Un autre malentendu,
Une nouvelle petite musique
Wan Chu s'attaque à l'oiseau
et tout le monde plonge dans le prologue
Réveillé une fois de plus avant le réveil, je regarde le ciel depuis la fenêtre.
Rituels du matin,
je finis tout ce que j’ai à manger pour le petit déjeuner,
il n’y a presque plus de sachets de thé,
il faut que j’aille faire les courses.
L’eau froide est revenue !
(et oui avec tout ça, j’ai oublié de vous raconter que depuis l’autre matin,
la situation hydraulique s’est complètement inversée :
je suis passé d’une douche sans eau chaude,
à une douche normale,
puis à une douche à l’eau exclusivement chaude sans aucune goutte d’eau froide dans l’appartement,
même dans les toilettes …
heureusement, il y a un seau dans l’appartement …
mais bon là ça y est, tout est rentré dans l’ordre)
Pendant le thé, je repense à Tsoying.
J’ai donné tellement peu de cours cette fois-ci !
Les gamins sont frustrés, moi aussi …
La sensation d’être de trop qui m’a traversé le premier jour revient peu à peu.
Mais la bouteille est aussi à moitié pleine.
C’est un matin calme ponctué des chants d’oiseaux et des litanies des moines voisins.
Il y a aussi la sonnerie du lycée, plus lointaine que dans l’autre appartement,
et tout ça couvre avantageusement les trois coqs.
Dans le ciel bleu, les nuages blancs s’accumulent,
on va peut-être perdre un ou deux degrés ?
Il faut que je me mette en route.
Je mets en forme un article et je prépare sa mise en ligne
avant d’aller prendre une douche - tiède ! -
9h50,
je speede.
Ce matin, j’ai cours à 10h10 avec les niveau 1.
Pas le temps de préparer mes affaires pour la répèt’ de l’après-midi,
je repasserai après
(c’est quand même bien pratique d’habiter juste à côté …).
Je ferme la porte de l’appart quand la sonnerie de la fin du second cours du matin retentit.
10h et des poussières,
je rentre dans la salle des profs.
J’arrive le dos courbé prêt à me faire taper par Su Ling pour ma bourde de la veille.
« Ah ! »
Et comme prévu, elle me tape le dos.
« Sorry, sorry, sorry »
Elle sourit.
« Do you remember you have a class tomorrow morning ? »
Allons bon, j’ai une classe demain matin ..
Une classe supplémentaire.
Je suis sur le point de dire non quand je me demande si …
« But it was not today ? »
elle hésite et me répond
« no ! »
Je me suis donc dépêché pour rien.
Pas grave, je m’installe à ma place habituelle et profite d’Internet.
Mais quand même, ça m’étonne cette histoire de planning.
Pas de cours aujourd’hui et un cours demain ?
Je fouille dans mon téléphone …
Je retrouve un échange de sms où,
justement,
quand je fixais l’emploi du temps des répétitions,
j’avais un doute sur le jour.
« jeudi 7, 10h10 - 11h50 »
Je le montre à Su Ling.
« Ok ! It’s my mistake this time … »
Je reviendrai bien sur l’histoire du cours de la veille mais à quoi bon.
De toute manière, elle est déjà repartie dans une de ces multiples occupations …
Une fois l’article mis en ligne, je remonte à l’appartement.
J’ai deux bonnes heures,
le temps de commencer enfin la musique de Cheng Wei.
Je fouille dans mon Iphone :
quand j’ai une mélodie qui me vient dans la tête,
je la fredonne au dictaphone et je la mets de côté pour le jour où.

C’est ce qui s’était passé le jeudi juste avant de partir.
L’enregistrement numéro 13.
Un peu trop grave et un peu trop lent pour Cheng Wei.
Mais si je monte d’un ton
et que j’accélère.
J’ai mon point de départ.
Trouver les instruments qui sont au plus près de ce que j’ai dans ma tête,
ou en apprécier d’autres,
mélanger le tout
et une fois que j’ai la « pâte » principale,
construire.
12h30.
