Cheng Wei a oublié,
moi aussi,
la visite du grand Bouddha,
sous la pluie
5h50,
le mal est fait,
je n’arrive plus à me rendormir.
J’ai bien fait de ne pas avoir mis le réveil.
Les yeux sont ouverts mais le corps ne suit pas.
Je rate une fois de plus « France Inter, il est minuit »
et me demande quelle force va arriver à me désincruster de ce matelas
pourtant particulièrement ferme.
Je me traine lamentablement jusqu’à la bouilloire à une heure indéterminée.
Petit déj’,
les viennoiseries d’hier soir sont bonnes,
mais je ne goûte pas la nouveauté « ananas oignons verts »,
le warrior du gout a quand même ses limites …
Passage par le net,
je discute un peu avec Sylvain avec sur le côté mon carnet de notes dans lequel je consigne cette rude semaine.
Il n’y a pas eu beaucoup de photos,
les priorités étaient bien ailleurs.
Je reçois un mail …
du Bureau Français de Taipei :
« Cher Claude,
Je crois comprendre que vous êtes actuellement à Taiwan et votre spectacle aura lieu le weekend du 11 août.
Je vous félicite le succès de cette collaboration aboutie avec Kaohsiung.
Je regrette que l'Institut français ne pouvait pas vous apporter un soutien financier.
De notre côté, malheureusement, nous n'avons pas plus de budget cette année pour votre création In Wei.
En revanche, si vous le souhaitez, ce sera un grand plaisir de partager cette information sur notre Facebook du BFT qui possède plus de 15000 fans.
Restons à votre disposition pour plus d'informations.
Très cordialement,
… »
Je m’exécute immédiatement en préparant un petit communiqué de presse
que je poste sur la fameuse page Facebook.
9h45,
je suis en bas de l’immeuble,
un peu en avance,
je renoue avec mes parcours musicaux :
Echo and the Bunnymen pour aller à l’abribus de bois blanc.
Le chauffeur du 53 est tout jeune,
il me dit au revoir fièrement quand j’arrive dans le quartier du studio.
J’ai envie de tester ce jus d’hibiscus que Cheng Wei buvait hier.
Je lui donne rendez-vous au Milk Shop.
La serveuse me reconnait et me sourit.
Pas facile d’expliquer ce que je veux,
je sais que c’est celui qui a la pastille rouge foncé,
là, sur cette colonne.
Mais tout ça est affiché un bon mètre au dessus de nous,
sur un splendide panneau lumineux
et j’ai oublié comment ça se dit.
Un des vendeurs, fouille sous le comptoir,
et trouve une version papier de la liste des boissons.
« clever boy »
Je leur montre le fameux point rouge.
« ooooh … ok ok »
10h30,
Cheng Wei gare son scooter devant la table où je suis assis.
Il a une petite mine.
Mal au crane.
« les cocktails d’hier ?
- non, juste de la fatigue »
On part au studio.
Pendant qu’il se chauffe, on parle à nouveau d’hier,
ce qu’on fait les filles n’est décidément passé.
Je tente de le faire relativiser.
On a quand même atteint notre objectif :
lundi, on entre au théâtre en ayant appris toutes les danses,
certes, ça ne veut pas dire qu’on les sait,
ni qu’on les maîtrise,
mais déjà la phase d’apprentissage est achevée.
On revoit le solo.
D’abord sans musique,
puis avec,
ça roule bien mais quelque chose ne va pas.
On reprend sans musique et là, on se souvient.
J’ai fait des changements à la dernière répétition,
il ne s’en souvient plus … moi non plus.
Et c’est le jour où je n’avais pas choisi le bon format de vidéo,
donc je n’ai pas de trace dans l’ordinateur.
J’essaie de me souvenir,
Cheng Wei cherche, propose,
mais ça ne revient pas,
il s’excuse,
cherche, s’agite,
s’excuse encore.
Il culpabilise.
En même temps, la dernière répétition de ce solo était le 19 juillet.
Presque trois semaines …
Et pas des moindres.
Je lui dis que je vais fouiller dans les disques durs, il y a forcément une trace de cette première vidéo même si la qualité n’est pas bonne.
Demain matin, on devait travailler « le baiser » mais ça tourne déjà bien là où on en est.
On prendra sur ce temps-là pour filer le solo avec les corrections.
