Création franco-taïwanaise de Claude Aymon et Cheng Wei Huang

pour les deux compagnies c2a et WeiDanceCompany,

In Wei est une vision croisée des deux chorégraphes

sur sur ces aspects qui séparent l’est de l’ouest, l’Asie de l’Europe.

Après avoir travaillé chacun dans le pays de l’autre,

ils ont décidé de parler de tout ça par le langage qu’ils ont en commun, celui du corps.

Les danseurs des deux compagnies ont travaillé tour à tour avec les deux chorégraphes

à la fois en France et à Taïwan,

avec une première taïwanaise à Kaohsiung en août 2016 et une première française à la Toussaint.

samedi 3 septembre 2016

29/07/16 - Taiwan 3e partie - Jour 2 - dernier jour à Tainan

Parler avec Liao Mo Hsi, 
pouvoir dire « à bientôt » aux élèves, 
se reposer un peu pendant que les filles avancent, 
une soirée improvisée autour des problèmes à régler.                 










Vendredi 29 juillet

Mon téléphone vibre sous ma fesse droite.
Il a dû migrer pendant la nuit.
Il est donc 6h01 et le réveil est particulièrement comateux.
J’arrive à m’extirper du lit à 6h20.
France Infos …
Et puis non, c’est décidément bien trop glauque.

Je me traine mollement vers la fabrication du thé.
Il me reste un pain inconnu à gouter.
Il est à la badiane,
c’est étonnant au réveil mais ma foi pas si désagréable.
(en fait non, ça n’est pas si agréable que ça en fait)

J’ai juste le temps de rédiger quelques notes sur la suite de l’article du lundi 18,
qu’il est l’heure d’aller bosser.

7h35,
départ après la douche matinale à l'automatique.
ABC « the look of love »
Il me faut au moins ça pour me réveiller.

7h43
je suis devant la gare routière.
Il fait déjà beaucoup trop chaud.
J’aurais aimé, juste un matin, arriver à cet endroit,
complètement réveillé avec un tee-shirt encore sec …

Je traverse le carrefour en diagonale comme d’habitude,
entre dans la gare par la droite,
prends le même escalator et sourit au bonhomme du contrôle 
qui m’avait indiqué le fameux quai,
le 4B,
que j’atteins à
7h48
alors que depuis la passerelle c’est Blondie qui me dit « Atomic » dans les oreilles.



Dire que c’est peut-être la dernière fois que je fais ce chemin ...

7h57,
le Tze-Chiang limited express numero 114 arrive
Il se vide, se remplit.
8h,
il redémarre 
et je suis assis sur le marchepied de l’entrée arrière de la voiture 11 
comme tous les matins de cette semaine.

8h33,
je sors du train en gare de Tainan,
serions-nous en avance ?
Non, l’horloge passe à 8h34.

Passage à la barrière de contrôle.
Ah … Il va me manquer trois dollars pour utiliser ma carte au retour.
Je m’achèterai un billet.
Comme ça pour la première (et seule) fois, je serai confortablement assis.

Même kiosque à boissons,
les peintures sont toujours à la même place dans le hall des départs,
je bois un coup, finis ma pipe et prends un taxi.
Alors aujourd’hui, le chauffeur est très content que je lui indique la route.
Il me dit quelque chose qui, peut-être, veut dire que ça l’étonne que je la connaisse.
Nous ne saurons jamais.
En revanche, il a une version toute récente de Kung Fu Fighting en chinois qui est particulièrement improbable.

Quand j’arrive devant le 163,
la danseuse responsable de l’ouverture est déjà dans les étages.
Parfait, il fera un peu moins chaud.
Je passe ma main par le petit trou dans la porte,
et le tour est joué.
Je peux à mon tour accéder aux étages par le petit escalier extérieur.

Comme je suis un peu en avance,
je tape un peu de texte pour le blog.
On en est au dimanche 17 et je suis en train de prendre un sacré retard 
(et vous vous en rendez bien compte).

Les filles arrivent au compte-gouttes ce matin.
Il y a de la fatigue dans l’air.
Heureusement, c’est le dernier jour.
Je vais les laisser tranquille 
(enfin, le plus possible …)

9h30
On attaque.
Tout le monde est détendu.
On rit de nos erreurs.
Les filles se corrigent toutes seules.
Comme souvent après une semaine de stage,
c’est au moment de se séparer que la vraie aventure devrait commencer.

On se paye le luxe de redanser les trois variations explorées dans la semaine.

Alors que nous reprenons l’oiseau, commencé la veille,
Liao Mo HSi,
la directrice du lieu, 
entre dans le studio et s’assoit discrètement dans un coin.
Nous sommes en plein « peaufinage » de tout.
Qualité de mouvement.
Je parle de l’énergie,
de douceur,
de vent, 
de balançoires,
pour qu’elles cherchent de la légèreté et des suspensions
(et ça n’est pas si simple ici …)
Les filles dansent la variation en boucle,
s’essayant à toutes ces choses.