Le gros est fait.
De toute façon, je ne travaillerai avec Cheng Wei que demain,
ça me laisse encore un peu de temps
(enfin, un peu moins que prévu puisque du coup demain matin … J’ai cours !)
Je pars en avance pour m’acheter des pains à Kaohsiung Arena,
il fait une chaleur écrasante,
les nuages n’y ont rien fait.
14h,
je suis à Formosa boulevard.
C’est là que Wan Chu me récupère.
Je sors du côté d’où elle devrait arriver,
je reste à l’ombre, près du commissariat.
Je me dis que je devrais l’appeler pour lui dire où je suis,
mais je sais aussi que souvent quand je lui donne les adresses en anglais
elle ne les reconnait pas.
Je pense à indiquer le commissariat mais sait-elle seulement qu’il y en a un à cet endroit.
Le temps que je réfléchisse à tout ça la voilà qui arrive.
Elle porte une veste, qu’elle a mise à l’envers pour protéger son buste et ses épaules du soleil.
Toujours souriante, elle me tend un casque qu’elle a emprunté à Jim.
Il est plus grand que celui que Cheng Wei me prête et avec ma tignasse c’est bien agréable …
(si ça continue .. je vais pouvoir faire une collection de photos casquées !)
Nous remontons vers la gare.
Je réfléchis à comment nous allons procéder.
En fait, rien ne me vient.
J’ai juste le matériel que j’ai créé en juin (phrase de base et variation)
il y a aussi les ports de bras.
et puis les variantes travaillées avec Mimi et Cheng Wei hier,
je vais déjà lui transmettre un maximum de choses
et puis, on verra bien.
On s’arrête à un feu.
Elle me dit :
« Excuse moi, je ne parle pas quand je conduis … je dois me concentrer … »
J’éclate de rire
« c’est bien mieux comme ça, ne t’inquiète pas »
C’est vrai qu’avec Cheng Wei c’est autre chose,
on discute souvent de tout et de rien, et il conduit plus vite aussi.
Nous arrivons au studio par l’autre bout de la rue.
Wan Chu gare son scooter et prend la clé sous le compteur électrique.
Il fait vraiment très chaud.
Je lui propose d’aller se chauffer pendant que je vais m’acheter à boire.
Quand je reviens, je met en route tous les appareils (notamment le ventilateur !)
et pendant qu’elle finit de se chauffer,
je lui montre les vidéos de tout ce que j’ai fait sur la musique.
Je vois qu’elle est inquiète.
« je ne suis pas sûr qu’on utilise tout mais bon … tu as une idée.
Par quoi tu préfères commencer ? les pieds ou les bras ?
- les pieds … »
Je m’en doutais.
Elle connaît déjà la phrase principale que l’on dansé à la fin de la classe de la compagnie dimanche dernier,
et puis mes ports de bras font toujours peur.
Je ne sais pas bien pourquoi.
On se lance.
Les mouvements lui plaisent,
« oh ! this one really looks like a bird ! »
Beaucoup de choses lui évoquent des oiseaux :
dans les bras,
les déplacements,
la qualité du mouvement.
Wan Chu est une bosseuse.
Encore plus que tous les autres,
et sans que je ne lui demande,
elle fait, elle refait,
pour trouver la bonne qualité, les bonnes directions.
Si je ne la forçais pas à boire un peu de temps en temps,
elle ne s’arrêterait jamais.
Elle travaille avec beaucoup de plaisir mais on est loin de ce que je voudrais.
C’est dans ces situations que je me rends compte que ces danses qui me paraissent si simples quand je le vois et quand je les fais,
ne le sont pas vraiment.
Je m’étais dit la même chose à la fin du cours des lycéens hier.
Ces élèves sont capables d’exécuter des choses que je n’ai jamais su faire
et pour faire ce que je leur demande, ça prend tant de temps …
Les pieds de la pauvre Wan Chu commencent à crevasser.
Cette danse souvent sur jambes pliées ou les pieds brossent le sol
sont une catastrophe pour les voutes plantaires.
