Création franco-taïwanaise de Claude Aymon et Cheng Wei Huang

pour les deux compagnies c2a et WeiDanceCompany,

In Wei est une vision croisée des deux chorégraphes

sur sur ces aspects qui séparent l’est de l’ouest, l’Asie de l’Europe.

Après avoir travaillé chacun dans le pays de l’autre,

ils ont décidé de parler de tout ça par le langage qu’ils ont en commun, celui du corps.

Les danseurs des deux compagnies ont travaillé tour à tour avec les deux chorégraphes

à la fois en France et à Taïwan,

avec une première taïwanaise à Kaohsiung en août 2016 et une première française à la Toussaint.

dimanche 25 septembre 2016

07/08/16 - Taiwan 3e partie - Jour 11 - Cijin

Cheng Wei se retrouve dans son solo, 
et repart chez lui pour nous offrir 
une balade dominicale en voiture, 
Cijin, sur la grande plage, de l'autre côté ...                 











Dimanche 7 août,

6h01,
j’ai dormi quasiment sept heures,
presque un événement en soi.

J’allume la radio, juste le temps des infos
et prends des nouvelles de mes amis européens noctambules pendant que je petit déjeune.

Il ne faut pas trop que je traîne.
Les filles ne commencent qu’à 11h30
mais nous attaquons une heure plus tôt avec Cheng Wei 
pour retrouver et rattraper ce que nous n’avons pas fait hier.

J’ai quand même le temps de commencer la mise en ligne l’article du 21 juillet.
Quelle belle journée ça avait été !
Je retouche aussi quelques photos d’hier 
avant de me jeter (avec précaution) sous la douche vers 9h40.
Je range mes affaires à la hâte 
et je me demande pourquoi, j’ai encore du temps.

9h55,
je longe le canal.
Quand je suis en vue de l’abri blanc, un bus arrive.
Je suis sur le point de courir.
Le bus s’immobilise.
Je continue à marcher rapidement au cas où,
quand je me rends compte que ça n’est pas le bon …

10h03,
le 53B arrive,
comme d’habitude.



Je suis seul jusqu’à la faculté de médecine où un étudiant s’installe devant moi.
Un dimanche à 10h10, 
un étudiant …

Quand je descends sur Jiangong road,
je remercie le chauffeur à la taïwanaise
« chiéchièèèèé »
l’étudiant me regarde et sourit.
Le bus s’en va.

J’allume une pipe sur le banc près de l’arrêt.
C’est probablement la dernière fois que je le fais ici.

Une première dernière fois,
déjà …

Avec une pointe de nostalgie, je refais ce parcours désormais habituel 
qui mène de l’arrêt du bus au studio.

Le magasin de chaussures à l’angle de Jiangong et ZhengXing,
les snacks où les gens attendent patiemment en file indienne 
pour commander leur petit déjeuner



le magasin de cosmétiques 
avec ses pubs de gens un tout petit peu trop heureux,



le salon de coiffure et ses serviettes qui sèchent dehors sur des étendoirs,



je passe m’acheter un jus de fleurs d’hibiscus.
Comme hier, j’ai un peu de mal à me faire comprendre,
jusqu’à ce que le même serveur décidément futé me dise en cherchant ses mots
« like yesterday ? »
Quand ma boisson est prête la vendeuse à la caisse réfléchit,
elle compte sur ses doigts
et me dit fièrement
« forty ! »
je cherche à mon tour
« 四十 (seu-shì) !
- yes »
elle sourit.
On a appris un peu plus de chacune de nos langues.



Je prends la petite rue,
le voisin producteur de thé n’a pas ouvert son volet.
Il va falloir que l’on prenne le temps de retourner le voir 
pour répondre à son invitation.

Le portail du studio est ouvert.
Pas de scooter,
aïe …
C’est comme la semaine dernière :
il y a d’autres visiteurs.
Je préviens à Cheng Wei et repars vers le Milk Shop.
Il est en route.

Plus de places au petit bar,
je l’attends au coin de la rue.
Il arrive peu de temps après avec sa mine des mauvais jours.
Panne de réveil consécutive à un cauchemar.

« what do we do ?
- we go to the Seven Eleven ! »

Je trouve un peu cavalier d’aller s’asseoir dans le convenient store sans consommer,
mais s’il le dit …
On va donc au Seven Eleven
et effectivement, nous sommes loin d’être les seuls à nous installer à la longue table 
longeant la grande baie vitrée qui donne sur la rue.
Certains ont devant eux, une boisson achetée sur place,
d’autres non rien,
ils profitent juste de la connexion wifi.

