Frayeur de bon matin,
remonter sur le vélo pour que les choses avancent,
l'oiseau et le quatuor,
une belle visite vespérale
Mercredi 3 août,
Je me lève avant 6h comme presque d’habitude.
Je traine au lit encore une demi heure
et me lève juste après le minuit européen pour discuter avec les amis de là-bas.
Petit déjeuner,
je n’ai pas trop faim mais je me force à grignoter pour pouvoir tenir le coup.
Je ne sais pas ce qu’il va advenir de la journée.
Beaucoup de choses m’encombrent la tête.
Je repense aux mots,
ceux qui ont été écrits,
ceux qui ont été dits,
les affirmations sur Cheng Wei, sur moi,
tant de certitudes …
Je pense à ma phrase préférée : « naviguer à vue »
Je retrace dans ma tête toute l’aventure.
Notre décision il y a un an,
les dossiers,
les budgets,
le non de l’Institut Français,
Cheng Wei qui se démène comme un pauvre diable pour trouver les appart’,
mes heures seuls à chercher,
ses heures seuls à réfléchir,
le choix des danseurs,
lui qui me demande de faire revenir Élise,
que j’ai pourtant très peu vu dans l’année,
l’oiseau au printemps, ici, là-bas,
les premières scènes,
Anaïs, Nadia …
Pour me remonter le moral, je remets ma carte SIM française dans mon téléphone.
Et justement Nadia et Anaïs me souhaitent un joyeux anniversaire.
Elles sont sûres que tout se passe bien …
Marion m’envoie les dates de déclaration pour Pôle Emploi
et me souhaite aussi une belle année.
Je me remets au montage vidéo.
Celui de Mimi,
tout ça s’annonce bien joli,
il n’y a plus qu’à caler sa danse avec le sol de nous autres.
9h30,
j’envoie un message.
Le bus passe vers 10h, je serai là dans 20 mn.
Je prends ma douche, prépare mes affaires
et descends taper à l’étage en dessous.
Personne ne répond.
Je remonte à la chambre.
Renvoie un message.
Pas de nouvelles.
Il est 10h.
Le bus va passer devant l’arrêt en bois blanc et c’est toujours le silence radio.
Elles doivent peut-être dormir,
c’est sûrement mieux comme ça.
Je contacte Cheng Wei pour lui dire que nous serons en retard
car les filles dorment.
Il me dit qu’Élise a « liké » une photo il y a une heure …
Elles ne dorment pas.
Je m’inquiète.
Elles avaient pourtant l’air d’aller mieux hier soir
mais elles m’ont aussi parlé de quitter le pays quelques heures plus tôt.
En même temps, je sais qu’Élise n’en a pas les moyens
et Marie ne peut pas utiliser sa carte bleue qui n’est pas internationale.
10h30.
Je suis en bas de l’immeuble.
J’appelle Wan Chu,
qui, à son habitude, ne me répond pas.
Je reste en contact sur Internet avec Cheng Wei,
mais je reconnais le message de l’opérateur téléphonique
qui me dit que je n’ai presque plus de forfait.
(et dire qu’hier elles me disaient qu’utiliser mon téléphone pour regarder une vidéo
ça n’était pas si grave … )
Je remonte me servir de la connexion dans la chambre.
Élise a envoyé un message à Cheng Wei :
elle s’est cassée le dos,
elle ne se sent pas bien,
elle n’a plus aucun plaisir à danser cette pièce,
elle ne fera pas le « night life ».
Elle s’est cassée le dos dans le prologue hier ?
Je ne m’en suis pas rendu compte.
Le message de Cheng Wei est court,
sans stickers, sans remarque,
ça veut dire qu’il n’est pas en colère,
qu’il n’est pas contrarié,
il est juste … triste.
Il faudra que je lui parle de tout ça,
mais pour l’instant, l’urgence c’est de savoir où elles sont.
« ok I call the girls »
Je tourne en rond dans la chambre le temps qu’il appelle.
