Des chinois en voyage,
Hong sous la pluie,
les sourires bataves,
toujours difficile d'atterrir,
9h25,
nous survolons la mer de Chine.
L’équipage du vol AE0981 pour Hong Kong s’agite.
Il semble que les hôtesses ont maille à partir avec les passagers chinois qui ont beaucoup de mal à respecter les consignes :
il faut les empêcher de téléphoner, de se lever quand il y a risque de turbulences …
Visiblement, ils n’ont pas l’habitude de prendre l’avion
mais là où certains d’entre nous resteraient prudents,
en regardant comment font les autres pour faire pareil,
eux, ont plutôt décidé que l’avion, c’était comme un train qui volait.
D’ailleurs mon voisin, sort son thermos de thé et son sandwich maison.
Il a à peine le temps de l’engloutir, que le chariot apparaîtra en bout d’allée.
C’est qu’à la Mandarin Airlines, on sert un repas quelque soit le vol.
Celui-ci ne durant qu’1h15, avec de la pluie à l’arrivée,
il ne faut vraiment pas traîner.
Bizarre au petit déj’ mais bon, ma foi, avec du thé vert et un jus d’orange,
ça ne peut pas être pire que ce petit pain rond et plutôt sec
animé en son centre par une tranche de fromage peu avenante
que j’avais eu sur un Marseille Lille avant 7h.
Digestion et petite nuit obligent,
je m’endors assez rapidement,
tant pis pour les photos de nuages.
Je suis réveillé par des cris.
Nous venons de subir un trou d’air.
D’autres suivront.
Le commandant nous avait prévenus,
la fin du voyage va encore plus secouer que le début.
Enfin bon, cela a le mérite de clouer tout le monde à sa place.
L’avion tourne beaucoup au dessus de l’aéroport,
ça secoue de toutes parts.
Et c’est juste après la pluie que nous atterrissons.
le monde occidental à visage chinois.
20 degrés dehors,
clim’ à fond dedans.
J’ai perdu une dizaine de degrés,
et les agents de sécurité ont perdu le sourire.
Premier choc thermique et humain.
Il faudrait vraiment rappeler aux personnels des aéroports du monde entier,
qu’ils font partie des premières personnes que l’on rencontre, quand on pose les pieds dans un endroit.
Si je devais ne me fier qu’aux gens que je croise dans cet aérogare, je ferai demi-tour …
Le vol pour Amsterdam est déjà annoncé.
Je passe le contrôle de sécurité et traverse tout l’aéroport,
temple de la consommation,
tout y est fait pour alléger son porte-monnaie,
sauf le sourire des vendeurs …
Cela me donne encore moins envie de dépenser quoique ce soit.
J’aurais bien pris un petit café pourtant.
Quelques voyageurs en transit finissent leur nuit,
j’en profite pour recharger mon téléphone et me connecter au monde.
Cheng Wei n’est pas en ligne,
étonnant,
Wan Chu est là,
étonnant aussi.
Pendant un doux moment, elle me tient compagnie.
Le moindre bruit m’agace.
Comme cet australien sur son smartphone,
ces groupes de chinois qui parlent décidément trop fort,
ou cet autre asiatique qui reste bien longtemps au téléphone.
Le calme revient un moment,
les passagers affluent,
on annonce l’embarquement.
Je décide de rester assis le plus tard possible,
de toute façon la file d’attente est déjà bien longue,
autant patienter assis.
Sauf que,
un sifflet se fait entendre,
et sa petite fille de propriétaire décide bien-sûr de s’installer là, juste en face de moi, accompagnée de son petit frère et de son père, visiblement dépassé,
qui explique au charmant bambin comment on construit une voiture,
le tout en néerlandais, langue ô combien gutturale.
Je me lève.
Après un crochet aux toilettes, je rejoins le groupe des attendants debout.
L’embarquement, aussi glacial que l’accueil une grosse heure plutôt, contraste particulièrement avec l’accueil presque familier du personnel batave à l’intérieur du Boeing.
KLM et Air France sont une seule et même compagnie,
mais à l’intérieur, ils ont bien conservé leurs différences …
Vol KL 888,
siège fétiche, le 16A.