« show me the video »

Je sors l’ordinateur et nous regardons ensemble sur l’écran, 
les choses que nous avions oublié hier.
Ce mouvement de tête, ce petit passage rapide, cette suspension …
Cheng Wei arrête le film, remonte de quelques secondes,
laisse passer une minute,
renouvelle l’opération,
le regarde à nouveau du début,
il apprend, 
assis.

On voit passer les filles,
elles vont vers le « milk shop » où il y a des places qui se sont libérées.
On range l’ordinateur pour aller les rejoindre.

Elles sont en pleine forme ce matin.
Marie veut apprendre des phrases en chinois.
« je t’aime » « tu es gentil »
On rit un peu,
parfois beaucoup,
comme au premier soir
lors de la précédente leçon de chinois.

Midi (et des poussières).
Nous repartons vers le studio en espérant que les occupants du matin soient partis.

Et c’est le cas.
Le portail est fermé.
Tout le monde se chauffe 
pendant que je pense aux choses que l’on peut bouger « le baiser »
tant que les esprits sont disponibles et positifs :
calage dans le temps de l’entrée de Cheng Wei 
qui rentre plus tôt,
et de la sortie d’Élise,
dont je modifie certains mouvements du solo 
en fonction de ce que font Marie et Cheng Wei,
précision des regards et du rapport à deux dans le duo,
même si l’atmosphère est propice aux changements, 
je laisse le rapport musique/danse là où il en est.

On file et on arrête là pour cette partie.
Ça nous laisse un tout petit peu de temps pour le solo de Cheng Wei 
si on veut quitter le studio à 14h et aller à Cijin comme prévu.

« direct en musique ?
- ok ! »

Il a ce regard qui en dit long sur la revanche qu’il a à prendre.

Je lance la musique,
le soutiens un peu lors du premier filage.
Au second, ils sont en place,
lui et son solo,
les regards sont précis, affutés,
il commence à interpréter,
il danse presque trop grand pour ce studio mouchoir de poche.

Quand il finit, les filles me disent
« ta danse lui va très bien … »
La petite phrase qui fait tout de suite écho dans ma tête avec 
le « je déteste le voir danser » d’Élise
le « il montre mal, il n’est pas précis » de Marie.
Oui, Cheng Wei est un sacré interprète, 
qui ne s’est pas permis le quart du tiers des critiques que vous avez proféré à son égard.

Il ne me demande pas de refaire.
On sait tous les deux, que ça n’est pas parfait 
mais que les filages restants jusqu’au spectacle devraient suffire.
Je lui dis qu’on arrête là pour aujourd’hui,
il est temps de s’aérer la tête.

14h30.
On quitte le studio pour la dernière fois.

Déjeuner d’abord avant de partir à la plage.
Les filles veulent retourner au buffet végétarien où elles étaient allées avec Cheng Wei 
lundi dernier mais il est fermé à cette heure-ci.
On va au snack de raviolis.

Cheng Wei nous traduit la carte,
hélas pour lui seulement en chinois,
nous prenons des raviolis vapeur,
des raviolis frits (Élise les préfère),
aux crevettes, à la viande, aux légumes.
Il prend un won ton comme hier soir.

J’essaie une fois de plus de comprendre la carte,
mais je ne m’en sors toujours pas.
Cheng Wei tente de me rassurer :
c’est parce que les idéogrammes sont « stylisés » …
Très gentil de sa part 
mais non, 
le chinois … c’est vraiment du chinois.


Marie s’extasie sur les raviolis.
« dommage que l’on ne découvre ça qu’aujourd’hui »
Je demande à Cheng Wei …
« je leur ai proposé … mais elles ont voulu aller au buffet végétarien … »
Il finit son won ton l’oeil rivé sur son smartphone.
Il a demandé à son père s’il pouvait récupérer la voiture pour nous emmener à Cijin.
(j’ai bien évidemment tenté de le dissuader … mais bon, c’est Cheng Wei …)
Dès que son père lui a donné le feu vert,
il s’en va à Fong Shan sur les chapeaux de roue.

Vingt minutes de scooter.
Après une répétition et une nuit grise …
Ce mec, qui préfère, et de loin, son scooter à la grosse limousine de son père, 
fait tout ça juste, 
pour nous …

Nous finissons de manger,
je paye et nous allons l’attendre un peu plus loin.

15h45,
Cheng Wei arrive avec la voiture de son père.
Il met le GPS.
Il n’est jamais allé à Cijin en voiture depuis ce quartier.

45 minutes plus tard dont 15 d’embouteillages,
et 20 dans la chaleur étouffante de l’air ambiant
(il y a clim’ dans la voiture, mais pas tout le monde ne la supporte)
nous voilà au nord de l’île de Cijin.
Beaucoup de monde a eu la même idée que nous,
un dimanche après-midi quoi de plus étonnant.

