Création franco-taïwanaise de Claude Aymon et Cheng Wei Huang

pour les deux compagnies c2a et WeiDanceCompany,

In Wei est une vision croisée des deux chorégraphes

sur sur ces aspects qui séparent l’est de l’ouest, l’Asie de l’Europe.

Après avoir travaillé chacun dans le pays de l’autre,

ils ont décidé de parler de tout ça par le langage qu’ils ont en commun, celui du corps.

Les danseurs des deux compagnies ont travaillé tour à tour avec les deux chorégraphes

à la fois en France et à Taïwan,

avec une première taïwanaise à Kaohsiung en août 2016 et une première française à la Toussaint.

jeudi 21 juillet 2016

15/07/16 - 1 - Taiwan 2e partie - Jour 1 - de Hong Kong à Kaohsiung

Se réveiller après le désert de Gobi, 
traverser l'aéroport centre commercial
des enfants, encore ... 
Être accueilli en mandarin, par des français ...        





Vendredi 15 juillet, 

heure indéterminée, 
quelque part après le désert de Gobi 
où les montagnes ocres sont sillonnées de rivières argentées.

Il semble donc que ma nuit se finisse à cet instant précis.
Ces montagnes sont magiques.
Je regrette amèrement de ne pas avoir avec moi ce satané manuel pour l’appareil photo.
Et là, c’est le moment particulièrement inopportun pour aller le chercher.
Tout le monde dort encore.
Choisir côté hublot engendre quelques sacrifices.

Heureusement, il ne reste que peu de temps 
avant que l’hôtesse passe avec la petite serviette humide 
qui sert, selon les gens, à se nettoyer les mains ou à se rafraîchir le visage.
Je tue le temps comme je peux,
à penser de ce que je vais dire de ce voyage,
à organiser sa suite.
Je prends quand même quelques photos, 
caché sous ma couverture pour que l’ouverture du volet du hublot ne réveille personne.


L’hôtesse arrive enfin,
je laisse mes voisins se réveiller 
et je profite de la première occasion pour me ruer sur les toilettes les plus proches.

Petit déjeuner.
Immuable mélange de choses sucrées et salées avec la fameuse omelette,
qui je le sens, ne passera pas ce matin.
Du thé,
du jus d’orange,
je tartine le petit pain et me languis que tout le monde soit réellement réveillé 
pour ouvrir complètement le volet du hublot.

En attendant, j’insiste sur « Batman contre Superman » 
dont l’heure qui suit le moment où j’ai jeté l’éponge, semble être un peu plus palpitante.
Je vais rater la dernière demi-heure, nous serons déjà à Hong Kong.
Au retour peut-être ?


Le commandant nous annonce la descente vers notre destination finale, 
qui se fera finalement avec 45 minutes de retard.
Il ne me restera que trois heures à attendre et c’est bien mieux comme ça,
je n’aime pas trop l’aéroport de Hong Kong.
Le temps de le traverser après avoir récupéré ma carte d’embarquement 
et passé tous les contrôles, ça devrait aller vite.


Contrôle de sécurité,
la jeune fille me demande de fermer mon sac.
J’enlève mon appareil photo et je le ferme.
De l’autre côté, une autre jeune fille me demande de l’ouvrir.
Elle le fouille et me remercie.
Au moins, elles sont polies ...

Hong Kong, le monde occidental au visage asiatique.
Les couloirs de transferts, sont un gigantesque centre commercial.
Toutes les boutiques rivalisent de promotions,
les vendeuses debout à l’entrée, débitent de façon mécanique leurs boniments mercantiles.
Dans les halls, des mezzanines truffées de lieux de restauration plus ou moins rapides.
au milieu de tout ça, en cherchant bien, les panneaux d’information sur les vols.
Si on n’a pas accès aux salons privés des voyageurs abonnés, 
difficile de trouver un endroit où juste se reposer 
(comme à Amsterdam ou des transats avec vue sur le tarmac sont à disposition, 
ou à Kaohsiung où il y a des bibliothèques)
Tout est beau et propre, mais transpire l’argent.
Après avoir récupéré ma carte d’embarquement au comptoir de la China Airlines, 
je me trouve une porte d’embarquement où aucun vol n’est annoncé 
et comme d’autres voyageurs en correspondance, je m’installe dans les sièges laissés vacants.
Groupés par deux, par trois, ils laissent juste assez de place pour ceux d’entre nous qui ont envie de s’y allonger pour finir leur nuit.
Il y a des murets équipés de prises (électriques ou USB - et ça c’est bien pratique) 
où l’on peut recharger tous les équipements électroniques.
Je branche la batterie de mon appareil photo, mon Ipad,
et je retourne m’asseoir en profitant du calme relatif pour m’attaquer enfin à la lecture du fameux manuel de mon appareil photo.
Je discute aussi avec les européens lève-tôt,
et avec les taïwanais qui m’attendent.

