait pris le même.
On reparle de son « bienvenue à Taïwan », 
phrase qu’il avait appris par coeur en français pour l’accueillir dignement.
Élise, en bonne méridionale, lui avait fait une bise.
Ça avait fait son petit effet sur le jeune homme …
Je l’avais filmé et je m’en étais servi pour la Septième Nuit.



La nuit tombe.
Contrairement à quand je prend le bus,
il faut songer à regagner la ville assez vite.
La route est plus dangereuse la nuit.
Non pas qu’il y ait un risque de vol, ou d’agression,
juste .. qu’il fait nuit,
et c’est moins agréable pour conduire.

Ha Bao appelle.
Il propose une réunion ce soir pour parler de la suite.
Cheng Wei lui donne rendez-vous, dans un lieu qu’il avait envie de découvrir …
Un bar à bières ….

Nous voilà repartis en sens inverse,
le temple,
la fac,
le belvédère,
le port de Gushan,
Sizhiwan,
Yangchenpu,
et nous repartons vers le nord en contournant la gare centrale.

Bo Ai road,
je reconnais le coin.
Nous sommes près de la station de métro Houyi.
Su Ling habite dans le coin.
C’est devant cette station 
que le 14 juillet 2011 sous une pluie battante, 
elle m’avait proposé de revenir travailler à Tsoying.
C’est aussi sur cette avenue et non loin d’une des sorties de métro que j’avais loué une chambre,
qui s’est avérée être miteuse,
J’avais appelé Cheng Wei à la rescousse.

On cherche l’endroit en question.
C’est facile, la devanture est jaune, comme le miel,
et ça s’appelle le Beer Bee.
Leur site Internet est indisponible mais pour ceux qui ont Facebook, 
vous pouvez jeter un oeil sur la page en copiant et collant ceci : 
啤酒瘋Beer Bee啤酒專賣店.

On se gare, le long du trottoir, sur une place pour les deux roues,
et on entre dans le lieu.
Plus qu’un bar, c’est un magasin où l’on vend des bières du monde entier, du cidre et un peu de vin.
Il y a juste quatre tables à l’intérieur
et une à l’extérieur pour les fumeurs.

Je choisis trois bières.
Une au thé que je ramènerai à la chambre.
Et deux autres locales, dont une au miel (forcément !).

Nous sommes sur le point de nous asseoir quand Ha Bao arrive.
Parfait timing pour la première bière.


Elle est TRÈS amère.
Cheng Wei n’aime pas du tout.
Nous la partageons avec Ha Bao
(mais, il faut bien l’avouer, nous avons du mal à la finir … pas terrible).

On parle de cet été.
Ça va être court avant le spectacle.
Juste trois semaines,
et les filles qui arrivent après moi,
Cheng Wei envoie un message aux taïwanaises 
exigeant leur entière disponibilité pour cette période.
Je lui dis qu’avec un peu d’organisation, on doit pouvoir libérer du temps 
si elles ont des impératifs,
d’autant qu’il n’est pas sûr de pouvoir les payer 
(la réponse concernant les prochaines subventions tombera juste avant mon départ).
Il préfère leur annoncer la chose comme ça et parlementer après.
Chacun sa méthode 
c’est vrai qu’on est dans un pays de négociation …


La seconde bière (celle au miel) est bien meilleure.
On en commande même une seconde.

La compagnie veut aussi organiser un stage d’été,
un « summer camp »,
nous optons pour deux semaines,
une avant le spectacle pour préparer le terrain,
et une après pour accueillir le public que l’on espère conquis.
Cheng Wei explique à Ha Bao ma proposition d’hier.
Je pense savoir sa réponse.
C’est pire.
Il bondit (à sa façon, mais croyez-moi, j’ai bien senti son irritation).
Pour lui ça n’est pas DU TOUT négociable.
Ils doivent, Cheng Wei et lui, se débrouiller pour trouver des financements 
mais il est hors de question que l’on prenne de l’argent de mes stages 
pour financer la pièce.
Je leur fais remarquer qu’ils auront fait deux pièces d’affilée et qu’ils sont déjà dans le rouge.
On négocie …
Et on arrive au compromis que si, 
vraiment, 
il n’y a pas d’autres solutions …
On en reparlera …


Cheng Wei me demande si j’ai une idée pour ma prochaine pièce.
J’éclate de rire.
« on n’a à peine attaqué celle-là ! »
Il rit aussi.
En fait, il se verrait bien refaire un troisième projet en coopération.
Je lui dis que pour moi ça va être dur.
Avec le peu de soutien que j’ai
(et la douche froide de l’Institut Français ne me donne pas vraiment envie de changer d’avis),
je ne vais pas me relancer dès l’an prochain dans une aventure similaire.
Quand il ne s’agit que de moi, je peux toujours plus ou moins me débrouiller,
mais là j’ai une équipe qui me suit …
« alors peut-être que tu pourrais créer une pièce pour nous ? »
Ça, c’est plus envisageable.
Nous pourrons demander chacun de notre côté, une aide pour le transport
et en demandant une (ou des) résidence(s) d’artistes, 
cela permettra de ne pas avoir à trouver un hébergement.
On passe les lieux de résidences en revue :
le Bamboo Curtain Studio où j’ai déjà séjourné,
à Taipei, il y a un autre village d’artistes,
Mimi m’a aussi parlé de quelque chose de similaire à Tainan,
et puis ici il y a le Pier 2 comme lieu d’accueil mais ils ne possèdent pas de studio de danse.
Il faut réfléchir à tout ça.

En tous cas, c’est bien agréable de parler avec eux comme ça.
Les galères semblent moins légères.
Je nous sens tous embarqués dans une même envie,
celle de créer ensemble .
Et avec l’aide des bières,
que j’ai réussi à payer au grand désespoir de mes deux amis, 
je rentre à Tsoying, le coeur léger.

22h,
je suis devant le lycée.
Il me semble voir quelqu’un qui discute avec le gardien 
devant la grille bien ouverte.
Rassuré,
je descends au Family Mart acheter de quoi dîner.
Il fait encore chaud à cette heure tardive.
Quand je remonte Haigong East road,
la grille est fermée.

C’est reparti …
Comme l’ont fait les filles samedi,
je tente de réveiller le gardien en tapant à la vitre.
Pas de réponse.

Je refais le mur.

L’appart’,
le sofa.
Pendant que je mange, les films vont de l’appareil photo à l’ordinateur.
En digérant, je regarde ce que l’on a filmé.
Le résultat est bien agréable :
il y a très peu de choses que nous faisons différemment.
Ça fait du bien.

Il y a une erreur que j’ai faite sur quasiment toutes les prises.
Je vérifie sur la version que j’avais créée au Pavillon Noir.
Je vois d’où ça vient:
j’ai donné à Cheng Wei des comptes, qui ne sont pas ceux que je faisais,
et mon corps a continuer à danser la version française.
On changera demain.

Le temps de faire le montage vidéo,
de mettre en ligne,
il est 0h30.

Juste le temps de passer dire bonne nuit à mes amis d’Europe.

0h45,
au lit,
et cette fois-ci avec la fenêtre fermée !




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