Du coin de l’oeil, je vois la dame esquisser des ports de bras,
les miens,
et se laisser porter par la musique.
Elle me fait penser à Rosella Hightower dans une pièce de François Verret
(« L et eux, la nuit » je crois).
J’aurais aimé avoir posé la caméra au bon endroit.

On finit un peu en retard.
Personne ne se plaint.
Et puis aujourd’hui je peux,
je n’ai pas à speeder après le second cours.


Les élèves me remercient.
I-Pin me demande si on peut prendre des photos.
« mais on DOIT prendre des photos ! »
Je n’ai pas fini ma phrase que tout le monde s’agite.
On tire les rideaux,
on allume toutes les lumières,
on installe un rideau blanc supplémentaire.
C’est une véritable séance photos.

D’abord avec celles qui viennent de danser



Puis tout le monde,



Puis uniquement celles qui vont danser.



J’aurais bien aimé en faire une,
juste entre nous,
avec des grimaces,
comme je fais partout ailleurs,
mais je sens que ça n’est vraiment pas le moment.

Liao Mo Hsi me tend une enveloppe dans lequel il y a mon salaire.
Puis prend une feuille blanche, un stylo à pointe fine et écrit 
merci.
Elle signe et insère le papier dans l'enveloppe.



Elle me dit avoir particulièrement apprécié cette dernière danse.
Elle montre les flux, les reflux.
« Maybe you can make me dance one day !?
- Why not ? With pleasure ! 
-I’m still dancing you know ? I’m 72 ! »
Elle est fière de m’annoncer son âge,
et de me le prouver en m’offrant la couverture de leur dernier spectacle.



Elle a de quoi être fière.
Je lui dis le plaisir que j’ai eu de travailler dans son école.
Elle me remercie à nouveau et dit des choses à I Pin en mandarin.
C’est une proposition pour revenir travailler l’an prochain si je le veux bien.
Évidemment que je veux bien.
« So we keep in touch 
- Yes indeed »

En route pour la dernière classe,
où un effort de plus en plus croissant est fait sur les chaussettes.
Je les laisse tranquille, elles aussi.
Surtout qu’hier, j’ai été dur.

Pour l’oiseau, on fait un travail dans le temps et l’espace,
des canons, des directions différentes.
Personne n’est perdu.
On s’amuse.
(on s’amuse tellement que je n’ai pas pensé à filmer,
l’extrait qui est sur la vidéo au dessus est celui d’hier).

Je les lâche vers 12h40.
Tout le monde repart au vestiaire.

I Pin vient me donner un programme du spectacle à venir.
Je la remercie.
Une des élèves revient avec un petit mot et repart aussi vite qu’elle est venue.



Elle a donc raconté ce qui s’était passé hier.
Et ses parents l’ont aidé à écrire ce texte en anglais.
Je suis sidéré.
Je me dis qu’en France, j’aurais peut-être eu droit à la visite des parents pour savoir de quel droit j’avais dit à leur fille de rester concentrée.
Un autre monde ...

J’aurais aimé lui dire un petit mot,
faire traduire à I Pin que c’est compliqué pour moi aussi 
parce que l’anglais n’est pas ma langue maternelle,
et qu’elle, elle ne le comprend pas bien,
alors parfois j’utilise des mots que tout le monde puisse comprendre,
comme mon « not funny »
et que parfois, c'est disproportionné.

J’aurais aimé lui dire tout ça mais elle est déjà partie.
Tant pis,
je la reverrai peut-être l’an prochain.


Je prend mon temps pour dire au revoir à tout le monde.
J’en reverrai quelques unes dans quinze jours.
Au spectacle …
Il ne nous reste que quinze jours …
Enfin treize …
Dieu que c’est court,
mais bon, on n’a que ça à faire.
Ça va forcément aller.

La jeune fille au scooter me ramène à la gare.
J’achète donc une place réservée et j’arrive à avoir le train de 13h18, 
de justesse.
Je suis assis à côté d’une jeune fille bien bavarde qui ne se déscotche pas de son téléphone.
Elle poursuivra sa route et sa conversation vers l’est du pays.
30 minutes au téléphone …
Avec la même personne ?
Elle a peut-être appelé quelqu’un d’autre quand j’ai tenté de m’endormir.

13h48,
Kaohsiung Main Station,
contrairement à hier, je me fonds dans la foule 
et rejoins paisiblement l’avant de la gare.
Les arcades,
Hebei Road,
je longe le canal.
Il fait encore très chaud aujourd’hui.

