Levée de fond sauce taïwanaise,
rencontre entre artistes,
retour à Mini
pour parler d'In Wei, encore
Samedi 23 juillet,
Réveil à 5h30,
et le soleil m’a déjà devancé.
Comme Cheng Wei me le disait l’autre soir en allant à Sizhiwan,
on a l’impression que les journées sont plus longues ces temps-ci.
Je prends mon thé sur le balcon.
Aujourd’hui, j’essaie les autres sachets pleines feuilles,
ce sont des jeunes pousses selon la traduction de Cheng Wei,
le thé est un peu plus léger effectivement.
France Inter, il est minuit,
le soleil se reflète un peu partout et la chaleur monte.
Je rentre.
Il fait déjà 29 degrés dans l’appartement,
La clim’ s’impose.
Pendant que je descends une petite bouteille de jus d’orange,
je lis un peu les infos européennes et son assortiment de commentaires haineux.
Quel contraste avec la vie ici …
J’écris tout ça dans mon carnet assis sur mon lit,
dans lequel je me recouche,
pour une heure ou deux.
Je suis réveillé par l’idée que je n’ai pas fait le montage musical pour cet après-midi,
où nous présentons le duo du prologue dont nous n’avons pas eu le temps d’apprendre la fin.
Il faut que je raccourcisse la musique.
Je saute mollement sur l’ordinateur pour reconstruire rapidement ce qui se passe aux alentours de la quatrième minute.
J’écoute tout ça au casque (sans fil c’est quand même bien pratique) en profitant pour réviser la danse.
Vu que je ne sais pas sur quel support le son sera diffusé, j’envoie un message à Cheng Wei, pour qu’il emmène une clé USB.
Il faudra d’ailleurs que j’en rachète une,
que je ne la donne pas,
et que je ne la perde pas non plus.
Je n’ai pas déjeuné.
En grignotant quelques biscuits,
je regarde et retouche les photos de la veille.
Je remets la radio pour me réveiller et passe à la rédaction de l’article sur le mariage de Mimi.
Il faut que je retrouve les petits films.
Le soir où ils n’apparaissaient pas à l’écran,
dans l’affolement, je les ai transférés un peu partout,
puis détruits, puis retransférés,
et je ne sais plus où ils sont.
La matinée passe à toute vitesse,
Cheng Wei m’envoie un message m’expliquant qu’il est (déjà) en cours et qu’il n’aura pas le temps de passer par chez lui pour récupérer une clé.
J’exporte la musique sur l’Ipad (merci Sylvain !)
Préparatifs :
l’Ipad chargé,
le traditionnel pantalon noir,
un tee-shirt gris (Cheng Wei le voulait noir aussi mais je n’en ai pas et puis ça ne me plaisait pas trop en fait)
je prends le Macbook avec la musique originale (on ne sait jamais),
et organise mon short comme tous les jours : lunettes, téléphone, tabac, pipe.
Je mets une chemisette noire sur mon short gris,
histoire d’être un peu plus présentable,
et me voilà parti.
Il est 14h,
et la chaleur sous le ciel presque bleu est accablante.
Je remonte par les petites rues en cherchant l’ombre des alcôves jusqu’au Liouhe Night Market encore fermé.
Au bout de Liouhe street, l’entrée vers le métro Formosa boulevard.
Il faut que je recharge ma carte.
Ils ont changé toutes les machines,
pas sûr que j’en maîtrise le maniement, je tente ma chance.
« English »
« press top up »
« insert money »
Je sors mes billets rouges de cent dollars,
et là, pas de fente,
je regarde la machine comme une poule devant une fourchette.
Il y a bien un endroit pour insérer des pièces mais rien d’autre.
Je regarde dans mon portefeuille.
Heureusement, comme j’ai la flemme de faire l’appoint,
je me sers souvent de billets dans mes achats.
Du coup, mon portefeuille est plein de pièces de dix dollars.
Je le vide dans la machine.
Je me souviens m’être dit lors d’un précédent séjour que c’était dommage qu’on ne puisse charger les cartes qu’avec des billets, ça aurait été un bon moyen de se débarrasser de la monnaie.
Ils ont visiblement eu la même idée.
Mais le mystère reste entier :
où fallait-il donc mettre les billets ?
Je prends la ligne orange, direction Daliao :
- Sinyi elementary school
- Cultural Center
- Wukaicuo
Je descends,
Cheng Wei m’a donné rendez-vous devant la sortie 1.
C’est quand même bien pratique ces numéros de sorties écrits en gros partout.
