Les mêmes galères,
le même tabac,
les mêmes bières,
Dimanche 27 mars,
Il est donc 19h et des jolies poussières quand je retrouve le regard rieur du patron de la toute jeune WeiDanceCompany.
Je lui demande comment il va,
même si je connais déjà la réponse,
c'est plutôt le pourquoi qu'il va devoir me raconter.
Nous quittons le hall des arrivées.
Première étape, la compagnie de téléphone mobile.
J'ai un numéro de téléphone taïwanais et donc une carte SIM, que j'échange avec la française quand j'arrive ici.
Comme je l'ai perdue en faisant l'opération inverse, il m'en faut une nouvelle.
Nous sommes donc dimanche,
il est plus de 19h,
et dans l'aéroport, il y a une boutique du fournisseur de forfaits téléphonique,
et la boutique est grande ouverte.
Un autre monde …
Cheng Wei explique la situation à la vendeuse.
Je lui demande si je peux éventuellement garder mon ancien numéro.
Pas de problème, j'ai ma nouvelle carte et si je veux garder mon numéro, je vais devoir débourser environ 10 euros de plus.
Je n'en suis pas à dix euros près (en fait si, mais je n'ai pas envie de m'en souvenir).
Avec mon téléphone équipé de sa nouvelle carte taïwanaise, nous voilà en route pour le métro, qui relie l'aéroport au centre ville.
Cheng Wei me dit "we go to the main station"
Je suis un peu intrigué.
Je ne vois pas trop ce qu'on peut faire à la gare centrale.
Peut-être que c'est là qu'il m'a trouvé un hôtel pour la nuit comme je lui avais demandé.
Sur le trajet, il me parle du boulot,
des galères de fric,
de la quadrature du cercle des emplois du temps,
des difficultés qu'il a avec les danseuses :
à cause de son jeune âge (il a dix ans de moins que deux d'entre elles), de sa relative inexpérience, contrairement aux autres danseurs avec lesquels il a travaillé et créé, leur passage par le continent américain les a rendues un peu plus revendicatrices.
Elles posent beaucoup plus de questions qu'il ne l'imaginait (et je dois avouer que je suis, moi aussi, assez étonné).
Il n'a pas toujours les bonnes réponses
et en plus, quand le temps est compté, on n'a pas forcément le temps pour tout ça.
Ça peut ne pas être simple pour la suite ...
Nous sommes sur la ligne de métro nord-sud, la ligne rouge.
J'ai déjà tellement de souvenirs et que l'entrée de la ville par cette ligne est devenu un rituel.
Les stations sont numérotées et un R (pour red) précède le numéro.
R4, l'aéroport,
R7, c'est là qu'ils vont danser,
R8, Sanduo, les burritos taïwanais !
R9, Central Park, la station où je descendais quand je suis venu voir mes deux petites créations,
R10, Formosa, l'hôtel où j'ai passé deux étés, dont un avec Élise,
R9, Gare centrale.
De là, on prend le train de banlieue en direction de l'est,
on s'arrêtera à la première station Fong Shan
(qui se dit aussi Fengshan : les transcriptions de l'idéogramme à la lettre romaine sont quelques peu capricieuses,
pour ceux qui ont suivi les aventures précédentes vous vous souvenez peut-être que, par exemple, le lycée de Tsoying est dans le quartier de Zuoying, qui s'écrit de la même manière en chinois).
Dans le train, il m'explique enfin où on va.
Je vais dormir … chez lui.
Je suis particulièrement touché de l'invitation et un peu gêné d'y arriver les mains vides …
À Fongshan, nous reprenons nos bonnes vieilles habitudes.
Les casques,
le scooter.
Les 18 kilos de mon sac vont sur mon dos,
ma banane marron reste en bandoulière
et mon sac vert de l'armée va à l'avant du scooter entre ses jambes.
Exactement comme que je l'ai quitté huit mois plus tôt.
Après une rapide traversée du quartier de Fong Shan, nous nous engouffrons dans un parking.
10 étages plus haut,
il y a l'appartement
qu'il occupe avec sa grande soeur.
En fait, leurs parents (chez qui ils vivaient jusque là) devaient déménager.
Mais ils ont du mal à quitter leur ancien appartement.
Alors pour l'instant (un instant qui a l'air de s'éterniser …), les enfants occupent seuls l'appartement futur.
C'est plutôt agréable, le frère et la soeur s'entendent bien.
Il y a trois chambres,
les leurs,
et la plus grande, celle des parents, qui devient du coup la chambre d'amis.
D'autant qu'elle a sa propre salle de bains.
C'est là que je vais dormir ce soir.
La première chose que me donne Cheng Wei,
c'est le code wifi,
ensuite il va chercher une serviette et un savon maison.