« they are at the studio »
Elles sont parties sans moi …
Je dis à Cheng Wei que je prendrai le bus de 11h.
L’arrêt de bus.
Je pense à tout ça dans l’incompréhension la plus totale.
Hier, elles me parlaient d’abandon …
Et puis, on vient de perdre une heure supplémentaire de boulot
et je viens de stresser pendant tout autant.
11h25,
j’arrive au studio.
Elles m’expliquent qu’elles sont allées déjeuner dehors,
qu’elles n’ont pas pris leurs portables
et que comme elles étaient près de l’arrêt du bus de la gare,
elles l’ont pris pensant que je serais dedans …
Je sais dorénavant que je dois réagir le moins possible.
Donc je ne dis rien.
On attaque l’oiseau,
à six pour la première fois
(enfin à cinq parce qu’il n’y a pas assez de place pour tout le monde dans le grand studio).
Contrairement à dimanche, tout est revenu.
D’habitude, j’aurais fait une blague,
en mentionnant le dimanche laborieux,
on aurait sûrement ri,
reprenant des choses qui ont été dites à cette répétition,
comme on s’amuse d’un mauvais souvenir.
Je ne dis rien.
On fait tourner la chose le temps que tout se cale dans le temps.
J’essaie de mémoriser où je rentre et qu’est-ce que je fais.
Pas le temps ni la place de tester.
L’ambiance est faussement détendue.
Je vois du coin de l’oeil qu’Élise est épuisée.
Je ne sais plus comment réagir.
Je ne dis rien.
Il est 13h, l’heure de changer de studio.
Avec l’heure supplémentaire, on aurait eu le temps de tester le solo de Mimi
avec nous autres au sol.
Tant pis, un autre jour peut-être.
Nous avons passé midi et nous sommes à Taiwan.
Une seule question se pose : quoi déjeuner ?
Mimi nous propose des sushis.
Pourquoi pas ?
Elle s’en occupe avec Wan Chu.
Les taïwanais partent en scooter,
nous partons en bus.
On prend le 30 jusqu’à Houyi,
puis la ligne rouge jusqu’à Formosa.
Marie me dit qu’elle aimerait bien un plan.
Élise enchaîne sur le fait que le sien lui manque.
Il y a deux ans, quand elle était allée changer des sous à Zuoying,
on lui en avait donné un au centre commercial .
Au début du séjour, je leur ai conseillé d’aller traîner vers là-bas,
il y a plein d’endroits pour manger,
et un office du tourisme.
Mais Marie m’avait dit que ça n’était qu’un centre commercial
et qu’elles n’étaient pas là pour acheter des choses qu’elles trouveraient en France …
Formosa boulevard,
ligne orange,
on descend à la station suivante.
Quand on arrive au pied de l’immeuble, les filles sont arrivées.
On partage les sushis dans la petite salle attenante au grand studio.
Ils sont bons et vraiment pas chers …
Première partie de l’après-midi,
l’oiseau.
Je laisse tout le monde revoir la chose rapidement.
Élise n’est varient pas bien,
je vois le doute dans ses yeux.
Je la prends dans mes bras,
elle est au bord des larmes …
On file sans musique.
Ça va vite grâce à la répétition du matin.
Le début n’étant qu’un duo entre Wan Chu et Marie,
l’espace n’est pas un problème.
Il y a des choses qu’elles ne font pas comme je voudrais,
dans la forme, le rythme,
mais une phrase de Marie tourne en rond dans ma tête :
« je ne suis là que pour mon plaisir »
Je ne dis rien.
Et puis bon,
on est là pour régler les soucis d’espace,
peut-être que je pourrai tenter quelque chose dans deux ou trois jours.
Comme la veille, il y a des choses bien plus complexes quand on est six,
et je teste tout un tas de choses.
Comme souvent, je vois mon espace de danseur disparaître sous le pas des autres.
