Création franco-taïwanaise de Claude Aymon et Cheng Wei Huang

pour les deux compagnies c2a et WeiDanceCompany,

In Wei est une vision croisée des deux chorégraphes

sur sur ces aspects qui séparent l’est de l’ouest, l’Asie de l’Europe.

Après avoir travaillé chacun dans le pays de l’autre,

ils ont décidé de parler de tout ça par le langage qu’ils ont en commun, celui du corps.

Les danseurs des deux compagnies ont travaillé tour à tour avec les deux chorégraphes

à la fois en France et à Taïwan,

avec une première taïwanaise à Kaohsiung en août 2016 et une première française à la Toussaint.

samedi 23 juillet 2016

15/07/16 - 2 - Taiwan 2e partie - Jour 1 - une soirée franco-taïwanaise

Retour dans un lieu de perdition,  
une soirée en trois langues,  
mais entre amis,  
reprise des « bonnes » habitudes ...                 







Vendredi 15 juillet, 

19h,
nous quittons l’aéroport international 
et cette fois-ci,
et pour la première fois,
il y a plus de français que de taïwanais dans une voiture.
Ça parle anglais, français, mandarin ...

Sur la route (et en français justement …), 
j’évoque avec Jennifer et Gabriel les événements de Nice.
On parle aussi de la dispute entre Cheng Wei et Wan Chu 
pendant que de leur côté, Wan Chu et Jim,  parlent de choses probablement intimes 
qui nous regardent peu.

Nous nous dirigeons vers l’hôtel où se sont installés Jennifer et Gabriel,
endroit que je connais très bien puisqu’il y a au rez-de-chaussée 
un bar à cocktail où nous avons très régulièrement fini nos soirées.
Cela aurait d'ailleurs pu être un lieu de ralliement pour tous,
ce qui aurait évité les tensions d’il y a quelques heures …

Bref, 
comme nous suivons en surface, le trajet du métro,
je me refais mon rituel d’arrivée dans cette ville, station par station.
Nous reparlons du spectacle d’avril près de la station R7,
je leur montre les endroits où j’ai habité.

Nous voilà en centre ville, et à l’hôtel du Inn bistrot.
Wan Chu et Jim nous laissent devant l’entrée, 
ils vont rendre la voiture à son oncle,
eux ne circulent qu’en deux roues.

Je prends une douche salutaire 
et nous parlons un peu du séjour de mes deux amis.
Ils sont particulièrement contents des quelques jours passés ici.
Surtout en comparaison de la Chine où ils étaient juste avant.
Contrairement à moi, ils ont vécu directement le choc de voir ces peuples cousins,
partageant une même culture et une grande partie de leur histoire,
se comporter si différemment,
notamment par rapport à l’autre.
Ça n’est pas du tout le même sens de l’accueil,
la même acceptation des différences,
ils parlent anglais beaucoup moins volontairement,
et puis, il faut dire que nous avons ici des amis formidables,
qui au delà de tout ce qu’ils auraient fait normalement,
se sentent redevables du couple de français 
quant à l’accueil qu’a reçu Wan Chu en France.
Jim a accueilli Gabriel en lui disant : 
« merci d’avoir pris soin de ma femme lors de son séjour chez vous »
Caler cette phrase, juste après « nice to meet you », 
si ça n’est pas la grande classe ...

Cheng Wei arrive.
Il est crevé mais heureux.
Il était un peu inquiet de l’évolution des événements suite à la dispute avec Wan Chu
(comme si j’allais me retrouver seul, ici, à l’insu de mon plein gré … 
en neuf séjours, ça ne m’est jamais arrivé)
On retrouve notre complicité,
nos regards sans paroles,
nos blagues à deux balles.
Plaisir de se retrouver avec cette inquiétude partagée
quant à la suite de notre projet qui entame sa dernière ligne droite.

Il est presque 20h,
le moment de s’organiser pour la suite.
Le plus simple aurait été d’aller boire un verre juste en dessous.
Mais à Mini, les cocktails sont bien meilleurs 
et Jennifer et Gaby ne connaissent pas encore l'endroit.
Alors Cheng Wei a réservé pour 6 à 21h30.
Je m’étonne, 
j’avais lu sur Internet, dans une conversation précédente que nous nous retrouvions à 21h.
« yes but well .. I thought that … »
Une fois de plus, il n’a pas tout dit à tout le monde.
Trop de choses dans la tête de ce jeune homme un peu dépassé par toutes ces situations.
Je lui dis de prévenir Wan Chu.
« oh well, she’s always late … »
Jennifer acquiesce :
« elle n’arrivera pas avant 10h de toutes façons 
- oui mais bon, la connaissant, et vu ce qui vient de se passer,
c’est mieux de la prévenir … 
Cheng Wei …
- ok ok … I do it »
Il envoie un message.

Maintenant mes bagages …
« où est-ce que je dors ? c’est loin d’ici ?
- oh ! ce soir tu vas dormir chez moi, c’est plus simple
- et mes sacs ?
- on les emmène à Mini
- ça ne posera pas de problème ?
- mais nooon … »
Bon, c’est donc réglé.

Il ne reste plus qu’une seule question :
comment aller jusqu’au bar ?
Nous sommes quatre, j’ai trois sacs,
et il n’y a qu’un seul scooter …
Après toute une série d’hypothèses (parfois très hasardeuses),
nous optons pour le partage de tâches.
Sur son scooter, Cheng Wei emmène Gabriel qui prendra mon gros sac sur son dos 
et j’emmène Jennifer en métro avec le sac vert et le petit marron.

