Création franco-taïwanaise de Claude Aymon et Cheng Wei Huang

pour les deux compagnies c2a et WeiDanceCompany,

In Wei est une vision croisée des deux chorégraphes

sur sur ces aspects qui séparent l’est de l’ouest, l’Asie de l’Europe.

Après avoir travaillé chacun dans le pays de l’autre,

ils ont décidé de parler de tout ça par le langage qu’ils ont en commun, celui du corps.

Les danseurs des deux compagnies ont travaillé tour à tour avec les deux chorégraphes

à la fois en France et à Taïwan,

avec une première taïwanaise à Kaohsiung en août 2016 et une première française à la Toussaint.

dimanche 12 juin 2016

11/04/16 - 2 - Taiwan 1e partie - Jour 16 - en famille

Fongshan sous le déluge,  
dîner surprise, 
et pourtant pas de photo, 
un dernier passage chez Mini 






Lundi 11 avril, 

17h30,

Dehors la pluie est diluvienne.
Pendant que Cheng Wei se prépare, je vais vite au Seven Eleven acheter un imperméable, vu que le mien est resté à Taipei.
Heureusement que ça ne coûte de 2 euros,
c'est le troisième que j'achète en deux ans.

On s’organise.
Je mets mon sac à dos sur le ventre,
Cheng Wei m'aide à passer l’imper par dessus.
J’ai l’air d’une femme enceinte dans un manteau de pluie jaune transparent.

« Ok we go to my home »

Avant de dîner, nous passerons donc par l’ancien appartement de Cheng Wei,
celui où ses parents habitent encore.
(je vous en avais parlé lors des premiers jours de ce séjour).

Le scooter traverse Fong Shan sous les cordes de pluie.
L’eau, qui ruisselle de l’imperméable de Cheng Wei, inonde mon short.
Je suis un peu inquiet pour mon ordinateur.
L'humidité, ça n'est pas son truc.
Je me souviens qu’il y a deux ou trois étés, une bouteille de thé froid s’était renversée sur le clavier.
On l’avait sauvé par miracle.
Là, il est, "au sec", plaqué contre mon ventre, ça devrait aller.

Le voyage ressemble étrangement à celui de ce matin avec Bk.
Fong Shan et Dingxi sont de ces quartiers populaires qui se ressemblent.
D'ailleurs, nous arrivons dans une petite rue qui ressemble à celle où habite Hsiao-Yin.
Même petits immeubles,
mêmes entrées sans gardien.

Nous montons.
Mon short est bicolore,
un peu comme mes tee-shirts quand je sors de cours et de répét’.
Jusqu’en haut des cuisses, il est gorgé d’eau,
au dessus, il est sec, comme mon sac à dos.

Comme chez Bk et Hsiao-Yin, la porte d’entrée de l’appartement de la famille Huang donne sur un balcon par lequel on accède à la pièce principale.
J’y laisse mes sandales trempées et mon imper jaune.
À travers la double baie vitrée (une en verre, un en fin grillage contre les moustiques) on aperçoit le reste de la famille qui regarde la télé.
Quand ils me voient, c’est le branle bas de combat :
le père part à la cuisine,
la mère m’amène un cintre pour l’imperméable,
me sort des savates pour la maison
et dit à son fils de me trouver un jogging ou un short à ma taille.
Cheng Wei est gêné,
sa soeur est morte de rire.
Je commence à comprendre.
En fait, contrairement à ce que je croyais, on ne fait pas que passer.

Ce  soir, je suis invité à dîner chez les Huang.

Dans le salon, il y a un sofa où Cheng Wei s'installe à côté de sa soeur et de sa mère,
le père qui trône sur une chaise, m'invite à m'asseoir dans un fauteuil qu'il doit habituellement occuper.

La table basse devant nous, regorge de victuailles :
du chou, du poisson, des crevettes, des pieds de porc, 
des légumes dans un bouillon, 
carottes, navets, maïs,
du pain « maison ! » fait par madame Huang (ce qui fait rire les trois autres),
et du riz.

On pioche et on met dans son bol.
J'ai l'impression de prendre part à un dîner familial dont je serai un cousin éloigné.
La situation est inédite pour tous et nous en sommes tous gênés au début.
Les parents sont fiers de m'accueillir et veulent faire bonne impression …
Moi je flippe de faire un impair.

Dans ce genre d'événement, on devrait bannir certains aliments comme .. 
les crevettes …
Quoiqu'en même temps, cela a permis de briser complètement les restes de glace qui résistaient :
les crevettes, c'est compliqué à décortiquer avec une fourchette et un couteau,
alors avec des baguettes ...
Et ensuite, que faire de la carapace ?

Nous étions donc tous dans une situation périlleuse.
La famille avait fait comme elle fait sûrement d’habitude, en installant une poubelle entre la chaise du père et le sofa.
Mais vu que je étais là, ils n’osaient pas se la passer entre eux.
Quant à moi, je n’osais pas décortiquer les crevettes avec les mains,

« Take them with the hands » me dit Cheng Wei,
« ok but you have to put the garbage here »
Il sourit et me passe la poubelle.
La simplicité est de mise partout.
On se détend.

Il y a les infos à la télé.
Des taïwanais qui sont incarcérés en Afrique.
Apparemment, il y a une procédure d’extradition en vue,
sauf que, officiellement Taïwan n’étant toujours pas reconnu comme un pays,
ils vont être rapatriés … en Chine.
Il vaudrait peut-être mieux pour eux qu'ils restent en Afrique …

On parle un peu de la nouvelle présidente.
La famille est plutôt contente que ce soit elle qui soit aux manettes,
elle est beaucoup moins proche du grand cousin continental que son adversaire le président sortant.

