Le baiser en la bémol,
la suite des chaises,
un double effet papillon,
chamboulement de planning
Réveil avant le réveil,
la pèche n’est toujours pas au rendez-vous.
Je m’assois sur le lit,
mon dos n’est pas vraiment remis de cette semaine ma foi bien chargée.
Semi coma,
je rate « France Inter il est minuit »
il faut quand même que je m’agite un peu.
J’entrouvre le rideau et me dit que je devrais prendre quelques photos,
d’ici ou du toit,
mais je n’en ai pas l’énergie.
Eau chaude,
thé,
plus rien à manger.
C’est vrai qu’hier, je m’étais dit que j’irais au supermarché près du petit studio,
mais comme on n’y est pas retourné,
me voilà bon pour le Seven Eleven.
J’enfile le premier tee-shirt que je trouve, le short noir et je descends.
Tourner à gauche,
deuxième à gauche,
le voilà au bout de la rue.
Deux paquets de biscuits,
ça devrait aller pour tenir la matinée
et avoir un paquet de secours en cas d’un autre matin similaire.
Chemin inverse.
France Infos,
je plonge mes biscuits dans le thé,
mon cerveau se désembrume.
Je relis et mets en ligne l’article rédigé hier,
puis je commence le montage du solo de Mimi filmé à la répétition de mardi dernier.
Elle ne l’a pas dansé de la semaine.
J’espère que ça va bien se passer quand on le reprendra.
9h25,
douche,
et pour la première fois du séjour,
j’utilise de l’eau chaude pour soulager mes lombaires.
Rituels de préparation du matin,
je suis à l’étage en dessous à 9h45.
Les filles sont de bonne humeur,
on se moque de nos esprits pas tout à fait réveillés
(je m’étonne qu’il y ait du vent alors que je viens de créer un courant d’air en ouvrant la porte, Élise oublie de prendre des chaussettes pour la répétition …)
Ça me rappelle l’ambiance du premier jour,
dans le train,
avant que les choses ne changent.
Le chauffeur de bus est pressé ce matin.
Heureusement qu’il n’y a pas grand monde comme d’habitude
et que nous sommes bien assis.
Nous arrivons en avance au studio quand je reçois un message de Cheng Wei qui me dit
que lui sera en retard.
On s’installe au bar à thé (le fameux « milk shop ») où les filles ont leurs habitudes.
Le Oolong pour Marie, le cocktail de jus de fruits « winter melon - lemon » pour Élise …
On attend Cheng Wei en discutant.
Élise est dans l’état inverse d’hier, son corps va bien mais son esprit est au ralenti.
Si Marie a bien dormi, elle, elle a fait un insomnie.
Cheng Wei arrive.
Il commande un jus rouge qui m’intrigue.
Je goute,
et j’aime beaucoup.
Je lui demande ce que c’est
C’est du lui hua - 洛神花 -
Google nous dit qu’en français c’est de l’oseille de Guinée,
une fleur de la famille des hibiscus.
Je prendrai ça la prochaine fois.
Cheng Wei ne boit son jus qu’à moitié, il faut qu’on y aille.
« le baiser » se passe comme une lettre à la poste.
Marie a révisé et se souvient de tout.
Cheng Wei a déjà vu la vidéo de ce qu’il a à faire,
comme ça n’était que des indications, il fait les choses à sa manière
et ça marche très bien.
J’aime sa façon d’être un peu trop prévenant dans ce genre de duo.
Ça me rappelle sa façon de travailler avec Élise pour la Septième Nuit.
J’aimerais que le duo se cale comme leurs corps le décident.
La relation à la musique m’importe peu.
Mais c’est un peu compliqué.
Marie applique ce que je lui ai dit,
Cheng Wei s’adapte,
mais quand ils n’ont plus d’indications, ils sont perdus.
Ils me demandent des comptes,
je leur en donne le moins possible en faisant confiance au travail de répétition
mais d’instinct, ils se calent sur la musique.
Je les laisse faire,
on verra si on arrive à faire bouger les choses dans la version française.
Vu qu’on a du temps,
j’en profite pour mettre en place ce que nous ferons pour annoncer ce duo.
Dans le train en allant à Tainan, j’avais noté une version simplifiée
par rapport à ce que j’avais prévu au départ,
à savoir une danse en boucle où les deux interprètes se rapprochaient à chaque séquence
pour finir en contact.
Je n’avais gardé que la version finale pour Cheng Wei (celle en contact)
et pour le reste Élise et moi allions passer par toutes les manières de se dire bonjour.
