Création franco-taïwanaise de Claude Aymon et Cheng Wei Huang

pour les deux compagnies c2a et WeiDanceCompany,

In Wei est une vision croisée des deux chorégraphes

sur sur ces aspects qui séparent l’est de l’ouest, l’Asie de l’Europe.

Après avoir travaillé chacun dans le pays de l’autre,

ils ont décidé de parler de tout ça par le langage qu’ils ont en commun, celui du corps.

Les danseurs des deux compagnies ont travaillé tour à tour avec les deux chorégraphes

à la fois en France et à Taïwan,

avec une première taïwanaise à Kaohsiung en août 2016 et une première française à la Toussaint.

dimanche 7 août 2016

21/07/16 - Taiwan 2e partie - Jour 7 - la journée de rêve

Modifier le planning,  
travailler,  
échanger,  
aller voir la mer  






Jeudi 21 juillet, 

5h44,
un oeil s’ouvre,
la lumière du jour passe déjà entre les deux rideaux tirés.
Je vais dehors écouter un nouveau France Inter il est minuit sur fond d’oiseaux.



La fontaine d’eau chaude,
le thé,
je grignote des biscuits au citron.
Dieu que tout ça est bon.

Un matin calme,
un rythme enfin retrouvé ?
À la radio passe une chanson au titre étrange « novocaine for the souls »
J’aime l’idée (la chanson aussi d’ailleurs)
Il me reste des biscuits un peu tendres du mariage de Mimi,
parfaits pour ce début de journée tout en douceur.

« Roule dans la brume »
des enfants des Rita Mitsouko,
décidément ce matin, la musique me fait du bien.

Je note ces titres dans mon carnet et j’enchaîne avec la rédaction des choses de la veille.
Encore un thé,
un peu de tabac,
je regarde les vidéos d’hier,
je ris de nos bêtises.

Je suis serein,
je vais bien.

10h30,
je passe sous la douche,
10h45, 
je suis prêt à partir.
Je mets mon casque et le connecte à l’Ipad caché dans mon sac vert.
Message de Cheng Wei, il sera en retard.
Je ris.
En fait, je lui ai donné rendez-vous à 11h, 
sachant qu’il serait là un peu plus tard, donc en même temps que moi.

Je sors de l’immeuble sous un grand ciel bleu.
Dexys Midnight runners , « come on Eileen »
un titre jubilatoire,
je traverse les petites rues du quartier.
J’arrive à l’arrêt de bus à l’heure où il démarre de la gare.
4 minutes.
Ian McCulloch chante « the killing moon »,
juste à côté de l’arrêt, il y a un vendeur de scooters sur plusieurs étages.


Je reste le nez vers le ciel.
Cette petite terrasse doit être idéale pour voir le coucher de soleil.



Le 53B arrive,
il est toujours aussi frais 
et ça fait du bien après ces quelques minutes d’attente au soleil.
La route est plus claire pour moi.
Après le pont sur les voies ferrées, on tourne à droite,
traverse Bo Ai Road, pour rejoindre Minzu Road,
là on tourne à gauche et on est au commissariat,
c’est l’arrêt suivant.

Mon sac me semble plus lourd qu’hier, je ne sais pas pourquoi.
En tous cas, mon coeur est bien plus léger.

Quand j’arrive au studio, Cheng Wei est encore sur son scooter,
comme prévu,
je lui explique ma supercherie quant aux horaires …
Ça ne le fait pas rire.
Il a sa tête des mauvais jours,
le stress, encore.

Il se roule une cigarette, je bourre une pipe.
Le voisin nous voit et fait un signe.
Je le dis à Cheng Wei qui lui tourne le dos,
je crois qu’il veut du feu.
Cheng Wei va le voir,
ils discutent un peu,
il revient.
« ce monsieur veut nous inviter à boire du thé …
je t'ai dit qu'il en produisait lui-même, tu te souviens ? »
C’est vrai qu’il me l’avait dit en avril.
On ne refuse pas une telle invitation,
tant pis pour la répétition du solo,
de toute manière, c’est peut-être mieux que son pied guérisse.