On tourne un peu pour trouver une place.
Difficile.
Je dis à Cheng Wei de s’arrêter au parking près de la grande plage.
Les filles pourront profiter de la mer pendant que nous irons chercher où nous garer.

On arrive au parking.
Cheng Wei ralentit.
Élise tente d’ouvrir la portière alors que la voiture n’est pas encore arrêtée.
Dans la panique, il crie « WAIT ! ».
En descendant de la voiture, elle lui demande de « lui parler autrement ».
Les portières claquent,
les filles vont à la plage.
Nous redémarrons sans un mot.

Quelques centaines de mètres plus loin, on se gare.

On remonte la grande avenue à pied jusqu’au parking,
et on s’installe sur la butte qui surplombe la plage.



On attend.
Cheng Wei allume une cigarette 
et brise le silence qui s’était installé depuis le claquement des portières.
« je ne peux pas le croire »
Je ne dis rien.

Oublier le plus vite possible cette parole pour le moins malheureuse.

« Peut-être qu’elles sont au temple ?! »
Je souris.
Il ne peut pas rester en place.
Il se lève d'un bon
va jeter un oeil de l'autre côté de la rue et revient bredouille.

On reste là dix bonnes minutes, face à la mer, jusqu’à les filles nous fassent signe.
On les rejoint.

Sur la plage, il y a une expo-concours de sculptures sur sable.



Mais il semblerait que la dernière attraction du jour
ait été deux européennes en bikini qui viennent se baigner :
les filles nous racontent avoir été assaillies par des photographes dès leur arrivée,
et aussi retoquées par les maitres nageurs parce qu’ici, on ne nage pas n’importe où …



On s’installe sur la plage à côté de leurs affaires.
Je me souviens de cette plage.
C’est là où j’étais venu lors de mon tout premier séjour il y a cinq ans.
J’avais demandé à mes guides (les danseurs de ma chorégraphie) pourquoi personne ne se baignait.
En fait, il y’a plus de courant qu’il n’y parait.
C’est le début de l’océan Pacifique,
qui n’est pas du tout à la hauteur de sa qualification.
Cette année-là, toute la promenade de front de mer faite de larges lattes de bois avait explosé.

La veille de mon départ, j’y étais retourné, seul.
Pendant que je prenais des photos,
des pêcheurs m’avaient conseillé d’aller de l’autre côté, derrière la falaise, 
c’était plus calme.
J’avais suivi leur conseil, et c’était une riche idée.
C’est devenu un de mes coins préférés de l’île.



Les filles invitent Cheng Wei à se baigner.
Il est un peu mal à l’aise
« au moins les pieds dans l’eau ! »
Il enlève ses chaussures et ses chaussettes. 


Tout le monde a l’air heureux,
ça fait du bien.





Marie demande à Cheng Wei à quelle heure le soleil se couche.
« 18h30 »

La mer nous détend tous
mais j’ai déjà l’esprit à la semaine prochaine.
À cette heure-là, nous serons en route pour la dernière représentation.
J’espère que tout va se passer aussi bien que possible,
qu’il n’y aura pas de nouvelle crise.



Au sommet de ce gros morceau de rocher qui tombe à pic dans la mer de Chine,
il y a le phare et le fort de Cihou d’où on a une vue fabuleuse sur Kaohsiung.
C’est Jim qui m’avait conseillé d’y aller l’été dernier et je n’avais pas été déçu.



C’est là que j’avais rencontré ce couple de touristes de chinois dont j’ai parlé ici.

Marie me demande si c’est là que je viens d’habitude,
je lui explique où je vais, suite au conseil des pêcheurs :
« je vais de l’autre côté .. c’est plus tranquille
- la vue est belle ici aussi ».
Nous restons là jusqu’au coucher de soleil.



Le ciel rougit 
et comme beaucoup de taïwanais à cette heure,



Élise a mis sa panoplie de photographe.



Vous remarquez en arrière plan,
que peu de gens se dénudent ici sur les plages,
je pense à la France, où les esprits se déchainent à propos d’un certain burkini …

Une nouvelle attraction génère des « oh » des « ah » 
et tout un tas de remarques dans des langues que nous ne maitrisons pas :
un bonhomme (ou peut-être deux) saute du haut de la falaise.



Cette idée de sauter dans le vide me ramène encore à ce que nous allons vivre dès demain.
Un saut plus que jamais dans l’inconnu.
Pour Cheng Wei, 
qui fait sa première création dans une « vraie » salle de spectacles
(sa création d’avril était dans un lieu singulier) 
en annonçant qu’à ses côtés, il y a des français.
Pour moi, 
qui présente ici et pour la première fois, 
un travail professionnel avec les filles de la compagnie,
prestation qui est plus que jamais attendue  « au tournant » 
après les pièces que j’ai faites pour les jeunes danseurs « amateurs » d’ici.

