Création franco-taïwanaise de Claude Aymon et Cheng Wei Huang

pour les deux compagnies c2a et WeiDanceCompany,

In Wei est une vision croisée des deux chorégraphes

sur sur ces aspects qui séparent l’est de l’ouest, l’Asie de l’Europe.

Après avoir travaillé chacun dans le pays de l’autre,

ils ont décidé de parler de tout ça par le langage qu’ils ont en commun, celui du corps.

Les danseurs des deux compagnies ont travaillé tour à tour avec les deux chorégraphes

à la fois en France et à Taïwan,

avec une première taïwanaise à Kaohsiung en août 2016 et une première française à la Toussaint.

samedi 17 septembre 2016

04/08/16 - Taiwan 3e partie - Jour 8 - Le final taïwanais

De nouvelles choses à apprendre, 
et plus rien à transmettre, 
de nouvelles inquiétudes, 
une soirée plus calme que prévue                 











Jeudi 4 août,

6h01.
J’arrête les vibrations de mon téléphone avec une difficulté certaine.
C’est un de ces matins difficiles où on aimerait être en vacances.

L’eau chaude, le thé,
il n’y a presque plus de viennoiseries.
Il faudra que je passe au supermarché ce soir.
Je mets la radio.
France Infos,
rien de bien enchantant de l’autre côté du monde.
En même temps ici, ça n’est pas non plus le nirvana …
Pendant que je bois ma seconde tasse de thé,
je rumine encore et encore les événements de ces trois derniers jours.

Il faut que je me remette au blog,
j’ai pris beaucoup de retard.
La dernière fois que j’ai mis en ligne quelque chose c’était mardi,
je parlais du retour de Cheng Wei dans le studio dans lequel je dois être à 10h30.
C’était le 19 juillet.
Je me lance dans la rédaction du lendemain.
Tout était encore si tranquille …
Une fois que cette journée est enregistrée dans l’ordinateur,
je choisis les photos.
Je n’aurai plus qu’à les mettre au format du blog ce soir après avoir relu l’article.

9h30,
routines de départ :
préparer le sac, les câbles,
laisser l’ordinateur sur la table du bureau pour qu’il se charge jusqu’au dernier moment,
aller sous la douche,
trouver un tee-shirt pas trop froissé,
mettre l’ordinateur dans son compartiment à l’intérieur du sac
et ne pas oublier les carnets de notes.
Pas besoin de musique ce matin, 
je prends le bus avec Mimi.
D’ailleurs, je me demande pourquoi 
puisque d’habitude, elle part avec Wan Chu en scooter.
Elle doit être occupée.

9h50, 
je suis à l’arrêt du bus
en avance,
le 53 part à peine de son terminus face à la gare.

10h,
je suis assis à côté de Mimi.
Elle me raconte qu’elle a failli rater le bus parce qu’elle n’a pas trouvé l’arrêt de départ.
Je lui avais pourtant expliqué lundi que l’arrêt où elle descendait était celui où elle monterait si elle allait dans l’autre sens …
Mais bon, je préfère me dire qu’elle n’avait pas compris.
On rit de la situation surtout quand elle se mime quasi hystérique en train de chercher l’endroit d’où partait ce foutu 53.
On parle un peu des filles,
elle me demande ce qui s’est passé.
Je lui dis sans conviction qu’elles étaient fatiguées,
qu’il fallait quelqu’un sur qui se défouler …

10h20, 
nous arrivons dans le quartier du studio.
Mimi va au Seven Eleven s’acheter quelque chose à grignoter,
je vais au studio.
Je suis le premier.
Ça m’étonne un peu car Wan Chu est rarement la dernière.
Cheng Wei arrive, je lui demande où elle est,
elle ne viendra pas ce matin.
Elle fait un « truc » pour gagner un peu de sous.
« si je pouvais les payer … »
Et oui mon gars, je sais …