Je vais poser mes affaires dans la chambre,
et,
nous reprenons notre deuxième bonne vieille habitude :
il sort sa blague à tabac, la pipe que je lui ai offert pour la première de la Septième Nuit en France,
et nous allons fumer sur le balcon.
On continue à parler de sa pièce,
il est content que je sois là pour la voir,
et se demande ce que je vais en penser.
Il n'y aura pas de répétition avant le filage technique du vendredi.
Je lui dis que ça n'est pas beaucoup,
à une petite semaine de la première,
il m'explique qu'il n'a pas le choix :
il y a trois danseuses dans la pièce,
entre les cours que donne Wan Chu,
ceux de Mimi, qui, en habitant Tainan, a entre 30 et 45 minutes de trajet supplémentaires,
et Ya Wen, la troisième danseuse, qui habite Kaohsiung mais enseigne à Taipei la moitié de la semaine, il a fait comme il a pu.
On vit tous les mêmes galères surtout quand on ne peut pas payer convenablement les gens.
Je lui dis : "Welcome in my world"
La porte claque.
C'est Ling I, sa soeur, qui rentre du travail.
Elle dessine des jouets et travaille sur des livres objets pour une franchise de Disney.
On s'était croisé un soir où elle vendait des savons sur un marché.
Elle les fait elle même avec sa mère.
C'est son deuxième boulot.
On dîne de ce qu'il y a dans le frigo.
Du porc, du chou,
une papaye (que j'ai bien appréciée mais qui n'était pas terrible selon eux),
des pommes, des oranges,
et les caramels qu'un ami français m'a confiés pour eux.
Sa soeur goûte un caramel,
pas de chance, elle tombe sur celui au beurre salé,
elle est surprise par le goût mais a l'air d'apprécier
(enfin elle en prend vite un autre).
Comme ils ont encore un peu de boulot sur les programmes qu'ils vont distribuer les jours de spectacle (et sur lesquels j'ai l'heureuse surprise d'apparaître), je vais m'étendre un peu, le temps qu'ils finissent.
Au bout d'un moment, qui m'a paru plutôt court, j'entends la voix de Cheng Wei au loin :
je m'étais endormi.
Il ouvre la porte et me présente une jeune femme,
sa nouvelle petite amie.
Il m'en avait parlé dans le métro.
D'abord parce que la rupture avec la précédente avait été douloureuse (mais ô combien salutaire) mais aussi parce qu'ici, la course à l'âme soeur est un sport national.
L'industrie du mariage est particulièrement prospère.
D'ailleurs, sur les trois danseuses, deux sont mariées.
Et c'est un des soucis qu'a Cheng Wei avec sa copine :
dans le métro il me confie qu'elle est plus âgée que lui
je lui réponds "et alors ?"
il m'explique que pour le mariage c'est un souci, car elle, elle a déjà un boulot … et des revenus.
J'éclate de rire.
"tu ne vas pas te marier là maintenant tout de suite quand même, ça ne fait même pas six mois que tu la connais"
Il sourit.
"en tous cas, nous, pour l'instant, on s'en fout, on est content quand on est ensemble"
À la bonne heure …
Je suis donc un peu endormi quand je suis un présenté à l'heureuse élue.
Pei Yi.
Elle ne reste pas longtemps car elle habite Pingtung, une ville plus à l'est et elle en a pour une bonne demi-heure de scooter pour rentrer chez elle.
Il la raccompagne en bas, je me réveille un peu.
Nous finissons la soirée avec quelques passages sur le balcon.
Ils m'avouent qu'ils ne fument pas dans la maison des parents (Cheng Wei a 27 ans …)
et que c'est bien agréable d'avoir une maison à eux
(et vu la place du mariage dont je vous parlais plus tôt, il y a de grandes chances qu'ils ne quittent cet appartement … que pour une maison avec conjoint ...)
En partageant deux bières,
des taïwanaises premium,
on parle de l'Europe, de la France,
de Taiwan et sa nouvelle présidente,
de la Chine forcément.
Sa soeur est étonnée que j'aime la bière locale.
Ces gens sont tellement modestes.
Comme tous les taïwanais, elle est aussi stupéfaite que l'on ait autant de congés,
que tout (ou presque) soit fermé le dimanche, que les magasins ferment aussi tôt le soir …
Vu d'ici, la vie en France est un rien déconcertante.
On va se coucher vers 1h.
Les trois portes claquent façon colocation.
Un dernier passage par le net, pour dire à tout le monde de l'ouest que tout va bien
et extinction des feux.
Demain à 10h30,
Cheng Wei m'emmènera à Tsoying avec la voiture de son père.
