Création franco-taïwanaise de Claude Aymon et Cheng Wei Huang

pour les deux compagnies c2a et WeiDanceCompany,

In Wei est une vision croisée des deux chorégraphes

sur sur ces aspects qui séparent l’est de l’ouest, l’Asie de l’Europe.

Après avoir travaillé chacun dans le pays de l’autre,

ils ont décidé de parler de tout ça par le langage qu’ils ont en commun, celui du corps.

Les danseurs des deux compagnies ont travaillé tour à tour avec les deux chorégraphes

à la fois en France et à Taïwan,

avec une première taïwanaise à Kaohsiung en août 2016 et une première française à la Toussaint.

lundi 5 septembre 2016

30/07/16 - Taiwan 3e partie - Jour 3 - une journée tranquille

Danser un peu, 
partager nos découvertes, 
se détendre, 
commencer à fêter un anniversaire                 









Samedi 30 juillet,

J’ai laissé le réveil mais je me lève bien avant.
Ça n’est pas plus mal.
Comme ça, je profite du calme pendant mon premier thé.

La tasse, l’appareil photo et le téléphone en guise de radio,
je m’installe sur mon tabouret sur le balcon.



Il y a des nuages au loin.
La pluie va sûrement arriver.

Écriture dans le journal,
écriture dans l’ordinateur,
j’avance un peu sur le blog.

Je repense à cette semaine passée.
Les allers retours à Tainan,
ces jolies propositions pour l’année à venir.
Je me demande si Liao Mo Hsi parlait sérieusement quand elle me demandait de la faire danser.

Il n’y a pas assez à manger pour trois.
Je vais à la boulangerie pour acheter des viennoiseries.
La grande avenue est calme,
quelques voitures, les premiers bus,
le soleil n’est pas encore bien haut.

Mon tee-shirt est sec mais je suis encore bien endormi.

9h34,
j’envoie un message.
Elles arrivent.
Elles n’ont réussi à dormir qu’au petit jour.
L’inverse de moi,
sauf que je m’y suis habitué.

Je leur dis de monter de l’eau,
il n’y en aura pas assez dans la fontaine.

9h57,
message des filles
« c’est fermé désolé … »
J’avais laissé la porte du hall ouverte en rentrant de la boulangerie,
mais quelqu’un a dû la fermer entre temps.
Whatsapp ça a du bon finalement.

L’ambiance est détendue,
on rigole de tout et de n’importe quoi.
La journée s’annonce bien.

Elles redescendent dans leur chambre le temps que je prenne ma douche.
Rendez-vous en bas vers 10h45 pour prendre le bus de 11h.

10h42,
message de Marie
« on t’attend en bas de l’immeuble à 10h50 »
je m’agite et arrive presque à l’heure.
Le bus passe à 11h03 selon les horaires de l’arrêt
mais sur le site, il a peut-être un peu de retard.
Ça devrait aller.

Nous partons sous un grand soleil au petit arrêt blanc 
où j’ai pris tout seul jusque là le fameux 53B.
Ça me fait très bizarre d’être accompagné et de parler français.
Je leur montre la route.
Première à droite, deuxième à gauche.
De toute manière, cette partie de la ville est en damier.
Si elles ratent la première à droite, elles arrivent sur l’avenue directement.
Pareil pour la suite, si elles ont pris la première à droite,
toutes les rues à gauche les mèneront à la même avenue.
En gros, difficile de se perdre.

Au bout de la rue à droite, on voit le lycée.
Je leur dis qu’au retour, le bus s’arrête juste devant.
« Kaohsiung Senior High School »
facile à retenir.
L’arrêt est juste après le grand pont sur les voies ferrées.
De toute façon, là aussi, si elles le loupent,
elles arrivent à la gare.

Nous arrivons sous le petit abri blanc quelques minutes avant le bus.
Peu de monde dans le 53, comme souvent à cette heure là.



Elles me disent que le voyage s’est bien passé hier,
que oui, elles ont bien attendu, après le commissariat pour demander l’arrêt.

On arrive au studio vers 11h30.
La porte est déjà ouverte …
Il semble qu’il y a une répétition ou un cours.
La propriétaire du studio a laissé à plusieurs personnes l’autorisation d’utiliser les locaux, 
et comme il ne ferme que par la porte automatique dont la télécommande est juste là sous le compteur électrique 
(je suis sûr que vous vous en souvenez … mais dans le doute)
tout le monde peut l’utiliser.

