Création franco-taïwanaise de Claude Aymon et Cheng Wei Huang

pour les deux compagnies c2a et WeiDanceCompany,

In Wei est une vision croisée des deux chorégraphes

sur sur ces aspects qui séparent l’est de l’ouest, l’Asie de l’Europe.

Après avoir travaillé chacun dans le pays de l’autre,

ils ont décidé de parler de tout ça par le langage qu’ils ont en commun, celui du corps.

Les danseurs des deux compagnies ont travaillé tour à tour avec les deux chorégraphes

à la fois en France et à Taïwan,

avec une première taïwanaise à Kaohsiung en août 2016 et une première française à la Toussaint.

jeudi 8 septembre 2016

31/07/16 - Taiwan 3e partie - Jour 4 - un anniversaire

Beaucoup de fatigue, 
Impatiences et déceptions, 
mon restaurant de raviolis préféré, 
une soirée pas tout à fait comme on l'avait imaginé                 









Dimanche 31 juillet,

6h01.
Le réveil au réveil est rude.
4h d’un sommeil profond mais définitivement trop court.
Les premiers messages d’anniversaire arrivent,
je les lis couché.

Chaque année, je me force à écrire un texte en ce jour de changement d’année personnelle.
En fait, c’est venu d’une application Facebook qui faisait une compilation des statuts de l’année (civile celle-là).
J’ai d’abord fait la même chose mais pour mon année,
et de là, je me suis amusé à faire des choses plus personnelles.

Toujours couché, j’essaie de voir ce que je pourrais faire.
Pour éviter de parler de l’année en 9 
et conjurer le mauvais sort comme l’a conseillé ma copine Fu-Chia.
Comme le 21e siècle en l’an 2000, disons que que je rentre dans ma cinquantième année.
Cinquième décade.
Voyons ce qui s’est passé les quatre précédentes.

Je cherche la photo sur laquelle j’écrirai tout ça.
Ce sera le soleil qui se couche derrière la colline de Gushan, il y a dix jours.

Je me lève.

Tout en préparant la chose, je parle avec les français noctambules,
notamment avec Sylvain que j’aurais bien aimé avoir à nos côtés,
et quand il va se coucher, je publie ma photo et je vais manger.


Il est 7h47.
Thé et viennoiseries.
Il en reste de la veille mais pas beaucoup pour trois.
Je n’ai absolument pas l’énergie de sortir,
je mangerai peu,
on partagera.

Un petit passage sur le balcon.
Il fait beau mais il y a déjà pas mal de scooters
et le soleil monte.
Je ne reste pas longtemps.

Il va faire chaud et je suis très fatigué.
Heureusement que c’est une journée légère point de vue danse.
Il faut juste mettre en place la partition du prologue pour Élise.
Marie sait ce qu’elle a à faire, 
il faut juste vérifier que ça fonctionne comme je l’ai fait avec Mimi et Wan Chu.
Avec un peu de chance, on aura aussi le temps de voir ce qu’elle fait pour l’oiseau.
C’est presque la même chose que ce qu’elle a dansé aux Chartreux.
Ça va aller vite.

Je me ravise.
Je trouve qu’il y a vraiment trop peu à manger.
J’envoie un message aux filles pour leur dire que si elles ont faim,
elles peuvent aller au Seven Eleven.
Je leur explique la route.
Il est visible au bout de la deuxième rue à gauche quand on remonte le canal vers la gare.

Élise me répond qu’elles n’ont pas faim,
qu’elles se sont couchées à 5h …
Décidément, 
je ne sais pas si c’est la chaleur,
le jetlag,
ou le fait d’être à deux,
mais elles n’arrivent pas à trouver un rythme correct.

9h.
J’ai encore un peu de temps pour avancer sur des choses.
Envisager le travail vidéo, écrire le final, monter des vidéos, retoucher des photos,
j’ai le choix.

9h50, 
elles arrivent à l’appart’.
Effectivement, elles ont des petites mines.
Je leur propose ce qu’il me reste comme viennoiseries,
elles préfèrent se partager un fruit.
Pas sûr que ça leur donne assez d’énergie mais bon,
elles savent mieux que moi si elles sont d’attaque avec un demi-fruit dans le corps.

Elles redescendent le temps que je prenne ma douche 
et comme la veille je tape à la porte une heure après.

