Retour à Kaohsiung,
les touristes,
les solos,
le retour de la pluie
7h.
Je me réveille (avec le réveil pour cette fois !).
Je prépare mes affaires et passe à la salle de bains dans un état semi-comateux.
Je croise Bk,
dans le même état que moi.
Il est sur pilote automatique.
Je le vois aller, presque comme un somnambule,
de la salle de bains à la cuisine,
où il remplit la bouilloire,
prépare un café, le met sur un plateau,
traverse le salon,
fait glisser la paroi coulissante
et dépose le plateau près du lit où Hsiao-Yin dort encore.
Il revient à la cuisine,
fait du thé
et remplit deux tasses.
J’ai l’impression de me voir chez moi,
Hsiao-Yin en moins.
On boit notre thé sans vraiment se parler.
Il passe lui aussi par la case salle de bains,
fait ses affaires
et on se met en route.
Autre scooter,
autre casque …
Bk s’arrête devant un vendeur ambulant.
C’est là qu’il a chère son petit déjeuner.
Il cherche ses mots.
« want .. something ?
- no thank you ! »
On repart.
Du coup, il n’a rien pris pour lui, il s’arrêtera sûrement plus tard.
7h45,
il me dépose au métro.
On se dit au revoir.
La prochaine que l’on se verra il sera papa.
Je m’engouffre dans la station.
Les quais sont bien remplis,
les files d’attente s’allongent,
les rames de métro sont bondées mais tout le monde est calme.
Je me paie le luxe de ne pas prendre la première qui arrive.
De toute façon, il y a des rames qui desservent le centre-ville toutes les minutes 30.
Celle qui suit est à peine moins remplie,
je suis le flot et me trouve une place debout accroché à une poignée mon sac entre mes jambes.
Guting,
changement pour la gare.
Sauf qu’ici, cela se fait de quai à quai,
et les rames s’attendent entre elles.
On sort, on traverse le quai et on saute dans la rame d’en face.
Je suis maintenant sur la Songshan line où il y a beaucoup moins de monde.
8h10,
métro gare centrale.
Encore plus qu’hier midi, ça grouille dans tous les sens.
Il y a un peu de monde au distributeur de billets de train
mais l’affaire est réglée en dix minutes.
Ici, acheter un billet au dernier moment ou deux mois plus tôt c’est le même prix.
Direction Zuyoing,
prochain départ,
8h36,
il y en a un à 8h24 mais ils ne vendent plus de billets,
probablement parce que je n’aurais pas eu le temps d’arriver sur les quais à temps.
8h25,
les accès aux quais sont ouverts.
Je m’installe à ma place réservée.
Je suis assis à côté d’une jeune femme enceinte, qui me fait forcément penser à Hsiao-Yin.
8h36,
on quitte la gare.
Le train est quasiment complet et ne désemplira pas jusqu’à Tainan, l’avant-dernier arrêt.
À chaque station, les places qui se libèrent sont immédiatement occupées par de nouveaux arrivants.
Un peu comme dans un RER où on aurait des places réservées.
regarde un peu le paysage,
pense à tout, à rien …
À 10h36,
je suis à Zuoying.
ici, il faut repasser son ticket dans les composteurs
(comme dans le RER je vous dis !)
Mon ticket est refusé.
Un agent vient me voir avant que j’ai le temps d’aller chercher un de ses collègues.
Elle regarde,
je passais le ticket .. du voyage d’hier.
Le temps de retrouver le bon,
et le tour est joué …
J’achète un sandwich, du jus d’orange,
ça me fanera mon petit déjeuner
et en route pour le lycée.
Nous allons peut-être même avoir quelques heures de pluie.
Pas grave j’ai mon parapluie et …
Mon imperméable ! Je l’ai oublié chez Hsiao-Yin !
Je n’étais vraiment pas réveillé ce matin.
Et puis, comme souvent quand je me sens bien quelque part, j’y laisse quelque chose.
Je la préviens.