Photo !
Oui, forcément …
Pour immortaliser l'événement, il faut faire des photos.
En plus, c’est l’occasion de tester la toute nouvelle acquisition de Ling Yi, la soeur de Cheng Wei (comment ça vous vous emmêlez les pinceaux dans tous ces noms ?),
une sorte de socle sur lequel on peut faire tenir tous les smartphones.
Pendant qu’elle fait les réglages, la mère dit à son mari d’aller mettre un tee-shirt,
il est en débardeur.
Cheng Wei rit en me traduisant.

On s’organise.
Il faut se resserrer.
Qui se met à côté qui ?
« Allez souriez …
Non mais quand même pas à ce point, un peu de sérieux ! »

Alors là,
je devrais partager avec vous la fameuse photo,
(enfin, une d’entre elles, car je crois que hormis le mien tous les smartphones y sont passés)
mais Cheng Wei a « oublié » de me les donner
et la dernière que je lui ai demandé, il m’a répondu :
« ne t’inquiète pas .. tu auras ta chance une autre fois … »
une élégante façon de botter en touche …

20h30,
le départ.
Nous allons au Mini,
Yi In retourne à l’autre appartement.
Je garde le jogging que Cheng Wei m’a prêté.
Il ne pleut plus.

En descendant vers le centre ville, on croise un bureau de loterie.
« Et si on achetait des billets ? 
- ça nous fera juste dépenser encore plus de sous
(rires)
- en plus, il parait que c’est truqué … »
On compare les prix des tickets de loto entre ici et la France,
on rêve de ce qu’on ferait si on était riche,
et puis on se gare devant Mini,
et puis on commande des cocktails.

Retour dans le concret.
Je lui dis que c’est quand même compliqué de vivre à Tsoying.
La demi-heure de trajet minimum pour rallier le centre-ville,
le couvre-feu de 22h,
je vais probablement prendre un appart’ cet été.
D’autant que les filles seront vraisemblablement hébergées près de la gare centrale.
Financièrement, ça va être rude.
« croisons les doigts pour les subventions »
Il a raison, il faut rester positif.
On parle aussi de l’avancement du projet,
je lui dis qu’on a du retard, que j’aurais voulu attaquer un autre duo.
Mais bon, avec mon dos, ça n’aurait pas été jouable de toute façon.

Wan Chu et Jim arrivent.
Ils commandent un cocktail qu’ils se partageront.
Je demande à Wan Chu comment s’est passé son cours.
C’est une classe de 8-10 ans assez difficile à gérer.
Elle se demande parfois pourquoi ils viennent et comment elle va s’en sortir.
Et puis elle a aussi des soucis avec ses collègues.

Nous vivons tous les mêmes choses, à des degrés divers.

Je lui parle de Taipei,
le climat,
le speed,
les quartiers branchés,
Wan Chu est de la capitale,
et ça lui manque …
Elles nous raconte que quand elle était petite, 
Kaohsiung c’était la gare d’où on prenait le car pour aller à Kenting 
(dont je vous parlais hier matin).
Elle n’imaginait même pas qu’il pouvait y avoir un million d’habitants autour …

La capitale et la province, nous vivons là-aussi les mêmes choses.

22h50,
on lève le camp.
Jim et Wan Chu ne sont pas des couche tard,
et j’aimerais avoir le bus de 23h30.
Ça devient vraiment lourd ces trajets.

Je dis au revoir à Jim que je ne reverrai plus avant cet été.
On se lamente du mauvais temps et du fait que ce soit déjà mes derniers jours.

À 23h passées, 
je monte sur le scooter en n'étant plus sûr du tout d’avoir le bus à Zuoying.
Cheng Wei me ramène chez lui.

Nous remontons dans l’air doux et encore saturé d’eau du déluge vespéral.
Le scooter ne suit pas la route que nous prenions d’habitude.

On s’arrête .. devant une pharmacie.
Pas la pharmacie de garde,
juste une pharmacie qui … est ouverte la nuit.
Cheng Wei discute avec la serveuse,
longtemps,
c’est qu’elle ne veut pas nous vendre n’importe quoi.
Elle demande la nature de ma douleur,
si c’est nerveux ou musculaire,
où elle est localisée, est-ce qu’elle se déplace,
depuis combien de temps ça dure …
Et nous préconise un patch, un peu comme celui que Wan Chu m’a prêté samedi.
mais avec d’autres principes actifs, 
on verra bien.

Nous repartons.
Cheng Wei fait une dernière halte.
Il a faim.
Il trouve un petit snack où un peu comme au barbecue de samedi, on peut acheter de la friture.
Il repart avec un petit seau qu’il accroche au scooter, comme le thé avant les répétitions.

« cette fois-ci, on ne s'arrête plus jusqu'à la maison »
Il finit la traversée du quartier en piochant dans son seau de quoi grignoter de temps en temps.

Le parking, l’ascenseur, l’appart’,
sa soeur est dans sa chambre.
Il est presque minuit quand je jette un oeil sur ce qu’il se passe sur le net, couché sur le lit dans lequel j'avais dormi le premier soir.
Je m’endors à moitié.

Mimi m’envoie un message.
Elle me remercie encore du boulot que l’on a fait ensemble et elle me demande si cet été, elle pourra garder un cours qu’elle donne le lundi.
Elle sait que Cheng Wei leur a demandé d'être totalement disponible.
Étonnant qu’elle n’imagine pas qu’il m’en ait parlé alors que nous passons quasiment toutes les soirées ensemble …
On dira une petite fille qui va demander à papa quelque chose que maman lui a refusé.
J'en parlerai à Cheng Wei demain,
enfin …
Tout à l'heure.

Minuit passé,
On est déjà le 12,
et c’est le début du dernier jour de travail.




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