Arrivé à l’appart’,
je mange, je discute un peu sur le net et je m’endors sous le ventilateur.
Il n’est pas 16h.
Je prendrai le bus vers 17h, 
il y en a plus aux heures de pointes.

Je suis réveillé par mon téléphone.
C’est Cheng Wei.
Ils ont fini pour aujourd’hui, ça n’est pas la peine que je vienne.
Le quatuor est bouclé, 
il n’y a plus qu’à le travailler.

Je ne bouge pas.

J’avance sur le blog,
je retouche des photos,
Cheng Wei arrive.
Ils se sont donné rendez-vous à l’appartement car il y a un souci de plomberie.
C’est vrai qu’on a essayé toutes les prises électriques, les portes, la machine à laver et le frigo mais on oublié les robinets.
Pour l’agence de location, on n’est pas bien au point décidément.
Donc,
les WC sont bouchés,
et le câble Éthernet ne marche pas.
Il va falloir qu’il règle tout ça avec son oncle.
Le pauvre ...

Je lui demande si tout s’est bien passé.
Il me dit que ça va,
qu’il a filmé,
mais que c’était mieux la fois suivante.
Je regarde la vidéo.
Ma foi oui,
ça ne tourne pas encore mais ça n’est que la deuxième répétition.
En le faisant régulièrement, surtout dans le grand studio que nous aurons la semaine prochaine, ça ira bien.

Il descend chez les filles,
qui tapent à ma porte quelques secondes plus tard :
elles ont croisé l’oncle et vu l’ambiance, elles préfèrent rester ici.
Je peux comprendre.
Elles ont porté des amandes,
j’ai des bières.
Parfait pour l’apéro.
On discute un peu.
Finalement, Élise a acheté des fruits.
Il faudra que je dise à Cheng Wei de ne plus chercher de marché de « petits producteurs ».

Il revient après avoir été acheté du déboucheur de canalisation.
Il en a mis, il faut attendre un peu.
Il a aussi obtenu un code wifi.
Parce que voilà :
en fait, comme les filles veulent discuter sur Whatsapp,
avoir Internet ne suffit pas.
Il faut du wifi pour les téléphones …
Alors la soeur de Cheng Wei leur a prêté un petit routeur 
sur lequel on branche le câble Ethernet et qui permet d'avoir du wifi sur tous les appareils,
mais il ne marchait pas non plus.
Donc, voilà,
un code Internet que les filles notent 
et descendent tester sur le champ.

Ha Bao arrive entre temps,
avec de nouvelles bières.

Nous restons sur le balcon
(ou plutôt autour, un dedans, deux dehors, 
car il n’y a pas assez de place pour trois).
On parle des problèmes administratifs.
Il faut que je refasse le courrier pour l’administration taïwanaise en utilisant des mots bien précis, celui que j’ai refait ne convient pas tout à fait.
La paperasse, c’est partout pareil …

Comme Cheng Wei s’inquiète du peu de billets vendus à l’avance,
Ha Bao se demande si on n’aurait pas intérêt à faire une démonstration dans le métro, un samedi, pour faire venir du monde.
Je lui dis que pourquoi pas,
mais dans ce cas, il vaut mieux qu’on en reste au duo de garçons,
on a promis leur week-end aux taïwanaises (et je n’y reviendrai pas …),
et les deux françaises sont encore bien fatiguées.
Elles n’ont pas réussi à faire une nuit complète.
« peut-être qu’elles ne devraient pas dormir dans le même lit ?
- je leur ai dit de nous dire si ça n’allait pas, elles n’ont rien dit …
- ok … »

En même temps, il ne nous reste qu’un samedi,
et nous sommes déjà occupés par une autre rencontre avec un public potentiel dans la librairie Ta Kao.
Il faut bien calculer la chose.
Ha Bao va voir comment on peut obtenir une autorisation pour le métro.
Je leur dis quand même de ne pas trop s’affoler pour les billets,
que souvent les gens les prennent au dernier moment,
nous sommes à quinze jours, tout est encore possible.

Ils partent vers 22h.
Je passe sur le net remercier publiquement le Liao Mo Hsi studio et je poste les photos souvenirs.
Il faut que je fasse les montages vidéos des fins de cours,
mais pas maintenant.
Je discute un peu avec Sylvain.
Il est un peu inquiet par rapport à Marie,
je le rassure.

À minuit,
je disparais.
Si je peux dormir six bonnes heures, ça ne sera pas plus mal.
Demain, c’est plutôt tranquille.
On travaille « Hotsprings ».
Élise doit faire son solo et je dois transmettre sa version à Marie.
Comme j’ai considérablement ralenti ce que j’avais prévu au printemps,
je n’en utilise qu’une partie pour moi et me sert du reste pour confectionner une autre partition.
Après, il y aura cette intervention à la librairie 
et le soir, on emmène les filles au resto à thé,
en espérant que ça leur plaira.


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