Nous partons vers l’arrêt du 53.
Marie me demande où est-ce qu’on peut trouver du pain.
Revoilà l’histoire du pain :
dans les endroits où Élise avait découvert il y a deux ans, 
il y avait une boulangerie 
où les serveuses avaient été très gentilles.
(l’accueil de l’étranger, Cheng Wei a raison d’en parler dans la pièce …)
On avait pu goûter plein de pains différents 
et on était rentré à l’hôtel avec plein de choses, 
notamment pour ma part, du pain au vin rouge.
Elle voulait retourner, 
et je lui avais dit qu’on irait forcément dans des boulangeries
mais je savais que ça ne serait pas dans celle-là parce qu’elle a fermé entre temps.

Vendredi soir,
j’avais entendu Élise dire à Marie qu’elle demanderait à Cheng Wei 
de l’emmener en scooter à la fameuse boulangerie.
Apparemment, je n’avais pas répondu assez vite à sa requête, 
ou alors elle pensait que j’avais oublié.
Pourtant, je lui avais dit que dimanche, 
on passerait dans une boulangerie semblable 
à celle de ses souvenirs.
Il y en a une près du restaurant que j’ai choisi pour mon dîner d’anniversaire,.

J’avais trouvé ça un peu exagéré de demander une balade en scooter supplémentaire 
à ce pauvre Cheng Wei qui se pliait déjà en quatre pour nous.
D’autant que lui, comme beaucoup de taïwanais, ne mange pas de pain au petit déjeuner.
Vous vous souvenez sûrement des matins chez lui (sinon, c’est là …),
on a mangé tout un tas de choses … Mais pas du pain.
Ici, on déjeune salé, souvent avec des toasts, des crêpes ou des rouleaux de printemps.
Et soit on a acheté ce qu’il faut la veille au soir, 
soit on s’arrête sur le chemin du boulot 
dans un des nombreux snacks qui préparent toutes ces choses. 
On peut aussi y boire du lait de soja.

Les boulangeries ici, c’est pour autre chose.
En dehors de celles installées dans des lieux de grand passage comme les gares,
elles sont rarement ouvertes avant 10h.
On offre du pain en cadeau (comme Ally l’avait fait pour moi il y a deux ans).
On en sert dans les repas chics 
mais pas le matin.
C’est pour ça aussi qu’il y a plus de viennoiseries que de pain.

Cheng Wei aurait donc eu à chercher sur son portable une boulangerie digne de ce nom,
et ça n’aurait pas été LA boulangerie en question …
Puisqu’elle n’existe plus.


Ce matin, Marie me demandait donc à son tour du pain.
Je lui parle de la boulangerie de la gare.
« oui mais pas de la brioche … du vrai pain »
Heureusement, à l’endroit auquel je pense, celui de dimanche soir,
elle devrait pouvoir trouver son bonheur.

Comme la veille,
(et comme tant d’autres fois), 
je flippe par rapport au bus.
Nous sommes à l’arrêt un peu avant 11h, il fait très chaud.
Je m’inquiète de l’heure du passage du bus,
souvenir du jour où je l’ai faussement raté.

Élise a mal à la tête.
Elle soupçonne le bar où nous étions hier.
d'avoir drogué les boissons.
Je lui dis que ça me parait fort peu probable ...
Elle s'impatiente :
« si on l’a raté, je rentre.
Je ne vais pas attendre là en plein cagnard »
(pour les non provençaux, le cagnard c’est le soleil)
C’est évident que si on a à attendre un bus une heure, on ne va pas rester là.
Il y a décidément beaucoup de fatigue dans l’air.

Le 53B arrive.
Tout va bien.

Personne au studio.
On peut attaquer le prologue tranquille.
Elles me montrent la phrase de départ, qui est celle qu’Élise va décliner pendant toute la première partie,
puis la phrase d’ensemble.
Je regarde dans mon tableau,
lui transmets sa partition.
Ça va très vite.
On aura le temps d’aller à la plage.

Il est midi et demi,
je leur demande si elles ont faim.
Elles me disent qu’elles préfèrent grignoter des amandes.
On fait une pause.

Elles ont l’air de tenir le coup,
moi pas du tout,
je sens que je m’endors,
je les laisse revoir tout ce que l’on a fait 
et je vais vite m’acheter un sandwich au riz et au poisson au Seven Eleven.
Je leur demande si elles veulent quelque chose.
Non, tout va bien.


Quand je reviens, on file.
Il y a des hésitations un peu partout
un peu comme pour Wan Chu et Mimi.
Avec les répétitions restantes, (et notamment celles où s’attaquera à la vraie mise en espace quand on sera dans le grand studio) ça devrait aller.

Comme il nous reste du temps, je décide de passer à l’oiseau.
Je montre à Élise l’endroit où elle rentre la première fois,
puis on voit la suite, qui est sensiblement la même chose que ce qu’elle a dansé au mois de mai au théâtre des Chartreux.