Je me dis que ça n’est pas important,
qu’au pire je ne danserai que les choeurs.
J’émets quand même l’idée que chacun se souvienne que je vais aussi danser avec eux.
Je leur indique les espaces que je voudrais occuper,
du moins hypothétiquement.
Marie me répond que tant qu’on ne dansera pas tous ensemble,
on n’y arrivera pas.
Je ne dis rien.
Je me lève et les fais avec eux,
aux mauvaises places,
pas très concentré vu que je regarde en même temps à quelle place je dois être
et si tous les danseurs respectent les leurs …
Je me rassois pour finir de régler.
On file.
Je filme.
On va le garder comme ça jusqu’au théâtre.
16h.
On fait une pause.
Il y a des jus de fruits comme la veille.
Je parle du planning aux françaises dans les grandes lignes.
Avec Cheng Wei, on reparle planning.
Demain matin, « Foreigners »
ici demain après midi, le quatuor et les chaises,
le soir on est sensé allé chez Wan Chu et Jim partager une des bières de mon anniversaire.
Quand les filles avaient décliné l’invitation dimanche, Jim avait proposé jeudi soir.
Vendredi matin, on va enfin pouvoir attaquer « le baiser »
et l’après-midi, après avoir calé le solo de Mimi, on essaiera de tout filer.
Samedi, j’avais en tête de faire mon final en demandant aux taïwanaises
si elles acceptaient de déroger à la règle du off du week-end
mais puisqu’il n’existe plus,
je propose à Cheng Wei de revoir son solo, qu’il n’a plus refait depuis le petit accident.
Après, nous irons voir un spectacle de danse à Wei Wu Yin, dans la salle où l’on sera dès lundi.
Une des seules choses que nous avons gardé du planning initial,
je paye les places,
elles ne devraient pas refuser …
Dimanche,
répétition « light » avec les sols de « hotsprings » pour qui voudra bien venir …
Et après on emmène les françaises à Cijin.
Tout ça a l’air de tenir la route,
on verra à l’usage.
Pour l’instant,
il nous reste une heure.
Je lui propose de tenter le quatuor.
Ils filent,
quelques erreurs un peu partout,
comme dans les autres parties,
comme quelque chose qui n’a pas été dansé depuis quatre jours.
Je vois en grand et dans l’espace ce que ça donne.
Je vois ce qu’il veut montrer,
une certaine image de la France,
son classicisme,
les choses qu’il trouve « vieillotes »
(il faut dire qu’ici, un immeuble d’après guerre est rarissime
la rénovation du patrimoine est une idée importée qui est en train de germer).
Marie corrige Élise,
et dire que c’est elle qui ne devait pas s’en sortir …
Je vois où sont les difficultés dont elle m’ont parlé :
il y a ce grand rond de jambes en dedans sur jambes tendues
(pour les non danseurs …
en fait c’est trop difficile à expliquer, retenez juste que c’est dur à faire)
Il faudra que j’en parle à Cheng Wei mais je pense que de toute façon,
déjà, en pliant la jambe de terre ça va être plus léger.
Il y a comme ça, trois ou quatre pièges techniques dont elles se sortent bien,
et qui passeront sans souci si on tourne le quatuor régulièrement.
Il y a deux sauts,
un bien trop casse gueule pour que ça passe,
il faudra aussi que j’en parle au patron.
Et ce second saut, dont Marie m’avait parlé comme étant une chose
qu’elle faisait pour la première fois de sa vie,
j’avais imaginé une cabriole, un entrelacé,
en fait non, c’est un temps de flèche, un saut que j’utilise très souvent,
d’ailleurs il y en a un dans l’oiseau …
Elle m’avait montré des bras façon Giselle … qu’elle est la seule à faire …
La force du mental.
On déborde un peu,
jusqu’à 17h30.
Et on se quitte une fois que Cheng Wei a filmé.
Les deux inséparables taïwanaises partent en scooter,
nous prenons le métro,
Cheng Wei va me rejoindre pour récupérer le film du quatuor.