Ce qui pouvait aussi correspondre à des étapes des rencontres d’un couple en devenir.
J’avais donc tout noté,
mais la feuille n’était plus dans le carnet …
Je rebâtis une structure en faisant appel à ma mémoire pas totalement performante :
on se croise on se regarde,
on s’arrête face à face,
on se serre la main,
une bise,
deux,
je la prends dans mes bras,
un porté.
Chaque séquence est séparée par la traversée de tous les danseurs.
Il va falloir caler tout ça avec les taïwanaises.
Je me dis qu’Élise n’a pas de temps où elle est totalement seule dans toute la pièce.
Je lui propose de se faire un petit solo à partir de ce qu’elle capte du duo des deux autres, comme si elle annonçait la rencontre.
À la place de la phase où Cheng Wei et Marie devaient danser la même chose dans un espace proche mais sans contact, je propose à Cheng Wei de faire ce qu’il fera avec Marie mais seul.
Élise enchaîne son solo après notre porté,
que nous ne faisons pas pour l’instant à cause de mon dos.
Les trois solos se chevauchent jusqu’à la rencontre avec Marie.
Il faut juste trouver le bon timing.
On a fini vers 13h.
Élise filme sa petite création,
on a tout sur vidéo au cas où
mais ça roule déjà.
Cheng Wei part en scooter,
nous prenons le bus.
Il y a un groupe de lycéens tous émoustillés de croiser des étrangers.
Une des jeunes filles a un tee-shirt sur lequel il est écrit
« maison, souvenirs de vacances »
C’est drôle de remarquer qu’elle ne fait pas le lien avec nous,
qui parlons la langue de ce qui est écrit sur son tee-shirt.
14h,
nous sommes devant le grand immeuble sur Minzu road.
Wan Chu et Mimi sont là,
nous décidons d’aller nous acheter des sushis,
la dame est désolée, la cuisine ferme à 14h ..
Pas de problème, à quelques mètres il y a un snack où on peut commander des « lunch boxes ».
Du riz ou des pâtes, des légumes et une protéine pour ce qui en veulent.
On monte déjeuner dans la petite salle à côté du studio .
Tout le monde est un peu au ralenti aujourd’hui.
Cheng Wei a reçu un message d’un de ses contacts.
Elle a besoin de photos pour pouvoir faire l’annonce du spectacle sur des sites internet.
Il va falloir que l’on fasse une photo ou deux en fin de répétition,
mais pour l’instant, au boulot.
On reprend les chaises là où on s’était arrêté la veille.
Élise a déjà tout enregistré,
pour ma part, je suis déjà fier d’avoir des automatismes dans les quatre premières mesures …
Cheng Wei reprend la construction de la chorégraphie.
Nous en étions à l’épisode des poubelles.
Ensuite, nous revenons nous asseoir.
Cheng Wei vient nous montrer une nouvelle chose,
Mimi et Wan Chu, comme à leur habitude … papotent …
C’est une déclinaison de la phrase de base avec des décalages d’une ou deux mesures.
Il nous dit que pendant nous danserons cette version-là, les taïwanaises vont faire la v.o.
à gauche.
« le tout à gauche » la phrase que tant de danseurs redoutent.
Pour moi, cela paraît bien compliqué.
Mais en même temps, elles la maitrisent complètement à droite,
et depuis longtemps,
pourquoi pas essayer …
Cheng Wei va voir les taïwanaises.
Ils discutent,
le ton monte,
il y a visiblement un problème.
Pour ma part, j’ai tout le reste à intégrer.
Mon cerveau n’a pas encore totalement enregistré la version originale.
Je m’agite en demandant de temps en temps à Élise de me rafraîchir la mémoire.
Wan Chu crie.
On s’arrête.
Cheng Wei sort.
Les filles pleurent.
Cheng Wei revient dans le studio,
nous demande de s’excuser pour son comportement,
et pour la première fois en trois ans, je le vois réellement verser des larmes.
On est loin.
Les françaises consolent les taïwanaises,
qui s’excusent parce que Cheng Wei nous demande d’apprendre une nouvelle version,
et que ça va être compliqué pour nous.
On leur dit qu’il n’y a pas de raison,
d’une part parce que c’est le boulot
et qu’en plus cette version est finalement plus simple que l’originale.
Cheng Wei est reparti dans la salle où on déjeune.
Je vais le voir pour comprendre.
En fait, Mimi et Wan Chu ont refusé d’apprendre la danse à gauche.