On fixe calmement les comptes et les espaces de « Foreigners »,
tout se met en place, tranquillement.
Cheng Wei me donne les comptes pour les ports de bras,
maintenant il va falloir que l’on s’y tienne,
aussi bien lui que moi.
Cette danse est vraiment rapide et pourtant on est tellement calme,
ça fait du bien.
Malgré cette atmosphère détendue, je sens, dans les derniers filages, 
arriver la chose que je redoutais le plus.
Mon dos va se bloquer,
comme à chaque fois que mon système émotionnel est malmené.
Et là, je suis à un niveau certain d’endommagement …

13h et des poussières, on arrête,
comme d’habitude.
Je vois que les filles m’ont laissé un message à 11h30,
elles partent se promener et déjeuner.
Elles ont l’air en forme.
C’est bien.

Mimi a son casque, Cheng Wei va l’emmener au studio.
Il se propose de faire deux voyages, et je ne me sens pas de refuser.
Je pars le premier pendant que Mimi va déjeuner.
Elle m’explique où est la boutique de sushis,
je les grignoterai le temps qu’ils arrivent.

Élise et Marie sont déjà là quand j’arrive devant l’immeuble avec mes japonaiseries.
Nous montons au studio.
Elles me disent avoir bien dormi.

Cheng Wei est là avec Wen Fan.
Une ancienne élève de Tsoying qui est dans une des chorégraphies qui l’a fait pour des écoles alentour.



Elle ne parle pas beaucoup anglais mais je comprends que ça lui plaisir de me voir.
Plaisir partagé.
Elle chante la musique de la chorégraphie qu’elle a dansé pour moi.
On refait les mouvements.
Ai-je été trop autoritaire avec ceux-là aussi ?

Mimi arrive.
Nous attendons Wan Chu.
Cheng Wei lui envoie un message



14h45,
les filles vont se chauffer.
On a presque une heure de retard.
Aujourd’hui, on attaque donc ce qui sera le final ici.
Une danse sur des chaises faite de mouvements mécaniques rapides évoquant le monde du travail et le rythme effréné de la vie ici.
On peut commencer sans Wan Chu, elle connait déjà les phrases de base.



Cela va très vite,
presque trop vite pour moi.
C’est là que je vois qu’il y a un peu plus de vingt ans entre Cheng Wei et ma pauvre carcasse.
Les mouvements ont été inventés par les trois danseurs taïwanais,
aussi bien Cheng Wei que les filles,
impossible cette fois d’imputer toute la faute (si faute il y a …) à mon collègue chorégraphe …
Comme pour « hotsprings », ils comptent la musique deux fois plus vite que moi
(là où je ne compte que 4 temps, ils en comptent huit)
et ils arrivent encore à la dédoubler.
Je rame,
grave !
Mais je m’accroche,
de toute manière je n’ai pas le choix,
et puis ça me bouge un peu de faire des choses à ce tempo-là,
comme à l’époque où je travaillais avec Josette Baïz …
Nous sommes installés sur deux colonnes les uns derrière les autres,
Cheng Wei et moi, devant,
puis Mimi et Marie,
et Élise et Wan Chu.
J’aurais préféré être au fond ...

Je suis Cheng Wei et Mimi dans la glace 
et je vois les françaises enregistrer les choses bien plus vite que moi,
il va falloir que je travaille seul pour rattraper.
Marie se plaint de la vitesse 
« mais pourquoi on fait ça ? »
Élise trouve ça drôle,
elle nous rappelle que nous aussi avons bossé sur des chaises,
d’ailleurs ça allait aussi vite et c’était un « 7 temps ».
Il faut que l’on s’accroche, 
c’est tout.

16h.
Wan Chu n’est toujours pas arrivée.
Cheng Wei est inquiet,
on n’a aucune nouvelle.
Il l’appelle,
mais comme à son habitude, elle ne répond pas …
Si on avait su, on n’aurait commencé par « Hotsprings » 
comme ça Mimi aura eu l’occasion de tester son solo avec presque tout le monde autour.