J’appelle Cheng Wei,
qui appelle la propriétaire,
effectivement il y a un groupe qui travaille ce matin.
Il devrait partir vers midi.

On a le temps d’aller prendre une boisson dans le bar à thé que leur a fait découvrir Cheng Wei jeudi (bar qui s’appelle « milk shop » parce que, oui, ici c’est bien plus original et qu’on peut effectivement y commander des boissons lactées).
Marie reprend du Oolong comme la dernière fois.
Élise ne se souvient pas de ce qu’elle a pris,
mais elle aimerait bien reprendre la même chose.
Pas simple,
elles me parlent de melon et de citron,
je regarde s’il y a du « winter melon » dans la liste (judicieusement traduite en anglais),
je n’en trouve pas.
Elle se rabat sur quelque chose d’autre dans lequel il y a quand même du citron.
Une des vendeuses me demande si je vends des tickets pour le spectacle.
Je lui dis que non mais que Cheng Wei passera tout à l'heure.

On s’assoit en attendant la commande,
on discute un peu,
de l’avenir,
de comment on se voit vieux.
Élise se verrait bien aider les gens.
Je lui dis que j’essaie de le faire tous les jours comme je peux,
que c’est ma manière de laisser une trace, 
par le souvenir de mes créations, 
à travers le sourire des anciens élèves que je croise,
ou celles et ceux qui me suivent encore,
comme elles.

Alors entre temps bien-sûr, les boissons sont arrivées,
et je me suis souvenu que l’autre nom de « winter melon » c’est « white gourd ».
Je vérifie,
celui-là est sur la liste.
Il faudra s’en souvenir la prochaine fois ...

Midi,
on retourne tranquillement vers le studio,
qui est toujours occupé.
Je rappelle Cheng Wei, 
qui me dit d’envoyer une fille, 
riche idée …
Élise ne parle pas facilement anglais
Marie monte … et revient.
De ce qu’elle a compris ils auront fini vers midi et demi.

On attend dehors,
à l’ombre.

Effectivement, à midi et demi,
tout le groupe descend.
Ils sont bien dynamiques par rapport à nous ...

Heureusement qu’aujourd’hui c’est « Hotsprings ».



Échauffement sommaire.

Marie s’est changée …
Mais semble beaucoup trop fatiguée pour ranger son short.

J’explique le principe de cette partie à Élise,
les bains, 
quelque chose de posé, de sensuel
et je regarde sur ma vidéo ce que je garde pour Marie dans ce que que j’ai dansé au printemps.
On fixe les choses, lentement.
Je ris de certains ratés de Marie,
je regarde Élise se battre avec ses soucis de mémoire de créatrice.
On prend le temps et elles me disent apprécier ce retour dans les choses qu’elles savent faire.
Les deux derniers jours ont été rudes.
Il faudrait pouvoir un peu plus décompresser.
Si Élise se souvenait de la route, elles pourraient aller à la plage,
sinon quoiqu’il arrive, on ira demain.
Pour la petite histoire, 
Marie qui avait prévu un leggings (certes raccourci au mollet) pour la répétition,
a vite opté pour le short « laissé en l’état »,
il fait encore très chaud aujourd’hui.

14h,
il faut qu’on arrête.
Cheng Wei vient me récupérer,
nous allons à la libraire Takao pour échanger avec un public 
de comment on parle de la société dans la danse.
Une billetterie sera en place et les gens pourront acheter des places pour le spectacle.

Je filme ce que les filles ont fait ce matin,
histoire d’avoir une trace 
et on se quitte là.
Elles prennent le bus, nous partons en scooter,
on se retrouvera plus tard.

Traversée de la ville par Minzu road.
Cheng Wei me montre l’immeuble 
dans lequel se situe le grand studio où on répètera mardi prochain.
Je repère la station de métro « Sinyi Elementary School »,
ça va être plus pratique pour les transferts :
comme nous n’avons ce studio que trois heures l’après-midi,
nous avons prévu de répéter avant, et éventuellement après,
au studio où nous sommes encore.
Et nous sommes six pour deux scooters …
Cheng Wei a déjà pensé au taxi
mais je me souviens de la tête qu’il a fait quand il dit,
imaginant la rougeur du compte en banque de la compagnie.
On devrait pouvoir prendre un des bus à l’arrêt où passe le 53 
et aller jusqu’à une station de métro, 
le trajet semble relativement court, il faut que je regarde ça.