On en est là.
Double effet papillon.
Les françaises ont refusé de danser le « night life »,
il n’y a pas de raison que, de leur côté, les taïwanaises ne puissent pas non plus refuser de danser des choses.
Et puis avec l’histoire du quatuor, qui était « irréalisable » lundi,
(et le « night life » le mercredi …)
les taïwanaises s’inquiètent de toute danse un peu complexe
et ont peur que les françaises n’arrivent pas à le faire.
Résultat des courses :
quand Cheng Wei pensant aller dans le sens des taïwanaises,
ne leur a pas imposé la version à gauche,
elles ont cru qu’il avait fait exprès de nous demander une version plus compliquée,
juste pour qu’elles se sentent fautives.
Nous savions Cheng Wei et moi
que Mimi ne le considérait pas à la hauteur de sa fonction de chorégraphe
mais de là à l’imaginer doté d’une telle perversion ...
Du bruit,
beaucoup de bruit,
beaucoup d’histoires … pour rien.
Je fais l’aller retour entre les deux salles,
calme les uns et les autres,
absorbe bien trop d’énergie négative pour en sortir indemne,
ça n’est pas aujourd’hui que mon dos ira mieux …
Et l’après-midi qui avance,
que de temps perdu …
Une fois que tout le monde a repris ses esprits,
on reprend la seule chose pour laquelle on devrait être là,
le travail.
Après l’épisode des poubelles,
nous revenons donc nous asseoir,
les français font la nouvelle version (enfin … ils le feront quand ils y arriveront)
et les taïwanais reprennent la v.o.
En le faisant en musique, je comprends ce que fait Cheng Wei :
dans ma composition,
il y a effectivement à ce moment
(4'43 pour ceux qui ont la curiosité d'écouter la musique),
une sorte de réponse à la première mélodie sur laquelle est calée la danse originale.
C’est sur la réponse que nous, les français, dansons.
Cheng Wei a entendu le dialogue instauré dans la musique et l’a retranscrit dans la chorégraphie.
Dommage que les filles ne se rendent pas compte de ça ...
Suit une autre danse des français au fond qui se termine par Élise qui amène des verres de vin.
Nous trinquons pendant que nos trois collègues continuent à s’agiter dans une danse frénétique,
ce qui correspond effectivement à ce que l’on pouvait voir si on posait deux caméras au même moment en France et à Taïwan, un soir d’été.
Cheng Wei me confie la réalisation de la danse.
Il a raison.
Même si ça ne m’arrange pas
parce que je préfèrerais m’atteler à l’assimilation de tout ce qui se passe avant …
Il est 17h quand on a péniblement fini la structure de ce final.
Et dire qu’aujourd’hui nous avions prévu de tout filer …
J’obtiens quand même que l’on fasse « hotsprings »
pour que Mimi puisse voir comment son solo se passe avec nous tous au sol.
Il faudrait que je regarde,
que je vérifie que les choses se tuilent comme je voudrais
mais tout le monde est à saturation.
On arrête
et on prend les photos pour le communiqué de presse sur le net.
Le ciel se couche et c’est bien joli.
Les françaises prennent des photos.
J’annonce à tout le monde le planning du week-end.
Demain les filles sont off,
Cheng Wei travaille son solo le matin
et l’après-midi nous irons voir un spectacle à Wei Wu Yin.
Je précise qu’elles sont invitées ...
Je dis à tout le monde que nous avons une intervention le soir à la librairie,
au cas où quelqu’un serait intéressé,
mais visiblement ça se passera comme les autres samedis …
Dimanche,
une petite répèt le matin et nous irons sur l’île de Cijin l’après midi.
Élise et Marie seront allées deux fois à la mer cette semaine.
En espérant que cela palliera « la pollution » de cette ville qu’elles trouvent « irrespirable » ...
Les taïwanaises sont ravies,
elles pourront se reposer comme Mimi l’avait demandé à Cheng Wei avant-hier.
J’entends les filles discuter.
Mimi leur propose après le spectacle d’aller passer la journée à Tainan et de là partir directement à l’aéroport de Taoyuan.
Il y a un spa qu’elle aime bien où il y a ces bassins où des petits poissons mangent les peaux mortes des pieds.
Je souris,
il y a la même chose à Marseille et partout en Europe mais elles ont l’air très enthousiastes …
Quand je pense qu’elles ne voulaient pas aller dans un centre commercial
vu qu’elles allaient y trouver la même chose qu’en France …
Mimi leur demande à quelle heure est leur avion.
