Création franco-taïwanaise de Claude Aymon et Cheng Wei Huang

pour les deux compagnies c2a et WeiDanceCompany,

In Wei est une vision croisée des deux chorégraphes

sur sur ces aspects qui séparent l’est de l’ouest, l’Asie de l’Europe.

Après avoir travaillé chacun dans le pays de l’autre,

ils ont décidé de parler de tout ça par le langage qu’ils ont en commun, celui du corps.

Les danseurs des deux compagnies ont travaillé tour à tour avec les deux chorégraphes

à la fois en France et à Taïwan,

avec une première taïwanaise à Kaohsiung en août 2016 et une première française à la Toussaint.

vendredi 5 août 2016

20/07/16 - Taiwan 2e partie - Jour 6 - une journée de travail avec mes deux amis

Un bus faussement raté,  
le retour du duo, 
et de l'oiseau, 
leurs propositions sur « les bains » …   






Mercredi 20 juillet, 

5h45,
encore,              
je me promets de me recoucher après avoir fait les tests vidéos que je voulais faire hier.
Je vais filmer le canal depuis le balcon.
En rentrant, impossible à refermer l’oeil,
autant faire des choses.



L’eau chaude, le thé,
les biscuits ont fondu, j’aurais dû les mettre au frigo,
je n’arrive pas à apprécier mon thé au jasmin,
j'allume l'ordinateur.

Je regarde mes tests vidéos.
Rien n’apparait dans Final Cut
mais certains films sont visibles depuis mon logiciel photo.
Il y a ceux qui sont comme le solo de Cheng Wei 
et un qui est complètement clair.
Je garderai ce format pour tester les danses de l'après-midi.



Je n’arrive pas à me détendre.

Je prends le temps de jouer, de fumer,
de me refaire un thé,
rien n’y fait, 
je suis dans un de ces mauvais matins.

Profiter du temps gagné avant l’heure du départ pour mettre en ligne des histoires.
Je finis la relecture du voyage (que vous avez déjà lu hein ?).
Je lance dans la publication, tout en regardant sur le site des transports en commun de Kaohsiung à quelle heure va passer le bus.
J’ai juste le temps.

Je mets en place le texte, les photos,
il y a des soucis de connexion,
cela prend beaucoup plus de temps que prévu.
Je me bats pour tout enregistrer 
en jetant régulièrement un oeil rapide sur la page du bus 53B, 
pour réaliser tout le temps que je perds.

Il reste 6 minutes avant son prochain passage quand je sors de la douche.
Je ne l’aurais jamais.
Je préviens Cheng Wei.
Le prochain est dans une heure.
Je ne serai pas là avant 11h20.

Profiter du temps perdu pour préparer la mise en ligne de l’article suivant.
Je choisis les photos,
je les réduis à la bonne taille pour le blog,
je taperai le texte ce soir.

9h45,
là, je pars,
un quart d’heure en avance,
pour être sûr.
Arrivé dans la cage d’escaliers, je me rends compte que j’ai oublié le cordon électrique de l’ordinateur.
Je repars en courant,
quand j’appuie sur la touche 1 de l’ascenseur, je suis déjà en sueur.
Je sors de l’immeuble avec le rythme cardiaque d’un joggeur 
et je pars à l’arrêt de bus en marche forcée.
J’y suis … deux minutes après.
C’était juste derrière l'appart', là, tout près.
Ridicule.

J’ai dix minutes à perdre.
Profiter du temps gâché pour observer la vie ici,
en cette fin de matinée sous un soleil de plomb.





Tout le monde (sauf moi) est toujours aussi couvert par ces grosses chaleurs.
Ça m'étonne encore.

Je teste la version wifi de mon casque.
J’écoute la compil’ de pop britannique des années 80 qu’a dégotté Sylvain.
ABC : « the look of love ».
Que de souvenirs ….




11h03,
le bus arrive,
à l’heure,
il est presque vide et climatisé.
J’écris dans mon carnet taïwanais,
le ridicule de cette non aventure matinale.

