Continuer son installation,
traverser la gare,
petit accident et
soucis techniques
5h45,
j’ouvre un oeil et entraperçois la lumière à travers les rideaux.
J’ai déjà repris mon rythme taïwanais.
Il est temps de remettre les rituels en place :
l’eau chaude (fraîchement arrivée la veille),
le thé vert au jasmin (derniers sachets du voyage précédent),
je vais m’installer sur mon petit balcon.
La petite chaine empêche un confort total mais bon.
Je suis face au canal,
mon cadeau du dernier voyage est rempli du thé qui infuse,
à la radio j’entends le premier « France Inter, il est minuit ».
Le quartier est encore calme,
et le soleil caché derrière les collines.
Beaucoup d’oiseaux, quelques scooters,
je savoure comme à mon habitude, la saveur âcre de ce thé au jasmin.
Voilà, on y est.
Je reste là en mode contemplatif.
Le soleil commence à dorer les façades.
J’espère que les filles apprécieront tout ça.
Je rentre de temps à autre pour me resservir du thé ou prendre mon carnet de notes.
J’écris, je discute avec quelques amis : Sylvain, Agnès.
7h,
la ville se réveille peu à peu.
Il y a plus de scooters que d’oiseaux,
et le soleil à travers les nuages commence à chauffer le petit balcon
je rentre.
Je me rends compte que j’ai associé les oiseaux aux taïwanaises et les scooters aux taïwanais.
C’est peut-être la raison du choix des filles pour l’oiseau
et de choses plus urbaines pour Cheng Wei.
Il faudrait que je réunisse tous les personnages de mon cerveau pour en être sûr.
Mais est-ce vraiment important ?
Il fait 28 degrés à l’intérieur,
un peu moins chaud qu’hier,
probablement à cause de la climatisation que j’avais lancé avant de dormir.
J’allume le vieux ventilateur.
Il est quand même bien bruyant,
je ne sais pas comment sera celui de l’appart’ des filles.
Leur acclimatation, un autre sujet d’inquiétude.
Miracle de la technologie
(ou prise en compte dans le calme de tous les éléments nécessaires au bon déroulement des choses),
mon casque fonctionne en bluetooth,
plus besoin de chercher le câble perdu.
Je me remets sur mon lit et écoute France Infos
tout en finissant le récit de mon voyage dans le carnet Taiwan.
Ce matin, je continue mon installation.
Où mettre les affaires ?
sur quelles étagères ?
Quoi brancher où ? Et avec quel adaptateur ?
Il faut absolument une prise disponible pour le ventilo mais aussi pour les trois appareils informatiques.
Les adaptateurs fonctionnent mieux quand ils sont branchés sur des prises mulitples posées à plat, mais j'ai oublié d'en amener une.
À la verticale, nos prises sont lourdes, surtout les triphasées.
Je me confectionne un tuteur en installant la petite boîte qui contient ma tasse cadeau,
sur la grande boîte cadeau du mariage de Mimi.
Je réorganise mon gros sac pour rendre plus accessible les fringues de danse.
(bon d’ici deux jours, ce sera juste du grand n’importe quoi,
mais faisons l’effort d’imaginer qu’il puisse y avoir un semblant d’organisation).
La salle de bains,
avec sa baignoire rafistolée
(comment sera celles des filles ? … je crains le pire)
Il est déjà midi.
J’ai rendez-vous avec Cheng Wei vers 14h à la gare,
à l’entrée secondaire.
Préparation du sac.
L’ordinateur et son joli plateau ventilant,
l’Ipad (pour si, malgré son joli accessoire, l’appareil a un coup de chaud)
les fringues de répèt (qui sont déjà dans le sac depuis la non répèt’ d’hier),
je suis avec Cheng Wei … donc le tabac et une pipe,
le téléphone, les lunettes, la carte de transports et le portefeuille.
Je pars vers 13h45.
Le soleil est voilé aujourd’hui.
Hebei Road,
je longe le canal,
tourne à gauche sur JiGuang street.
Les jeunes de la marée blanche d’hier sont en cours.
Je remonte JianGuo 3rd road.
Me voilà à la gare.
Je me dirige vers le niveau supérieur pour passer au dessus des rails,
et je me retrouve …
devant une barrière de composteurs.
J’appelle Cheng Wei
« bon il semble que la traversée de la gare soit payante
- quoi ?
- ben oui, il y a les composteurs pour aller sur les quais
et les accès aux quais se font depuis la passerelle
- tu devrais pouvoir trouver un moyen »
J’entends sa voix amusée.
Ça veut dire que je suis en train de dire une grosse bêtise
« ok ! je vais trouver »
Je cherche une autre passerelle,
un passage souterrain,
rien.
Il y a un jeune avec un gilet jaune.
Il a l’air d’être là pour donner des informations :
« bonjour,
en fait, je voudrais aller à l’autre entrée de la gare »
Il ouvre une boîte, me tend un ticket et me laisse passer.
C’était aussi simple que ça.
Arrivé de l’autre côté, je tends mon ticket à son homologue,
il le récupère
« merci »
Cheng Wei a eu raison de se moquer de moi.
Cette entrée de gare est plus modeste,
pas de gare de bus,
juste une rangée de bancs avec un couloir dépose minute intitulé « kiss and ride »,
(étonnant dans ce pays où on ne s’embrasse pas).
et quelques pots de plantes pour agrémenter.
Je me dis qu’en France, ces pots n’auraient pas fait long feu ….