« tu vas mettre « mon » casque Gabriel !
- non non, me répond Cheng Wei, ça n’est pas le tien »
je pense qu’il plaisante,
comme je plaisantais sur le fait que ce casque m’appartenait.
Pas du tout, 
« mon » casque est chez lui.
Il a hérité d’un étonnant casque coccinelle 
que Gabriel va donc arborer pour traverser la ville,
et que, du coup, je mettrai aussi en fin de soirée.


On remonte la Liouhe street jusqu’au night market.
(alors pour les nouveaux arrivés sur ce blog, euh … ben lisez cet article là)
Jennifer m’en dit un peu plus sur ce week-end,
et son ressenti par rapport à l’île et à ces gens fabuleux.
J’éclate de rire plus d’une fois …
J’ai l’impression de m’entendre parler.
L’extrême gentillesse, 
la bataille pour payer l’addition, 
les excuses inutiles,
la politesse,
le thé comme le vin,
la propreté et l’organisation du métro
(et visiblement ça … ça ne vient pas de la Chine !
donc probablement du Japon)


Nous voilà tous réunis au Mini.
Ha Bao, qui était déjà là avec des amis nous a rejoints.
On jette un oeil distrait sur les cartes.
De toute façon, les ingrédients sont écrits en chinois.
Je conseille au couple de français de demander ce qu’ils veulent,
soit en donnant le nom du cocktail, 
soit en expliquant ce qu’ils aiment comme saveur et comme alcool.
Quant à moi, comme souvent dans les restaurants et les bars, 
je tente de prendre quelque chose de nouveau
et puis après un coup d'oeil désabusé sur la carte, 
je reprends, par extrême fainéantise, la même chose que la fois précédente.
Ici, c'est un Americano.
La première fois que je l'ai demandé ici,
le serveur ne savait ce que c'était mais ne m'a rien dit.
Il est allé demander au patron,
qui, sous nos yeux,
lui a appris comment ça se faisait.

Les premiers verres sont là.
Le mien … et celui d’Ha Bao
Je m’étonne.
Ils sont arrivés bien rapidement.
En fait, Ha Bao se souvenait de l’histoire du serveur,
et avait déjà commandé avant que j'arrive.
Il m’a demandé ce que je voulais, juste pour la forme.
Je regarde mon verre et lève mon verre vers eux faussement énervé.
Ils me regardent avec Cheng Wei avec beaucoup d’espièglerie et un bien de fierté.
« you always take the same thing ... »

Je ne me souviens plus ce qu’on prit les autres mais personne n’a été déçu.

Nous sommes au second cocktail quand … 
comme prévu … 
Jim et Wan Chu arrivent.
Ça tombe bien,
c’est à peu près à ce moment où tout le monde ose parler anglais sans complexe.
Gabriel me confie (en français) qu’il est impressionné des progrès que Jennifer a faits
depuis qu’elle a rencontré les taïwanais :
« quand ils sont arrivés l’an dernier, elle était inquiète,
elle me demandait souvent de traduire,
maintenant elle s’en fout,
elle ose et ça marche … »

Forcément !

Il est aussi estomaqué par la bienveillance de Jim 
qui les a conduits partout pendant trois jours.
Dans la nouvelle boîte où il bosse, 
il peut prendre des jours de repos à un autre moment que le week-end.
Il avait prévu un week-end en amoureux 
Mais ils les ont emporté avec eux au milieu de la montagne,
chamboulant tous leurs plans pour que tout se passe bien.

Et puis, le scooter,
la traversée de la ville,
sentir, enfin, un peu d’air frais, en ce début de nuit.
Ça, je connais bien.

Un troisième cocktail est en commande,
ainsi que des choses à grignoter,
ce sera le dernier parce que l’heure tourne.
Demain, nous avons un départ aux aurores pour le mariage de Mimi
et Jim … part travailler.
Le couple de touristes a un peu de vague à l’âme de quitter tout le monde.
Ce sera pire demain quand ils rejoindront Taipei,
quant au retour en France …



Le 16 juillet a déjà commencé,
avec Jennifer, nous payons discrètement la note
pendant que Cheng Wei appelle un taxi qui les ramènera à l’hôtel.
L’alcool aidant,
ils n’y ont vu que du feu.
Et nous ne sommes pas peu fiers de notre manœuvre …

Minuit et demi, et l’air est si doux dehors.
Nous avons à peine le temps de dire au revoir à Jim et Wan Chu,
que le taxi est là.
Je récupère mes sacs,
m’installe à l’arrière du scooter,
me revoilà comme au printemps dernier,
avec trois kilos de plus sur le dos mais le coeur un peu plus léger, 
un casque coccinelle sur mon crâne, 
allégé de la crinière que j’arborais alors.

Direction Fong Shan.
On remonte vers l’est sans trop se parler.
La fatigue et le soulagement sont partout.
Le parking,
l’ascenseur,
l’appartement,
je sors ma chemise et mon pantalon pour le mariage.

Code wifi pour l’Ipad,
un coup d’oeil fatigué sur les affiches,
« ‘night ! »
Il va dans sa chambre et je retrouve la chambre d’amis.
Un rapide passage sur le net 
et extinction des feux.

Dans quelques heures, Mimi se marie.



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