Vers 11h20,
je suis sur Minzu road,
j’ai un vague doute sur l'endroit où je dois m’arrêter
tant j’étais plongé dans la redécouverte de ces musiques d’il y a trente ans.
Putain .. Trente ans …

Je suis tout près du studio quand Cheng Wei m’envoie un message.
À son tour d’être un petit peu en retard 
(il m’avouera dans l’après-midi, s’être rendormi quand je lui ai dit que j’allais rater le bus).
Je l’attends devant la porte sous les alcôves qui servent d’abri contre la pluie ou le soleil, 
mais aussi de garage ou de buanderie.


Cinq minutes après, Cheng Wei gare son scooter.


La télécommande sous le compteur électrique,
nous montons au premier,
le ventilateur, la clim,
on se chauffe.
Je lui raconte mes déboires de vidéo.
Il me parle de ses angoisses de chorégraphe-relations presse-chargé de comm’-administrateur adjoint-répétiteur …
Bref, il me décrit la vie de ceux qui sont à ce poste multi tâches 
qu’occupent les chorégraphes avec peu de moyens.
Je connais tellement bien cette boule au ventre,
et toutes ces questions :
Est-ce qu’on arrivera jusqu’au bout ?
Est-ce que notre projet sera réussi ?
Est-ce qu’on n’oublie rien ?
« c’est pareil pour toi ?
- évidemment … »
Soupirs …


On se relance dans le duo.
Un coup d’oeil sur la vidéo pour être sûrs des points litigieux,
toujours les mêmes …
Je maudis le chorégraphe,
on rit,
on se plante,
on recommence.
Et puis ma foi, tout se remet en place.
On filme.


Car non, préparer le cadre d’une vidéo, n’est toujours pas une mince affaire !

Il nous reste cette petite fin, que j’ai très vite transmis à Cheng Wei fin mars avant de l’oublier,
mais en fait, on n’a jamais pu la danser.
Forcément, là, on ne s’en souvient plus.
Mais j’ai une trace de ça, quelque part …
On la regardera en temps voulu.

14h,
Wan Chu arrive.
On est au début du duo.
On se plante …
Et bien sûr, on impute notre déconcentration à son incursion violente dans notre espace de travail.




Ça la fait rire,
mais elle a une petite mine.
Cheng Wei lui demande ce qu’elle a : 
« nothing ».
Il insiste, alors qu’il sait très bien qu’elle ne dira rien … Puisqu’à sa place 
il ferait exactement la même chose.
En me regardant, il dit :
« ces Capricornes …
- je ne te le fais pas dire Cheng Wei … »
Il éclate de rire,
ils sont tous les deux Capricorne …

Wan Chu me propose d’aller déjeuner pendant qu’elle se chauffe et qu’elle révise.
Je sens qu’elle a besoin d’être seule et de se rassurer.
« Ok .. à tout à l’heure … 
- Ah ! Avant que vous ne partiez,
c’est la même version que la vidéo du trio que je vais apprendre ?
- Nooon, ça c’était encore autre chose,
il va y avoir quelques changements par rapport au printemps mais pas grand chose »
Elle sourit, un peu soulagée
« parce que j’ai regardé la vidéo avec Marie ce matin … je l’ai dansée un peu dans mon salon … 
- Ne t’inquiète pas, ta version ne change presque pas »

Je descends au Seven Eleven m’acheter un sandwich et du thé.
Cheng Wei me présente à la caissière et lui donne un flyer.

Quand on revient, Wan Chu, s’agite.
Je fais l’idiot en faisant dépasser mes pieds du rideau.
Elle ne s’en rend pas compte,
elle fait, elle refait.



Je me fais remarquer.
Elle s’arrête.
« tu es prête ? »
elle hoche la tête.
On essaye.
Je lance la musique.
Ça coule.
Je n’ai pas besoin d’arrêter quand elle se plante,
elle récupère,
je martèle parfois les comptes, 
je mime un mouvement,
elle capte les infos,
on avance vite
et on va jusqu’au bout.
Presque comme si je l’avais quitté la veille.




Tout va bien.
On recale tout un tas de choses,
certains regards, certains mouvements.
Son petit corps frêle, et l’image qu’elle s’est mis en tête d’être un oiseau,
la font parfois s’éloigner un peu trop du sol et de la rythmique terrienne.
On reparle des musiciens enfermés dans la boîte électronique.
Marco et Pablo aux percus,
Hans à la flûte.
Il arrivera un moment où elle n’aura plus besoin de compter mais pour l’instant il faut qu’elle s’appuie encore un peu sur cette chose métronomique pour garder un tempo régulier.
Je profite pour modifier quelques petites choses que j’avais envisagé avant de partir.
Quelques autres filages et ma foi …
Ça ira bien jusqu’à l’arrivée des françaises.