Marie me demande si je peux lui mettre la vidéo du « baiser » sur une clé USB.
Je lui propose de l’emmener demain ou de passer à l’appart ce soir.
Retour aux appart’ …
Et là, j’ai un trou dans mon carnet de notes …
La messagerie instantanée me dit que Cheng Wei était à ma porte à 18h19.
Elle était fermée et il m’envoyait des messages par tous les réseaux possibles.
Je sais qu’il n’est pas resté longtemps
et qu’il est parti juste dès que son film a été téléchargé.
Il avait probablement un cours.
La messagerie instantanée me dit aussi qu’il a eu une nouvelle discussion avec Mimi
qui lui reprochait de trop travailler.
Selon elles, les danseuses taïwanaises étaient épuisées d’avoir eu à transmettre ses danses aux françaises (on parle donc de deux jours et demi de répétition),
elles devraient dorénavant moins travailler.
Il ne s’était rien passé depuis ce matin, ça ne pouvait pas durer …
J’ai conseillé à Cheng Wei de clore la conversation
et d’adopter ce que j’appelle « la politique du chien » :
ranger les oreilles et attendre que ça passe.
Pas si facile à faire que ça, et je sais de quoi je parle …
Je me souviens aussi de la visite d’Élise.
Elle est venue avec un petit pot de glaces et des fruits.
Ce soir-là, elle est sortie toute seule :
« ça fait du bien de temps en temps … »
Elle m’a remercié de l’avoir pris dans ses bras,
m’expliquant ce coup de mou comme un contrecoup de tout le reste,
cinq jours à se sentir sombrer à côté de quelqu’un qui pleurait en quasi permanence.
Mon ordinateur me dit lui, que j’ai fait, comme la veille, la post synchro de la vidéo du jour,
et que j’ai sombré après minuit.
À 1h du matin, Marie m’a envoyé un message :
« on te souhaite une douce nuit mon Claude.
Et bonne répétition à vous quatre.
Bisous.
On t’aime »
Je me lève avant 6h comme presque d’habitude.
Je traine au lit encore une demi heure
et me lève juste après le minuit européen pour discuter avec les amis de là-bas.
Petit déjeuner,
je n’ai pas trop faim mais je me force à grignoter pour pouvoir tenir le coup.
Je ne sais pas ce qu’il va advenir de la journée.
Beaucoup de choses m’encombrent la tête.
Je repense aux mots,
ceux qui ont été écrits,
ceux qui ont été dits,
les affirmations sur Cheng Wei, sur moi,
tant de certitudes …
Je pense à ma phrase préférée : « naviguer à vue »
Je retrace dans ma tête toute l’aventure.
Notre décision il y a un an,
les dossiers,
les budgets,
le non de l’Institut Français,
Cheng Wei qui se démène comme un pauvre diable pour trouver les appart’,
mes heures seuls à chercher,
ses heures seuls à réfléchir,
le choix des danseurs,
lui qui me demande de faire revenir Élise,
que j’ai pourtant très peu vu dans l’année,
l’oiseau au printemps, ici, là-bas,
les premières scènes,
Anaïs, Nadia …
Pour me remonter le moral, je remets ma carte SIM française dans mon téléphone.
Et justement Nadia et Anaïs me souhaitent un joyeux anniversaire.
Elles sont sûres que tout se passe bien …
Marion m’envoie les dates de déclaration pour Pôle Emploi
et me souhaite aussi une belle année.
Je me remets au montage vidéo.
Celui de Mimi,
tout ça s’annonce bien joli,
il n’y a plus qu’à caler sa danse avec le sol de nous autres.
9h30,
j’envoie un message.
Le bus passe vers 10h, je serai là dans 20 mn.
Je prends ma douche, prépare mes affaires
et descends taper à l’étage en dessous.
Personne ne répond.
Je remonte à la chambre.
Renvoie un message.