On finit de fumer et on entre dans la maison voisine et jumelle.
Le voisin demande à Cheng Wei quel type de thé je préfère.
Il nous montre ses galettes de Pu Er, 
dans lesquelles le thé est compressé pour une meilleure conservation.
Celles qui sont dans son vaisselier ont vingt ans,
et sont toujours utilisables.
Je demande si je peux prendre une photo.



On s’installe autour de la table.



Des tasses,
des pots de réserves (les récipients en verre),
un gong fu cha (la petite théière en céramique),
une bouilloire,
et des thermos de thé du matin,
qu’il va boire toute la journée.

Comme Cheng Wei lui a dit que j’aimais le thé vert, notamment le Oolong,
il nous prépare un de ses thés des montagnes.



Il nous le montre et installe les petites tasses de dégustation.
Pendant que l’eau bout, il nous explique qu’il ne peut plus boire du thé des boutiques que l’on trouve ici (moi je le trouve pourtant déjà fabuleux par rapport à ce qui arrive jusqu’à la France).
Il nous sert.
Je goute,
fais passer le nectar sur les côtés de la langue pour en apprécier l’amertume.
Il esquisse un sourire.
Je ferme les yeux et je laisse remonter les saveurs.
Le bonheur.



La conversation continue,
on parle encore un peu du thé,
des différentes saveurs que l’on peut reconnaitre,
il nous parle de ces variétés qui changent de goût à chaque infusion,
c’est le cas de celui que nous goutons.
Il y a un contraste saisissant entre l’apparence de ce bonhomme en tee-shirt Nike et claquettes, avec ses cheveux gris et son petit ventre,
et ce discours d’expert qu’il est en train de tenir.
Je n’ose pas lui demander si je peux lui tirer le portrait.
Une autre fois, peut-être ...

On fait forcément le parallèle avec le vin.
Les cépages, l’exposition au soleil, les arômes, la couleur, la longueur en bouche.
C’est quasiment la même chose.
Quand je le lui dis.
Il sourit.
Cette fois-ci, pour de bon.
Nous sommes sur la même longueur d’onde.
Il nous explique qu’en fait, c’est le fait que je fume la pipe qui lui a donné l’envie de nous inviter.
Il fumait la pipe lui aussi.

La discussion part dans des volutes ésotériques.
On part du fait que le bon thé fait transpirer et permet d’éliminer les toxines,
et on arrive à parler énergies, chakras, aura.
Il dit à Cheng Wei qu’il sent beaucoup d’agitation en lui,
qu’il le sent en bataille permanente,
et que ça serait salutaire qu’il trouve une voie plus sereine.
Cheng Wei me traduit avec un sourire gêné.
Je ne vous dis pas ce qu'il a dit de moi ...

On parle de notre travail.
Il compare notre art au sien.
D’ailleurs, il parle beaucoup avec les mains, les bras 
et de manière très chorégraphique.

On reboit du thé,
et encore,
et encore,
jusqu’à la septième infusion des mêmes feuilles, 
là où il ne reste juste qu’un arrière goût légèrement épicé
qui remonte titiller jusque derrière les oreilles.

Je le remercie de tout mon coeur.
Il nous explique que sa production est très chère 
et que nous ne pourrions peut-être pas en acheter, 
mais qu’il nous invite à revenir partager une tasse avec lui quand on voudra.

On le remercie à nouveau.

Échange de cartes de visites.
(il va vraiment falloir que je songe à en faire faire).



Nous sortons de chez lui, deux heures après être arrivés,
complètement stones.

Wan Chu ne va pas tarder.
Je voulais entamer la construction de l’oiseau,
je crois que l'on va juste peaufiner tout ce que l'on a fait hier
et que pour commencer la répèt', 
Hotsprings, sera bien plus approprié.