Je suis installé à côté d’une hong kongaise stressée et d’une espagnole qui voyage avec deux autres amis, installés devant et derrière elle.
J’ai mon appareil photo, mon carnet de notes,
cette fois-ci promis, je ne le laisserai pas dans l’avion …
Nous partons avec un peu de retard à cause du mauvais temps.
Je n’ai qu’un oeil ouvert pendant le décollage.
Avant que le second ne se ferme,
je consigne dans mon carnet les impressions de ce matin de départ,
finalement comme les autres.
Et la pluie sur Hong Kong n’arrange pas les choses, autant dormir.
Le passage du chariot de boissons d’avant le déjeuner me réveille.
Je choisis le poulet du repas chinois,
alors que ma voisine asiatique préfère le boeuf du menu « western style »
Inversion des rôles,
dynamitage des stéréotypes.
pas un seul mot avec ma voisine.
Je réfléchis un peu,
je dors beaucoup,
et je prends le temps de regarder les nuages.
Pas de désert de Gobi, ni de campagnes de Russie,
le ciel est bien chargé cet après-midi.
Vu d’ici, tout a l’air si calme pourtant.
Pour passer le temps, je regarde le Sherlock Holmes avec Ian McKellen.
Vachement bien,
je me dis que je devrais aller au cinéma plus souvent.
Le ciel s’assombrit à nouveau,Vachement bien,
je me dis que je devrais aller au cinéma plus souvent.
puis se dégage un peu quand on attaque la Scandinavie.
J’ai une pensée pour la Finlande où j’ai tant de souvenirs.
Et puis la Suède, Malmö et le pont qui la relie à Copenhague,
on redescend vers le sud,
le temps est clair.
Un comble.
Hong Kong sous la pluie,
Amsterdam sous le soleil …
Pas grave,
j’ai quand même le temps de traverser l’immense aéroport
et mieux,
j’attendrai moins à la porte d’embarquement.
mais on nous dit que nous ne partirons pas à l’heure …
Cette fois-ci, sans explication.
Ça y est.
Ça reparle français partout,
ça râle pour à peu près tout,
je cale le sac vert en cabine pour la dernière fois,
et m’installe au hublot, encore.
Décollage vers l’ouest et grand boucle pour obliquer vers le sud-est,
le temps commence à être un peu long.
Le personnel est moins batave et moins bienveillant.
Chariot de collations,
« café ? thé ? »
la dame me tend un sablé approximativement breton avec un thé très moyen,
si seulement elle avait pu sourire.
Dehors, c’est un coucher de soleil,
mais décidément, rien du dedans ne m’aide à l’apprécier.
Se souvenir des belles choses,
de celles que je viens de vivre,
penser aussi à tout ce qui peut être bien dans les jours à venir.
Alors que la nuit tombe et que j’ai survolé Paris
(et même le Val de Marne et Melun, et Fontainebleau ! …),
il me revient en tête une discussion que j’ai eue avec Cheng Wei dans le métro :
alors que l’on regardait une pub pour le festival de danse du printemps,
il m’a raconté que pendant que je disais au revoir aux jeunes,
Su Ling lui avait dit que le lycée participait à un des spectacles du festival.
Elle lui avait demandé s’il comptait venir.
« qu’est-ce que tu lui as répondu ?
- je lui ai dit que j’avais postulé, que j’avais envoyé un dossier
mais elle m’a répondu que de toute façon c’était trop grand pour nous
- C’est vrai que les plateaux des théâtres sont immenses quand même
- Non mais c’est surtout qu’ils ont des critères de sélection …
comme la durée d’existence, le nombre de spectateurs aux créations précédentes …
- Il faut être connu quoi … ou au moins un peu populaire
- Dans un certain sens oui … Mais je suis sûr qu’un jour on y dansera »
Et ce « on » … c’est nous.
22h40,
le vol KL 2041 opéré par Air France atterrit à l’aéroport de Marseille Provence.
Longue file d’attente au contrôle des passeports,
attentats de Bruxelles oblige,
récupération du sac noir,
c’est moins rapide que là-bas.
23h,
me voilà dans le hall numéro 1 de l’aéroport.
Fin du voyage retour,
fin de la parenthèse taïwanaise,
ma vie, l’autre, reprend son cours.










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