Pas de nouvelles.
Il est 10h.
Le bus va passer devant l’arrêt en bois blanc et c’est toujours le silence radio.
Elles doivent peut-être dormir,
c’est sûrement mieux comme ça.
Je contacte Cheng Wei pour lui dire que nous serons en retard
car les filles dorment.
Il me dit qu’Élise a « liké » une photo il y a une heure …
Elles ne dorment pas.
Je m’inquiète.
Elles avaient pourtant l’air d’aller mieux hier soir
mais elles m’ont aussi parlé de quitter le pays quelques heures plus tôt.
En même temps, je sais qu’Élise n’en a pas les moyens
et Marie ne peut pas utiliser sa carte bleue qui n’est pas internationale.
10h30.
Je suis en bas de l’immeuble.
J’appelle Wan Chu,
qui, à son habitude, ne me répond pas.
Je reste en contact sur Internet avec Cheng Wei,
mais je reconnais le message de l’opérateur téléphonique
qui me dit que je n’ai presque plus de forfait.
(et dire qu’hier elles me disaient qu’utiliser mon téléphone pour regarder une vidéo
ça n’était pas si grave … )
Je remonte me servir de la connexion dans la chambre.
Élise a envoyé un message à Cheng Wei :
elle s’est cassée le dos,
elle ne se sent pas bien,
elle n’a plus aucun plaisir à danser cette pièce,
elle ne fera pas le « night life ».
Elle s’est cassée le dos dans le prologue hier ?
Je ne m’en suis pas rendu compte.
Le message de Cheng Wei est court,
sans stickers, sans remarque,
ça veut dire qu’il n’est pas en colère,
qu’il n’est pas contrarié,
il est juste … triste.
Il faudra que je lui parle de tout ça,
mais pour l’instant, l’urgence c’est de savoir où elles sont.
« ok I call the girls »
Je tourne en rond dans la chambre le temps qu’il appelle.
« they are at the studio »
Elles sont parties sans moi …
Je dis à Cheng Wei que je prendrai le bus de 11h.
L’arrêt de bus.
Je pense à tout ça dans l’incompréhension la plus totale.
Hier, elles me parlaient d’abandon …
Et puis, on vient de perdre une heure supplémentaire de boulot
et je viens de stresser pendant tout autant.
11h25,
j’arrive au studio.
Elles m’expliquent qu’elles sont allées déjeuner dehors,
qu’elles n’ont pas pris leurs portables
et que comme elles étaient près de l’arrêt du bus de la gare,
elles l’ont pris pensant que je serais dedans …
Je sais dorénavant que je dois réagir le moins possible.
Donc je ne dis rien.
On attaque l’oiseau,
à six pour la première fois
(enfin à cinq parce qu’il n’y a pas assez de place pour tout le monde dans le grand studio).
Contrairement à dimanche, tout est revenu.
D’habitude, j’aurais fait une blague,
en mentionnant le dimanche laborieux,
on aurait sûrement ri,
reprenant des choses qui ont été dites à cette répétition,
comme on s’amuse d’un mauvais souvenir.
Je ne dis rien.
On fait tourner la chose le temps que tout se cale dans le temps.
J’essaie de mémoriser où je rentre et qu’est-ce que je fais.
Pas le temps ni la place de tester.
L’ambiance est faussement détendue.
Je vois du coin de l’oeil qu’Élise est épuisée.
Je ne sais plus comment réagir.
Je ne dis rien.
Il est 13h, l’heure de changer de studio.
Avec l’heure supplémentaire, on aurait eu le temps de tester le solo de Mimi
avec nous autres au sol.
Tant pis, un autre jour peut-être.
Nous avons passé midi et nous sommes à Taiwan.
Une seule question se pose : quoi déjeuner ?
Mimi nous propose des sushis.
Pourquoi pas ?
Elle s’en occupe avec Wan Chu.
Les taïwanais partent en scooter,
nous partons en bus.