En me dirigeant vers l’escalator, je passe devant une machine pour recharger les cartes ….
Et là, il y a un endroit pour insérer les billets.
En fait, maintenant il y a deux types de machines en fonction du moyen dont on a décidé de se servir pour nourrir son titre de transport …
La poule est un peu plus intelligente.
Je sors,
mais reste à l’ombre de la bouche de métro.
Heureusement qu’ici, elles sont toutes couvertes.
Comme les parapluies qui servent d’ombrelles, c’est aussi pratique pour la pluie que pour le soleil.
En attendant Cheng Wei, je m’installe sur le parapet à l’intérieur, le temps de dire bonjour à mes amis français qui se réveillent.
Une fille perchée sur des talons compensés noirs avec une frange bleue cherche une adresse dans les entrées des immeubles sur ce même trottoir.
Pas de doute, on n’est pas loin.
14h30,
je vois son scooter.
Il trouve une place parmi la longue file de deux roues déjà alignés.
Quand il enlève son casque, je sens déjà qu’il a le trac.
On se dirige vers l’immeuble.
Une jeune femme nous attend en bas de l’ascenseur et nous indique l’étage.
Le deuxième, ou le troisième, je ne sais plus.
On monte.
Les portes de l’ascenseur s’ouvrent sur un hall au milieu duquel trône une table avec des amuse-gueules.
À droite, une grande salle qui semble être une bibliothèque.
Nous sommes dans les locaux d’un groupement intitulé « our design ».
Au milieu de la salle, visiblement réaménagée pour l’occasion, une longue table centrale sur laquelle trône des oeuvres d’art en céramique,
sur les murs des peintures,
dans les petites étagères, les livres qui servent le reste de la semaine.
Sur la paroi du fond est projeté le logo de l’association qui nous accueille :
la Performing Arts in South Taiwan Alliance.
En fait, nous sommes à une levée de fonds pour cette association qui soutient les artistes.
Outre les oeuvres d’art plastique, il y a un récital dont nous faisons partie.
Cela commence par un guitariste classique, qui a vécu en France.
Il joue d’abord une oeuvre à caractère espagnol pendant laquelle nous allons nous changer dans un des bureaux où tous les photographes et les cameramen ont laissé leur matériel.
Alors que je mets mon tee-shirt, je me rends compte que je viens d’enlever une chemise … noire,
c’est ce que Cheng Wei voulait qu’on porte.
Je ris de ma bêtise et je lui raconte.
Il sourit avec un de ces « I know » que je ne connais que trop
et qui indique qu’il avait bien vu mais qu’il n’avait pas osé me le dire.
Nous retournons dans la salle,
le guitariste joue …
Jeux Interdits.
J’ai très envie de rire.
Cheng Wei emmène mon Ipad au responsable du son.
Après le guitariste, il y a un acteur, le fils de la présidente de l’association,
il fait un petit sketch et nous présente.
Cheng Wei me fait signe,
on se met en place.
Aujourd’hui, nous ne danserons pas côte à côte mais dos à dos séparé par la grande table.
Deux solos simultanés.
C’est beaucoup moins drôle.
Faux départ musical.
J’enchaîne quand même (l’avantage de connaître la musique par coeur),
Cheng Wei demande à ce que l’on la recale au début,
forcément, lui, il ne sait pas où on en est.
C’est toujours une épreuve particulière de danser devant des gens à moins d’un mètre de soi,
mastiquant un petit four en nous regardant de manière plus ou moins inintéressée.
Surtout quand on se roule par terre dans un endroit où les gens se tiennent plutôt très debout.
Pour ma part j’ai un peu de chance,
quand on démarre pour de bon, c’est ce cher Ha Bao, arrivé entre temps, qui est juste en face de moi.
Le duo se déroule sans accroc,
la bande son se finit au bon moment,
applaudissement,
Retour à la salle pour remettre nos tenues de ville.
Ha Bao nous rejoint et parle avec Cheng Wei.
Ils se disent à qui parler, quoi demander,
le duo marche bien,
une base solide pour la compagnie.
Une voix féminine entame une chanson de variétés chinoise,
on se joint à la foule.
La jeune fille est digne du dessin animé Albator de mon enfance,
physique filiforme et longue robe rouge.
Elle finit sa première chanson,
on applaudit.
Puis vient ce qui semble être le final,
une chanson qu’elle commence seule où l’acteur la rejoint,
et où Cheng Wei spontanément (mais sans micro) vient pousser la chansonnette.
Applaudissements finaux,
on nous invite à grignoter,
(mais pas à boire hélas).