Polémique.
Cheng Wei a cours à l’heure où j’arrive,
il avait demandé à Ha Bao, l’administrateur, de venir me chercher mais il n’est plus disponible.
Du coup, c’est Wan Chu qui récupère cette charge sauf que, 
elle est dans les montagnes avec Jennifer et Gabriel,
panique,
il n’y aurait donc personne à mon arrivée ?
Je leur rappelle que je connais très bien le chemin,
qu’avant de les connaître je l’ai fait tout seul bien des fois et que je peux encore le faire.
Hors de question.
Wan Chu, s’inquiète,
s’énerve,
reproche à Cheng Wei de toujours lui dire les choses au dernier moment
(sauf que cette fois-ci, il n’avait pas le choix mais que bien-sûr il ne lui a pas tout expliqué).
La conversation débute en anglais,
se poursuit en chinois,
je la ponctue de :
« je peux aussi attendre un peu, j’ai des choses à faire à l’aéroport vous savez ? »
Rien n’y fait.
Wan Chu est énervée,
Cheng Wei est visiblement vexé.

On convient d’un rendez-vous vers 19h, ce qui me laisse le temps de changer de l’argent 
et de renouveler mon forfait téléphonique.
Avec un peu de chance, j’aurai même le temps de fumer en savourant la sensation de l’air moite sur ma peau et l’odeur de la terre toujours un peu trop humide qui nous cueille 
dès que l’on pointe son nez au delà du hall d’arrivée et de sa climatisation.

Mon message a l’air de la rassurer …
On verra bien.

Une famille bruyante arrive.
Deux enfants,
huit - dix ans,
un garçon, une fille,
trop de bruit,
je dois vite m’en aller.
Et ça tombe bien, la porte d’embarquement de mon vol est annoncée.

En route pour la porte 23,
je traverse à nouveau les boutiques,
un des halls et ses mezzanines où les gens mastiques nonchalamment,
d’autres boutiques,
un tapis roulant,
porte 21...
et là, je me retrouve face à …
un groupe,
scolaire,
toutes classes confondues,
du primaire au lycée.

La musique me semble être la solution à cette urgence.
Vite sortir le casque, son câble détachable …
Je cherche, dans le sac marron, le sac vert ...
Impossible de mettre la main dessus 
Je retourne à l’autre porte, là où j’ai attendu avant que la famille n’arrive …
Rien.
Il a dû tomber au contrôle de sécurité.

Décidément, je perds toujours quelque chose à Hong Kong.

Retour à la porte 23.
Plan B,
les boules Quiès et des jeux.

Une demi-heure plus tard, je sens une agitation certaine, 
heureusement bien atténuée par ma solution de secours.
L’embarquement doit être imminent.
Comme pour les autres vols, j’attends que la file se raccourcisse.

Son du scanner,
bruit de détachement du coupon de la carte.
Les hôtesses de chez China Airlines parlent tout aussi mécaniquement 
que les vendeuses des halls :
« hello »
biiiip, scratch
« thank you, bye bye »
Elles ne tentent même plus de faire semblant de sourire.

Cette carte d’embarquement-là, fonctionne.

Siège 34F,
je parcours tout le couloir et me retrouve dans une nuée de tee-shirts rouges,
ceux-là même que j’avais repéré juste après avoir dépassé la porte 21.
Les gamins sont pile poil tout autour de moi,
voire même à ma place …
J’appelle l’hôtesse,
je lui explique.
Elle demande au gamin de se lever
et je comprends qu’elle dit à tout le monde, et sur un ton particulièrement ferme, 
de respecter le siège qui lui est attribué.

Je récupère ma place.