On prend le 30 jusqu’à Houyi,
puis la ligne rouge jusqu’à Formosa.
Marie me dit qu’elle aimerait bien un plan.
Élise enchaîne sur le fait que le sien lui manque.
Il y a deux ans, quand elle était allée changer des sous à Zuoying,
on lui en avait donné un au centre commercial .
Au début du séjour, je leur ai conseillé d’aller traîner vers là-bas,
il y a plein d’endroits pour manger,
et un office du tourisme.
Mais Marie m’avait dit que ça n’était qu’un centre commercial
et qu’elles n’étaient pas là pour acheter des choses qu’elles trouveraient en France …
Formosa boulevard,
ligne orange,
on descend à la station suivante.
Quand on arrive au pied de l’immeuble, les filles sont arrivées.
On partage les sushis dans la petite salle attenante au grand studio.
Ils sont bons et vraiment pas chers …
Première partie de l’après-midi,
l’oiseau.
Je laisse tout le monde revoir la chose rapidement.
Élise n’est varient pas bien,
je vois le doute dans ses yeux.
Je la prends dans mes bras,
elle est au bord des larmes …
On file sans musique.
Ça va vite grâce à la répétition du matin.
Le début n’étant qu’un duo entre Wan Chu et Marie,
l’espace n’est pas un problème.
Il y a des choses qu’elles ne font pas comme je voudrais,
dans la forme, le rythme,
mais une phrase de Marie tourne en rond dans ma tête :
« je ne suis là que pour mon plaisir »
Je ne dis rien.
Et puis bon,
on est là pour régler les soucis d’espace,
peut-être que je pourrai tenter quelque chose dans deux ou trois jours.
Comme la veille, il y a des choses bien plus complexes quand on est six,
et je teste tout un tas de choses.
Comme souvent, je vois mon espace de danseur disparaître sous le pas des autres.
Je me dis que ça n’est pas important,
qu’au pire je ne danserai que les choeurs.
J’émets quand même l’idée que chacun se souvienne que je vais aussi danser avec eux.
Je leur indique les espaces que je voudrais occuper,
du moins hypothétiquement.
Marie me répond que tant qu’on ne dansera pas tous ensemble,
on n’y arrivera pas.
Je ne dis rien.
Je me lève et les fais avec eux,
aux mauvaises places,
pas très concentré vu que je regarde en même temps à quelle place je dois être
et si tous les danseurs respectent les leurs …
Je me rassois pour finir de régler.
On file.
Je filme.
On va le garder comme ça jusqu’au théâtre.
16h.
On fait une pause.
Il y a des jus de fruits comme la veille.
Je parle du planning aux françaises dans les grandes lignes.
Avec Cheng Wei, on reparle planning.
Demain matin, « Foreigners »
ici demain après midi, le quatuor et les chaises,
le soir on est sensé allé chez Wan Chu et Jim partager une des bières de mon anniversaire.
Quand les filles avaient décliné l’invitation dimanche, Jim avait proposé jeudi soir.
Vendredi matin, on va enfin pouvoir attaquer « le baiser »
et l’après-midi, après avoir calé le solo de Mimi, on essaiera de tout filer.
Samedi, j’avais en tête de faire mon final en demandant aux taïwanaises
si elles acceptaient de déroger à la règle du off du week-end
mais puisqu’il n’existe plus,
je propose à Cheng Wei de revoir son solo, qu’il n’a plus refait depuis le petit accident.
Après, nous irons voir un spectacle de danse à Wei Wu Yin, dans la salle où l’on sera dès lundi.
Une des seules choses que nous avons gardé du planning initial,
je paye les places,
elles ne devraient pas refuser …
Dimanche,
répétition « light » avec les sols de « hotsprings » pour qui voudra bien venir …
Et après on emmène les françaises à Cijin.
Tout ça a l’air de tenir la route,
on verra à l’usage.
Pour l’instant,
il nous reste une heure.