Cheng Wei me dit sentir que nous n’avons pas trop plu.
Au vu du public qui a plutôt l’air de s’extasier devant les peintures, essentiellement figuratives,
je serais plutôt enclin à le croire mais je lui dis d’attendre un peu.
Et j’ai raison, des gens viennent progressivement le féliciter.
Cheng Wei a l’air très à l’aise dans ce genre d’événement,
il parle beaucoup, sourit, distribue des flyers à chaque rencontre, fait quelques selfies.
Ça aussi, c’est bon pour la compagnie.
J’ai aussi droit à ma séance photos.
Un ou deux spectateurs,
quelques ados intrigués par ce personnage ô combien exotique.
La jeune fille à la frange bleue vient nous féliciter.
« that was so … now »
une belle définition de la danse contemporaine.
C’est une plasticienne qui travaille à l’encre de Chine.
Deux de ses oeuvres sont installées à l’entrée face au buffet d’amuse-gueules.
Cheng Wei parle un peu avec elle.
Elle viendra à un des spectacles et nous dessinera en mouvement,
j’ai hâte de voir ça.
On ne s’éternise pas trop.
Surtout quand on voit que l’oeuvre la plus chère (une nature morte, particulièrement … morte) a été achetée.
La jeune fille à la frange bleue n’a rien vendu.
C’était pourtant, et de loin, ce qu’il y avait de plus intéressant.
Une dame ira jusqu’à lui dire, qu’elle n’a pas de style, et que ça viendra en vieillissant.
Les mécènes parfois …
Retour à la fournaise extérieure.
C’est la mauvaise heure.
Trop tôt pour dîner ou par aller prendre une bière quelque part comme on ferait en France.
On va savourer une part de gâteau avec un thé glacé à la pâtisserie du coin.
L’occasion pour moi d’apprendre le mot forêt.
Je reconnais une forêt noire dans la vitrine.
Je le dis à Cheng Wei, qui en profite pour m’expliquer :
樹 (chu), veut dire arbre.
Si on prend la première partie du dessin et que l’on en fait plusieurs,
cela donne 森林
et c’est une forêt.
Décompression.
Je dis à Cheng Wei que vraiment il a un administrateur en béton,
qui est toujours là à ses côtés et qu’il a beaucoup de chance.
Ça serait quand même bien qu’il puisse venir en France.
Vu que je n’ai pas payé de location pour le deuxième appart’
et que le stage que je commence lundi était un peu organisé pour ça,
je lui propose de garder l’argent et de participer au voyage d’Ha Bao.
Evidemment il refuse, mais je lui propose d’y réfléchir sérieusement.
Avec ce que je vais recevoir du stage, le billet (qui est moins cher en partant d’ici) est financé aux trois quarts.
Il sourit et en parle à Ha Bao.
Il prend cet air ahuri qui me fait tant sourire.
Il est content.
Mais il refuse.
Sa copine a perdu son job.
Ils sont à deux sur un salaire et il ne peut partir un mois comme ça.
Sachant qu’il est bénévole pour la compagnie,
cette escapade d’un mois en France ne sera pas un mois de congé,
mais un mois sans solde.
Je propose quinze jours
(oui je sais je propose beaucoup,
mais c’est comme que j’arrive à les faire disposer dans mon sens de temps en temps)
Ils me disent qu’ils vont y réfléchir.
Il va falloir insister beaucoup sur ce coup.
Mais ça me fait tellement penser à Anaïs,
il s’investit tellement,
je l’imagine mal leur dire au revoir à l’aéroport.
Ha Bao se renseigne.
Est-ce que c’est loin de Nice ?
Et oui, la nouvelle est arrivée jusqu’ici …
Je lui montre à peu près les distances, c’est presque aussi loin que Taipei.
Il change de conversation,
il y a le 3000, un bar ouvert toute la journée où l’on sert du vin.
On aurait pu y aller.
Dommage (ou pas …)
Il est 17h.
Il faut qu’on se décide pour ce soir.
Si on se voit, c’est relativement tôt car demain Cheng Wei travaille à Pingtung.
Une ville un peu plus à l’est.
Il y monte une chorégraphie.
Comme sa copine y habite, il va aller dormir là-bas dès ce soir.
Je propose (si si .. encore une fois) de rentrer chacun chez soi et de se retrouver au Mini à 20h.
Cheng Wei est d’accord mais Ha Bao décline l’invitation.
Je suis un peu triste.
Mais bon, ce sera l’occasion de parler de la pièce et de se mettre enfin d’accord
et de manière quasi définitive (sait-on jamais …) sur l’ordre des danses dans la pièce.