18h30,
le soleil perce la dernière couche de nuages qui le sépare de l’horizon,
nous quittons la plage pour rejoindre le centre ville de Cijin, 
il y a un grand marché à ciel ouvert où l’on trouve presque de tout.
Idéal pour la chasse aux cadeaux des filles.
On remonte patiemment la rue,
échoppe par échoppe.
Marie a enfin trouvé ses cartes postales,
Élise les derniers achats pour sa fille.
Quant à nous, nous mangeons des glaces, buvons du jus de canne.
Je me moque de shorts bien trop voyants,
de chapeaux improbables,
de chemises que l’on pourrait porter pour le spectacle … ou pas.



19h45, 
nous sommes de l’extrême nord de Cijin.
Là où on prend le bateau pour rejoindre Gushan.
(si vous ne savez pas de quoi je parle, il va falloir repartir jeter un oeil dans les articles du blog de la 7ème Nuit notamment celui-ci).
Je montre à Marie les petits bateaux qui font la traversée.
Elle prend des photos.
Ça aurait été plus facile de jour.
Tant pis.

Le temps passe,
Cheng Wei doit ramener la voiture à son père qui travaille cette nuit.
Il faut qu’il soit à Fong Shan à 22h.
On a mis une demi heure pour venir du centre ville,
il faut compter presque autant de temps pour retourner à la voiture
(en comptant des nouveaux achats intempestifs).
Ensuite de Hebei Road à Fong Shan, il y a encore un bon quart d’heure.

Il va falloir peut-être faire l’impasse sur le restaurant de poissons
où Cheng Wei avait emmené Jennifer et Gabriel.
On avait prévu d’y dîner.
J’en parle avec lui,
il pense qu’on peut tenter le coup, en mangeant un peu vite.
Il demande aux filles,
elles n’ont pas faim …
C’est réglé.
Jennifer me racontera.

Nous remontons la rue principale de nuit,
on incite quand même les filles à grignoter des petites choses locales.
Comme le beignet aux huitres





ou les fruits de mer grillés



20h40,
nous sommes à la voiture.
Chemin retour de cet après midi avec un changement sur la fin pour rejoindre la gare.
Les filles réalisent qu’elles n’ont rien pour petit déjeuner demain.
Elles demandent à Cheng Wei de passer par la boulangerie de la gare.
C’est presque sur notre route.
Cheng Wei n’est pas sûr qu’il reste grand chose à acheter.
Comme je vous l’ai expliqué, il y a peu de boulangeries qui sont ouvertes le matin.
Alors elles sont souvent prises d’assaut le soir entre 20h et 22h 
(comme j’ai fait l’autre jour en allant chez Mini). 
Tout en conduisant, Cheng Wei cherche sur son smartphone une boulangerie achalandée et convenable (je lui avais expliqué l’épisode du « pain .. pas de la brioche »)
qui soit encore ouverte à cette heure-là.
Sa conduite n’est pas super prudente mais bon …

On en trouve une.
J’explique aux filles que l’on va faire un crochet.



Apparemment, l’indication du smartphone de Cheng Wei était mauvaise.
Les filles n’ont rien vu d’ouvert.
Retour à la case gare centrale où heureusement, il y avait encore de quoi acheter.

21h45,
il nous dépose devant notre immeuble.
Il aura juste le temps de ramener la voiture.
On se donne rendez-vous demain à 10h à Wei Wu Yin.

Cheng Wei me demande si je me rappelle comment y aller.
Il y a le métro 
et je me souviens que de là, l’itinéraire est fléché.
Ça n’est pas tout près mais que c’est faisable.
C’est ce qu’on fait quand on va voir les spectacles.
Ça devrait aller.
Pour le rassurer, je lui dis que je l’appellerai en cas de souci.
Élise me demande si Mimi ne pourrait pas nous y emmener en voiture.
Je ne sais pas comment elle vient demain.
Vu qu’elle reste ici la semaine, 
ça sera peut-être en train.
Et de toute façon, ça ne serait pas sur sa route :
Tainan est au nord, Weiwuyin est à l’est,
si elle prend sa voiture, elle va prendre le périphérique.
Traverser le centre ville prendra au bas mot une demi heure supplémentaire.
On en reste à la solution métro.

Retour à l’appartement,
je modifie l’article sur la page de Bureau Français de Taipei,
j’ai eu une nouvelle idée pour la phrase d’accroche.
Je télécharge les photos du jour en discutant avec un peu tout le monde.

23h,
comme hier,
je suis crevé et les filles ont l’air contentes.

Extinction des feux.
Demain, c’est le grand jour.




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