Et ça tombe bien parce qu’il est 16h30,
et je fatigue.
On a la visite de la créatrice lumière.
Elle est fraîchement diplômée d’un département des arts du spectacles d’une des université du pays,
Tainan je crois.
Cheng Wei parle un peu avec elle pendant que je me repose.
Wan Chu continue à bouger, à faire, refaire, corriger …

On montre à la jeune fille le duo et l’oiseau du jour.
Elle prend des notes et reviendra avant notre entrée au théâtre pour avoir une idée plus globale de la chose.

On finit sur Hotsprings 
pour lequel j’ai imaginé un contraste entre un solo aérien et le reste du groupe au sol.
C’est Mimi qui dansera le solo.
Les autre danseurs sont dans l’état d’esprit et de corps dans lequel on est, 
quand on est dans ces bains de sources d’eau chaude que l’on trouve un peu partout ici, et qu'Élise avait découvert il y a maintenant deux ans.

Mes deux amis et danseurs sont assis,
je leur donne leur consigne de composition.
Ils travaillent seuls.
J’en profite pour revoir ma partition (puisque je fais partie du groupe !).
Comme je la ralentis considérablement, 
il me reste du matériel dans ce que j’avais préparé au Pavillon Noir il y a quatre mois.
Je le transmettrai à Marie, qui a toujours du mal avec les compositions personnelles.

Wan Chu découvre la musique.
Émerveillement …
Comme j’avais proposé à Cheng Wei de piocher dans mes musiques pour faire ses créations,
il a aussi choisi celle-ci,
mais pour un tout autre thème.
et sur un tempo littéralement opposé,
(d’ailleurs, il compte la musique à la croche, donc deux fois plus vite que moi).

Ça va être d’autant plus intéressant.
Avec ce genre d’exemple, on voit jusqu’où peut se loger les différences de culture,
de rythme de vie.

Cheng Wei s’en va.
Il a un cours à donner.
Il vérifie que Wan Chu me dépose au bon endroit,
me donne « mon » casque.
« tu me le rendras demain »
Je souris.
« pour une fois que tu n’as pas à t’occuper de moi,
il faut quand même que tu t’inquiètes ! … »

Je demande à Wan Chu si elle veut s’arrêter.
« je n’ai pas fini ma composition »
J’arrête de poser des questions stupides et je laisse travailler …

Vers 17h15, elle semble avoir fini.
Je lui propose d’arrêter pour aujourd’hui.
Elle est d’accord.

La traversée de la ville avec Wan Chu est un peu différente.
Son scooter est plus petit, plus léger,
et je sens bien que je suis parfois bien lourd.

Elle me laisse près de la gare au niveau du petit canal à 17h45.
Le soleil se reflète sur les immeubles et dans l’eau.



Oui oui, c’est bien une église que vous voyez là.
Et juste à côté une sorte de faculté de théologie.

Je remonte calmement le petit cours d’eau,
et juste après le virage, mon immeuble de ce mois.


Pendant que les vidéos se transfèrent dans l’ordinateur, 
je vais prendre une douche et boire une bière.
Je m’étends un peu sur le canapé en pensant à tout ça et …
je me réveille à la nuit tombée.

Me revoilà dans un état de corps et d’esprit semblable à celui que j’avais un peu plus de douze heures plus tôt.
J’avais prévu de faire plein de choses.
Je ne trouve de l’énergie que pour regarder les vidéos et parler un peu avec les copains.
J’essaie de voir comment un montage se passerait.
C’est un peu plus compliqué que d’habitude, ça n’augure rien de bien pratique pour la création vidéo du spectacle.
On verra bien …

J’écoute un peu les informations.
Tant de choses violentes et absurdes,
tant de fausses affirmations, de polémiques stériles,
je suis bien content d’être loin mais le retour sera encore plus rude.

Je trouve l’énergie de finir la rédaction du texte qui va avec les photos choisies ce matin,
un dernier moment au calme sur le balcon au calme en fumant une pipe
et au lit.

Il est 1h du matin,
pas sûr que je me lève tôt pour aller voir le coucher de soleil.


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