Je leur propose d’essayer de le faire à deux sans musique pour voir si ça fonctionne.
Élise me dit de lancer la musique, ça devrait aller.
Hélas …
Il y a une petite transition que Marie fait seule au sol 
et qui est, malheureusement pour nous, le moment où Élise la rejoint.
Je me souviens lui avoir demandé quand je l’ai créée en juin, 
s’il fallait que je filme,
elle m’avait dit avoir tout noté, je lui avais fait confiance,
je n’aurais pas dû.
De même que je n’aurais pas dû les laisser se contenter d’amandes pour le déjeuner.
Car tout le monde fatigue, moi le premier.

On reprend en musique, je dis à Marie de faire en gros,
on prendra du temps pour retrouver le moment manquant ou pour faire autre chose
(je ne sais pas bien quand tant notre planning est serré, 
mais en tous cas pas aujourd’hui parce que je suis trop crevé pour être créatif).

Rien ne va vraiment.
Marie accélère des choses, se trompe dans des comptes,
elle ne sait plus faire la chose qu’elle a dansé le plus.
Élise qui se cale sur elle, ne peut pas caler sa deuxième entrée.

Je vois bien où Marie se trompe,
je m’entends dire à Wan Chu « one two » et rire parce que c’était presque son prénom.
On avait d’ailleurs appelé cette transition Wan Chu.
Je sais que c’est là que le bât blesse mais je ne sais plus pourquoi.
Je sens que mes yeux se ferment, je me lève, tente de le faire avec elle 
mais ça ne revient pas.
Je la laisse chercher.
Elle m’explique 
- sur le ton du reproche - 
que c’est parce que j’ai changé la direction depuis la version française.
Elle était de face, et je lui ai demandé de le faire de dos.
Ça ne devrait pas changer tant de choses dans le rythme.

Une grosse averse s’abat sur la ville.

Je contacte Cheng Wei,
je lui avais proposé de venir avec nous à la mer.
Je sais qu’en général après la pluie, le ciel prend souvent des teintes improbables,
parfois jaune orangé, parfois rose.
Même s’il n’y aura pas de coucher de soleil, ça peut être joli.
Donc on ne change pas nos plans.
Je lui de m’appeler vers 16h.
Quoiqu’il arrive on arrêtera, que les trous de mémoire soient comblés ou non.

Marie me demande si elle peut voir la vidéo,
je n’en ai aucune.
Pas de traces dans l’ordi,
j’avais pourtant dû tenter un montage avec Wan Chu pour la face et le dos,
peut-être que ça ne marchait pas,
ou alors c’était ce jour où je n’avais plus de batterie dans l’appareil photo,
j’avais filmé dans l’Ipad mais je l’avais supprimé parce que ça prenait trop de place.

Elle me demande s’il n’y a pas de trace de ça sur le net.
Je suis quasiment certain que non,
et puis mon forfait que j’ai renouvelé il y a trois semaines et sur le point d’être épuisé.
Je préfère garder ce qui me reste de capacité de connexion 
pour les cas où je devrais joindre des locaux par Internet.
(je n’ai pas le numéro de Mimi, Ha Bao ne parle pas anglais mais peut se débrouiller en anglais.
Je dis à Marie de chercher calmement, que je n’allais pas utiliser du forfait Internet pour ça.
Elle l’a dansé tant de fois aux répétitions du mois de juin.
Et aux dernières répétitions où je lui ai demandé si elle voulait le refaire, 
elle m’avait dit que ça allait …

Pendant ce temps, je repense au planning.
Quand est-ce qu’on va pouvoir trouver du temps supplémentaire pour caler tout ça.
Lundi, c’est Cheng Wei qui bosse.
Mardi matin ? Avant d’aller au grand studio ?
On verra bien.
Je me dis qu’on perd du temps et je leur dis.
Parce que je trouve ça dommage.
C’était quelque chose que je pensais acquis …

15h54,
(c’est mon Iphone qui me le dit …)
Cheng Wei appelle.
Il me demande où on est.
Je lui dis qu’on va annuler la plage,
qu’il faut que tout le monde se repose.
« c’est mieux parce qu’il ne faut pas aller trop tard au restaurant »
C’est vrai que c’est un endroit où on ne réserve pas 
et où il y a toujours beaucoup d’attente.
Rendez-vous à 19h.

On arrête.
Je suis crevé et déçu.
Je leur dis qu'elles auraient dû manger un peu à midi.
Elles m'expliquent que c'est de ma faute,
je ne leur ai pas dit qu'on ferait aussi l'oiseau.
N'en parlons plus.