Nous arrivons dans le quartier du centre culturel vers 14h30.
Cheng Wei ne sait pas où est la libraire.
Il regarde l’adresse, c’est sur la grande avenue qui mène à Fong Shan.
Mais à quelle hauteur ?
Recherche du bon numéro (comme mes taxis la semaine dernière).
On tourne de pâtés de maison en pâtés de maison pour trouver l’endroit en question.



Finalement, nous y voilà.
Un petit lieu calme,
avec au premier étage, un endroit pour effectuer des conférences.
Cheng Wei s’installe.
Il a prévu des Power Point montrant la création de la compagnie,
l’aventure de la « Septième Nuit »
et celle de sa création d’avril, 
qui est pile poil dans le sujet proposé.

Les gens arrivent,
doucement,
une petite vingtaine de personnes.
Je suis une fois de plus étonné qu’aucune des quatre filles ait eu l’idée de venir nous soutenir, 
mais bon, 
cette partie-là, il faut que je me fasse à l’idée
que l’on va la vivre à deux,
enfin à trois, avec ce cher Ha Bao qui ne devrait pas tarder ….



Cheng Wei commence.
Je suis sagement assis derrière lui.
Il déroule sa présentation sans faille,
(hormis les classiques démarrages ratés des Powerpoint …),
les gens ont l’air intéressés,
en tous cas beaucoup plus que moi 
qui n’ai compris que très peu de mots dans son laïus en chinois.

Vient le temps des questions réponses.
Là, je peux participer.
On parle de quoi dire sur la société et comment,
quel forme de militantisme,
on parle de l’autre, de la découverte de l’autre qui participe de l’ouverture de l’esprit,
de narration, d’évocation,
de la France, du racisme et de ses causes,
de ce que Cheng Wei a retenu du pays ...
Un jeune homme lui demande comment on perçoit les fumeurs là-bas,
et comme ça n’est pas mieux qu’ici, il est très déçu.

Vers 16h30, on clôt la discussion.
En partant, des auditeurs achètent des places pour le spectacle.
Nous sommes contents.
La librairie aussi d’ailleurs :
ils ne pensaient pas qu’il y aurait autant de monde qui serait intéressé par ce thème.

Quand on descend,
Ha Bao est en grande discussion avec le patron de la maison.
Très bien.
Les relations publiques, c’est important.

Retour à Hebei road,
on se détend un peu.

17h
Élise arrive.
Elle a perdu son portable.
Elle ne souvient pas trop où.
Elle voudrait que Cheng Wei l’emmène en scooter vers le studio pour chercher.

Il est nase …
Réfélchit,
et puis fait ce qu’on fait ici automatiquement avant de partir dans tous les sens …
Il appelle.
Silence.
Quelqu’un décroche.
Au bout du fil, un agent du commissariat de Minzu road.
Élise pleure de soulagement.
Ils partent le chercher.







Pendant ce temps,
je passe sur Facebook
et sur le mur d’Élise

Le commissariat diffuse un message lui disant qu’on a retrouvé son téléphone.
Un autre monde.






Ils reviennent aux chambres.
Cheng Wei veut réserver pour le restau à thé et me demande à quelle heure.
J’ai le souvenir qu’ils ferment tôt.
On avait fait la fermeture la dernière fois et il devait être 22h.
Ça serait donc bien que l’on y soit vers 19h-19h30 
(ce qui est une heure décente pour dîner ici).
J’envoie un message aux filles de se tenir prêtes à 18h30.
Pendant ce temps, on cherche le meilleur moyen pour aller au resto
(j’ai refusé d’y aller en taxi et à quatre sur un scooter c’est un peu compliqué).
Site des transports en commun,
ce sera le métro jusqu’à Aozhidi, puis le 168.



On va à la gare sous un ciel menaçant.
Le métro,
deux stations,
le bus est juste à la sortie,
ça tombe bien, il pleut un peu.

Au resto nous sommes assis dans les mêmes fauteuils confortables que la dernière fois.
La place la plus proche de la cuisine.