Cheng Wei continue la transmission.
On attaque la structure.
La première fois, on n’est que tous les deux,
sauf qu’il fait la danse à la vitesse « normale » et moi deux fois plus lentement.
(il la danse donc deux fois).
Puis je me lève pendant qu’il fait un passage au sol 
et que les filles entrent sur scène avec leur chaise.
« qu’est-ce que je fais ?
- je ne sais pas, tu es en solo …
tu veux que je t’écrive quelque chose ?
- oh ben non, je vais pouvoir le faire, qu’est-ce que tu veux ?
- quelque chose comme tu fais toi, tranquille … détendu …
- ça te dérange si ça reste à l’impro ?
- pas du tout ! Fais comme tu veux »
J’ai donc une petite séquence d’improvisation en fond de scène pendant que tout le monde s’installe, j’aime bien ça.

Une fois que tout le monde est installé sur les chaises, on reprend la danse tous ensemble.
Puis les français se lèvent font le tour des chaises taïwanaises et remontent vers le fond pour faire une danse que Cheng Wei a déjà écrite.
Il nous apprend les phrases,
très vite,
Élise capte tout aussi rapidement les choses,
je me cale sur elle le temps que mon cerveau un peu plus lent ait tout enregistré.

Là, il y a un montage musical à faire.

Une des spécificités taïwanaises, c’est le ramassage des ordures.
Ici, il n’y a pas de benne.
Les camions passent deux ou trois fois par jour 
et chacun vient jeter directement ses poubelles dans le camion.
Comment savoir quand il passe ?
Les gens du quartier sont au courant.
À Hebei Road par exemple, il y a un passage à 16h30 et à 19h20.
Mais de toute façon, le camion a une petite musique,
qui fait plus penser à celle d’un marchand de glaces qu’autre chose,
quand on entend cette musique, tout le monde descend des immeubles 
et se regroupe sur le chemin du camion.

C’est de cette musique dont Cheng Wei veut se servir à ce moment de la chorégraphie.
Les taïwanaises feront ce que fait tout le monde ici :
tout lâcher pour courir chercher leur petit sac poubelle dans une coulisse 
et aller le jeter dans l’autre coulisse 
pendant que nous touristes nous nous demanderons ce qui se passe.

On a assez appris de choses pour aujourd’hui,
on continuera demain.

16h30,
Wan Chu arrive enfin.
À sa coiffure et son maquillage, on comprend qu’elle sort d’une séance photo.
Ses yeux sont complètement transformés.
Élargis pour se conformer le plus possible à l’esthétique européenne,
ils sont méconnaissables.
Je n’aime pas ça du tout.

Les filles sont contentes de se retrouver,
Cheng Wei est soulagé de savoir où elle était.
Ça aurait quand même été bien plus simple de nous le dire tout de suite.
On fait une petite pause
Les jus de fruits, comme d’habitude.
Cheng Wei va demander aux propriétaires si on peut rester jusqu’à 18h.
La salle est vide.
Ils acceptent.

Ça me rappelle que lundi,
à 17h, Élise m’avait demandé pourquoi on ne restait pas plus longtemps.
Je lui avais dit qu’on avait loué la salle trois heures.
« mais la salle est vide,
- oui mais bon, c’est comme ça
- c’est dégueulasse, ils pourraient quand même nous la laisser »

Je m’étais dit que si Cheng Wei n’avait pas demandé, ça n’était pas par manque de courage.
J’avais la réponse,
juste une question de temps.

On reprend le final avec Wan Chu.
et on fait tourner un peu la chose,
histoire de faire rentrer tout ça dans nos têtes et nos corps,
et puis on passe à autre chose.

Le quatuor.
Les choses se calent,
l’ensemble respire,
je surprends des frémissements, des esquisses de sourire,
il faudrait juste qu’elles aient réellement envie.
Élise dit qu’elle commence à aimer certaines parties …
avant de se reprendre et d’ajouter que c’est grâce à la musique.
Je ne dis rien.
Cheng Wei fait quelques corrections.
Je parle aux filles de cette histoire de rond de jambes sur jambe tendue 
où elles devraient plier la jambe pour que ce soit plus confortable.
Elles me disent qu’il tient vraiment à cette jambe tendue.
Je n’insiste pas, je lui en parlerai.
Je les laisse bosser entre eux et je profite de la vue.



