Création franco-taïwanaise de Claude Aymon et Cheng Wei Huang

pour les deux compagnies c2a et WeiDanceCompany,

In Wei est une vision croisée des deux chorégraphes

sur sur ces aspects qui séparent l’est de l’ouest, l’Asie de l’Europe.

Après avoir travaillé chacun dans le pays de l’autre,

ils ont décidé de parler de tout ça par le langage qu’ils ont en commun, celui du corps.

Les danseurs des deux compagnies ont travaillé tour à tour avec les deux chorégraphes

à la fois en France et à Taïwan,

avec une première taïwanaise à Kaohsiung en août 2016 et une première française à la Toussaint.

vendredi 13 mai 2016

06/04/16 - 2 - Taïwan 1e partie - Jour 11 - la soirée imprévue

Le retour de Lucas,  
le dîner au phare 
nourritures exotiques,  
confusions culturelles  






Mercredi 6 avril, 
21h, 

Cheng Wei me tend mon casque.
« à quelle heure tu penses qu’on y sera ?
- dans un quart d’heure ? »

J’envoie un message à Ally pour lui dire qu’on arrive dans 20 minutes.




Tout va bien,
elle n’est pas seule.
Lucas est là.

Alors Lucas,
c’est un adorateur de la France.
Il a découvert le pays après avoir été engagé par Mourad Merzouki pour la pièce « Yo Gee Ti » de la compagnie Käfig, créée à Taiwan en 2012.
C’est cette année-là que je l’ai rencontré.

Su Ling lui avait demandé de m’assister pendant la création des « Soldats du vent ».
Il n’est resté qu’un jour ou deux, les derniers qu’il passait au pays avant de partir en France.
Son premier départ.
On s’est revu quelques mois après
quand Käfig est passé au théâtre de l’Olivier à Istres.
Ça m’avait fait tout drôle de voir ces deux mondes se percuter dans ce théâtre.

Ces premières traversées lui ont donné le goût du voyage …
Il a commencé juste après la tournée par un tour d’Europe en couch surfing 
qui a bien sûr fait étape à Marseille.
Il fut le premier taïwanais à qui j’ai fait visiter la ville.



Passage obligatoire par les fondamentaux
(pour ceux qui ne reconnaitraient pas reconnu .. pastis et aïoli)





Depuis, il ne s’arrête quasiment jamais.
« Lucas « always away » Kao ».
Nous avions de la chance de le voir ce soir,
il n’était là que pour quinze jours.

Alors 
son vrai prénom, le chinois,
c’est Hsin Yu.
Et ceux qui ont regardé attentivement la fin des vidéos de « In Wei » que j’ai postées,
ont peut être remarqué qu’il y a aussi ce nom dans le générique.
Car Hsin Yu, est aussi le prénom chinois de Mimi.

Vous me direz,
c’est un prénom mixte,
comme Claude, Camille ou Dominique.
Et bien non.
Si ça s’écrit de la même manière dans notre alphabet, 
ça n’est pas du tout la même chose en chinois.
Et donc, bien sûr ça ne se prononce pas de la même manière.
Le Hsin Yu masculin finit en baissant le ton, 
le féminin remonte à la fin (un peu comme si vous posiez une question).

Donc voilà,
de même qu’il y a trois Cheng Wei possibles (du moins à ma connaissance),
et que le Wei de Cheng Wei (尉) n’est pas celui de « In Wei » (为)
il y a deux Hsin Yu (au moins !)

C’était la leçon de mandarin du jour.
(et certains me demandent pourquoi je ne m’installe pas là-bas …)

Pour en revenir à notre soirée,
au moment de partir,
j’avais proposé à Cheng Wei et Ha Bao de se joindre à nous.
Vu qu’ils m’accompagnaient c’était la moindre des choses.
En plus, Lucas était le sénior de Cheng Wei à la fac.
- et vous savez qu’ici, ça ne s’oublie pas (si vous ne savez pas, lisez cet article) -
Et puis …
Quelque chose nous relie tous les trois :
nous avons partagé la même scène du Da Dong arts Center.
Quand je présentais la Septième Nuit il y a deux ans,
Cheng Wei proposait une pièce dans laquelle dansait Wan Chu (et où il y avait déjà des avions en papier)
et Lucas avait créé sa pièce.
Nous avons été dans cette même galère … 

Lucas a même été pressenti pour être dans la Weidancecompany
mais vu qu’il n’est jamais là …
Enfin bon, ça se fera peut-être un jour qui sait ? …

Nous sommes arrivés vers 21h15 dans le quartier.
Nous sommes passés trois fois devant le resto sans le voir
(pourtant on ne peut pas dire que l’entrée soit discrète),
ce qui nous a fait arriver à l’heure prévue à la table où Ally et Lucas nous attendaient.

The light house est un tex mex de base 
où beaucoup d’anglophones (américains, australiens, canadiens) se retrouvent autour d’une bière et de tacos.
Cela parait donc très exotique à mes amis autochtones.
Pour moi, ça l’est un peu moins.

Comme la bouffe ici, c’est plus que fondamental.
Ça n’est pas du tout impoli de passer commande, voire même de commencer un repas 
avant que tout le monde n’arrive.
Nous retrouvons nos deux amis devant leur plat.



Grandes accolades,
tout le monde est content de se retrouver.
Je présente Cheng Wei à Ally,
ça peut être intéressant pour lui par la suite,
on ne sait jamais.
La conversation se fait plus ou moins en trois langues.
Lucas parle un peu français,
Ally un peu anglais,
tout le monde sauf moi chinois,

On parle des élèves, 
d'Ohad Naharin, 
de Jan Fabre (on montre la fameuse vidéo de son dernier spectacle à Ally .. 
qui nous rend le portable quand les danseurs sont nus).
J’apprends quelques mots en chinois,
que j’oublie quasi instantanément.

On rit.
Beaucoup.

Pendant le repas je réalise que je me suis encore fait avoir par une différence culturelle :
la façon de compter.
Ici, on compte sur une main jusqu’à dix.
Le « un » se fait l’index levé,
le « deux » comme un V,
pour le « trois » on rajoute l’annulaire,
et le « quatre » l’auriculaire,
nous le « cinq » en commun,
et après ça se corse,
le « six » se fait avec le pouce et l’auriculaire,
le « sept » c’est notre « deux » avec le pouce et l’index,
et le « huit » c’est notre « trois » …
(là, je vous imagine entre de tenter de faire les chiffres en suivant mes instructions …)

Donc quand Ally m’avait proposé d’aller prendre un verre à 3h comme je le pensais cet après-midi,
elle m’a montré « huit » avec sa main, et j’ai compris « trois ».
Vous n’avez rien compris ?
Je compte en parler dans « In Wei » 
Ça sera plus clair si vous venez voir …

Nous quittons le resto vers 22h30.
Lucas me ramène au lycée.
C’est sur sa route.
Nous arrivons devant la grille à 23h … 
Elle est fermée …
Gardien …
Taper à la vitre …
Pas de réaction …

Je fais le mur.

Arrivé à l’appart’,
je lis les nouvelles d’Europe pendant que les images filmées dans la soirée vont dans l’ordinateur.
Une candidate à l’examen d’aptitude technique m’a cité dans les enseignants qu’elle semble suivre régulièrement …
Je ne la connais pas …
Dommage …
Je reçois aussi un mail d’un centre de Pingtung à l’est de l’île,
mais il est en chinois …
Je demanderai à Cheng Wei demain.

Il est 1h,
tout à l’heure j’ai mon premier cours à 10h,
ça va peut-être un peu piquer au réveil.


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