Métro,
je passe par la boulangerie de la gare et rentre me poser un peu.
Je m’étends sur le sofa,
la clim’ à fond pour essayer de baisser d’un ou deux degrés la température de la pièce
(toujours à 30),
quand je relève la tête il est 19h30.
Je suis en retard.
Après avoir envoyé un message à Cheng Wei,
je cours (enfin, je vais d’un pas pressé) à la salle de bains.
Quand je sors de la douche,
il m’a répondu :
il sera en retard aussi.
En route.
Même direction que ce matin mais une station en moins.
Il y aura trop de monde au night market,
je prends le métro à la gare et change à Formosa.
Deux stations plus tard, je suis à cinq minutes de marche de Mini.
Je suis le premier
mais contrairement aux autres fois, je n’attends pas dehors.
Je me sens (enfin) en confiance.
Les serveurs me reconnaissent.
Je leur fais signe que nous seront trois.
Ils m’installent sur une des petites tables face au grand comptoir.
Les trois cocktails y entreront juste mais ça sera suffisant.
« what do you want today sir ? »
Sensation d’être un habitué dans un cercle hyper sélect quelque part dans une ville anglo-saxonne.
« an Americano please, but I think I gonna wait for my friend »
Justement Cheng Wei arrive.
Comme souvent, il demande au barman de faire ce qu’il veut,
pourvu qu’il y ait du rhum et que ça soit sucré.
Le serveur peut disparaitre.
On parle de l’ordre du spectacle tel que nous l’avions envisagé dimanche dernier.
Je lui propose une organisation.
« maybe not »
Événement.
Il n’est pas d’accord et ose me le dire presque franchement.
On n’est pas sur un « no » ferme et définitif mais on s’en rapproche rudement.
Et ça … C’est un grand pas en avant.
On ne va pas perdre de précieuses minutes à faire des périphrases,
de celles qui commenceraient par « in wei » en chinois.
On reprend du début et on arrive à une solution qui nous plait à tous les deux
et qui permet un équilibre certain entre texte et danse.
Cela commence par un petit speech où il raconte comment on est arrivé là,
de là, on enchaîne avec ce qui aurait dû être mon début,
le prologue et l’oiseau,
ensuite, petit intermède où l’on va parler français,
un mélange de nos deux pièces sur ce qu’il y a de plus romantique,
le duo qu’il fait avec Marie, précédé des différentes manières de se dire bonjour,
son quatuor de filles presque néo classique intitulé « welcome » qu’elles danseront sur ma gymnopédie,
et là, nos deux chorégraphies sur la même musique.
Je lui propose d’expliquer entre les deux danses,
comment nous avons travaillé et ce qui s’est passé.
Il aime l’idée.
Puis, il restera nos finals.
Il tient absolument à ce que sa danse avec les chaises soit la dernière,
ça ne me dérange pas,
je n’ai pas encore écrit complètement écrit mon final de toute façon.
On écrit l’ordre noir sur blanc.
Chacun dans son carnet, et à sa façon
La porte du bar s’ouvre.
C’est Ha Bao,
il n’a pas pu résister à l’appel du cocktail …
Il commande quelque chose avec de quoi grignoter
(parce que du coup personne n’a réellement dîné)
et nous voilà tous les trois détendus à reparler de la France,
des premières répétitions et de la suite ici.
Je lui dis que Wan Chu est bien différente quand Mimi est là.
Il m’en avait parlé et je ne l’avais cru qu’à moitié.
Mais c’est vrai que, surtout quand on appris « Foreigners »
même sans comprendre le chinois,
j’ai bien compris qu’elles ne le prenaient pas toujours au sérieux.
C’était déjà le cas en avril, ça ne s’est pas arrangé.
On sait déjà tous les deux qu’Élise et Mimi ont le même tempérament.
Ça ne va pas être simple.
Espérons que le calme de Marie et Wan Chu modèrent les choses.
On verra bien.
On lève le camp à 22h15.
Cheng Wei part à Ping Tung en scooter,
il en a pour trois-quarts d’heure,
Ha Bao me ramène.
On ne parle pas du voyage.
Ha Bao n’ose pas parler anglais
(il lui manque un cocktail dans le système)
mais on sent bien la frustration de ne pas pouvoir continuer la conversation du bar.
« thanks for the lift »
il sourit
« you’re welcome »
je lui tends le casque qu’il doit rendre à Cheng Wei.
Il fait demi-tour (prenant de fait la rue en sens interdit) et disparait.