18h15, on s’arrête.
Les filles font des « selfies »



Je m’incruste une ou deux fois en gâchant des photos ...
On arrive finalement à une photo de groupe.



Rangement des affaires,
je discute avec Cheng Wei sur l’organisation du soir si on va chez Jim et Wan Chu.
On sait qu’elle a cours à 19h30, donc elle ne sera pas chez elle avant 21h30.
Élise et Marie me disent qu’elles s’en vont.
Je leur dis que j’arrive, qu’on a presque fini,
mais je sens qu’elles n’ont pas envie d’attendre.
Je les laisse partir.
« je te ramènerai »
On reprend notre discussion par rapport au reste de la soirée
et puis on se ravise,
elles n’ont pas parlé de la soirée chez Wan Chu.
elles se sont peut-être organisées autrement.
On laisse tomber.

En allant au scooter, 
Cheng Wei me dit être un peu contrarié que Wan Chu l’ait mis devant le fait accompli.
C’est tellement loin de son comportement habituel.

Il s’est garé un peu loin (enfin … il n’est pas devant l’immeuble).
Cela lui donne l’occasion de me montrer un restaurant singulier.



On ne fait pas qu’y manger,
on y joue !
Il y a sur les étagères toute une série de jeux de société en libre service 
et on peut y passer la soirée en grignotant un truc.
Voilà quelque chose que l’on aurait pu faire après une répétition …
Tant pis.



Hebei road,
on arrive en même temps que les filles.
Elles entrent dans le hall pour appeler l’ascenseur,
j’enlève mon casque.
Quand je rentre dans l’immeuble, elles sont toujours près du gardien.
Qu’est-ce qui se passe encore ?
Ils me tendent une lettre.
En fait, c’est la femme du gardien qui m’écrit.
Elle est professeur de français dans un lycée et aimerait bien me rencontrer.
Elle propose ce soir 20h …
Je suis bien trop crevé pour ça.
J’appelle Cheng Wei qui, heureusement, n’était pas encore parti,
et lui explique la situation.
On décide de caler un rendez-vous demain soir.
Il demande au gardien si c’est possible,
il acquiesce …
C’est fixé.

On monte dans les chambres,
j’explique aux filles que je vais rencontrer la dame demain soir 
au cas où elles voudraient discuter un peu …
Elles descendent à leur étage.
Marie va passer récupérer la vidéo de la répétition pour « le baiser » que l’on va faire demain,
elle propose de profiter de l’occasion pour me masser.
Je lui dis que je lui ferai signe quand je serai prêt.
Cheng Wei s’en va.
Je une douche,
et une bière …

Elle passe vers 20h30.
Avant d’oublier, je mets le film sur la clé USB 
et je me fais masser.
Mes sacro-iliaques bien endolories,
et puis il y a aussi une boule un peu plus haut dans les dorsaux.
On verra bien.

21h38.
15h38 en France,
titre d’une musique sur laquelle on avait dansé il y a quelques années.
Un duo inspiré des amants de Magritte.
Je le rappelle à Sylvain 
qui avait fait l’animation basée sur les éléments qui rendent ce peintre reconnaissable, 
le ciel bleu et ses nuages bien rangés, la pomme, les petits bonshommes, 
souvenirs …

Je me remets au blog et relis le texte que j’ai tapé ce matin,
mais je m’endors sur mon clavier.

À 23h30, je suis couché.
Demain, c’est « le baiser »,
et hélas, je n’aurai plus rien à leur apprendre,
dommage pour mon final mais bon c’est comme ça,
si en plus, les taïwanaises sont fatiguées …
Espérons qu’on puisse prendre le temps de le faire pour la version française.

Hélas, couché dans mon lit, je regarderai encore souvent l’heure
en repensant à toutes ces choses ..
au moins jusqu’à minuit et demi.


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