Je lui propose de tenter le quatuor.
Ils filent,
quelques erreurs un peu partout,
comme dans les autres parties,
comme quelque chose qui n’a pas été dansé depuis quatre jours.
Je vois en grand et dans l’espace ce que ça donne.
Je vois ce qu’il veut montrer,
une certaine image de la France,
son classicisme,
les choses qu’il trouve « vieillotes »
(il faut dire qu’ici, un immeuble d’après guerre est rarissime
la rénovation du patrimoine est une idée importée qui est en train de germer).
Marie corrige Élise,
et dire que c’est elle qui ne devait pas s’en sortir …
Je vois où sont les difficultés dont elle m’ont parlé :
il y a ce grand rond de jambes en dedans sur jambes tendues
(pour les non danseurs …
en fait c’est trop difficile à expliquer, retenez juste que c’est dur à faire)
Il faudra que j’en parle à Cheng Wei mais je pense que de toute façon,
déjà, en pliant la jambe de terre ça va être plus léger.
Il y a comme ça, trois ou quatre pièges techniques dont elles se sortent bien,
et qui passeront sans souci si on tourne le quatuor régulièrement.
Il y a deux sauts,
un bien trop casse gueule pour que ça passe,
il faudra aussi que j’en parle au patron.
Et ce second saut, dont Marie m’avait parlé comme étant une chose
qu’elle faisait pour la première fois de sa vie,
j’avais imaginé une cabriole, un entrelacé,
en fait non, c’est un temps de flèche, un saut que j’utilise très souvent,
d’ailleurs il y en a un dans l’oiseau …
Elle m’avait montré des bras façon Giselle … qu’elle est la seule à faire …
La force du mental.
On déborde un peu,
jusqu’à 17h30.
Et on se quitte une fois que Cheng Wei a filmé.
Les deux inséparables taïwanaises partent en scooter,
nous prenons le métro,
Cheng Wei va me rejoindre pour récupérer le film du quatuor.
Marie me demande si je peux lui mettre la vidéo du « baiser » sur une clé USB.
Je lui propose de l’emmener demain ou de passer à l’appart ce soir.
Retour aux appart’ …
Et là, j’ai un trou dans mon carnet de notes …
La messagerie instantanée me dit que Cheng Wei était à ma porte à 18h19.
Elle était fermée et il m’envoyait des messages par tous les réseaux possibles.
Je sais qu’il n’est pas resté longtemps
et qu’il est parti juste dès que son film a été téléchargé.
Il avait probablement un cours.
La messagerie instantanée me dit aussi qu’il a eu une nouvelle discussion avec Mimi
qui lui reprochait de trop travailler.
Selon elles, les danseuses taïwanaises étaient épuisées d’avoir eu à transmettre ses danses aux françaises (on parle donc de deux jours et demi de répétition),
elles devraient dorénavant moins travailler.
Il ne s’était rien passé depuis ce matin, ça ne pouvait pas durer …
J’ai conseillé à Cheng Wei de clore la conversation
et d’adopter ce que j’appelle « la politique du chien » :
ranger les oreilles et attendre que ça passe.
Pas si facile à faire que ça, et je sais de quoi je parle …
Je me souviens aussi de la visite d’Élise.
Elle est venue avec un petit pot de glaces et des fruits.
Ce soir-là, elle est sortie toute seule :
« ça fait du bien de temps en temps … »
Elle m’a remercié de l’avoir pris dans ses bras,
m’expliquant ce coup de mou comme un contrecoup de tout le reste,
cinq jours à se sentir sombrer à côté de quelqu’un qui pleurait en quasi permanence.
Mon ordinateur me dit lui, que j’ai fait, comme la veille, la post synchro de la vidéo du jour,
et que j’ai sombré après minuit.
À 1h du matin, Marie m’a envoyé un message :
« on te souhaite une douce nuit mon Claude.
Et bonne répétition à vous quatre.
Bisous.
On t’aime »

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