Elles ont, comme moi il y a quinze jours, senti tous les petits bocaux,
choisi des plats qui ont eu l’air de leur plaire 
(j’ai tenté de filmer l’opération « choix du thé » mais je m’y suis pris trop tard,
et le remake a été un peu moins spontané …)
On a parlé de beaucoup de choses,
on n’a pas toujours été d’accord,
on a rit,
on s’est détendu.

Cheng Wei me dit que 21h30, 
c’était un peu tôt pour finir une soirée.
D’autant que demain, on a prévu quelque chose d’aussi léger qu’aujourd’hui pour le boulot.
Mini est ouvert depuis trente minutes.
On va faire découvrir aux filles notre lieu de perdition.

Le bus 168,
station Aozhidi,
on change à Formosa boulevard où l’on monte au niveau supérieur, juste sous la surface, 
pour que Marie découvre les vitraux 
(j’en ai parlé il y a bien longtemps ici lors de mon premier voyage ),
puis on redescend pour prendre l’autre ligne jusqu’au centre culturel.
J’en profite pour leur dire que c’est la ligne qui va à la mer d’un côté et au théâtre de l’autre.

On quitte Formosa.
SInyi Elementary school,
c’est là qu’il faudra descendre mardi pour aller au grand studio,
Cultural Center,
on descend.

J’ai fait ce chemin si souvent.
Faire demi tour en sortant de la station 
(et non pas aller à droite, comme je l’ai fait la première fois, 
sinon on perd un quart d’heure)
Au prochain feu, on a le centre en vue.
Comme souvent le samedi soir, le parc tout autour est très animé.
Il y a même un marché artisanal 
où la mère et la soeur de Cheng Wei vendent parfois des savons faits maison, 
mais il a un peu plu, tout le monde a rangé.
En revanche, il reste tout un tas de gens qui dansent, font du sport,
ou se promènent.
Je montre de loin à Marie, les miroirs installés autour des poteaux, et des parois 
à l’entrée du grand théâtre où les hip hoppeurs locaux viennent s’entraîner.
À la sortie du parc, il y a ce restaurant, dont le personnage est un dessin animé que regarde Juliette, la fille de Marie.
Visiblement, elle lui manque beaucoup.



Nous rejoignons Mini,
où Ha Bao est déjà en train de discuter avec d’autres habitués du lieu.
Comme on s’approche du 31 juillet, jour où j’entrerai dans ma 50e année,
il m’a commandé un cocktail spécial …



Élise s’éclipse …
Elle a sûrement un cadeau d’Amsterdam à finir.
Effectivement, elle revient l’oeil brillant et bien plus détendue.
Je n’aime pas trop ça et je m’inquiète un peu
(surtout qu’elle fait un deuxième voyage avec Cheng Wei),
elle parle et rit beaucoup plus fort,
je vois certains clients nous regarder ...
Mais bon, 
c’est presque un soir de fête.



Ha Bao semble aimer fumer la pipe,
il vole un peu trop souvent celle de Cheng Wei,
voilà ce que je vais lui offrir comme cadeau.

Et à propos de cadeau,
ce auquel je ne m’attendais pas,
c’est qu’on me fête mon anniversaire dès ce soir.
Mais comme on est encore là à minuit ...

Je me souviens de Fu-Chia, une amie taïwanaise,
qui m’a dit qu’ici on ne fêtait pas les années en 9,
les superstitieux disent que ça porte malheur …
Tant pis.
On verra bien …

31 juillet,
1h du matin (ou presque),
on rentre en taxi avec dans le sang, un ou deux cocktails 
(voire d’autres psychotropes pour certains d’entre nous)
Élise est déchaînée.
Je me penche vers Cheng Wei pour lui demander de nous excuser auprès du chauffeur de taxi,
je le vois sourire.
Il répond à Cheng Wei qu’il en a vu d’autres …

Il est 2h du matin quand je sombre sous le son du ventilateur.
Au petit matin, j’ai eu le bonheur de lire de bien jolies choses des deux filles.
Elles ont apparemment passé une bien belle soirée.

Rendez-vous demain matin à 9h45.
La nuit va être courte,
mais bon au programme il y a le prologue,
elles l’ont révisé avant de partir,
et l’oiseau qu’elles ont déjà dansé.

Ça devrait aller.


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