Élise et Marie ont souvent des soucis avec ça.
Je culpabilise un peu.
On va jusqu’à 17h30 en faisant tourner tout ce qu’elle a appris.
C’est encore un peu laborieux,
elle a des soucis de rythme, de mémoire …
Ça va un peu moins vite qu’avec Cheng Wei,
mais bon, on a encore deux grosses répétitions possibles,
et au pire il y a encore juillet !
On ne filme pas encore.
C’est un peu trop frais.
J’annonce une pause.
« Why ? »
Elle voudrait continuer jusqu’à l’arrivée des autres,
mais je sais qu’avec eux on va attaquer le prologue,
et qu’il y aura encore beaucoup de choses à apprendre.
Elle boit un peu,
et se couche sur le dos les jambes en l’air.
On parle de cet été, de cet automne, de la chaleur.
C’est drôle, elle me donne toujours l'impression d'être une toute petite fille fragile
du haut de ces trente-cinq ans.
On est tellement loin de cette force qu’elle déploie quand elle est sur un plateau.
18h,
Mimi arrive.
Cheng Wei (avec une cigarette de retard …) apparaît dans la foulée.
Tout le monde est souriant et détendu.
Je les laisse se chauffer
pendant que je me reconcentre sur les sept phrases du prologue qu’ils ont à apprendre.
Il y en a une qu’ils ont entamée dimanche dernier et il y a tout le reste.
On verra jusqu’où on pourra aller.
On attaque par la plus lente.
Le temps que mon corps récupère de l’après midi.
Elle commence par des marches …
Et ça ne rentre pas dans le studio !
On modifie le tout pour qu’ils puissent la danser sans trop de problèmes.
Cela va assez vite :
les comptes sont simples et il y a une petite partie que j’ai réutilisé dans l’oiseau.
On enchaîne avec tout le reste, les plus complexes,
celles qui se ressemblent,
celles qui démarrent en milieu de mesure.
Ça avance bien
mais Wan Chu commence à montrer de réels signes de fatigue, il faut que je fasse attention.
J’essaie de garder pour la prochaine fois ce qui est le moins « usant ».
20h15,
on filme.
La pauvre Wan Chu est presque à bout.
Nous sommes claqués …
Ce soir, je ne fais rien.
Et ça tombe bien.
Ha Bao n’est pas là, Cheng Wei ne me propose rien.
Je rentrerai avec Mimi.
On raconte aux deux autres notre retour de l’autre soir
où Mimi toute à sa discussion a fait nous semble t-il quelques détours …
Cheng Wei sort son smartphone
et ils regardent ensemble le chemin le plus court.
Donc finalement, c’était la bonne route
À 21h nous partons du studio.
Wan Chu part en scooter,
Cheng Wei juste après (avec une cigarette de retard …)
et Mimi m’emmène en voiture en gardant le même itinéraire.
Elle a encore beaucoup d’énergie.
Moi presque plus du tout.
Haigong East Road,
nous approchons du lycée.
Petite angoisse,
j’espère ne pas avoir à taper à la guérite du gardien …
Je me surprends à penser :
« ils ne vont quand même pas fermer avant 22h »
Comme si c’était normal qu’un lycée reste ouvert si tard …
Mon esprit s’adapte au pays.
Dommage, dans moins d’une semaine, je serai parti.
Mimi me dépose peu après 21h30 devant la grille évidemment ouverte.
Toute une série de bureaux sont allumés dont ceux du département danse.
En passant devant le grand studio dont les fenêtres ne sont pas fermées,
je vois les petits (les 3e année) qui travaillent.
Ils créent des chorégraphies personnelles pour leur dernier spectacle qui a lieu dans deux mois.
Cela fait partie de leur évaluation.
Guang Yu n’est pas très concentré …
Retour à l’appart.
Il y a beaucoup de vidéos à transférer aujourd’hui …
Je vais sur Internet pour voir les réactions des gens sur le duo avec Cheng Wei.
Ça a l’air plutôt bien pour l’instant.
On verra bien …



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