Sur le trottoir d'en face, on brule les « paper money »
de faux billets que l’on lâche dans des petits chaudrons,
c’est pour honorer un certain Dieu
(dont on m’a dit le nom mais je me suis empressé d’oublier)
Cheng Wei arrive.
Nous remontons Jiu Riu 2nd road.
Ce matin, il a commencé la création d’un solo pour une danseuse chinoise récemment arrivée ici.
Elle pratique un art martial ancestral où on manie l’épée et elle voulait chorégraphier la chose.
Il est plutôt content de cette première rencontre.
On tourne à gauche sur Minzu Road dans le flot des scooters qui comme nous remontent vers le nord.
Au commissariat, on prend à droite sur Jian Gong Road,
et encore à droite au Mac Donald.
Le Seven Eleven,
on tourne à gauche,
13 Jian’an street, nous sommes au studio.
La télécommande du portail est toujours sous le compteur électrique.
On monte au premier.
Cheng Wei est déjà en tenue.
Je branche l’ordinateur,
il allume la clim’.
Il se chauffe, je me change.
« do you need to see the video first ?
- yes !!! »
Je m’en doutais.
On avance étape par étape.
D'abord, revoir les premiers ports de bras,
ceux qu’il refait en marchant et à la toute fin.
Puis se plonger dans la première section,
celle qui l’emmène justement des ports de bras statiques à ceux en mouvement.
Je fais quelques changements de rythme, précise une ou deux directions,
les choses reviennent naturellement dans son corps.
Il n’y a que la bonne vitesse qu’il ne retrouve plus.
Il faut dire qu’il est agité comme une pile électrique :
le plaisir de redevenir juste danseur et de n’avoir à penser qu’à son corps
et aux mouvements pendant quelques heures.
La traversée des ports de bras en fond de scène,
la dernière partie.
Cheng Wei va revoir la vidéo depuis le début
et refais le lien entre ce dont il se souvient et ce que son corps lui dit.
On est très proche de la version du printemps finalement.
17h30.
« video ?
- yes we can try ! »
Je cale l’appareil dans un coin du studio.
Premières notes,
il s’est calmé,
il est concentré,
il attaque les ports de bras,
une demi-pointe,
son pied pivote et recule,
il hurle.
Il se jette par terre.
J’arrête la musique.
Plus qu’inquiet.
Il s’est enfoncé une petite pointe métallique qui trainait dans le studio.
Plus de peur que de mal,
j’ai imaginé le pire,
une entorse, un claquage …
Mais ça va être difficile de relancer le solo complètement.
Il s’assoit,
enlève l’objet étranger,
tente l’appui,
c’est douloureux …
« what do we do ?
- I think I can handle it »
S’il le dit …
Je remets la musique.
Il fait du mieux qu’il peut,
mais on sent l’envie étouffée par la douleur sous ses pas.
On n’ira pas plus loin.
On a une trace, c’est déjà ça.
Cheng Wei garde quand même le sourire.
Il faut se dire que cela guérira vite …
On éteint tout,
on s’en va,
vite,
comme pour conjurer le mauvais sort,
ou pour oublier ce qui vient de se passer.
Les casques,
le scooter,
nous voilà repartis,
sauf qu’au carrefour du Mac Donald,
Cheng Wei se gare.
« Supermarket ! it’s much cheaper »
Effectivement, juste là devant moi, il y a derrière des portes vitrées, un supermarché.
Une nouvelle aventure.
Comment reconnaître un tube dentifrice, d’une crème à raser ?
des mouchoirs en papier, de papier toilette,
surtout qu’ici, il n’y a pas de papier en rouleau, donc ils ont le même format.
Je m’arrête devant de jolis paquets sur lesquels trône une dame visiblement heureuse,
je demande à Cheng Wei, ce sont des serviettes périodiques.
Perdu.
Au rayon des thés en sachets c’est plus facile,
pas de dessin trompeur.
Je prends aussi quelques fruits,
des biscuits,
des bières,
des feuilles d’algues séchées au wasabi,
(qui selon Cheng Wei, sont idéales avec les boissons citées juste au dessus)
et nous repartons à l’appartement.
Les algues sont très agréables avec la bière.
On se détend un peu tout en bossant.
Discussion autour du planning,
des choses qui restent à faire,
la montagne reste à gravir,
mais on se doit de rester calme.
Il part vers 22h,
je lance les transferts.
Je regarde une première vidéo,
il y a une sorte de dédoublement de tout mouvement un peu rapide qui gâche tout le boulot.
Je m’affole.
Je tente tout un tas de choses du haut de mon ignorance en matière de montage vidéo.
Rien n’y fait.
Je contacte Sylvain,
nous y passons deux bonnes heures.
On trouve tout un tas de raisons mais pas vraiment de solutions.
Tant pis,
ça va être compliqué pour la suite.
Si je veux projeter des vidéos de choses que j'aurais filmées ici,
il faut trouver des plans B.
Il est minuit passé quand j’arrête d’embêter Sylvain.
Je ferai des tests sur différents formats demain matin.
Sur le balcon, si je me lève tôt,
ou en première partie de répétition où il n’y a que Cheng Wei et moi.
On va réviser le duo d'introduction au sol.
Ça devrait aller vite et je n'ai pas besoin d'avoir une trace de très bonne qualité.
Il est presque 1h30 quand je ferme l’oeil.
La nuit sera courte.









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