On fume une pipe, on monte s’installer
et effectivement Wan Chu ne tarde pas à arriver.

En se chauffant, je parle un peu avec Cheng Wei de ce que nous allons faire samedi 
où nous avons une intervention dans une librairie.
Il va faire un « Powerpoint » en y incluant des extraits vidéos des pièces précédentes.
La rencontre s’organise autour du thème « danse et sociétés » 
(avec pour but final quand même, de vendre des places pour le spectacle)
Il faut que l’on synthétise un peu nos idées 
pour mettre en avant dans nos boulots tout ce qui a un rapport direct avec le sujet.
Quelques cogitations nocturnes en perspective …

Je les lance dans « hotsprings ».
Une création personnelle entièrement au sol sur l’évocation des bains de vapeurs.
Wan Chu s’en sort tout de suite assez bien,
travailler avec des images est son système de création préféré.
Cheng Wei en fait un peu trop dans le mouvement, comme d’habitude.
Nous le regardons s’agiter avec Wan Chu,
elle me regarde, je souris,
« bon .. je risque de faire quelques changements sur vos boulots …
surtout au niveau du rythme … »
Il éclate de rire.

Je les laisse travailler avec la musique qui tourne en boucle,
puis on tente la chose.
Je fais, comme prévu, des modifications,
incluant des arrêts un peu partout.
Avec ces modifications, ils comprennent mieux ce que je veux.
Les corps se posent, s’alourdissent.



On filme, pour mémoire.

Je mets Cheng Wei en pause et je reviens sur l’oiseau avec Wan Chu.
On continue le travail de précision entamé la veille, 
notamment sur la musicalité, le dosage du poids.
Je sais qu’à priori avec la complicité de Marie les choses se poseront
mais je veux être sûr qu’elle ait tous les éléments pour que ça aille plus vite après.

17h,
on s’arrête.
Wan Chu a un cours plus tard.
J’ai peut-être le temps d’aller enfin voir la mer.

Cheng Wei a faim :
« Dinner ?
- Beach ? 
- both ?
- ok ! »

Nous irons donc à la mer d’abord et nous dînerons ensemble une fois le soleil couché.

Traversée de la ville comme nous l’avions fait au printemps dernier :
Minzu Road,
le quartier de la gare,
la Love River,
Yang Chen Bu,
nous voilà à Sizhiwan.
Il est un peu tard pour aller au phare ou au temple.
On va se contenter du belvédère à touristes.
Mais quand même pas la grande esplanade devant laquelle tous les cars se vident.



on passe par l’ancienne porte et …



Deuxième grand bonheur de la journée.
Il y a malheureusement un groupe de touristes chinois toujours aussi bruyants qui passent et gâchent un peu l’ambiance,
mais quand même …
qu’est-ce qu’on est bien !



Je dis à Cheng Wei que j'aimerais bien un jour pouvoir faire une balade sur un de ces bateaux de pêcheurs.



Et le moment magique arrive






On quitte les lieux dès que le soleil est allé se montrer ailleurs,
il y a décidément bien trop de monde.

Nous dînons à Yang Chen Bu,
dans un snack où nous sommes déjà allés l’été dernier.
(en fait, je lui ai juste fait remarquer que l’on avait déjeuné à cet endroit,
du coup, il s’est arrêté).
De là, retour à l’appart, via un autre supermarché,
pour acheter des bières, des jus de fruits et des glaces
(je crois que Cheng Wei aime beaucoup les supermarchés …)

Pendant que les vidéos du jour chargent sur mon ordinateur,
nous organisons la conférence de samedi,
je sens déjà que je m’endors,
Cheng Wei est en pleine forme hélas …

Je le mets dehors après la première bière.
Il est 21h30,
je ne peux pas aller me coucher maintenant,
je me réveillerais en pleine nuit.
Je prends une douche,
goûte une glace,
(quand je conduis c’est comme ça que je me tiens éveillé,
enfin .. l’été …)

Je m’écroule vers 23h.

Mais quelle belle journée !




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