Il est donc 19h et des jolies poussières quand je retrouve le regard rieur du patron de la toute jeune WeiDanceCompany.
Je lui demande comment il va,
même si je connais déjà la réponse,
c'est plutôt le pourquoi qu'il va devoir me raconter.
Nous quittons le hall des arrivées.
Première étape, la compagnie de téléphone mobile.
J'ai un numéro de téléphone taïwanais et donc une carte SIM, que j'échange avec la française quand j'arrive ici.
Comme je l'ai perdue en faisant l'opération inverse, il m'en faut une nouvelle.
Nous sommes donc dimanche,
il est plus de 19h,
et dans l'aéroport, il y a une boutique du fournisseur de forfaits téléphonique,
et la boutique est grande ouverte.
Un autre monde …
Cheng Wei explique la situation à la vendeuse.
Je lui demande si je peux éventuellement garder mon ancien numéro.
Pas de problème, j'ai ma nouvelle carte et si je veux garder mon numéro, je vais devoir débourser environ 10 euros de plus.
Je n'en suis pas à dix euros près (en fait si, mais je n'ai pas envie de m'en souvenir).
Avec mon téléphone équipé de sa nouvelle carte taïwanaise, nous voilà en route pour le métro, qui relie l'aéroport au centre ville.
Cheng Wei me dit "we go to the main station"
Je suis un peu intrigué.
Je ne vois pas trop ce qu'on peut faire à la gare centrale.
Peut-être que c'est là qu'il m'a trouvé un hôtel pour la nuit comme je lui avais demandé.
Sur le trajet, il me parle du boulot,
des galères de fric,
de la quadrature du cercle des emplois du temps,
des difficultés qu'il a avec les danseuses :
à cause de son jeune âge (il a dix ans de moins que deux d'entre elles), de sa relative inexpérience, contrairement aux autres danseurs avec lesquels il a travaillé et créé, leur passage par le continent américain les a rendues un peu plus revendicatrices.
Elles posent beaucoup plus de questions qu'il ne l'imaginait (et je dois avouer que je suis, moi aussi, assez étonné).
Il n'a pas toujours les bonnes réponses
et en plus, quand le temps est compté, on n'a pas forcément le temps pour tout ça.
Ça peut ne pas être simple pour la suite ...
Nous sommes sur la ligne de métro nord-sud, la ligne rouge.
J'ai déjà tellement de souvenirs et que l'entrée de la ville par cette ligne est devenu un rituel.
Les stations sont numérotées et un R (pour red) précède le numéro.
R4, l'aéroport,
R7, c'est là qu'ils vont danser,
R8, Sanduo, les burritos taïwanais !
R9, Central Park, la station où je descendais quand je suis venu voir mes deux petites créations,
R10, Formosa, l'hôtel où j'ai passé deux étés, dont un avec Élise,
R9, Gare centrale.
De là, on prend le train de banlieue en direction de l'est,
on s'arrêtera à la première station Fong Shan
(qui se dit aussi Fengshan : les transcriptions de l'idéogramme à la lettre romaine sont quelques peu capricieuses,
pour ceux qui ont suivi les aventures précédentes vous vous souvenez peut-être que, par exemple, le lycée de Tsoying est dans le quartier de Zuoying, qui s'écrit de la même manière en chinois).
Dans le train, il m'explique enfin où on va.
Je vais dormir … chez lui.
Je suis particulièrement touché de l'invitation et un peu gêné d'y arriver les mains vides …
À Fongshan, nous reprenons nos bonnes vieilles habitudes.
Les casques,
le scooter.
Les 18 kilos de mon sac vont sur mon dos,
ma banane marron reste en bandoulière
et mon sac vert de l'armée va à l'avant du scooter entre ses jambes.
Exactement comme que je l'ai quitté huit mois plus tôt.
Après une rapide traversée du quartier de Fong Shan, nous nous engouffrons dans un parking.
10 étages plus haut,
il y a l'appartement
qu'il occupe avec sa grande soeur.
En fait, leurs parents (chez qui ils vivaient jusque là) devaient déménager.
Mais ils ont du mal à quitter leur ancien appartement.
Alors pour l'instant (un instant qui a l'air de s'éterniser …), les enfants occupent seuls l'appartement futur.
C'est plutôt agréable, le frère et la soeur s'entendent bien.
Il y a trois chambres,
les leurs,
et la plus grande, celle des parents, qui devient du coup la chambre d'amis.
D'autant qu'elle a sa propre salle de bains.
C'est là que je vais dormir ce soir.
La première chose que me donne Cheng Wei,
c'est le code wifi,
ensuite il va chercher une serviette et un savon maison.