À tout juste 23h, je suis dans l’ascenseur.
Une petite heure pour aller sur le net,
réfléchir à ce que je vais faire demain,
en tête à tête avec Mimi.
Extinction des feux vers minuit.
Cela fait déjà une semaine que je suis là.
Et c’est tellement bien.
Réveil à 5h30,
et le soleil m’a déjà devancé.
Comme Cheng Wei me le disait l’autre soir en allant à Sizhiwan,
on a l’impression que les journées sont plus longues ces temps-ci.
Je prends mon thé sur le balcon.
Aujourd’hui, j’essaie les autres sachets pleines feuilles,
ce sont des jeunes pousses selon la traduction de Cheng Wei,
le thé est un peu plus léger effectivement.
France Inter, il est minuit,
le soleil se reflète un peu partout et la chaleur monte.
Je rentre.
Il fait déjà 29 degrés dans l’appartement,
La clim’ s’impose.
Pendant que je descends une petite bouteille de jus d’orange,
je lis un peu les infos européennes et son assortiment de commentaires haineux.
Quel contraste avec la vie ici …
J’écris tout ça dans mon carnet assis sur mon lit,
dans lequel je me recouche,
pour une heure ou deux.
Je suis réveillé par l’idée que je n’ai pas fait le montage musical pour cet après-midi,
où nous présentons le duo du prologue dont nous n’avons pas eu le temps d’apprendre la fin.
Il faut que je raccourcisse la musique.
Je saute mollement sur l’ordinateur pour reconstruire rapidement ce qui se passe aux alentours de la quatrième minute.
J’écoute tout ça au casque (sans fil c’est quand même bien pratique) en profitant pour réviser la danse.
Vu que je ne sais pas sur quel support le son sera diffusé, j’envoie un message à Cheng Wei, pour qu’il emmène une clé USB.
Il faudra d’ailleurs que j’en rachète une,
que je ne la donne pas,
et que je ne la perde pas non plus.
Je n’ai pas déjeuné.
En grignotant quelques biscuits,
je regarde et retouche les photos de la veille.
Je remets la radio pour me réveiller et passe à la rédaction de l’article sur le mariage de Mimi.
Il faut que je retrouve les petits films.
Le soir où ils n’apparaissaient pas à l’écran,
dans l’affolement, je les ai transférés un peu partout,
puis détruits, puis retransférés,
et je ne sais plus où ils sont.
La matinée passe à toute vitesse,
Cheng Wei m’envoie un message m’expliquant qu’il est (déjà) en cours et qu’il n’aura pas le temps de passer par chez lui pour récupérer une clé.
J’exporte la musique sur l’Ipad (merci Sylvain !)
Préparatifs :
l’Ipad chargé,
le traditionnel pantalon noir,
un tee-shirt gris (Cheng Wei le voulait noir aussi mais je n’en ai pas et puis ça ne me plaisait pas trop en fait)
je prends le Macbook avec la musique originale (on ne sait jamais),
et organise mon short comme tous les jours : lunettes, téléphone, tabac, pipe.
Je mets une chemisette noire sur mon short gris,
histoire d’être un peu plus présentable,
et me voilà parti.
Il est 14h,
et la chaleur sous le ciel presque bleu est accablante.
Je remonte par les petites rues en cherchant l’ombre des alcôves jusqu’au Liouhe Night Market encore fermé.
Au bout de Liouhe street, l’entrée vers le métro Formosa boulevard.
Il faut que je recharge ma carte.
Ils ont changé toutes les machines,
pas sûr que j’en maîtrise le maniement, je tente ma chance.
« English »
« press top up »
« insert money »
Je sors mes billets rouges de cent dollars,
et là, pas de fente,
je regarde la machine comme une poule devant une fourchette.
Il y a bien un endroit pour insérer des pièces mais rien d’autre.
Je regarde dans mon portefeuille.
Heureusement, comme j’ai la flemme de faire l’appoint,
je me sers souvent de billets dans mes achats.
Du coup, mon portefeuille est plein de pièces de dix dollars.
Je le vide dans la machine.
Je me souviens m’être dit lors d’un précédent séjour que c’était dommage qu’on ne puisse charger les cartes qu’avec des billets, ça aurait été un bon moyen de se débarrasser de la monnaie.
Ils ont visiblement eu la même idée.
Mais le mystère reste entier :
où fallait-il donc mettre les billets ?
Je prends la ligne orange, direction Daliao :
- Sinyi elementary school
- Cultural Center
- Wukaicuo
Je descends,
Cheng Wei m’a donné rendez-vous devant la sortie 1.