Je lui laisse faire un dernier filage par acquis de conscience,
au cas où les choses nous reviendraient …
Il me présente à nouveau ses excuses.
« shall we do it gain ?
- no Cheng Wei, the girls gonna wait »
On arrête à 13h.
Direction Zuoying.
La chaleur est étouffante et le ciel bien blanc.
Et ni l’un ni l’autre n’a prévu d’imperméable ou de parapluie.
On n’aime pas ça.
13h25.
Nous arrivons à la gare,
et nous avons un peu faim.
En fait, depuis mon anniversaire nous n’avons pas fait de vrai grand repas.
J’ai bien eu un repas équilibré dans ma « lunch box » d’hier,
un peu comme le déjeuner végétarien que Cheng Wei a partagé avec les filles lundi.
Il y a une brasserie Mövenpick,
c’est un peu cher (du moins pour ici) mais ça ira pour une fois.
On commande,
Cheng Wei regarde à quelle heure part le bus.
13h50.
Ça nous laisse le temps de déjeuner.
Je vais réserver une table, le temps que les plats arrivent,
Cheng Wei va acheter des cigarettes et récupérer les filles.
Nous partageons un déjeuner quasiment européen :
panini, soupes, salades …
Les filles nous racontent qu’un groupe de jeunes a engagé la conversation dans le métro.
Il leur a demandé si elles allaient voir « the big Bouddha »
Elles ont répondu qu’elles ne savaient pas.
C’est vrai qu'hier soir, je ne leur ai rien dit,
préférant leur laisser la surprise.
On retrouve le groupe de jeunes dans la file d’attente pour le bus qui nous emmène au Big Bouddha.
« ils doivent nous prendre pour des folles … »
Nous nous installons dans le fond du bus,
les jeunes se mettent à côté,
ils sont coréens.
Assez vite, depuis l’autoroute, on se retrouve dans la verdure.
Les filles sont ravies.
Elles ont la sensation de respirer.
Le ciel est de plus en plus gris,
ça n’est pas bon signe,
espérons qu’on ait le temps de voir des choses avant l’averse.
Le bus nous laisse devant l’esplanade qui donne déjà une idée de la majesté de la chose.
Élise achète une bouteille d’eau,
et nous commençons la visite.
Ce bâtiment,
qui, en fait, n’abrite que la partie la plus commerciale du temple,
est déjà bien impressionnant.
Pourtant, il est relativement raisonnable comparé à la suite.
Nous passons donc dans cette première bâtisse,
où l’on trouve des cafétérias,
des boutiques de souvenirs en tous genres,
et tout ce qu’il faut pour la visite (plans, audioguides).
Je repère un petit Bouddha en pierre,
(je ne peux pas vous dire le prix, je l’ai offert,
mais c’est moins cher qu’une statuette en plastique de la Bonne Mère
ou de sa cousine de Lourdes (celle sans eau bénite).
Et de l’autre côté du bâtiment :
Les gens qui se promènent dans l’allée centrale
(si si les petits points que vous voyez ça et là)
vous donnent une idée de la taille du Bouddha du fond.
1400 tonnes de métal,
108 mètres de haut dont 40 seulement pour la statue.
En Asie aussi,
et peut-être un petit peu plus qu’ailleurs,
on a le sens de la démesure.
L’allée centrale est flanquée de huit pagodes de 38 mètres de haut ayant chacune un thème.
Tout le monde a dégainé l’appareil photo.
Les huit pagodes sont encadrées par quatre tours.
Quand nous atteignons la plus proche, hélas, la pluie commence à tomber.
L’occasion pour les danseuses touristes de voir s’il y a dans les pagodes,
des cadeaux pour leurs filles, ou des cartes postales.
Après un passage devant le mur des donateurs
(et il y en a vraiment du monde entier),
nous remontons vers la grande statue.
Dans la première pagode, il y a un arbre à voeux.
Des petits coeurs et des stylos sont à la disposition des visiteurs.
On peut écrire un voeu et aller l'accrocher dans l’arbre
comme l’ont fait Elise,

Marie,
et ce très jeune visiteur
La pluie n’a pas l’air de cesser.
Marie s’inquiète
« j’espère que l’on va pouvoir prendre des photos du Bouddha »
Nous remontons à couvert sous la grande allée couverte,
jusqu’au bâtiment du fond qui abrite plusieurs musées.