« je ne suis pas sûr qu’il arrive avant que tu rentres dans ton pays même si je le poste aujourd’hui
- ne t’inquiète pas, j’ai mon parapluie, je le récupèrerai cet été quand je viendrai voir Cha Cha »
Le prochain bus passera à 10h51.
J’ai le temps de petit déjeuner.
Le chauffeur de taxi attend vaguement le client,
mais a plus l’air accaparé par son smartphone.
Trois dames, blanches, discutent entre elles, les yeux rivés sur le panneau des horaires de bus.
Les gens qui attendent s’agitent.
Il se passe quelque chose,
mais je suis trop loin pour entendre.
Je m’approche en mastiquant mon club sandwich.
Elles sont françaises.
Je leur demande si je peux les aider.
Elles vont au Lotus Pond,
un lac artificiel pas très loin de la gare :
« vous parlez bien le français … vous venez d’un pays francophone ?
- non non, je suis juste français
- haaaaa »
Sans commentaire.
J’explique aux taïwanais, qui tentaient de les renseigner,
que nous sommes du même pays.
Ils sourient, soulagés.
Je montre aux trois touristes quel bus il faut prendre,
mais il ne passera pas avant une demi-heure.
Sinon il y a le 51B que je vais prendre,
il ne passe pas loin,
elles seront à cinq minutes de marche.
Nous prenons tous le même bus.
Je leur montre l’arrêt et le chemin à suivre.
À deux jours de mon retour,
je me retrouve à parler français.
Sensation étrange,
autant je n’aime pas vraiment l’entendre quand je suis à l’étranger
(notamment parce que les conversations de touristes sont souvent pour le moins étonnantes),
autant cette fois-ci, je sens un certain bonheur à le parler mais je ne saurais dire pourquoi.
Les françaises descendent donc avant moi,
et quelques arrêts plus tard,
j’arrive à Tsoying où les taïwanais qui étaient à l’arrêt avec nous, me saluent en souriant.
Le gardien et son bonjour habituel,
les bâtiments qui grouillent de profs et de lycéens,
les jardins,
dans la dernière cour, il y a un groupe de jeunes qui attend, proprement rangé en deux lignes.
Ils me regardent discrètement le sourire au coin des lèvres.
Su Ling sort du département danse au moment où j’arrive.
Elle va donner un cours d’anglais.
« where do you come from ? »
Qu’est-ce qu’elle est curieuse !
« From Taipei, I spend my Sunday there
- ooh …
Look behind you, the kids are staring at you »
Je souris.
C’est vrai que les gamins qui attendent toujours en ligne, sont tous retournés vers nous.
Su Ling part bosser,
je m’installe dans mon canapé de la salle des profs,
met, enfin, en ligne ce fameux article,
et remonte à l’appart.
Le sofa …
Il est 11h30.
Je me sens au ralenti.
Je restera bien là toute la journée.
Mais j’ai rendez-vous à 13h30 avec Wan Chu et Cheng Wei.
Le temps ne se lève pas,
pas de coucher de soleil ce soir.
Je les préviens que l’on décale la répétition à 14h,
on finira plus tard.
Ça me fera quand même partir d’ici vers 13h.
Cette heure de trajet jusqu’au centre-ville, c’est quand même une sacrée perte de temps.
Il faudrait vraiment que je trouve une autre solution pour cet été,
ça serait aussi plus pratique pour le soir.
13h04,
j’ai le 53C.
Il conduit super vite.
Zuoying,
Formosa,
je suis en route pour Fong Shan West quand je reçois un message de Cheng Wei.
« I need more time to come »
J’aime sa manière de me dire qu’il va être en retard …
À 14h15,
nous sommes au studio,
le scooter de Wan Chu est là,
je reste avec Cheng Wei qui fume sa cigarette.
Nous sommes arrivés à la conclusion que c’était plus pratique que je dorme chez lui mardi soir.