C’est quand même bien pratique ces numéros de sorties écrits en gros partout.
En me dirigeant vers l’escalator, je passe devant une machine pour recharger les cartes ….
Et là, il y a un endroit pour insérer les billets.
En fait, maintenant il y a deux types de machines en fonction du moyen dont on a décidé de se servir pour nourrir son titre de transport …
La poule est un peu plus intelligente.
Je sors,
mais reste à l’ombre de la bouche de métro.
Heureusement qu’ici, elles sont toutes couvertes.
Comme les parapluies qui servent d’ombrelles, c’est aussi pratique pour la pluie que pour le soleil.
Une fille perchée sur des talons compensés noirs avec une frange bleue cherche une adresse dans les entrées des immeubles sur ce même trottoir.
Pas de doute, on n’est pas loin.
14h30,
je vois son scooter.
Il trouve une place parmi la longue file de deux roues déjà alignés.
Quand il enlève son casque, je sens déjà qu’il a le trac.
On se dirige vers l’immeuble.
Une jeune femme nous attend en bas de l’ascenseur et nous indique l’étage.
Le deuxième, ou le troisième, je ne sais plus.
On monte.
Les portes de l’ascenseur s’ouvrent sur un hall au milieu duquel trône une table avec des amuse-gueules.
À droite, une grande salle qui semble être une bibliothèque.
Nous sommes dans les locaux d’un groupement intitulé « our design ».
Au milieu de la salle, visiblement réaménagée pour l’occasion, une longue table centrale sur laquelle trône des oeuvres d’art en céramique,
sur les murs des peintures,
dans les petites étagères, les livres qui servent le reste de la semaine.
Sur la paroi du fond est projeté le logo de l’association qui nous accueille :
la Performing Arts in South Taiwan Alliance.
Outre les oeuvres d’art plastique, il y a un récital dont nous faisons partie.
Cela commence par un guitariste classique, qui a vécu en France.
Il joue d’abord une oeuvre à caractère espagnol pendant laquelle nous allons nous changer dans un des bureaux où tous les photographes et les cameramen ont laissé leur matériel.
Alors que je mets mon tee-shirt, je me rends compte que je viens d’enlever une chemise … noire,
c’est ce que Cheng Wei voulait qu’on porte.
Je ris de ma bêtise et je lui raconte.
Il sourit avec un de ces « I know » que je ne connais que trop
et qui indique qu’il avait bien vu mais qu’il n’avait pas osé me le dire.
Nous retournons dans la salle,
le guitariste joue …
Jeux Interdits.
J’ai très envie de rire.
Cheng Wei emmène mon Ipad au responsable du son.
Après le guitariste, il y a un acteur, le fils de la présidente de l’association,
il fait un petit sketch et nous présente.
Cheng Wei me fait signe,
on se met en place.
Aujourd’hui, nous ne danserons pas côte à côte mais dos à dos séparé par la grande table.
Deux solos simultanés.
C’est beaucoup moins drôle.
Faux départ musical.
J’enchaîne quand même (l’avantage de connaître la musique par coeur),
Cheng Wei demande à ce que l’on la recale au début,
forcément, lui, il ne sait pas où on en est.
C’est toujours une épreuve particulière de danser devant des gens à moins d’un mètre de soi,
mastiquant un petit four en nous regardant de manière plus ou moins inintéressée.
Surtout quand on se roule par terre dans un endroit où les gens se tiennent plutôt très debout.
Pour ma part j’ai un peu de chance,
quand on démarre pour de bon, c’est ce cher Ha Bao, arrivé entre temps, qui est juste en face de moi.
Le duo se déroule sans accroc,
la bande son se finit au bon moment,
applaudissement,
Retour à la salle pour remettre nos tenues de ville.
Ha Bao nous rejoint et parle avec Cheng Wei.
Ils se disent à qui parler, quoi demander,
le duo marche bien,
une base solide pour la compagnie.
on se joint à la foule.
La jeune fille est digne du dessin animé Albator de mon enfance,
physique filiforme et longue robe rouge.
Elle finit sa première chanson,
on applaudit.
Puis vient ce qui semble être le final,
une chanson qu’elle commence seule où l’acteur la rejoint,
et où Cheng Wei spontanément (mais sans micro) vient pousser la chansonnette.
Applaudissements finaux,
on nous invite à grignoter,
(mais pas à boire hélas).
Cheng Wei me dit sentir que nous n’avons pas trop plu.
Au vu du public qui a plutôt l’air de s’extasier devant les peintures, essentiellement figuratives,
je serais plutôt enclin à le croire mais je lui dis d’attendre un peu.
