Création franco-taïwanaise de Claude Aymon et Cheng Wei Huang

pour les deux compagnies c2a et WeiDanceCompany,

In Wei est une vision croisée des deux chorégraphes

sur sur ces aspects qui séparent l’est de l’ouest, l’Asie de l’Europe.

Après avoir travaillé chacun dans le pays de l’autre,

ils ont décidé de parler de tout ça par le langage qu’ils ont en commun, celui du corps.

Les danseurs des deux compagnies ont travaillé tour à tour avec les deux chorégraphes

à la fois en France et à Taïwan,

avec une première taïwanaise à Kaohsiung en août 2016 et une première française à la Toussaint.

mercredi 11 mai 2016

06/04/16 - 1 - Taïwan 1e partie - Jour 11 - la journée des malentendus

Un cours de rêve,  
l'oiseau rentre en studio, 
des quiproquos en série, 
encore une soirée imprévue ... 





Mercredi 6 avril, 

Une nuit courte mais sans coq. 
Je me réveille avant le réveil mais dans un brouillard bien épais. 

Je ne peux pas traîner ce matin, 
la journée est longue.
Une répétition avec Cheng Wei,
retour à Tsoying pour donner un cours,
puis répétition avec Mimi et Cheng Wei.

Je mange des biscuits à l’ananas au petit déjeuner.
J’en ai gardé un excellent souvenir d’il y a deux ans.
Mais là, ce sont ceux du Family Mart,
beaucoup moins bons mais ils tiennent bien au corps.

Je finis d’écrire un article et me met en route.

9h40,
je suis au bureau.
La salle des profs est vide,
il n’y a que la mère de Ya-Chin, l’assistante de Su Ling sur le projet UNESCO.
C’est une prof d’anglais à la retraite.
Elle me reconnaît et dit en souriant :
« long time no see ! »
C’est vrai que ça fait longtemps que l’on ne s’est plus vu.
L’été dernier elle était avec sa fille, nouvelle maman, qui maintenant vit en Floride.
On parle un peu de sa famille récemment élargie.
Je lui ai dit que j’ai vu beaucoup de photos de tout ce petit monde sur Facebook.
Ici, plus qu’en Europe, 
les parents mettent en ligne beaucoup de photos de famille.
Nourrissons, enfants, adolescents …
Ça ne semble pas poser de problème.

Je voulais voir Su Ling pour avoir plus de renseignements sur le cours de cet après-midi.
Elle m’a dit qu’il était à 15h,
qu’il fallait que je fasse un travail spécifique sur leur souplesse 
(ce qui m’a fait sourire …)
mais elle ne m’a pas dit quelle classe j’avais,
j’aurais bien aimé savoir un peu pour pouvoir moins naviguer à vue.

Elle n’a pas l’air d’être là,
Tant pis, j’y vais.

10h,
j’arrive à la grille et je rate un bus.
Si je vais pas au métro à pied, je vais être en retard mais je ne me sens pas de le faire.
J’envoie un message à Cheng Wei.
« 11 .. instead of 10:30 »
C’est bizarre, sur le site, ils disaient qu’il arrivait dans 4 minutes.


10h04,
le bus arrive.
Il faut vraiment que je me débarrasse de mes réflexes marseillais.
Ici, les bus sont à l’heure.
De quelle ligne était le précédent ?
Je n’en sais rien.
Ça n’est pas affiché à l’arrière.

À Zuoying, le métro arrive en même temps que moi.
À Formosa, j’ai une correspondance immédiate.
Je suis largement en avance.
Je renvoie un message à Cheng Wei.

10h35,
je suis déjà à Fong Shan West,
Cheng Wei me répond « que ça ne l’arrange pas que je sois à l’heure » …
Jolie formulation !
Pas de souci : 
comme la veille, je regarde les gens.
Il fait encore plus chaud qu’hier.



Les chiens restent à l'ombre et les gens sont encore plus couverts.
Je vais sur Facebook et je vois que Cheng Wei a publié l’article de la critique.
Mon logiciel de traduction me donne un texte qui semble ne pas être si mauvais.
Mais rien n’est sûr, car je n’ai toujours pas trouvé de bon traducteur.
Cela marche pour le mot à mot,
mais les constructions de phrases se faisant tellement différemment en mandarin et en anglais,
il faut tout remettre dans l’ordre, à la bonne conjugaison et parfois même à la bonne personne …
Là, je crois comprendre qu’il y a des divergences d’opinion.
Je verrai avec lui.

11h15,
il arrive,
pensif.
Nous partons.
Nous passons le bar du « bubble tea »
Je ne fais pas la même erreur quand il me demande si j’ai soif.
On s’arrête chez Georg Peck.

On commande …
Et on parle.
La critique récidive sur cette histoire d’espace,
mais a un avis plutôt positif sur la danse et le traitement du sujet.
Comme quoi, les avis divergent vraiment …

En partant la serveuse remet à Cheng Wei …
Sa carte de membre.

11h30,
nous sommes au studio.
On se chauffe un peu.
Avec ce sol, je n’ai pas vraiment besoin d’être très préparé,
l’avantage de construire les choses sur son corps.