Je vais poser mes affaires dans la chambre,
et,
nous reprenons notre deuxième bonne vieille habitude :
il sort sa blague à tabac, la pipe que je lui ai offert pour la première de la Septième Nuit en France,
et nous allons fumer sur le balcon.
On continue à parler de sa pièce,
il est content que je sois là pour la voir,
et se demande ce que je vais en penser.
Il n'y aura pas de répétition avant le filage technique du vendredi.
Je lui dis que ça n'est pas beaucoup,
à une petite semaine de la première,
il m'explique qu'il n'a pas le choix :
il y a trois danseuses dans la pièce,
entre les cours que donne Wan Chu,
ceux de Mimi, qui, en habitant Tainan, a entre 30 et 45 minutes de trajet supplémentaires,
et Ya Wen, la troisième danseuse, qui habite Kaohsiung mais enseigne à Taipei la moitié de la semaine, il a fait comme il a pu.
On vit tous les mêmes galères surtout quand on ne peut pas payer convenablement les gens.
Je lui dis : "Welcome in my world"
La porte claque.
C'est Ling I, sa soeur, qui rentre du travail.
Elle dessine des jouets et travaille sur des livres objets pour une franchise de Disney.
On s'était croisé un soir où elle vendait des savons sur un marché.
Elle les fait elle même avec sa mère.
C'est son deuxième boulot.
On dîne de ce qu'il y a dans le frigo.
Du porc, du chou,
une papaye (que j'ai bien appréciée mais qui n'était pas terrible selon eux),
des pommes, des oranges,
et les caramels qu'un ami français m'a confiés pour eux.
Sa soeur goûte un caramel,
pas de chance, elle tombe sur celui au beurre salé,
elle est surprise par le goût mais a l'air d'apprécier
(enfin elle en prend vite un autre).
Comme ils ont encore un peu de boulot sur les programmes qu'ils vont distribuer les jours de spectacle (et sur lesquels j'ai l'heureuse surprise d'apparaître), je vais m'étendre un peu, le temps qu'ils finissent.
Au bout d'un moment, qui m'a paru plutôt court, j'entends la voix de Cheng Wei au loin :
je m'étais endormi.
Il ouvre la porte et me présente une jeune femme,
sa nouvelle petite amie.
Il m'en avait parlé dans le métro.
D'abord parce que la rupture avec la précédente avait été douloureuse (mais ô combien salutaire) mais aussi parce qu'ici, la course à l'âme soeur est un sport national.
L'industrie du mariage est particulièrement prospère.
D'ailleurs, sur les trois danseuses, deux sont mariées.
Et c'est un des soucis qu'a Cheng Wei avec sa copine :
dans le métro il me confie qu'elle est plus âgée que lui
je lui réponds "et alors ?"
il m'explique que pour le mariage c'est un souci, car elle, elle a déjà un boulot … et des revenus.
J'éclate de rire.
"tu ne vas pas te marier là maintenant tout de suite quand même, ça ne fait même pas six mois que tu la connais"
Il sourit.
"en tous cas, nous, pour l'instant, on s'en fout, on est content quand on est ensemble"
À la bonne heure …
Je suis donc un peu endormi quand je suis un présenté à l'heureuse élue.
Pei Yi.
Elle ne reste pas longtemps car elle habite Pingtung, une ville plus à l'est et elle en a pour une bonne demi-heure de scooter pour rentrer chez elle.
Il la raccompagne en bas, je me réveille un peu.
Nous finissons la soirée avec quelques passages sur le balcon.
Ils m'avouent qu'ils ne fument pas dans la maison des parents (Cheng Wei a 27 ans …)
et que c'est bien agréable d'avoir une maison à eux
(et vu la place du mariage dont je vous parlais plus tôt, il y a de grandes chances qu'ils ne quittent cet appartement … que pour une maison avec conjoint ...)
En partageant deux bières,
des taïwanaises premium,
on parle de l'Europe, de la France,
de Taiwan et sa nouvelle présidente,
de la Chine forcément.
Sa soeur est étonnée que j'aime la bière locale.
Ces gens sont tellement modestes.
Comme tous les taïwanais, elle est aussi stupéfaite que l'on ait autant de congés,
que tout (ou presque) soit fermé le dimanche, que les magasins ferment aussi tôt le soir …
Vu d'ici, la vie en France est un rien déconcertante.
On va se coucher vers 1h.
Les trois portes claquent façon colocation.
Un dernier passage par le net, pour dire à tout le monde de l'ouest que tout va bien
et extinction des feux.
Demain à 10h30,
Cheng Wei m'emmènera à Tsoying avec la voiture de son père.
Et on n'a même pas pensé à prendre une photo ou deux ...

je rattrape mon retard avec délice...
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