Et j’ai raison, des gens viennent progressivement le féliciter.
Cheng Wei a l’air très à l’aise dans ce genre d’événement,
il parle beaucoup, sourit, distribue des flyers à chaque rencontre, fait quelques selfies.
Ça aussi, c’est bon pour la compagnie.
J’ai aussi droit à ma séance photos.
Un ou deux spectateurs,
quelques ados intrigués par ce personnage ô combien exotique.
La jeune fille à la frange bleue vient nous féliciter.
« that was so … now »
une belle définition de la danse contemporaine.
C’est une plasticienne qui travaille à l’encre de Chine.
Deux de ses oeuvres sont installées à l’entrée face au buffet d’amuse-gueules.
Cheng Wei parle un peu avec elle.
Elle viendra à un des spectacles et nous dessinera en mouvement,
j’ai hâte de voir ça.
On ne s’éternise pas trop.
Surtout quand on voit que l’oeuvre la plus chère (une nature morte, particulièrement … morte) a été achetée.
La jeune fille à la frange bleue n’a rien vendu.
C’était pourtant, et de loin, ce qu’il y avait de plus intéressant.
Une dame ira jusqu’à lui dire, qu’elle n’a pas de style, et que ça viendra en vieillissant.
Les mécènes parfois …
Retour à la fournaise extérieure.
C’est la mauvaise heure.
Trop tôt pour dîner ou par aller prendre une bière quelque part comme on ferait en France.
On va savourer une part de gâteau avec un thé glacé à la pâtisserie du coin.
L’occasion pour moi d’apprendre le mot forêt.
Je reconnais une forêt noire dans la vitrine.
Je le dis à Cheng Wei, qui en profite pour m’expliquer :
樹 (chu), veut dire arbre.
Si on prend la première partie du dessin et que l’on en fait plusieurs,
cela donne 森林
et c’est une forêt.
Je dis à Cheng Wei que vraiment il a un administrateur en béton,
qui est toujours là à ses côtés et qu’il a beaucoup de chance.
Ça serait quand même bien qu’il puisse venir en France.
Vu que je n’ai pas payé de location pour le deuxième appart’
et que le stage que je commence lundi était un peu organisé pour ça,
je lui propose de garder l’argent et de participer au voyage d’Ha Bao.
Evidemment il refuse, mais je lui propose d’y réfléchir sérieusement.
Avec ce que je vais recevoir du stage, le billet (qui est moins cher en partant d’ici) est financé aux trois quarts.
Il sourit et en parle à Ha Bao.
Il prend cet air ahuri qui me fait tant sourire.
Il est content.
Mais il refuse.
Sa copine a perdu son job.
Ils sont à deux sur un salaire et il ne peut partir un mois comme ça.
Sachant qu’il est bénévole pour la compagnie,
cette escapade d’un mois en France ne sera pas un mois de congé,
mais un mois sans solde.
Je propose quinze jours
(oui je sais je propose beaucoup,
mais c’est comme que j’arrive à les faire disposer dans mon sens de temps en temps)
Ils me disent qu’ils vont y réfléchir.
Il va falloir insister beaucoup sur ce coup.
Mais ça me fait tellement penser à Anaïs,
il s’investit tellement,
je l’imagine mal leur dire au revoir à l’aéroport.
Ha Bao se renseigne.
Est-ce que c’est loin de Nice ?
Et oui, la nouvelle est arrivée jusqu’ici …
Je lui montre à peu près les distances, c’est presque aussi loin que Taipei.
Il change de conversation,
il y a le 3000, un bar ouvert toute la journée où l’on sert du vin.
On aurait pu y aller.
Dommage (ou pas …)
Il est 17h.
Il faut qu’on se décide pour ce soir.
Si on se voit, c’est relativement tôt car demain Cheng Wei travaille à Pingtung.
Une ville un peu plus à l’est.
Il y monte une chorégraphie.
Comme sa copine y habite, il va aller dormir là-bas dès ce soir.
Je propose (si si .. encore une fois) de rentrer chacun chez soi et de se retrouver au Mini à 20h.
Cheng Wei est d’accord mais Ha Bao décline l’invitation.
Je suis un peu triste.
Mais bon, ce sera l’occasion de parler de la pièce et de se mettre enfin d’accord
et de manière quasi définitive (sait-on jamais …) sur l’ordre des danses dans la pièce.
Métro,
je passe par la boulangerie de la gare et rentre me poser un peu.