Cheng Wei a un bleu au genou, et un au trochanter 
(vous ne savez pas où c’est ? et bien cherchez donc ! …)
On cherche ensemble les moments de la chorégraphie où il a pu se faire ça.
Je lui montre comment les éviter.

Je le sens au ralenti,
et inquiet de son corps un peu endolori.

On parle encore.

Je lui dis tout le bien que j’ai pensé de ce qu’on a fait la veille.
Du plaisir que j’ai de danser cette partie en duo,
et que c’est aussi magique qu’il y a deux ans, 
jusque dans les erreurs qui sont presque identiques.
« so it gonna be a duet ? 
- yes sir »
Il se détend.
Il pensait qu’hier je le faisais avec lui juste pour lui apprendre.
Il sourit enfin,
on peut attaquer.

Il est presque midi.
Et deux conclusions s’imposent :
Le thé de ce bar à thé est très bon 
et ni lui ni moi ne sommes du matin.
Il va falloir en tenir compte pour les prochains plannings …

On se remet le duo dans le corps,
doucement.
Je ne suis pas très inquiet, on avait quasiment fini hier.
Je lui apprends une petite suite que j’avais ébauché la veille
(je l’avais filmé à part, pour que l’on puisse le faire concrètement)
et on enchaîne sur la phrase debout que nous ferons tous ensemble.
C’est celle que j’ai fait à la fin de l’échauffement de la Weidancecompany dimanche dernier.
Les filles le connaissent déjà,
on avance sur la répétition de demain.

13h30,
le duo est fini.
On arrête la répét’.
Je lui propose de me ramener à la station Houyi.
Elle me semble aussi loin que Fong Shan West et elle est sur la bonne ligne de métro.
Je gagne du temps et je n’ai pas de changement.
Cheng Wei me ramène … mais deux stations plus au nord.
Nous sommes à Kaohsiung Arena.

On reste ensemble le temps de sa cigarette puis je reprends le métro

J’achète un sandwich et un jus de fruit à Zuoying.
Je mange tout ça à l’arrêt du bus.

14h45.
Je suis à la salle de profs,
qui est encore vide …

J’attends Ally, la prof de classique.
La dernière fois que l’on s’est vu, 
elle m’a dit :
« meeting at 3 on Wednesday ?
we drink ? »
et j’avais dit oui,
mais entre temps Su Ling m’avait réquisitionné et je ne l’avais pas vue pour lui dire que ça n’était plus possible.

Mais où est Su Ling ?
En les attendant, je passe sur Internet dire bonjour aux européens.

Sa voix retentit dans les couloirs.
Elle discute avec les ouvriers dans les salles en travaux.
Première sonnerie.
Les profs du cours précédent arrivent.
Ouf, voilà Yi Fan.
Je lui demande si elle sait quelle classe j’ai.
« tu remplaces Chin-Wen ? 
(vite réfléchir …
samedi au dîner CF. Su Ling a commencé sa phrase par … « peux-tu rendre un service à Chin-Wen ? » et Chin-Wen n’est pas là, ça doit être ça)
- oui ! 
- alors c’est le niveau 3 »
Je profite d’un moment où Su Ling reprend son souffle dans une discussion pour avoir confirmation.
Elle me dit oui et reprend immédiatement la conversation avec l’ouvrier.

Ally n’est pas là ..
Il faut que j’y aille.
Tant pis.

Les niveau 3, c’est la classe de ceux qui étaient venus taper à ma porte mercredi soir.
Ils me voient arriver.
« You give the class ? »
Je hoche la tête
« Yes ! »
Ils partent prévenir les autres.
(Parfait ! Je les suis en courant … Comme ça, je sais où est le cours)

15h.
On attaque la classe dans l’immense studio blanc.
Premier exercice.
Je finis l’explication par
« Hey ! it’s me ok ? »
Ils sourient et je sens les corps changer d’état.

Je lance la musique.
Un bonheur.
Ils sont tout de suite détendus.
Ils savent ce que je veux.
S’autocorrigent,
rient de mes blagues.

Les exercices filent.
Contrairement à ce que j’ai prévu, 
je fais la barre du cours du niveau le plus haut que j’ai en France
comme s’ils avaient pris des cours régulièrement avec moi depuis la rentrée.
Et ça passe.


En revisionnant, cette vidéo, je me suis rendu compte,
que je m’étais arrêté de le faire pour les regarder et les encourager,
alors que c’était la première fois qu’ils le faisaient et qu’ailleurs, je n’ai pu tenter de regarder cet exercice que quand on le refaisait, 
ou au bout de quelques semaines.
Ils le font du haut de leur 17 ans, avec le bagage qu’ils ont et bien sûr leur maladresse,
mais ils sont sereins,
ils essaient,
sans moi.