Mon vol est à 9h05,
ce qui implique qu’il faut que je sois à 7h à l’aéroport,
il faut donc que je prenne le tout premier métro, celui de 6h30
et je ne sais pas à quelle heure j’aurais un bus avant
(je ne suis même pas sûr qu’il y en ait si tôt)
Il y a toujours l’option taxi,
mais je sais que Cheng Wei ne me laissera pas faire.
Va pour Fong Shan demain soir, on s’organisera mieux.
Nous montons.
Wan Chu est déjà en train de se chauffer.
Quand elle est prête, on reprend l’oiseau pendant que Cheng Wei finit de se mettre en route.
On avance bien.
Après la partie qu’elle a construit seule la dernière fois,
je fais la jonction avec ce que j’ai appris aux deux autres.
Ils danseront quelques phrases ensemble
avant que je ne la fasse décrocher
pour faire une série de ports de bras,
mais beaucoup plus simples que ceux que j’avais imaginés,
ça évoquera bien la mélodie de la flute.
Elle finit avec une « arch » pour rejoindre les autres qui sont dans la même position,
(si vous ne savez ce qu’est une « arch » regardez la photo juste en dessous … )
et puis, ils enchaîneront sur une danse commune, probablement finale.
J’entrevois sa partition finie.
La qualité de mouvement évoque, autant que la forme, le thème de cette danse.
Elle n’est pas seulement un oiseau,
elle évoque tous les oiseaux,
ou bien une personne qui les regarde,
ou encore le vent qui les pousse.
Sa danse se fait plus légère,
ses regards plus incisifs.
Elle a encore du mal avec certains mouvements (que j’adapte à ce qu’elle est),
avec certains pièges rythmiques (alors là … Je ne change rien !)
mais on y est,
mon choix était le bon,
ce solo est pour elle.
Il lui reste à trouver comment se lâcher plus souvent.
À s’approprier encore plus les choses.
Je n’ai toujours pas intégré que quand Wan Chu danse, elle se veut plus solide qu’elle n’est.
Elle a tendance à cacher du mieux possible cet animal fragile qui lui va pourtant si bien.
Et de par sa formation et son éducation,
même si de temps à autre il remonte à la surface,
elle y arrive très bien …
Mais ça n’est pas ce que je veux,
c’est justement cette fragilité qui m’intéresse.
Il faudra qu’elle s’attache moins à faire comme moi.
Je fais confiance au temps et à la distance pour ça :
à partir de maintenant, elle révisera avec les vidéos d’elle dansant,
et ce que sa mémoire décidera de garder.
L’appropriation n’en sera que meilleure.
Je rectifierai à mon retour, si jamais.
Quant à Cheng Wei,
il est égal à lui-même,
précis,
engagé,
si ça n’est pas comme je veux, ça dépend essentiellement .. de moi.
Les ports de bras sont habités,
quand il les reprend pendant la marche, cela génère des déséquilibres qu’il apprend à gérer.
On résout les soucis d’appuis, modifie les vitesses.
J’aurai fini demain.
Wan Chu doit partir à 16h50,
elle donne un cours.
Je travaille avec elle le plus longtemps possible et je finis avec Cheng Wei une fois qu’elle est partie.
Leur plaisir à danser ce que je fais me fait tellement de bien.
Tout ça est juste gâché par ma frustration de ne pas pouvoir faire plus,
montrer plus,
trouver plus,
à cause de mon dos où la douleur est toujours en embuscade.
Je sens qu’à la moindre torsion, au moindre mouvement un peu ample,
elle reviendra comme samedi.
Wan Chu me dit « see you later » en partant.
J’en conclus que l’on se voit plus tard.
Cheng Wei m’en dira surement plus après la répétition …
Il commence à pleuvoir.
On ne s’inquiète pas :
ils ont tous un imperméable sous le siège du scooter.
On arrête vers 17h30.
Cheng Wei passe des coups de fil.
« do you know my home ?
I mean the old one ?
- No … »
Il continue à parler au téléphone.
Il raccroche et m’annonce le programme du soir :
ce sera dîner et puis un verre au Mini avec Wan Chu et Jim.









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