Je m’étends sur le sofa,
la clim’ à fond pour essayer de baisser d’un ou deux degrés la température de la pièce
(toujours à 30),
quand je relève la tête il est 19h30.
Je suis en retard.
Après avoir envoyé un message à Cheng Wei,
je cours (enfin, je vais d’un pas pressé) à la salle de bains.
Quand je sors de la douche,
il m’a répondu :
il sera en retard aussi.
En route.
Même direction que ce matin mais une station en moins.
Il y aura trop de monde au night market,
je prends le métro à la gare et change à Formosa.
Deux stations plus tard, je suis à cinq minutes de marche de Mini.
mais contrairement aux autres fois, je n’attends pas dehors.
Je me sens (enfin) en confiance.
Les serveurs me reconnaissent.
Je leur fais signe que nous seront trois.
Ils m’installent sur une des petites tables face au grand comptoir.
Les trois cocktails y entreront juste mais ça sera suffisant.
Sensation d’être un habitué dans un cercle hyper sélect quelque part dans une ville anglo-saxonne.
« an Americano please, but I think I gonna wait for my friend »
Justement Cheng Wei arrive.
Comme souvent, il demande au barman de faire ce qu’il veut,
pourvu qu’il y ait du rhum et que ça soit sucré.
Le serveur peut disparaitre.
On parle de l’ordre du spectacle tel que nous l’avions envisagé dimanche dernier.
Je lui propose une organisation.
« maybe not »
Événement.
Il n’est pas d’accord et ose me le dire presque franchement.
On n’est pas sur un « no » ferme et définitif mais on s’en rapproche rudement.
Et ça … C’est un grand pas en avant.
On ne va pas perdre de précieuses minutes à faire des périphrases,
de celles qui commenceraient par « in wei » en chinois.
On reprend du début et on arrive à une solution qui nous plait à tous les deux
et qui permet un équilibre certain entre texte et danse.
Cela commence par un petit speech où il raconte comment on est arrivé là,
de là, on enchaîne avec ce qui aurait dû être mon début,
le prologue et l’oiseau,
ensuite, petit intermède où l’on va parler français,
un mélange de nos deux pièces sur ce qu’il y a de plus romantique,
le duo qu’il fait avec Marie, précédé des différentes manières de se dire bonjour,
son quatuor de filles presque néo classique intitulé « welcome » qu’elles danseront sur ma gymnopédie,
et là, nos deux chorégraphies sur la même musique.
Je lui propose d’expliquer entre les deux danses,
comment nous avons travaillé et ce qui s’est passé.
Il aime l’idée.
Puis, il restera nos finals.
Il tient absolument à ce que sa danse avec les chaises soit la dernière,
ça ne me dérange pas,
je n’ai pas encore écrit complètement écrit mon final de toute façon.
On écrit l’ordre noir sur blanc.
Chacun dans son carnet, et à sa façon
C’est Ha Bao,
il n’a pas pu résister à l’appel du cocktail …
Il commande quelque chose avec de quoi grignoter
(parce que du coup personne n’a réellement dîné)
et nous voilà tous les trois détendus à reparler de la France,
des premières répétitions et de la suite ici.
Je lui dis que Wan Chu est bien différente quand Mimi est là.
Il m’en avait parlé et je ne l’avais cru qu’à moitié.
Mais c’est vrai que, surtout quand on appris « Foreigners »
même sans comprendre le chinois,
j’ai bien compris qu’elles ne le prenaient pas toujours au sérieux.
C’était déjà le cas en avril, ça ne s’est pas arrangé.
On sait déjà tous les deux qu’Élise et Mimi ont le même tempérament.
Ça ne va pas être simple.
Espérons que le calme de Marie et Wan Chu modèrent les choses.
On verra bien.
Cheng Wei part à Ping Tung en scooter,
il en a pour trois-quarts d’heure,
Ha Bao me ramène.
On ne parle pas du voyage.
Ha Bao n’ose pas parler anglais
(il lui manque un cocktail dans le système)
mais on sent bien la frustration de ne pas pouvoir continuer la conversation du bar.
« thanks for the lift »
il sourit
« you’re welcome »
je lui tends le casque qu’il doit rendre à Cheng Wei.
Il fait demi-tour (prenant de fait la rue en sens interdit) et disparait.
À tout juste 23h, je suis dans l’ascenseur.
Une petite heure pour aller sur le net,
réfléchir à ce que je vais faire demain,
en tête à tête avec Mimi.
Extinction des feux vers minuit.
Cela fait déjà une semaine que je suis là.
Et c’est tellement bien.












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