Fermeture du studio,
retour à l’arrêt de bus.
Le premier qui arrive est le 29.
Élise me demande si c’est celui-là qu’on prend.
Apparemment, elle n’a pas retenu que c’était le 53,
qu’elle a pris deux fois par jour depuis jeudi.
Je perds patience.
Il faut vraiment que je me pose.

On traverse la ville sous un ciel lourd.
Je suis peu loquace.
Minzu Road,
Le bus tourne à droite,
et part vert l’ouest,
il y a un cinéma, un supermarché Carrefour,
un petit parc,
on croise Bo Ai road, d’où on voit les sorties du métro Houyi.
Le bus tourne à gauche.
Nous voici au grand pont sur la voie ferrée.
Je demande l’arrêt pour descendre devant le lycée, 
comme je leur avais expliqué hier.

Quand on descend, 
Marie me dit :
« alors là je ne saurais pas me retrouver »
Elles ont oublié mes explications.
Ça me fatigue,
probablement plus que ça ne devrait.

Hebei road,
on remonte aux chambres et on se donne rendez vous vers 18h30.
Je dors trois quart d’heure.


Les filles se sont mises sur le 31.
Nous remontons le canal et comme je le pensais, les nuages deviennent jaunes.


On prend le métro à la gare.
Direction Kaohsiung Arena pour mon restaurant de raviolis préféré.
En vue de l’entrée du resto, j’appelle Cheng Wei.
Il ne répond pas.
Je montre aux filles la fameuse boulangerie.
J’aperçois mon ami, il est juste à quelques dizaines de mètres en face moi,
avec notre ticket pour quand une table se libèrera.
Quelques pas plus loin, voilà Wan Chu et Jim
et comme prévu, il y a de l’attente.
Je propose aux filles d’aller acheter du pain.
Il faudrait que j’y aille aussi d’ailleurs mais bon, une autre fois.
Je discute un peu avec Jim que je n’ai pas vu depuis mon arrivée.

Les filles reviennent.
Marie n’a pris qu’un pain.
« Il n’y avait que ça, le reste, ce sont des choses briochées, c’est pas du pain »
Je n’avais pas envisagé qu’on me demanderait du pain en Asie.

On attend encore un peu,
et on accède à notre place.
Il y a beaucoup de monde,
mais rien n’a changé,
la carte est magnifique et il y a toujours mes raviolis à la truffe.
Tout le monde choisit.
Et … mes cadeaux arrivent …
Wan Chu a fait du shopping.
J’ai un splendide short gris, un polo bleu ciel 
un tee-shirt, spécial sport « où on se sent toujours au frais »
et deux bières d’un litre.


Les plats arrivent.
Il y a essentiellement des raviolis vapeur.
Élise nous dit qu’elle préfère les raviolis frits.
Elle reparle de la soirée de la veille.
« je suis sûre qu’on a mis de la drogue dans les verres »
Cheng Wei n’est pas sûr d’avoir compris.
Je lui raconte ce qu’elle me l’a déjà dit ce matin …


Les raviolis furent bons,
l’ambiance aussi malgré la fatigue,
ils m’ont invité,
et Jim a proposé de finir la soirée chez lui,
histoire de goûter aux fameuses bières.

Je leur dis que je passe à la boulangerie,
certains vont aux toilettes.
Il y a tellement de types de pains et de viennoiseries ici,
même des cannelés …

Quand j’ai fini mes achats,
on m’annonce que la soirée s’arrête là,
les filles sont fatiguées, elles veulent rentrer.
Dommage,
Jim qui invite des gens qui ne connait pas chez lui,
ça n’est pas courant.
Elles ratent une belle occasion.
Mais bon, peut-être que cette nuit, elles dormiront mieux.
Et puis si ça se trouve Jim travaille demain et ça sera bien pour lui aussi.

Cheng Wei part en scooter et nous rentrons tous en métro.
À la gare, les filles me demandent si elles doivent recharger leurs cartes.
Demain matin, c’est Mimi qui les récupère en voiture,
ça n’est pas urgent.
« et pour le bus ?
- quel bus ?
- on ne prend pas un bus maintenant ? »
Élise n’a pas non plus intégré qu’on habitait près de la gare.

Ça ne va pas être simple.

De retour à la chambre,
je bosse.
Ça n’est pas exactement comme ça que j’avais imaginé cette fin de soirée d’anniversaire
mais bon,
c’est pour la bonne cause.

Je compile les images,
les films,
je vais bientôt attaquer un montage vidéo.


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