Avec l’heure qui avance, nous n’aurons pas le temps de faire les huit pagodes
si nous voulons être à l’heure pour notre prochaine intervention dans la librairie.
L'occasion de faire une prochaine visite ...
Même sous l’orage, le lieu est magique.
Je profite d’une alcôve pour capter un bout de la statue.
Sous le bâtiment du fond, situé sous la grande statue,
il y a là-aussi plein de choses à découvrir.
Deux musées, des temples, des galeries d'art ...
Décidément, il faudra que j'y revienne un autre jour.
Nous commençons par le musée dits des « palais souterrains »
Dédié aux générations futures,
il est constituée d’emplacements qui renferment des objets caractéristiques de notre époque.
Des capsules temporelles, au nombre de 48,
qui sont renouvelées une par une tous les cent ans.
À chaque ouverture, on sort l’artefact conservé
et on le remplace par celui qui correspond le mieux au moment du changement.
La dernière fois que cette opération a été faite, c’était en 2011,
cent ans après la naissance de la République de Chine, le Taiwan moderne.
Un compte à rebours nous indique quand aura lieu prochain renouvellement.
Marie me redemande si on aura l’occasion de prendre des photos du Bouddha.
Je ne sais pas trop quoi lui dire,
cela dépend de la pluie et du temps que l’on prend pour les visites.
On sait déjà que vu le temps qui nous reste,
on ne visitera pas les quatre dernières pagodes.
Nous allons ensuite au musée de la vie de Bouddha
où Cheng Wei, secondé par Élise, nous raconte les différentes étapes de sa quête spirituelle.
À sa sortie, il y a trois autres mausolées.
Celui d’Avalokitesvara aux mille yeux et mille bras,
celui du Bouddha d’or,
et celui du Bouddha de jade,
il y a des gens qui prient,
d’autres qui tentent de méditer malgré le va-et-vient incessant des touristes.
Un groupe de jeunes vient de se faire éjecter par un gardien,
ils prenaient des photos dans un des rares endroits où c'est interdit.
Comme ils nous croisent en sortant, ils demandent à Marie de les photographier.
17h
Il est temps de redescendre vers l’arrêt de bus.
Et nous avons de la chance car la pluie s’arrête quand on doit traverser la cour.
Le soleil fait même un apparition
qu’Élise apprécie particulièrement
Le temps de prendre quelques derniers souvenirs visuels,
(c'est qu'il n’est pas si facile à cadrer que ça, le Bouddha …)
et nous rejoignons le hall d’entrée par l’allée couverte opposée à celle par laquelle nous sommes arrivées sous la grande statue,
qui disparait dans le brouillard.
Ce premier hall est décidément un vrai centre commercial.
Starbucks, Seven Eleven,
nous ressortons l’estomac plein de toutes sortes de desserts à la pâte de riz proposés par des vendeuses tellement sympathiques que nous n’avons pas le courage de refuser.
Les parfums se mélangent un peu dans mon estomac quand nous courons sous la pluie (qui a repris de plus belle) jusqu’à l’arrêt de bus.
18h.
Le Fo Guang Shan express arrive.
Cheng Wei paie en liquide.
Ma carte de transport n’est pas assez chargée,
celle des filles non plus.
Le chauffeur crie en boucle « No money no money »
C’est sensé être drôle je suppose.
J’achète trois tickets et nous nous installons au fond.
On prépare un peu notre intervention du soir.
La semaine dernière, il s’agissait de parler,
là on va les faire danser.
Le duo en préambule,
des extraits des deux danses sur la même musique pour mettre en exergue nos différentes manières de bouger et d’appréhender la musique,
quelque chose autour des gestes quotidiens,
pourquoi pas les faire compter comme je fais avec les enfants ici ?
Et pour le reste, on verra bien ...
Cheng Wei s’endort,
je plaisante avec Élise.
Le voyage passe vite.
Il y a un peu de trafic aux abords de la gare.
18h40,
Zuoying,
les filles rentrent à l’appart.
Quant à nous, nous reprenons le scooter pour traverser la ville.
Nous devrions arriver juste à temps à la libraire pour notre intervention.

























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