Décollage à l’heure.
Nous quittons Hong Kong pour survoler le nord de la mer de Chine.
Je vois quelques îlots,
ce doit être ceux qui sont justement l’objet de tant de convoitises entre les pays du coin.
La Chine, les Philippines, Taïwan …
Cela fait justement l’objet d’un article dans le Monde 
que j’ai calé dans la poche à magasines dans le siège devant moi.

On prend de la hauteur.
Je commence à dompter mon appareil.



Contrairement à la Mandarin Airlines, c’est un en cas qui est servi.
Sandwich et thé (ou café) chauds.

Le vol est court, on annonce déjà la descente
J’enlève ma puce française SFR pour la remplacer la Chung Hwa taïwanaise.
Les euros laissent la place au reste de monnaie de mon dernier voyage.



Cette fois-ci, nous arrivons par le sud,
je ne verrai pas les plages.

Attachez vos ceintures, relevez les tablettes,
éteignez les appareils électroniques,
la fin du périple est proche.

Atterrissage à l’heure,
je laisse passer la nuée rouge,
qui laisse apparaître ...
un autre groupe un peu moins nombreux qui était à l’arrière de la cabine.
Je les laisse passer aussi.
Quand je remonte le couloir, l’avion est vide.

Ici, le premier contrôle est sanitaire,
deux agents avec des thermomètres électroniques sont postés de part et d’autre du large couloir qui mène à la salle de contrôle des passeports.
On doit s’y arrêter spontanément en cas de fièvre et ils contrôlent de manière aléatoire certains passagers.

Les écoliers en rouge sont de Hong Kong, ils attendent dans la même file que moi.
Dommage.
Ça parle fort, ça glousse, 
les jeunes gens sont les mêmes partout ...
Dans les derniers mètres, je vois les deux filles qui ventilent les arrivants vers les guichets.
Elles profitent de l’arrivée de tous ces lycéens, à peine moins âgés qu’elles, 
pour apprendre quelques rudiments de cantonais.
Rien à voir avec une arrivée à New York, à Paris ou à Marseille.
Quand vient mon tour, on m’indique le guichet numéro 13.
« number thirteen 
- it’s far much easier isn’t it,
- oh yes »
Elles éclatent de rire.

C’est une autre jeune femme qui contrôle mon passeport.
Elle vérifie la validité, et me demande ce que je viens faire.
Je lui explique brièvement.
« donc vos amis vous attendent là derrière ?
- et oui »
Elle sourit
« welcome in Taiwan »
Que ça fait du bien …

Récupération des bagages,
comme il y a trois mois, je vois mon sac apparaître sur le tapis 
au moment où j’arrive dans la salle.
Je passe la douane,
la dernière porte automatique,
le hall d’arrivée.

C’est fait.
Je suis de retour.

Alors que je vais au bureau de change,
mon téléphone vibre,
c’est un message de Wan Chu.
Elle me demande de l’excuser pour la dispute de tout à l’heure 
et me prévient qu’ils sont en train de traverser la ville.
Je lui répète que j’ai tout mon temps, que je viens juste de récupérer mon sac 
et que j’ai plein de choses à faire.

Changement de monnaie.
1 euro vaut 36 dollars,
4 dollar de moins que l’an dernier …
Enfin bon, c’est déjà mieux qu’au lendemain du Brexit où il n’en valait plus que 30.

Visiblement, si je peux recevoir des messages, je n’ai plus Internet,
je passe à l’agence Chung Hwa de l’aéroport pour me rendre joignable,
Cheng Wei use plus facilement le wifi que le téléphone
et puis j’aimerais bien prévenir l’Europe de mon arrivée.

Je donne mon numéro.
Tapotage de clavier,
petite attente,
sourire,
mon téléphone vibre.
Voilà, tout est réglé.

Et …
Wan Chu, Jennifer, Gabriel et Jim arrivent dans le hall.


Parfait timing.


Jennifer a appris « bienvenu à Taiwan » en mandarin,
je la remercie,
je suis donc accueilli sur l’île par des français.

C’est bizarre de les voir-là.
La dernière fois que j’ai vu Jennifer, 
c’était le dernier mercredi de juin, 
devant la porte d’un studio de danse.

Ils ont l’air aux anges en tous cas.
Pour eux, c’est presque la fin du séjour,
alors que pour moi, l’aventure recommence.

26 heures depuis que j’ai quitté l’aéroport marseillais,
presque 28 depuis chez moi.

Kaohsiung, me revoilà.




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