Je lui dis qu’il faut qu’elles soient à l’aéroport à 21h.
Cris et rires,
elles sont contentes,
il y a une journée entre filles qui se profile pour leur dernier jour,
je ne ferai donc pas le chemin avec elles jusqu’à l’aéroport.
Élise nous demande si c’est ok pour nous
(c’est bien la seule que ça a l’air d’inquiéter).
Je lui dis que que je vais en parler à Cheng Wei.
Le connaissant, il a forcément prévu quelque chose
pour ces deux jours réellement off pour tout le monde entre le spectacle et leur départ.
Il y a deux ans, nous étions partis dans la montagne,
on en avait d’ailleurs parlé il n’y a pas si longtemps
et on avait raconté à Marie, les bains, la nature, les cigales …
Quand j’annonce à mon pauvre ami que le mardi 16,
les filles ont l’air de planifier une journée à Tainan, il ne lève pas la tête :
« ok I cancel »
Je savais qu’il avait prévu quelque chose.
Élise n’entend pas la réponse, tout le monde est en train de ranger ses affaires.
Comme on est vendredi et que nous n’irons visiblement pas cette semaine non plus
partager la bière de mon anniversaire avec Jim,
je dis à Wan Chu de nous excuser.
Elle me dit que ça n’est pas grave
et en profite pour nous annoncer que jeudi prochain,
soir de générale,
elle ne sera pas là.
Elle a cours à 19h30 dans un nouvel endroit et elle ne peut pas se permettre de manquer.
Consternation.
Il y avait tellement d’options possibles.
D’abord, nous le dire plus tôt,
puisque visiblement ça n’est pas quelque chose qu’elle a appris hier soir.
Ce qui aurait permis à Cheng Wei d’organiser les équipes du théâtre autrement,
pour la lumière, la captation vidéo,
et aussi le personnel du lieu qui était invité à la fameuse générale …
Elle aurait pu aussi, vu que c’est un nouveau cours, ne commencer que la semaine suivante …
Cheng Wei est énervé,
et complètement perdu quant à l’organisation de la semaine au théâtre qu’il avait déjà calé.
Je dis à Élise et Marie de rentrer sans moi,
et une fois qu’il s’est un peu calmé, on tente de réorganiser le tout.
Comme ça n’est pas une pièce très physique, on reporte la générale à vendredi matin.
À partir de là, il faut qu’il recontacte l’équipe vidéo, le photographe et l’équipe lumière pour voir quand ils sont disponibles et on refera un planning en fonction.
Nous sommes une de fois de plus bien étonnés du comportement de Wan Chu.
Ça n’est tellement pas dans ses habitudes de nous mettre comme ça devant le fait accompli,
comme ce qu’elle a fait hier.
D’accord Cheng Wei ne peut pas rémunérer les répétitions,
mais elles lui font payer un prix bien trop élevé.
En tout état de cause, c’est sûr qu’en agissant ainsi, il ne peut pas dire non ...
Sale journée.
Ce soir,
une chose s’impose pour évacuer tout ça,
Mini …
Un cocktail ou deux pour décompresser ne nous fera pas de mal.
J’ai forcément un pincement au coeur en pensant que cette décompression aurait pu être collective mais bon, ce projet ne se passe décidément pas comme je l’avais imaginé.
Nous rentrons en scooter.
Il faut acheter les billets pour le spectacle de demain.
Ici, on peut (aussi !) faire ça dans les « convenient stores ».
On s’arrête au premier Seven Eleven,
plus de billet.
On essaie le Family Mart (le concurrent),
plus de billet non plus.
Cela a l’air complet.
Double peine.
Non seulement, il n’y a plus de place
et il va donc falloir que l’on trouve autre chose à faire
mais en plus, ces spectacles-là sont complets
alors qu’il n’a toujours que très peu de places réservées pour nous …
Cheng Wei est au plus bas.
Mini est définitivement indispensable ce soir.
Vu que j’ai rendez-vous à 20h avec la femme du gardien,
nous irons après.
D’ici là, vu que le ciel est décidément magnifique,
j’invite mon malheureux collègue à partager une bière fraîche sur le toit de mon immeuble.
18h45,
nous sommes à Hebei road,
le ciel passe de l’orange au rose.
Une halte express dans mon appart pour déposer les sacs et prendre la bière
et nous montons sur le toit.
18h50,
nous arrivons là haut sous un ciel flamboyant,
mais …
Nous ne sommes pas seuls ...




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