À 16h45,
je les laisse à regret.
La répétition m’attend.
Ils me remercient.
« bye everybody … See you one day …
- Monday ? »
Ils espèrent que je vais leur donner un cours lundi.
Je sais bien que non mais je ne leur dis pas.
« we’ll see … »

Je ne passe pas par le bureau
et marche rapidement jusqu’à l’arrêt de bus.
À la grille, il y a de l’animation.
On approche de l’heure (officielle !) de sortie des cours.
Il y a les agents qui gèrent la circulation,
les bus scolaires sont prêts.
Il va y avoir du monde dans le 51.
Je marche jusqu’à l’arrêt précédent pour être sûr d’avoir une place assise.

17h,
je monte dans le bus.
Mon téléphone sonne.
Je m’assois.
C’est Su Ling.
« où es tu ?
tu as oublié de faire l’heure de renforcement musculaire 
(je suis sûr qu’elle ne m’en a pas parlé …
et les gamins se sont bien gardé de le faire !) »
Je bredouille quelque chose allant dans son sens.
« il faut que tu reviennes
- mais je suis dans le bus 
- pourquoi ?
- j’ai une répétition
- oooh
- désolé .. 
- pas de problèmes »
Elle parle déjà avec quelqu’un d’autre avant de raccrocher .
Je verrai demain.

Dommage,
si j’avais su j’aurais décalé la répétition, 
j’aurais pu continuer ce que j’ai commencé avec les petits.



17h40,
je suis à Fong Shan.
Cette fois-ci, c’est moi qui suis en retard.
Mais Cheng Wei n’est pas là …
Bizarre.
Je lui envoie un message.
Il me répond qu’il attendait le mien.
Comme depuis qu’on répète, je passe mon temps à lui envoyer des messages 
disant que je suis en avance, puis en retard, puis à l’heure,
il pensait que je ferais pareil.

Que de quiproquos aujourd’hui.

Nous arrivons au studio à 18h20.
Mimi, en pleine forme comme d’habitude, est en train de se chauffer.

Je mets la batterie de l’appareil photo à charger,
J’allume l’ordinateur et l’ampli,
le ventilateur est dans la bonne direction,
on y va.

On repart de la phrase de base de l’oiseau.
Cheng Wei l’apprend, 
Mimi la revoit
(elle l’a déjà apprise vendredi)

Je décide qu’ils rentrent quand la flûte basse arrive …
Pour le reste, je laisse faire mon esprit …

Je développe la phrase comme dans une fugue,
variations rythmiques, orientations, décalages dans le temps,
modifications de buste, de regard,
avec en tête que ces deux danseurs ne sont que les « accompagnants » de la soliste.
Intéressant de faire le chemin inverse,
c’est la danse de la soliste que j’adapterai aux accompagnants.
Un peu si on faisait l’orchestration d’une mélodie avant de l’avoir faite.

Moi qui ai plutôt l’habitude de tout organiser,
(surtout par manque de temps),
j’avais dans le grand flou.
Et pourtant, je suis serein.
Je leur propose des choses, 
pendant qu’ils les répètent j’imagine la suite,
tout est fluide dans mon esprit,
on avance,
calmement.

Il y a des choses qu’ils font différemment,
Cheng Wei est plus appliqué,
Mimi se laisse aller à ce que la musique lui inspire,
pas sûr que je sois d’accord avec tout ..
Je fixerai après.

Ha Bao arrive,
on fait une pause.
Ce qui veut dire que ceux qui ont un truc à boire, 
se jettent sur leur paille tout en regardant leur smartphone.
Ce soir, je ne bois rien … mais je m’adapte :
Message d’Ally.
« Hi…office!Tonight pm8:00 »
Allons bon, ça n’était pas prévu.
Je le dis à Cheng Wei et Mimi.
« Yeh Li Jen ! it’s my idol ! »
Li Jen est le nom chinois d’Ally,
et visiblement, Mimi en est  fan.

Je lui réponds que je répète jusqu’à 21h.
Elle me répond par un sticker :



Puis :
« To:燈塔,左營富國路239號 »

Problème.
Je montre à Cheng Wei,
il parle avec Ha Bao,
Recherche de l’adresse sur les smartphones.
Ils ne connaissent pas mais il m’y emmènera.

Bon, il ne nous reste plus beaucoup de temps.
De toute façon, on a bien avancé.
Je vais jusqu’au point où je décide que tout le monde dansera le motif de base à l’unisson.
Ce sera un bon point de repère pour travailler avec Wan Chu demain.

La fatigue se fait sentir dans les corps et les esprits des danseurs.
Je suis un peu stressé car je ne veux pas faire attendre Ally
mais je veux qu’on finisse proprement.

Je leur propose de le faire deux dernières fois,
pour filmer.

Et bien sûr, ils sont exemplaires.


20h45,
c’est dans la boîte.
Un bon compromis pour le resto qui suit.

Entre temps, Ally m’a envoyé un nouveau message.


Je me souviens de ce nom.
Je vois vaguement où c’est, vers Kaohsiung Arena.
J’y suis déjà allé avec Su Ling et Ya Ting, 
mais je ne suis plus quand.
Je montre la photo à Cheng Wei et Ha Bao.
Ça ne leur dit rien … Mais on va trouver.

Rangement des affaires,
extinction des feux,
on ferme la grille à 21h.

Mimi repart à Tainan.

En route pour the Lighthouse.



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